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REFLEXIONS SUR LA DEMOCRATIE ET L’AFRIQUE : ET SI LES LUMIERES AVAIENT UNE ORIGINE AFRICAINE ?

princesse

Dans un article que j’avais publié dans les Cahiers de Présence Africaine, de Décembre 1996, j’écrivais : « Concept polysémique, dont se sont emparés, aussi bien les régimes libéraux d’Europe Occidentale et d’Amérique du Nord, les dictatures communistes mises en place par le Prolétariat, les monocraties péjorativement qualifiées de bananières, des régimes autoritaires du Marxisme tropical, que les Gouvernements militaires ou civils autocratiques, la démocratie a servi toutes les causes, inspiré des systèmes politiques aussi nombreux que dissemblables, que ce soit au plan de la philosophie politique, de la gestion économique, de la gouvernance citoyenne ou à celui des normes d’exercice du pouvoir ». J’ajoutais :

« Au demeurant, l’histoire passée et récente, les réalités sociologiques, les variations de la conjoncture mondiale ont, par leur mouvance, modifié, tant et si bien, la signification et le contenu de ce terme, qu’il en a découlé un glissement de sens, si accentué, qu’il a pu faire croire à une permanence atemporelle ».

S’il en est ainsi, c’est parce que la démocratie ne se définit pas, uniquement, par rapport aux institutions qui en sont le support et aux manières d’être qui les animent et les éclairent.

Elle est, à la fois, une expérience humaine, une praxis sociale, une organisation économique et une exigence morale, dont la nature et la portée varient avec le contexte historique et les justifications idéologiques qui lui ont donné naissance.

Il découle de ce qui vient d’être dit, qu’il n’existe, pour le moment, nulle part, dans le monde, de démocratie que l’on puisse, légitimement, qualifier de valable, encore moins, de parfaite. On trouve, en effet, partout, pour peu qu’on se donne la peine d’aller au fond des choses, un décalage considérable entre la démocratie officielle proclamée et sa pratique dans la quotidienneté de l’existence.

Il est, donc, temps que les intellectuels, les hommes politiques, les parlementaires, les gouvernants, la société civile des pays du Sud notamment, qu’ils aient ou non, une part de responsabilité dans l’exercice du pouvoir, alliés aux autres démocrates du monde, ouvrent leurs yeux, élèvent la voix et se dressent, tous, comme un seul homme, pour dire : « Il est temps de se dire la vérité ».

Le combat pour les droits humains et la démocratie mérite plus que de simples pétitions de principe, vite oubliées, sitôt proclamées. Il exige de fortes convictions, un engagement total, permanent, une détermination à toute épreuve et, surtout, une bonne connaissance de l’autre. Il va au-delà de la démocratie à l’intérieur de nos Etats pour poser le problème fondamental et bien plus urgent de la démocratisation des relations internationales sources de tant d’injustice et d’inégalité.

Il n’existe pas d’aire culturelle, que ce combat ne concerne, au premier chef. La problématique de la démocratie renvoie à des biens communs à toute l’humanité et à des valeurs universelles, dont les traces existent dans toutes les cultures, pour peu qu’on se donne la peine de les chercher.

Ici, un bref historique s’impose.

Le monde occidental a, pendant longtemps, considéré la démocratie comme son invention personnelle, pour ne pas dire sa propriété exclusive. S’il en est ainsi, c’est parce que l’Histoire européenne en situe l’origine à Athènes, sous le règne de Périclès, au Ve siècle avant Jésus-Christ. Je rappelle ce que tout un chacun connaît, à savoir qu’elle traduisait, à l’origine, une triple ambition :

1) La primauté du peuple s’incarnant sous la forme d’un exercice du pouvoir fondé sur sa volonté ;

2) Le droit du citoyen grec à la liberté

3) Son droit à l’égalité devant la loi et à celle dans l’accès aux fonctions.

Je sais que nul parmi vous n’ignore que de Thucydide à Platon, en passant par Euripide, Hérodote, Isocrate, Démosthène, Aristophane et le Pseudo Xénophon, le contenu du concept a alimenté des visions nombreuses et d’interminables divergences d’appréciation.

Mais, comme pour l’époque, il s’agissait, incontestablement, d’une avancée considérable dans l’histoire de la pensée humaine et dans celle des idées politiques, on l’a, avec le temps, tellement célébrée et exaltée, que cette débauche de louanges a fini par masquer le fait, à mon avis, important, que la démocratie grecque, pour audacieuse qu’elle ait été, en son temps, était, pourtant, une démocratie esclavagiste, discriminatoire et sexiste, puisqu’elle excluait de son champ juridique, les esclaves, les étrangers et les femmes.

Ces tares originelles, le concept démocratique a mis des siècles pour tenter de s’en libérer. Y est-il parvenu ? Je reste, pour ma part, dubitatif.

A l’époque romaine, la situation évolue peu, pour autant qu’il est permis d’en juger, à travers le statut conféré aux non-citoyens, c’est-à-dire, à ceux qui, parce qu’esclaves ou affranchis, sont privés du droit de cité (jus civitatis).

Ils sont au bas de l’échelle sociale.

Quant aux femmes, leur condition ne connaît pas de changement, de manière significative, par rapport à ce qu’elle fut dans le passé. Nous savons, tous, par ailleurs, que la République Romaine a été, souvent, malmenée par des dictateurs bellicistes, au cours de guerres civiles mettant en scelle, par exemple, MARIUS et SCYLLA, POMPEI et CESAR ou OCTAVE et ANTOINE, pendant une longue période, qui a duré un siècle. Elles finiront par occasionner la mise en place de l’Empire, quand le Sénat décide d’accorder à OCTAVE, le 16 Janvier 27, le titre d’AUGUSTUS. Quand Rome s’écroule en 410, sous l’assaut des barbares, ni la période d’empirisme radical, ni celle de l’augustinisme politique ou celle de l’absolutisme monarchique, qui suivirent cet événement capital ne marquèrent une mutation décisive, capable de débarrasser la démocratie européenne de ses tares originelles.

Il faudra attendre SPINOZA, LIEBNITZ, LOCKE, pour ne citer que quelques exemples, parmi bien d’autres, pour que soient définies des perspectives audacieuses de renouveau, plus ou moins démocratique, annonçant la fin de l’absolutisme et l’avènement d’aspirations de rupture nette avec le passé. Fait aggravant, depuis 1231, le Pape Grégoire IX a instauré le Tribunal de l’Inquisition, pour lutter contre l’hérésie qui s’est manifestée dans le Languedoc.

En 1482, cette institution religieuse s’installe en Espagne et débouche, en 1492, sur l’expulsion impitoyable, par les Rois catholiques Isabelle et Ferdinand, de tous les juifs et musulmans du pays, où certains s’étaient, pourtant, établis depuis huit siècles, au moins.

