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Pyepimanla
le Magazine Antillais
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Réflexions
sur les idées et les idéaux, se libérer des chaînes

Démocratie
"Le
drapeau va au paysage immonde, et notre patois étouffe le
tambour.
Aux
centres nous alimenterons la plus cynique prostitution. Nous
massacrerons les révoltes logiques.
Aux
pays poivrés et détrempés!
- au service des plus monstrueuses exploitations industrielles ou
militaires.
Au revoir ici, n'importe
où. Conscrits du bon vouloir, nous aurons
la philosophie féroce; ignorants pour la science, roués pour le
confort; la
crevaison pour le monde qui va. C'est la vraie marche. En avant, route!"
Voici ce que Rimbaud a pu penser de
l'état démocratique progressiste et c'est bien là où nous en sommes.
« La
crevaison pour le monde qui va » et quand ça
commence à n'aller plus ? Quand le chemin de la
rationalité capitaliste avec son pendant productiviste révèle un visage
d'une
froideur implacable ? Non plus: la légèreté du partage des richesses,
de la
culture et des soins pour tous, mais le poids de la séparation et de la
distanciation, l'exclusion. Levée des murs dans le monde, levée des
boucliers,
barrer les routes, chacun pour soi.
Le projet
universaliste s'est fendu d'élitisme et se construit en
laissant les populations en bordure de chemin.
Un monde, coupé
en deux :
· Aux
élites cooptées : les
outils de la pensée, de la production, de la créativité, de la
communication et
de la mobilité;
· Aux
autres : le quotidien tendu
de la survivance, des râles, de l'échine courbée, l'inaccessible étoile
avec
pour rengaine : produire, partir ou mourir. Notre devenir de bétail
flanqué de
codes barres.
Un triste
constat : « ils ne comprennent que le langage de la
force », c'est ce qu'exclamait l'un des employés de
l'entreprise
JLG-France, qui menaçait de faire sauter les moyens de production de
leur usine
à coup de bonbonnes de gaz.
La parole qui
n'est pas entendue parfois se radicalise et devient
menaçante.
Pour
l'essentielle, la force de notre contestation se résume à
marcher dans les clous de République à Nation avec autorisation
préfectorale en
poche, autant dire que ce sont des bêlements de moutons. De ceux-là qui
n'ont
pas peur d'aller à l'abattoir, soit qu'après ils rentrent chez eux, où
il y a
un frigo et de quoi manger dedans, soit qu'ils pensent que demain ils
auront un
chez eux.
Il faudrait
relire « De la servitude volontaire ».
Les politiques
ne voient même plus leur ridicule dans cette
société du spectacle incarnée, une cour qui gravite à Paris
ou ailleurs. Coupée du reste de la population comme Paris est coupée de
la
province, des citoyens, de ce qui anime la vie sociale, de ce qui la
détruit :
une classe pédante et insolente. Le pouvoir et la gloire sans autre
perspective, maniant pour prétextes d'improbables projets. Toutes ces
réformes
sans sang neuf, sans profondeur ni horizon. Et ce n'est pas qu'il n'y
ait pas
d'idées sous-jacentes, puisque celles qui dominent voudraient que nous
allions
de bon cœur et à la force du poignet au pays des forçats, il faudrait
simplement nous accoutumer à toujours plus de médiocrité et de
surveillance:
« travailler plus pour gagner plus »,
« immigration
choisie », incarcération des enfants, test ADN, fichages des
contestataires, délit de solidarité,... tout ça en chantonnant la Marseillaise, dans les
versions d'hier cela donnait :
« la France aux français »; « le pain des
français »,
« travail, famille, patrie » ; « le travail
c'est la
santé », ça ne vous rappelle rien ?...
N'avons-nous
plus d'espoirs, de grands rêves communs à réaliser ?
Même des utopies, même si nous savons qu'une génération, deux, voire
trois n'y
suffiront pas (comme ont été construites les pyramides ou Nôtre Dame) ?
N'avons
nous plus ce désir de partage que l'on apprécie tant à l'étranger, ce
plaisir
des rencontres, de la découverte, du don et de l'échange, je parle de
ces
pratiques au quotidien, la découverte et la joie, comme mode de vie, un
monde à
taille humaine. Ici, on n'a pas le temps!
Ces époques du
cœur enjoué pour des idées, des débats, des
couleurs, des musiques, des rêves, vous vous en souvenez ??? Ca me
paraît
tellement loin... Marx, Bakounine, Lumumba, Marcuse, Adorno, Cheikh Anta Diop, Charlie
Chaplin, Althusser, Bourdieu,
Miles Davis, ...
Et de ces
batailles féroces pour la liberté, les idées ?
- « -
Citoyen! citoyen! c'était le passé sombre
- Qui
croulait, qui râlait, quand nous prîmes la tour!
