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Et si la mort n’existait pas !


Quand on regarde de près l’histoire de l’Afrique depuis les indépendances, on ne peut s’empêcher de constater avec beaucoup de stupéfaction la présence de ces « présidents à vie »  qui tiennent les rênes du pouvoir dans les pays africains. Tout  se passe comme si l’exercice de la fonction de chef d’Etat était un exercice réservé à une catégorie d’individus naturellement prédisposés.

palabresCe seraient des individus spéciaux dont l’essence semblerait être intrinsèquement liée au pouvoir. Voilà pourquoi, jamais ils ne s’imaginent sans ce pouvoir et s’y  accrochent plutôt de toute leur force.  Dans l’Afrique ancestrale, le roi était vénéré. C’était un  dieu sur terre. Seule la mort pouvait mettre fin à l’exercice de sa fonction. C’était celui-là au nom de qui les populations juraient, et celui à qui tous étaient soumis sans réserve. Aujourd’hui, rien n’a changé dans la plupart des pays africains. C’est toujours les mêmes scènes de culte de la personnalité, de vénération, de dévouement et de soumission. Mais finalement, de quelle source ces « présidents à vie » de l’Afrique continuent-ils à tirer leur vitalité ?

 Cette question peut paraître  triviale à première vue. D’ailleurs, les populations africaines, citoyens de ces « chefferies », donnent  toujours l’impression d’être entre l’enclume et le marteau. Une impression proclamée et renforcée par ces pseudo-partis d’opposition dont l’objectif principal semble être l’enrichissement grâce à leur rôle d’ « opposants » qu’ils tiennent dans des mises en scènes orchestrées par leurs « ennemis intimes » du pouvoir pour donner l’impression qu’il existe une démocratie. Au quotidien, ces pseudo-opposants démissionnent de leur  principale mission qui devrait être d’éduquer et de sensibiliser les populations. Ils se servent du peuple comme bouclier quand ils jouent les persécutés du pouvoir en place, et n’hésitent pas à se réfugier dans des ambassades,  abandonnant ainsi les populations à elles-mêmes. C’est une comédie politique qui  se joue gratuitement dans la  plupart des pays  africains, tout en  condamnant ces pays  à être le théâtre de la dictature, de l’aliénation, de la tyrannie des mandats illimités, du règne des dynasties  et de la paupérisation des masses.

De même qu’une poignée de soldats avec des « bâtons qui crachaient du feu » ont manipulé plusieurs millions de nos ancêtres, de même, une poignée d’africains continue à traîner l’Afrique dans la boue. Et tout se passe comme si c’était une malédiction irréversible. Les doigts croisés, nous continuons à scruter l’occident dans l’attente d’une aide que nous osons qualifier de « dû  historique ». Pendant ce temps, c’est la déréliction dans  nos pays. Nous continuons à fuir la réalité, à refuser de l’affronter. C’est une véritable démission devant nos responsabilités.

Si la traite négrière, la colonisation et les pseudo-indépendances ont pu être possibles, c’est surtout grâce au concours de plusieurs de nos frères et de nos sœurs africains qui étaient prêts à vendre l’Afrique pour quelque avantage. De nos jours encore, ces africains mercenaires sont là. Ce sont eux qui donnent  les armes aux enfants. Ce sont eux qui vont dans des hôtels de luxe parler des problèmes de ceux pour qui le pain quotidien est encore un luxe. Ce sont eux qui se réclament africains alors qu’ils racolent tous les cercles mystiques occidentaux et asiatiques à la recherche d’un pouvoir qu’ils n’utilisent que pour écraser leurs frères. Ce sont eux qui célèbrent les « Vieux » qui ruinent l’Afrique.  Ce sont eux qui parlent d’Union Africaine, de développement de l’Afrique, alors qu’ils sont des obsédés de la gabegie, du tribalisme, de la corruption, du chauvinisme et de la délinquance sous toutes ses formes.

Il est plus que jamais temps que nous prenions conscience que nous sommes  tous des êtres humains. Oui ! Le véritable mal de l’africain, c’est le refus de reconnaître qu’il est un être humain capable de prendre son destin en main. C’est un triste héritage qui se transmet malheureusement de génération en génération et qui continue à renforcer le « mythe du blanc ». C’est cet héritage qui est à la base même de l’afro-pessimisme. C’est cet héritage qui est la véritable source  dans laquelle ces « présidents à vie » de  l’Afrique actuelle  continuent à tirer leur vitalité, en gérant  des Républiques  comme on gère les chefferies.

Depuis des siècles, plusieurs parmi nous refusent de faire le destin de l’Afrique et les autres le font à leur place. Depuis des siècles, nous avons compté  sur la mort pour mettre fin à nos souffrances, et elle n’a pas toujours été une solution. Nos « Présidents à vie » se succèdent à la tète de nos Etats et meurent, mais aucun d’eux ne tire des leçons de la mort de ses homologues. Quand l’un d’eux meurt, le peuple  crie de joie, dance, et rêve de liberté. Puis, un autre vient et le même cycle  recommence. Arrêtons de rêver et agissons !

 Sommes-nous obligés de vénérer ces individus ?

Sommes-nous vraiment obligés de leur montrer à quel point nous les aimons alors que nos cœurs bouillonnent de haine et nos chairs de souffrances ?Sommes-vraiment obligés de renoncer à notre humanité pour un bout de pain, ou pour rallonger de quelques secondes nos vies qu’ils ont rendues misérables ?
Arrêtons de fabriquer tous ces dictateurs !

Et si la mort n’existait pas ! Serions-nous finalement condamnés à subir les caprices de ces hommes qui marquent des générations et des générations par leur présence laxiste et même nuisible à la tète de nos Etats ?

Et si la mort n’existait pas l’Afrique serait-elle condamnée à exprimer les scènes de barbaries politiques les plus funestes ?  Si nous continuons à compter sur la mort pour mettre fin à l’oppression que nous subissons au quotidien et si nous continuons à considérer la mort comme la seule limite de ces « présidents à vie » que nous fabriquons par notre refus de reconnaître que nous sommes aussi des êtres humains capables de prendre en main notre destin et celui de nos pays, alors nous serons toujours enfermés dans le cercle vicieux de la déshumanisation.  Chaque africain quel qui soit, est un réservoir de possibilités : Possibilité de liberté, possibilité de raison, possibilité d’innovation, possibilité de changement. The change  must start now,  we must change !


Henri TEKO TEDONGMO   

|  Ndjamena  ,  Tchad   |  Publié le 04-07-2009