A l’heure où nous sommes, on peut affirmer, sans courir le risque d’un désaveu, à la lumière des événements qui ont émaillé l’Histoire Générale de l’Humanité, du Ve siècle à nos jours, que si des progrès incontestables ont été réalisés, le combat est loin d’être, entièrement, gagné.

J’énumère certains faits saillants, pour mémoire. Ce sont :

  la Magna Carta, imposée par les Barons au Roi Jean SANS TERRE (1199-1216), le 15 Juin 1215.

Mais, la Magna Carta n’a profité qu’à une classe sociale déjà largement privilégiée. Elle n’avait, donc, pas un caractère authentiquement révolutionnaire, en raison de son impact limité sur la société globale. Elle n’en incarnait pas moins, une certaine rupture avec le passé.

  l’affirmation du Parlement Britannique, sous le règne du Roi Edouard 1er (1272-1307) ou encore, les règles adoptées par cette Institution, en 1297, règles au terme desquelles, le Roi ne pouvait lever de nouvelles taxes, sans l’accord des hommes libres du royaume.

C’était, assurément, un grand pas en avant dans la limitation de l’absolutisme royal. Pourtant, ce mode de gouvernance, la Charte de Kurukan Fuga l’avait implicitement intégré dans sa problématique, 61 ans plus tôt.

  la Déclaration anglaise des droits de 1628 ;

  la Révolution de CROMWELL, de 1653 ;

  l’entrée en scène de l’Habeas Corpus, en 1679 ;

  la Déclaration Anglaise des Droits de 1689, relative essentiellement aux questions concernant la régularité des procédures, consacrant le triomphe des idées du philosophe LOCKE ;

  la Révolution Américaine, de 1776 ;

  l’apport global du Siècle des Philosophes, de la Raison et des Lumières, avec Pierre BAYLE, Montesquieu, Rousseau, Voltaire, DIDEROT avait été fortement investi dans ces idées nouvelles ;

  la Révolution Française proclamant la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, le 27 Août 1789.

  la Déclaration américaine des droits de 1790, qui traitait des garanties de procédure, du jugement de jury, du montant du cautionnement, de la protection contre les châtiments cruels, celle de la vie, des biens et des personnes, y compris le droit de réunion et la liberté de conscience, ainsi que celle de parole et de la presse ;

  la Constitution Française de 1791, fondée sur la séparation des pouvoirs, marquant l’avènement d’une monarchie constitutionnelle dans ce pays ;

  Le Décret du 27 Avril 1848 instituant le suffrage dit universel dans un Etat comme la France, par exemple. Cette énumération n’a qu’une valeur illustrative et non exhaustive.

Malgré tout ce qui vient d’être dit, force est de constater qu’aucun de ces évènements, encore moins, leur totalité, n’a guéri la démocratie grecque et toutes celles qu’elle a inspirées, de l’ensemble des insuffisances dont elle était originellement porteuse.

Je m’explique :

Vous savez tous que, si la Grande Bretagne a, incontestablement, inscrit à son actif, des avancées indéniables dans le champ démocratique, elle n’en a pas moins pratiqué la traite négrière, avant de la combattre ; elle n’en a pas moins développé et exploité un vaste empire colonial, négation, par excellence, du respect des droits inhérents à la personne humaine.

Si la Révolution Américaine constitue une date incontestable dans l’histoire de la démocratie et une référence significative dans la promotion de la liberté et de l’Etat de droit, dans la trajectoire évolutive des droits humains, il lui a fallu engager une guerre meurtrière (1861-1865) pour mettre à la raison un Sud demeuré farouchement attaché à l’esclavage. Le phénomène de l’inégalité n’avait, cependant, pas, pour autant, disparu.

Il a fallu un long combat pour les droits civiques, le recours dans les années 1960, à la pratique de « l’affirmative action », si vigoureusement combattue par le Doyen des sociologues américains, NATHAN GLAZER, pour améliorer la situation des minorités et pour essayer de mettre en adéquation, les principes contenus dans la constitution avec les réalités concrètes.

Ce qui s’est passé, à l’échelle mondiale, depuis la chute du mur de Berlin et puis, récemment, depuis les évènements du 11 Septembre 2001, avec les graves dérives que l’on sait, en matière de droits humains, illustrées, notamment, par l’ouverture du Camp de Guantanamo, constitue, s’il en était besoin, la preuve, que le combat pour le respect des droits humains est loin d’avoir complètement triomphé, même dans la démocratie considérée comme la plus avancée de la planète.

Si la France a, quant à elle, proclamé la Déclaration des Droits de l’Homme, cela ne l’a pas empêchée d’écraser, dans le sang, la volonté d’indépendance du peuple d’Haïti, encore moins d’arrêter et d’exiler jusqu’à sa mort, ce digne fils du monde noir, qu’a été Toussaint LOUVERTURE. La Déclaration des Droits de l’Homme ne concernerait-elle que l’homme blanc uniquement et non point l’homme noir ?

En s’arrêtant sur le premier cas considéré, on observe qu’il a fallu près de 100 ans, pour que la devise : « Liberté-Egalité-Fraternité » soit inscrite au fronton des édifices publics. La proposition faite par Robespierre, dès 1790 est rejetée.

Ni l’Empire, ni la Restauration, ni le 2nd Empire n’ont corrigé cette anomalie. Il a fallu la IIIe République (14 Juillet 1880), pour que ces notions soient, enfin, adoptées, malgré le combat d’arrière-garde de ceux qui voulaient remplacer le mot « Fraternité » par celui de « Solidarité ».

Quant à la colonisation, elle n’en a pas moins poursuivi son bonhomme de chemin. L’Algérie est conquise en 1830, l’AOF, à partir de 1854 et le processus de mise en place de l’AEF, amorcé à partir de 1891. Un Décret du 30 Novembre 1887, portant institution de l’indigénat et du travail forcé a bien été proclamé.

Une justice dite indigène a été instituée et applicable aux sujets dits français, par les Décrets des 10 Novembre 1903, 16 Août 1912, 26 Mars 1914 et 3 Décembre 1931.

Le même colonisateur, qui se définit, pourtant, comme « la patrie des droits de l’homme », a été responsable des massacres de Thiaroye, en Décembre 1944, des 100 000 morts de Madagascar en 1947, des répressions féroces déclenchées en Indochine, à Dimbokro, Séguéla, au Cameroun, en Algérie et ailleurs, contre des combattants de la liberté. Nous savons, même, aujourd’hui, que bien avant ces évènements, Montesquieu, figure, pourtant emblématique du siècle des Lumières, a bel et bien a déclaré que « l’esclavage était déplorable, mais nécessaire » et que Voltaire, Apôtre de la tolérance a, lui aussi, investi une partie de ses revenus dans la traite négrière.

Dans un travail récent intitulé : « Du racisme français », Mme Odile TOBNER a écrit des pages surprenantes sur la vision, que beaucoup de figures emblématiques de la classe intellectuelle et politique d’un pays comme la France, portent sur les Noirs.

