Un
think tank pour l'outre mer La question de
l’outre mer me semble aujourd’hui trop sérieuse pour la laisser à des
politiques qui ne raisonnent qu’à l’horizon des prochaines élections,
ni à des
technocrates obsédés par leur carrière et incapables de poser les
questions
auxquels ils n’ont pas de réponses toutes faites.
Certes, la
politique de la République n’est plus une politique coloniale. Mais
c’est une
politique entièrement héritée de la tradition coloniale fondée sur le
racisme
et la méfiance à l’égard des «indigènes» dont les mieux formés et les
plus
intelligents sont systématiquement fichés comme suspects au lieu d’être
consultés.
Un
exemple : la manière dont le problème des originaires d’outre
mer en
métropole a été jusqu’à présent traité, tellement caricaturale qu’elle
se
termine aujourd’hui dans le scandale.
C’est attitude
de méfiance vis-à-vis de l’élite des Français des DOM ou originaires
des DOM
est la raison majeure de l’échec manifeste des « états
généraux de l’outre
mer» qui n’aboutiront qu’au ridicule si leur principe même n’est pas
rapidement
repensé par des gens qui d’abord soient capables de penser et ensuite
qui en aient
le courage.
Au moment de la
crise, faute de vouloir s’appuyer sur des élites auxquelles on ne
faisait pas
confiance, le gouvernement s’est retrouvé d’un coup sans aucun autre
relais que
les « grands » élus, les fonctionnaires aux ordres et quelques
figures
médiatiques dont la raison d’être n’est pas de penser mais d’avoir
l’air de
penser.
S’accrocher à
des slogans creux, imaginés par des « communicants » dans
l’espoir de
masquer les vrais problèmes est une attitude qui ne peut au mieux que
retarder
une explosion inévitable.
Le mépris voué
aux véritables intellectuels (facilement reconnaissables au fait qu’ils
imaginent des solutions aux problèmes réels au lieu de chercher à
adapter de
faux- problèmes à des solutions prêtes à l’emploi) la flagornerie
systématiquement
dispensée à de prétendus experts toujours recrutés sur le critère de
l’intérêt
politique à court terme ou de la servilité et que, de toute, façon, on
n’écoute
jamais, n’ont fait qu’exaspérer les tensions.
Chaque fois que
je me suis efforcé, depuis cinq ans, par simple civisme, d’alerter les
responsables sur l’imminence d’une déflagration - les conditions
politiques,
économiques, sociales et culturelles étant manifestement réunies - il
m’a été
répondu que l’outre mer ne figurait pas parmi les préoccupations
politiques
majeures du moment.
Cet automne
encore, on ricanait dans certains bureaux lorsque j’annonçais
l’incendie et
m’interrogeais sur les pompiers qu’on serait en mesure, le cas échéant,
de
mobiliser.
Il aura fallu
un détonateur - l’entrée en fonctions de Barack Obama qui a déclenché
le jour
même une paralysie totale de la Guadeloupe et de la Martinique - pour
qu’enfin
on se préoccupe du sort de ces deux îles L’ère du doudouisme et du
paternalisme
est une ère révolue.
L’outre mer de
papa qui se réglait à coups de cocktails rue Oudinot, de comités
réunissant les
béni-oui-oui, de subventions aux associations fantoches, de décorations
savamment saupoudrées, de processions devant Saint-Césaire, ne fait
plus
recette.
Comment sortir
de la crise qui secoue les Antilles sans l’intervention d’esprits
libres et
bien formés ? C’est pourquoi je travaille à mettre en place un
think tank
indépendant qui réunira les meilleurs experts pour éclairer à la seule
lumière
de l’intelligence les questions qui se posent aujourd’hui à propos de
l’outre
mer français. Les problèmes seront abordés en profondeur et sans aucun
tabou.
On prendra le
temps-mieux encore que d’auditionner - d’écouter toutes les parties
prenantes
sans exception aucune. On se donnera les moyens de rendre les
conclusions de
cette expertise à un niveau international.
Claude Ribbe
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