- Nous
avions quelque chose au coeur comme l'amour.
- Nous
avions embrassé nos fils sur nos poitrines.
- Et,
comme des chevaux, en soufflant des narines
- Nous
allions, fiers et forts, et ça nous battait là...
- Nous
marchions au soleil, front haut, - comme cela, -
- Dans
Paris! On venait devant nos vestes sales.
- Enfin!
Nous nous sentions Hommes! Nous étions pâles,
- Sire,
nous étions soûls de terribles espoirs:
- Et
quand nous fûmes là, devant les donjons noirs,
- Agitant
nos clairons et nos feuilles de chêne,
- Les
piques à la main; nous n'eûmes pas de haine,
- Nous
nous sentions si forts,
nous voulions être doux! »
Ne
pas être seul au combat, emporté par la foule soudée comme un
seule Homme, elle-même portée par le souffle du vent nouveau... Ils ne
fuient
pas, ils ne se taisent plus, ils portent des chants de liberté, ils se
libèrent
de leurs chaînes.
Ceux qui se
regroupent pour faire entendre leurs idées, leur voie,
qui parfois le font brutalement, ne sont pas tous des fascistes ou des
terroristes qui veulent imposer leur loi et c'est bien là ce que l'on
veut nous
faire croire. Comme si seule la voie d'Etat est légitime, comme si
seule la
violence d'Etat est légitime, comme si les chefs d'Etat du monde
n'avaient pas
de comptes à rendre. Et, nous sommes tétanisés, une voix forte qui
s'élève, il
faut l'enfermer, un fou ou un violent! Des banlieues qui se lèvent,
c'est la
guerre civile! Nous sommes tendus.
Prenons par
exemple la lutte des sans-papiers, l'une des seules
qui arrive encore à mobiliser à minima, pourquoi ont ils toujours
besoin de
répéter qu'ils ne sont pas des voleurs, des criminels, qu'ils ne
veulent pas de
violences mais des droits à une vie normale,,, Ils ne sont pas la cause
de pays
qui vont mal, ils sont les dommages collatéraux d'un réseau de chefs
d'Etat
véreux, des mafias. C'est normal que les chefs d'Etat du monde se
voient, c'est
normal que les populations de tous les pays se croisent. Levons-nous
ici, ça
bougera ailleurs.
Alors, cette
chape de plomb d'injustices, de non-dits, de peurs,
d'exclusion, et la menace d'un avenir qui se dégrade encore, ces
pressions
quotidiennes, de la vie quotidienne, parce que vivre ensemble devient
si
difficile sous ce ciel assombrit, il nous faut la soulever pour ne plus
faire
avec.
Depuis 20 ans,
nous crions notre désaccord, courir régler chaque
problème au cas par cas, chaque dossier, chaque nouvelle loi inique,
chaque
personne à la rue, sans emploi, violentée,... toujours plus de travail
et
toujours moins nombreux, toujours moins de moyens... et rien de réglé.
Nous devons
remettre en cause nos modalités d'action avant d'être
épuisés.
Il s'agira
peut-être à un moment donné de régler des comptes, de
mettre à plat et de vider des poches,.. mais, avant tout, ce dont il
s'agit
c'est de la conviction d'un monde qui peut aller sans bâton ni carotte,
sans
Dieu ni maître, sans menace nucléaire, sans racket d'Etat, sans haine
de
l'autre, porté par l'enthousiasme de la danse d'un monde qui va,
raisonnable et
humain, fraternel, il respire, il chante, des chants différents, ses
sols sont
fertiles qui lui donnent de beaux fruits juteux et délicieux, des
fruits dont
il faut prendre- soin, ces fruits de l'être, de la vie.
Vous vous
souvenez de ces idées d'un monde juste et paisible,
inondé d'échanges, d'amour rieur, de la sagesse des anciens ? Des idées
généreuses d'une humanité forte de ses connaissances?
Depuis voilà
bientôt 30 ans, nous nous interdisons de penser, de
rêver, nous avons peur des idées et des idéaux, méfiance : Marx mène au
communisme et le communisme à Staline ... et quand nous ne réalisons
pas nos
rêves, nos vies, avec cette énergie vitale qui sort du coeur, du
ventre, et de
la tête alors, nous nous mourons, bons qu'à n'être des bêtes de
somme...assommés de médicaments, de drogues et autres ivresses
chimiques des
naufragés... en survie, qui se regardent mourir à la télé.
Plutôt mourir
pour des idées, mais de mort lente...
Je vous propose
de réécouter les trois grands (cliquez sur les
liens) :
Georges
Brassens - Mourir pour des idées
Jacques
Brel - La Bastille
Léo
Ferré - Paris, je ne t'aime plus
Sacha Losan, 22
juillet 2009
Les Damnés de la
Terre
contact@damnesdelaterre.com
www.damnesdelaterre.com
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