Elle cite Hélène Carrère D’ENCAUSSE, Alain FINKIELKRAUT, Saint-Simon, BOSSUET, RENAN, Jules FERRY, Teilhard de CHARDIN, Albert SCHWEITZER, le Général De GAULLE et Nicolas SARKOZY.

On pourrait en dire de même, en ce qui concerne l’histoire du Portugal, celle de la Grande-Bretagne, de l’Espagne, des Pays-Bas, de l’Allemagne, de l’Italie, ou de la Turquie.

C’est, sans doute, pour cela qu’après la proclamation du Manifeste Ouvrier de 1848, à l’initiative de Karl Marx et de Friedrich Engels, leurs héritiers eurent, entre autres raisons, beau jeu d’opposer une démocratie dite prolétarienne à une démocratie dite bourgeoise, une démocratie politique, économique et sociale à une démocratie purement politique et formelle. Depuis, le concept s’est enrichi, par sédimentations successives, au cours de son itinéraire historique, avec l’introduction :

  de la presse, des partis politiques et des syndicats ;

  du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, grâce au combat des opprimés, à l’action de la Société des Nations et à celle du Président Wilson ;

  des revendications du Mouvement Féministe qui vit le jour, de manière significative, au début du 20e siècle :

  de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, de 1948, après les épreuves que le monde a vécues, avec le fascisme, le nazisme et le militarisme ;

  de la décision des pays d’Europe Occidentale, sous la houlette de Georges BIDAULT et de Paul Henri SPAAK, de proposer le statut du Conseil de l’Europe, signé le 5 Mai 1949, visant à créer une Assemblée composée de Parlements nationaux, disposant d’un pouvoir consultatif, parlements attachés nécessairement à la démocratie libérale et au pluralisme politique ;

  des objectifs du Traité de Rome de 1957, affirmant que l’Europe sera pacifique et démocratique, principes au nom desquels, la participation de la Turquie à ce traité avait, d’ailleurs, été écartée ;

  de la signature de la Convention Européenne des Droits de l’Homme, adoptée le 04 Novembre 1950 par le Conseil de l’Europe, Convention qui ne sera, en définitive, signée qu’en 1975, soit 25 années plus tard, sous le titre d’Acte Final d’Helsinki, de la conférence sur la sécurité et la coopération, qui aborde dans sa troisième Section, des normes concernant le respect des Droits Humains et celles relatives aux questions humanitaires ;

  de la fin des empires coloniaux entre la fin des années 1940 et 1975, en gros ;

  du pacte international relatif aux Droits Economiques, Sociaux et Culturels, entré en vigueur, le 3 Janvier 1976.

  de celui relatif aux Droits Civils et Politiques et le protocole facultatif s’y rapportant, entré en vigueur le 23 Mars 1976. Ces deux instruments juridiques internationaux d’une importance aussi capitale, n’ont, pourtant, à ce jour, été signés par certaines grandes puissances non africaines, de surcroît, membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU, contrairement aux Etats du continent.

  La Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples adoptée en Juin 1981.

  de la décision du Commonwealth de suspendre de ses rangs, tout régime coupable de coup d’Etat ou d’atteintes graves ou massives aux droits humains. L’Union Africaine, l’Organisation Internationale de la Francophonie, les Etats-Unis, l’Union Européenne et l’Organisation des Nations-Unies adoptent la même position.

  de la création, par l’Organisation des Nations-Unies, d’une Commission transformée, ensuite, en Conseil des Droits de l’Homme chargé de veiller, au niveau des Etats, sur les prérogatives attachées à la personne, dans le cadre de l’exercice de la démocratie et de l’Etat de droit et celle d’un Comité contre la torture et les traitements dégradants.

Dans le mouvement ainsi déclenché, les revendications des handicapés, des personnes âgées, des jeunes, des pauvres, des catégories vulnérables, des immigrés, le combat pour la promotion d’un nouvel ordre économique mondial revendiqué dans les années 70 et celui d’un nouvel ordre mondial de l’Information et de la Communication, brandi au sein de l’UNESCO dans les années 80, la revendication de démocratisation des relations internationales, celle d’une bonne gouvernance, l’entrée en scène de l’idéologie des droits humains, ont eu pour conséquence, l’élargissement du champ conceptuel de la démocratie.

Sont venus s’y ajouter, l’écologie militante, aspirant à faire de la qualité de la vie, un droit humain, la notion de Société Civile, celle de genre, les revendications des homosexuels, l’affaire dite du foulard islamique, la notion de communautarisme, les combats pour l’identité et la diversité culturelles, le vote des étrangers, etc., etc. La liste est loin d’être complète.

Récemment, la dénonciation de la notion de fracture numérique, à l’heure de la société du savoir et de la communication, celle de fracture agricole, liée à la question des subventions agricoles versées aux fermiers occidentaux, les règles imposées par l’OMC, la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International et les autres bailleurs de fonds, en usant de la loi

du plus fort et en exploitant la détresse économique des pays pauvres, ont complexifié le phénomène.

Il y a, à peine, quelques années, le Premier Ministre français, Lionel JOSPIN, avait fixé la place des femmes dans les instances de décision, à 30%, parce que le nombre de élus du sexe féminin n’était que de 12% à l’Assemblée Nationale et moins de 6% dans les Mairies, dans son pays. Tout récemment, il a été constaté que dans la Présidence des Conseils d’Administration des sociétés européennes, on ne comptait, en 2007, que 24% de femmes en Norvège, 22% en Suède, 7% en France et 0% au Portugal.

Dans nombre de pays européens, comme la France et la Suisse, le vote des femmes ne date que bien après la seconde guerre mondiale. Le texte de 1848 instituant le suffrage universel ne concernait, dans le premier Etat cité, ni les femmes, ni les sujets français. Dans ce pays, le Sénat a rejeté l’idée du droit de vote des femmes, en 1919, après une guerre, où elles avaient, pourtant, joué un rôle économique majeur, en occupant dans les usines, les postes de travail laissés vacants par les hommes, partis au front. Ce droit est, pourtant, effectif dans un pays musulman comme la Turquie, depuis 1934.

La preuve est, donc, faite :

que le mouvement est loin d’être terminé et qu’il n’existe pas une démocratie modèle, vierge de toute critique, mais bien, des démocraties, dont chacune, a sa grandeur et ses faiblesses, ses limites et ses insuffisances et, quelquefois même, ses contradictions insoutenables. On serait même tenté de dire que la démocratie apparaît, hélas, à tort, comme un supermarché dans lequel, chaque pays, chaque peuple ne vient chercher que ce qui l’intéresse, parce que nul n’est obligé de tout acheter. L’Afrique moderne n’a, donc, aucun complexe à nourrir sur cette thématique dans laquelle, on veut nous faire croire, qu’elle ne s’est impliquée en toute souveraineté, qu’après la domination coloniale et néo-coloniale. Cela est faux.

S’agissant des civilisations noires, il faut, dès l’entame, rappeler que, le monde négro-africain est, dans l’état actuel des connaissances, celui qui peut se réclamer de la plus ancienne histoire dans la trajectoire plurimillénaire de la très longue aventure humaine.

C’est en Afrique qu’on situe le berceau de l’humanité. C’est, aussi, sur son sol, que se sont développées toutes les différentes phases du processus d’hominisation.

Les mouvements Pan-noirs du 19ème et du début du 20ème siècles, avec, notamment, FIRMIN et MORTILLET et, avant eux, Volney et Blyden ont attiré, très tôt, l’attention

sur les fastes de l’Egypte pharaonique, de l’Ethiopie Antique et de bien d’autres, sur l’éclat que l’humanisme du Soudan Nigérien a développé du 8ème au 16ème siècles, notamment.

Sans revenir sur les débats inutiles relatifs à ce patrimoine, je voudrais, simplement, rappeler qu’il n’existe pas, dans le monde, de civilisation parfaite.

Toutes les civilisations, qu’elles soient d’Europe, d’Amérique, d’Asie, d’Océanie ou d’Afrique, ont leur part de grandeur et de faiblesse.

Il ne s’agit pas, non plus, de glorifier notre passé, en occultant ses insuffisances. Une telle attitude serait une forme de narcissisme et un outrage inqualifiable aux exigences de la vérité historique. Il n’est pas question, enfin, d’ériger quelques cas isolés en règle générale. Les sociétés négro-africaines, comme toutes les autres sociétés, n’ont, jamais, été totalement homogènes, encore moins exemplaires, à tous les points de vue.

Mais, elles ont, incontestablement, malgré certaines faiblesses, apporté une contribution majeure à l’histoire de la démocratie et des droits humains, qu’il est temps d’évoquer sur la base d’un débat exhaustif et serein.

Procéder à un tel exercice est d’autant plus nécessaire, que Cheikh Anta DIOP nous a appris l’importance fondamentale que « les dimensions philosophique, historique et culturelle » occupent, à côté de la dimension économique, dans le processus de développement d’un pays, et dans ses rapports avec les autres nations.

Le combat pour la Renaissance africaine élève une telle démarche au rang d’un impératif capital et d’une exigence vitale, si nous voulons être présents dans les sphères élevées « où se scelle le destin du monde ». Je rappelle que la civilisation égyptienne a donné à la civilisation de l’humanité, 5000 années d’éclat, marquées par des réalisations incomparables dans tous les domaines de l’activité humaine.

C’est en Afrique, qu’on a trouvé, sur un sarcophage royal, cette inscription pleine d’humanisme : « Je n’ai pas fait pleurer. Je n’ai fait de souffrance à personne ».

C’est, encore, en Afrique qu’on a découvert, dans le Livre des Morts, cette déclaration, expression d’une philosophie morale et politique admirable : « Il a donné du pain aux affamés et de l’eau à ceux qui avaient soif. Il a vêtu celui qui était nu ». Cela se passait 1 500 ans avant Jésus Christ. En 617, lorsque le Prophète Mohammad (PSL) décide d’envoyer en Abyssinie, une communauté arabe de la Mecque, pour la soustraire à l’ostracisme et aux persécutions Koraïchites, illustration parfaite d’une absence de préjugés, d’une volonté de dialogue islamo-chrétien et exemple admirable d’ouverture et de tolérance, il fonde son choix sur le fait qu’il existe là-bas, un roi appelé Nadjachi, qu’il décrit, lui même, comme : « un roi juste, qui ne fait de mal à personne ».

Pourtant, malgré cet héritage humaniste plurimillénaire, le monde occidental disait, au début des années 80, qu’il n’y avait que trois démocraties validées par l’Occident en Afrique, contre trente régimes militaires ou à parti unique.

Entre 1989 et 1997, on a décompté trente élections dans les 46 Etats de la seule Afrique au Sud du Sahara, par exemple. Depuis, ce nombre n’a cessé de croître.

Après la Déclaration de Windoek en 1991, le continent a connu une explosion médiatique, dont on ne trouve l’équivalent dans aucun autre continent, si on juge en termes de journaux créés, de liberté de ton, de radios et de télévisions privées autorisées.

Cela veut dire quoi ? Qu’autant nous sommes convaincus que la démocratie est le meilleur régime politique, autant nous devons être tout aussi convaincus que nous sommes sur la bonne voie et que nous devons continuer d’avancer à notre propre rythme par rapport à nos besoins et à nos réalités, en ayant le souci constant de toujours mieux faire, mais sans complexe aucun, je le répète à dessein.

Un constat s’impose à nous. Il n’y a pas une seule voie, mais des voies plurielles, même si ce régime politique demeure, de l’avis de tous, le meilleur auquel, les peuples doivent aspirer. Il est donc temps, que dans notre marche en avant, nous explorions de nouvelles voies, que nous interrogions d’autres sagesses, d’autres civilisations, d’autres cultures pour enrichir le concept démocratique, afin de contribuer à le sortir des pesanteurs négatives de son héritage européen originel.

Je suis, pour ma part, fondé à croire que, c’est sur des legs historiques des autres aires culturelles accumulés, depuis des millénaires, dont on trouve trace, aussi bien dans les anciens royaumes de Nubie, de Méroé, des peuples de la Mésopotamie, des Hébreux, des civilisations de l’Inde Antique, de la Chine Ancienne, que la Crète, la Grèce Antique et Rome ont pris exemple, pour avancer dans la voie de l’humanisme, dont la démocratie est l’une des expressions les plus élevées.

C’est, également, sur ce patrimoine, que le Royaume précolonial du Mandé a, lui aussi, bâti un humanisme élevé, dès le 13ème siècle, constituant une contribution majeure à la civilisation de l’Universel et une étape décisive dans l’histoire de la démocratie à l’échelle mondiale.

Je rappelle à ceux qui ne le savent pas, encore, que, dès 1236, c’est-à-dire, presque en même temps que la Magna Carta (1215), les Représentants de l’Empire du Mali et leurs alliés, réunis à Kurukan Fuga, situé dans l’actuel Cercle de Kangaba, en République du Mali, avaient, au lendemain de la bataille de Kirina, adopté une Charte de 44 Articles, destinée à organiser la vie en commun, au sein du Mandé, entre membres d’une même communauté, pour conjurer la guerre, instaurer la stabilité et la paix, promouvoir la prospérité, la justice et le bien-être au profit de tous, dans le respect mutuel, la participation responsable, la solidarité et la compréhension mutuelle.

A titre d’exemple, cette Charte prescrivait, en son article 5 : « Chacun a droit à la vie et à la préservation de son intégrité physique » et ce, dès le XIIIe siècle.

L’Article 6 disait que : « Pour gagner la bataille de la postérité, il est institué le Konghen Wolo », qui est un mode de surveillance collective pour lutter contre la paresse et l’oisiveté.

Ainsi, le respect de la dignité humaine se prolongeait sous la forme d’une action commune contre le parasitisme. Le travail, étant facteur de libération et de valorisation, était, donc, une obligation pour tous. L’humanité actuelle n’a pas, encore, intégré, partout, ce paramètre majeur dans sa stratégie de développement.

Pour prévenir les conflits, gérer, réguler et pacifier les relations sociales, l’Article 7, stipulait : « Il est institué entre les Mandenkas, le Sanankuya, c’est-à-dire le cousinage à plaisanterie ». C’était un mécanisme de régulation des antagonismes et des inégalités de condition, de statut, de richesse, de sexe, d’âge, pour lubrifier les rapports et instaurer une fraternité ambiante.

Le même Article ajoutait : « Entre beaux-frères et belles-sœurs, entre grands-parents et petits enfants, tolérance et chahuts doivent être le principe ». Il y a, là, l’expression d’une civilisation du sourire et du rire, manifestation d’une culture de paix, d’ouverture, de gaieté et de convivialité.

L’Article 9 faisait de « l’Education, un droit pour tous et un devoir pour la société ». Ce, ne l’oublions pas, dès le XIIIème siècle. Combien de sociétés, de nos jours, ont fait de cette aspiration, une réalité ? Combien, a-t-il fallu de sang et de larmes, pour atteindre pareil objectif ?

La puissance paternelle était une propriété collective partagée par tous, au nom d’une éthique de co-responsabilité, alors que dans de nombreuses sociétés contemporaines, comme celle de notre pays, cette problématique n’a pas encore trouvé de solution définitive.

Les droits de la femme et leur respectabilité étaient, non seulement garantis (Article 14), mais leur intégrité physique, également, en tant que sœur, mère et épouse, par l’interdiction de châtiments corporels sur une femme mariée (Article 15).

Leur accès aux centres de pouvoir et de décision était consacré par l’Article 16, alors que la notion de genre est toute récente et peine, encore, à faire valoir ses droits.

Bien entendu, la solidarité entre tous devait être le credo majeur de la société du Mandé, aux termes de l’Article 30.

Les droits humains s’étendaient jusqu’ à la protection des esclaves. L’Article 20 disait, en effet : « Ne maltraite pas les esclaves. Accorde-leur un jour de repos, par semaine et fais en sorte qu’ils cessent le travail à des heures raisonnables. On est maître de l’esclave et non du sac qu’il porte ». Un Grec, du temps de Périclès, aurait bondi d’indignation.

L’étranger, aussi, était protégé, aux termes de l’Article 24 qui stipulait : « Ne faites, jamais, de tort aux étrangers ». Il y a, là, une valeur consubstantielle à la culture noire, que la notion de Téranga sénégalaise a essayé de formaliser dans notre espace sénégambien.

Dans le même ordre d’idées, tout Ambassadeur bénéficiait d’une immunité, puisque l’Article 25 prescrivait : « Le Chargé de Mission ne risque rien au MANDEN ».

La convivialité, les règles de civilité étaient exaltées, de même que le sens de l’honneur et le droit de chacun à sa dignité. Dans la Charte du Mandé, la dignité était, en effet, élevée au rang d’un impératif capital, d’une valeur suprême.

L’article 41 prescrivait : « Tuez votre ennemi. Ne l’humiliez pas ». La vie était tellement sublimée, qu’en plus de l’Article 5 déjà cité, l’Article 36 déclarait : « Assouvir sa faim n’est pas du vol, si on n’emporte rien dans son sac ou sa poche ».

Dès le 13ème siècle, des prescriptions et une organisation appropriée étaient mises sur pied, pour préserver la biodiversité. L’article 37 disposait, en effet, que : « Facombé est désigné Chef des chasseurs. Il est chargé de préserver la brousse et ses habitants, pour le bonheur de tous ».

Enfin, l’Article 42 mentionnait, expressément, le devoir réciproque de tolérance, en indiquant : « Tolérez-vous, les uns les autres ». C’est cette culture, fondée sur des valeurs élevées, des droits humains incontestables, des principes tirés de la société négro-africaine et de l’Islam, qui a inspiré le jurisconsulte Ahmed BAKHAYOKHO, lorsqu’il fit des remontrances publiques à l’Askia ISHAQ, coupable d’avoir violé les droits du peuple Sonraï, au 16ème siècle.

Ce fut, au nom des mêmes valeurs, que Thierno Souleymane BAL institua, au Fouta, au 18ème siècle, la règle de l’alternance obligatoire dans l’exercice de tous les pouvoirs, y compris de l’Imamat, après deux mandats, pour, dit-il, éviter tout accaparement de cette fonction par la même famille et écarter, ainsi, toute notion de dynastie religieuse. Société d’opinion publique, l’Afrique précoloniale a, en plus, incontestablement, donné naissance à des partis politiques, au sens propre du terme. On peut tout autant y mentionner l’existence du droit de réunion, du droit d’association, du droit d’expression, du droit de conscience, tout cela à travers une vision structurante de la société aussi éloignée des antagonismes sectaires que d’une assimilation mécanique à un unanimisme nivelant.

Cet attachement aux valeurs humanistes ne constitue pas un acte isolé. Il était l’expression d’une culture démocratique authentique. Il constitue, indubitablement, la preuve que « Les Lumières » ont pris naissance en Afrique, dès le XIIIe siècle, au moins. Il y a, là, une idée forte, que j’ai développée depuis trois ans, au moins.

La démocratie que l’Afrique précoloniale avait conçue et mise en œuvre avait, en plus, ceci de particulier, qu’elle posait, comme je l’ai écrit ailleurs, « les antagonismes dans un double rapport, à la fois, de différence et de dépassement de la différence, créant, ainsi, le mode idéologique et opératoire d’une société qui, non seulement se vivait dans le pluralisme, mais se pensait, également, ainsi et par là, se libérait de ses déterminismes originels, négatifs ou paralysants ».

Je rappelle, comme il m’a été donné de l’indiquer ailleurs, que dans le Royaume du Walo, lorsque l’Assemblée du peuple considéra que le Brack (roi) Bar Tiaka avait laissé sa sœur, la Linguère Diambourguel, fouler au pied, les droits du peuple, incarnés par les badolo, elle n’hésita pas à soutenir une révolte populaire contre lui, à le destituer, le contraignant à l’exil. Loin de s’arrêter là, elle imposa sa volonté à son remplacement, Yérim Mbagnick.

On peut en dire autant, dans le Cayor. Dans ce dernier Royaume, l’élection était la norme. C’est l’Assemblée des électeurs, qui réunie à Diamatil, départageait les prétendants.

Dans ce que Cheikh Anta appelle le Conseil de Gouvernement du même Royaume, toutes les catégories sociales étaient représentées. Le Président élu par les Diambour ou Guer était le Diawrigne Mboul. Les gnégnos, appartenant à la population libre, exerçant des métiers manuels ou artisanaux, étaient représentés par le Lamane Diamatil, le Bataloupe Ndiob et le Badié Cateigne. L’Islam, loin d’être exclu du pouvoir, était représenté par l’Imam de Mbal et le Serigne du village de Cobe.

Chose inimaginable dans la culture grecque et dans celle du monde occidental, les esclaves étaient représentés par le Diawrigne Mboul Gala. Il en allait de même pour les tiédos.

Une culture des droits humains s’était tellement ancrée dans les consciences, que, lorsque Daou Demba a voulu maltraiter le peuple, en essayant de l’humilier, le philosophe le plus célèbre du Royaume, Kothie Barma, exerçant les fonctions de Lamane Diamatil, se dressa contre lui, lui tint tête, obtint sa destitution et le contraignit à quitter le pouvoir et à s’exiler.

Ce qui était significatif, c’est qu’au cours de ce bras de fer, le peuple chargea une délégation d’aller trouver le roi, pour lui dire : « Au nom de tous, qu’ils ne voulaient plus lui obéir, qu’ils ne le reconnaissaient plus comme leur Chef et que s’il ne voulait pas se retirer, de bonne grâce, ils allaient le tuer ».

Heureusement qu’à côté de Daou Demba, le Cayor eut des rois comme Madior, philanthrope, pacifiste, humaniste, artiste (il introduisit le Xalam, instrument de musique, au Cayor), intelligent, sage, doux, aimant la compagnie des intellectuels, comme Kankou Moussa ou l’Askia Mohammed. Il existait, également, dans l’espace sénégambien, des espaces d’accueil et de refuge, des lieux d’asile, qui conféraient protection et immunité à la personne et à la vie de tout être humain, qui y mettrait les pieds. C’était le cas de l’Université de Pire en Sénégambie.

Dans cet espace géopolitique, que nous connaissons parfaitement à travers les chroniqueurs portugais (Valentine FERNANDEZ, Duarté PACHECO, etc.), hollandais, anglais, français ou arabes comme Al Idrissi, Al Bakri, Ibn Batouta, Ibn Khaldoun, Léon l’Africain ou bien des explorateurs comme René CAILLE ou, encore, à travers des récits émanant de témoins occulaires, rassemblés par GOLBERRY, le Père LABBAT, Mongo PARK, MOLLIEN, etc., les institutions et les formes d’organisation politique, prouvent la permanence d’une certaine idée de l’homme.

Au milieu du XIXème siècle, l’Abbé BOILAT a dressé une fresque de la société sénégambienne, par exemple, telle qu’elle fleurissait dans la ville côtière de Saint-Louis du Sénégal et dans certaines escales établies sur le cours du fleuve Sénégal.

Une idée principale domine dans la plupart des récits qui nous ont été laissés. La société précoloniale ne connaissait, presque, pas le racisme. Ce fut, d’ailleurs, à cause de cela, entre autres facteurs, que leurs secrets les plus intimes, y compris ceux stratégiques, ont été découverts par les étrangers européens présents sur les comptoirs, favorisant, ainsi, la pénétration et la conquête coloniale.

En règle générale, aucune race, aucune ethnie, aucune catégorie sociale n’y faisait presque jamais l’objet d’une discrimination institutionnellement consacrée, y compris dans les sociétés structurées en ordres, injustement appelées castes. Il en était de même de la xénophobie et de l’intolérance. Il existe, certes, des exceptions, mais elles affectent peu le tableau qui vient d’être décrit.

C’est au nom des principes que voilà, que ces sociétés avaient élaboré tout un Code de l’Etranger, fondé sur le devoir et le droit d’asile, d’accueil, de logement, de nourriture, d’assistance humanitaire, ainsi que le droit et le devoir de sécurité, de protection de l’étranger, de ses biens, de sa santé, jusqu’au droit et au devoir relatifs à son enterrement et à l’organisation de sa succession en cas de décès.

Toutefois, les droits de l’exilé, du réfugié, de l’envoyé ou de l’étranger étaient compensés par certains devoirs, dont celui de discrétion, de bonnes vies et mœurs et d’humilité, par exemple ». Dans la ville de Tombouctou, que décrit Léon l’Africain, l’intégration des populations était presque totale.

Dans les chroniques que nous a léguées la tradition orale, en Afrique de l’Ouest, on ne trouve, à ma connaissance, presque nulle part, trace de pogroms, d’exclusion, de relégation xénophobe, de mépris ou d’intolérance affichés, même là où des espaces particuliers ont été aménagés pour certains étrangers à des fins de sécurité.

L’étranger y demeure une valeur, un privilège, un honneur qui se mérite et dont on tire fierté. Accueillir un étranger prouve chez celui qui le fait, sa sociabilité, son ouverture, ses bonnes manières, ses mœurs raffinées, sa disponibilité, sa générosité, son sens du partage, celui de l’hospitalité, sa foi en l’homme, son amour du prochain, sa confiance dans la fraternité du genre humain, sans considération de race, de classe ou d’appartenance religieuse, ethnique, culturelle ou politique.

Ce fut avec le système colonial, que des quartiers furent l’objet d’une ségrégation entre Blancs et Noirs, avec des zones affectées aux autochtones et d’autres à leurs conquérants.

C’est le cas du Point G de Koulouba, dans l’actuel Mali actuel, ou bien, celui du Plateau, aussi bien à Dakar qu’à Abidjan, au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Il faut, donc, reconnaître que le racisme, la discrimination, la xénophobie, l’intolérance, sous leur forme et leur signification actuelles, ont été, pour l’essentiel, des produits d’importation coloniale, qu’on a réussi à imposer par le Droit, l’Education, la Culture, le Travail et le Mode de vie, à des sociétés au sein desquelles, ces fléaux étaient, sinon inconnus, du moins, fortement maîtrisés par une autocensure individuelle et collective, des mécanismes de régulation, d’intégration et de compensation ou par une répression morale ou sociale omniprésente. L’un des traits de caractère les plus décriés chez un homme ou une femme était le défaut de xénophobie, marque, par excellence, de l’asociabilité. Une telle accusation condamnait la femme ou l’homme qui en était affecté, à un célibat durable et quelquefois, total.

De tout ce qui précède, il ressort, que la race noire a donné à l’humanité et à l’histoire, des idées politiques, des preuves éloquentes de sa noblesse, de sa grandeur, de son génie inventif, de son humanisme sincère et profond. La notion de souveraineté du peuple, celle d’une culture des droits de l’homme, celle de participation de la communauté aux décisions la concernant, tout autant que celle d’un leadership courageux et d’une bonne gouvernance, y sont largement attestées, ainsi que des institutions parlementaires et la pratique du vote.

Dans « les Noirs d’Afrique », Maurice DELAFOSSE, Professeur à l’Ecole Coloniale, Ancien Gouverneur des Colonies, qui a procédé à une étude exhaustive de l’Histoire africaine, sur la longue durée, si chère à Braudel, en porte témoignage, en connaisseur convaincu, malgré tous les préjugés qui avaient formaté sa pensée : « …Les peuples qui ont organisé des Etats, comme l’Empire de Ghana, le Royaume de Diarra et de Sosso, comme l’Empire Mandingue, les Empires Mossi, l’empire d’Abyssinie, l’Empire du Soudan, qui ont produit des Hommes d’Etat, comme le Mansa Congo Moussa, comme l’Askia Mohamed, des Conquérants, même, comme Ousmane Dan FODIO ou El Hadji Omar, des Savants et des Lettrés, qui ont réussi, sans l’aide de dictionnaires, ni d’une langue véhiculaire quelconque, à posséder suffisamment l’Arabe, pour le comprendre à livre ouvert et l’écrire correctement , former des idiomes, dont la souplesse, la richesse et la précision font l’étonnement de tous ceux qui les étudient, sont, incontestablement, des hommes capables d’évaluer sur la planète, au même titre que les autres hommes ».

J’aurais pu ajouter que, c’est un pays africain, l’Afrique du Sud, qui a inventé la notion de société arc-en-ciel et institué une Commission Réconciliation et Vérité, destinée à solder les comptes, dans les cas de violations massives et durables des droits humains.

On peut, aussi, signaler que la Constitution nigérienne aménage des espaces de protection des minorités, pour leur participation au pouvoir ; ou bien la transition démocratique exemplaire intervenue au Sénégal en 2000 ; le nombre important de femmes siégeant dans un gouvernement en Afrique du Sud (21 sur 48). La Vice-Présidente de Tabo MBEKI, MLAMBO NGOUKA PHUMZILE était une femme et celle de MOTLANTE s’appellait Mme BALEKA MBOTE. A l’Assemblée Nationale du Rwanda, les Députés du sexe féminin représentent 49% ; la décision de l’Union Africaine d’instaurer la parité Homme-Femme, suivie en cela par le Sénégal et le Zaïre ; la Constitution sénégalaise de Janvier 2001, celle du Bénin, du Mali, du Ghana et, tout récemment, de la Mauritanie, etc., etc. ; la liste proportionnelle du PDS aux élections législatives de 2007 qui a été, au Sénégal, intégralement géminée.

N’est-ce pas l’Afrique, qui a décidé de faire de sa Diaspora, à l’Union Africaine, la 6ème Région du continent, par souci d’intégration et de participation ?

N’est-ce pas la Constitution du Sénégal, qui a accordé aux femmes, le droit à la terre ?

Alors que certains pays occidentaux ne commencent à s’intéresser à la participation de leurs nationaux de l’Extérieur aux Assemblées Parlementaires que maintenant et se demandent si les jeunes âgés de 18 ans doivent pouvoir être élus Députés, des pays africains comme le nôtre, ont conféré à leurs citoyens de l’Extérieur et aux jeunes ayant atteint la majorité, l’accès à l’Assemblée Nationale. Les premiers sont, aussi, éligibles au Sénat.

Le même pays a instauré le vote des militaires, élargissant, ainsi, la citoyenneté à des catégories qui en étaient exclues.

Bien avant nombre d’Etats occidentaux, ceux d’Afrique ont introduit la biométrie dans le système d’identification de l’électeur, la carte nationale d’identité et la carte d’électeur numérisées. Nombre de pays africains ont, en outre, décidé la publication sur Internet, de l’ensemble de leur fichier électoral. Dans un pays comme le Sénégal, la presse indépendante a même le droit de publier, en direct, les résultats sortis des urnes et ce, bien avant les Services du Ministère de l’Intérieur.

Tout le monde sait, que la mode du recours à des observateurs étrangers et indépendants, pour surveiller les élections s’est très largement imposée aujourd’hui dans le paysage politique africain. Je passe sur la création, partout, de Commissions Electorales Indépendantes (CENI) et de Commissions Electorales Nationales Autonomes (CENA).

J’aurais pu en dire, de même, du rôle grandissant joué par la Société Civile dans la vie de la cité et dans la gestion des structures qui viennent d’être rappelées. Nous savons’ également, tous que la pratique du recours à l’encre indélébile, pour éviter les votes multiples et juguler la fraude est, de nos jours, largement attestée.

Il en va de même, du financement des partis, du financement de la presse, tout comme de la création d’instances de régulation de l’information chargées de sauvegarder le pluralisme des opinions et l’égal accès à tous les médiats publics et privés.

Dans un pays comme le Sénégal, on a été plus loin que maints Etats des autres continents, en inscrivant dans la Constitution, le Statut de l’Opposition, le droit de manifestation et l’ensemble des autres normes juridiques internationales, garantissant les libertés démocratiques et fondamentales de toutes les catégories sociales des deux sexes, y compris les instruments juridiques de dernière génération.

On pourrait, dans le même esprit, évoquer l’élection, en Afrique, d’une femme à la Présidence de la République du Libéria, où une Présidente Intérimaire nommée RUTH PERRY était déjà en fonction, sans parler des nombreuses candidatures féminines, qui se manifestent, partout, dans les plus hautes magistratures.

Tout cela s’inscrit, parfaitement, dans le rôle déterminant joué, jadis, par les Amazones du Dahomey précolonial, les commerçantes du Togo, de Goald Coast, les femmes de Saint-Louis, de Thiès, de Dakar, du Nigéria, du Soudan, de Guinée, du Congo, d’Afrique du Sud, etc, etc., ainsi que toutes celles impliquées dans tous les mouvements de résistance anticoloniale et dans ceux du nationalisme africain. C’est, enfin, l’Afrique qui a mis sur pied un mécanisme de revue par les pairs.

Il découle de tout ce qui précède, que la démocratie n’est pas une notion étrangère au monde noir, pas plus, au demeurant, que les droits humains et la bonne gouvernance.

L’origine des Lumières ne réside pas, non plus, on le voit, en Europe, seulement. Les Lumières sont nées en Afrique, aussi, dès le Moyen-Âge européen, avant de se manifester dans les autres continents. C’est la domination coloniale et ses fondements philosophiques qui ont caché cette réalité aux peuples africains et au reste du monde.

Enfin, on a, jusqu’à présent, occulté le rôle fondamental que les soldats africains ont joué, au cours des deux dernières guerres mondiales, au nom de la liberté, de la démocratie, contre l’oppression et la domination. Dans ce domaine, ils comptent, incontestablement, parmi les acteurs, les plus décisifs, de la défaite du fascisme, du nazisme et du militarisme.

Il ne faut pas se lasser de le répéter : l’appel du 18 Juin 1940 du Général De Gaulle, était, d’abord et avant tout, un appel à l’Afrique. L’Asie était lointaine et incertaine. Les Antilles et la Guyane n’ont jamais été un réservoir humain important.

Dans les faits, c’est d’Afrique, qu’est venu le premier soutien significatif au projet de France Libre du Général DE GAULLE, à travers la prise de position, dès Juillet 1940, du Gouverneur noir Félix EBOUE, exerçant au Tchad.

Ce fut à Dakar, qu’il tenta, sans succès, de se créer, en Septembre 1040, une base territoriale, pour donner à ses ambitions politiques, une légitimité historique, aux fins de la libération de la France.

Ce furent de Brazzaville, qu’ont été signées les Ordonnances N° 1 et 2, portant, respectivement, institution du Conseil de Défense de l’Empire et composition du même Conseil, le 27 Octobre 1940, Brazzaville, dont De GAULLE, lui-même, dira qu’elle fut, pendant les terribles années de l’occupation : « le refuge de notre honneur et de notre indépendance et qui restera l’exemple du plus méritoire effort français ».

Ce fut en Afrique, qu’eut lieu la rencontre entre ROOSEVELT, DE GAULLE et CHURCHILL, en Janvier 1943, à Anfa, au Maroc ; que fut installé, à Alger, le 03 Juin 1943, le Comité Français de Libération Nationale ; que le Chef de la France Libre eut son premier bain de foule, en Avril 1943, à Fès et dans le Moyen-Atlas ; que fut créée l’Assemblée Consultative Provisoire, à Alger, le 17 Septembre 1943 et que cette institution tint sa première séance, le 03 Novembre 1943 dans la même ville.

Ce fut en Afrique, que des Chefs militaires admirables, comme ROMMEL, MONTGOMERY, LECLERC, DE LARMINAT, KOENIG, etc., ont opéré pendant des mois ; qu’eurent lieu les combats de Bir Hakeim, Tobrouk, El Alamein, Koufra ; Ce fut grâce à l’Afrique, que le débarquement en Provence eut lieu, injectant, ainsi, 900 000 hommes, 170 000 véhicules et 04 millions de tonnes de matériel dans le conflit.

Les villes de Toulon et de Marseille, libérées par les armées venues d’Afrique, les forces allemandes abdiquant dans le Sud de la France, les unes après les autres, la marche vers Strasbourg et Paris signe la victoire définitive. Et, pendant l’été de l’année 1944, le Général DE GAULLE, lui-même, reconnaît que dans les troupes françaises, régulièrement constituées, engagées contre l’ennemi, « les deux tiers des éléments étaient constitués par des Africains ».

Les soldats noirs figurent, donc, en bonne place dans la galerie, si enviée des pères fondateurs du monde libre. Sans leurs sacrifices, l’histoire de l’Europe n’aurait, jamais, été ce qu’elle est, aujourd’hui.

Il est temps que nos livres d’Histoire et les politiques nationales des pays d’Afrique et de la Diaspora intègrent ces éléments capitaux, selon une approche afro-centriste, approche qui donnerait, parfaitement, raison à Aimé Césaire, lorsqu’il parle de : « ceux sans qui, la terre ne serait pas la terre ».

Il faut que cessent les complexes, le manque de confiance en soi, la peur d’être et de paraître dans un monde, où, désormais, tout est affaire d’image.

C’est une exigence de vérité. C’est un devoir de mémoire. C’est une mission patriotique. C’est une obligation panafricaine. C’est la condition du succès de la Renaissance Africaine, si vitale pour l’avenir des peuples noirs.

J’aurais pu citer la contribution intellectuelle admirable, dense, pertinente, que des Leaders noirs, comme Burgardt DUBOIS, Booker WASHINGTON, Marcus GARVEY, Henry Sylvester WILLIAMS, FIRMIN, Price MARS, Blaise DIAGNE, Dantes BELLEGARDE, Gratien CANDACE, Isaac BETON, Vilius GERVAIS, José MAGALHAENS, l’Officier Reyford LOGAN, Maître Alcide DELMOND et, avant eux, Madame KINNLOC, Mademoiselle COLENSO, le Révérend Alexandre WELTER, le Révérend Henry BROWN, Etienne MENTOR, Bénito SYLVAIN, l’Honorable Henry DOWNIN, Colridge TAYLOR, Maître LOUDIN, Maître ARCHER, Madame Jane COBDEN, UNWIN, Madame Anna COOPER, ont apporté à la lutte des noirs pour la liberté, la justice et la défense de leurs droits humains.

J’aurais pu rappeler que ce sont les successeurs de Toussaint LOUVERTURE, qui ont soutenu Simon BOLIVAR et ses compagnons, dans leur juste lutte pour libérer l’Amérique Latine de la domination coloniale. Une telle contribution n’a pas de prix.

J’aurais pu ajouter, que ce sont des centaines de noirs et de mulâtres originaires de Saint-Domingue, qui, en 1779, ont répondu présents à l’appel du Vice-amiral COMTE d’ESTAING, en s’enrôlant, au péril de leur vie, dans les rangs des armées de Georges WASHINGTON et en combattant pour l’indépendance des Etats-Unis, comme Toussaint LOUVERTURE et ses frères le firent entre 1791 et 1797, sur la terre noire d’Haïti. Ils comptent, incontestablement, parmi les acteurs de l’indépendance américaine et parmi les pionniers de la démocratie la plus avancée du monde.

Comment résister à l’envie de signaler que « c’est G.T. STEWARD, qui rapporte qu’au siège de Savannah, capitale de la Géorgie, les miliciens de couleur, fournis par Saint-Domingue, au nombre de 800, sauvèrent, d’un désastre certain, l’armée franco-américaine, en couvrant, héroïquement, sa retraite qui allait être coupée par le Lieutenant-colonel anglais MAITLAND », avant d’ajouter : « On peut, donc, dire que ces noirs et ces hommes de couleur, tant méprisés, aujourd’hui, ont contribué à faire avoir aux américains, le titre d’hommes indépendants et libres, qui leur est, aujourd’hui (c’était en 1921), contesté. Ils ont contribué à faire obtenir aux américains blancs, la libre possession d’une terre sur laquelle, le droit de cité leur est parcimonieusement accordé ».

C’est, certainement, en partant des prémisses que voilà, que dès 1885, Anténor FIRMIN n’hésitait pas à proclamer dans « De l’égalité des êtres humains », plus d’un siècle avant le fameux « I have a dream » du Pasteur Martin Luther KING : « N’est-il pas possible, avant cent ans, de voir un homme d’origine éthiopique appelé à présider le Gouvernement de Washington et conduire les affaires du pays le plus puissant de la terre, pays qui doit infailliblement en devenir le plus riche, le plus puissant par le développement agricole et industriel »

Il annonçait la suprématie des Etats-Unis d’Amérique sur les autres pays de la planète et l’accession à la magistrature suprême de Barack OBAMA avec, il est vrai, une petite marge d’erreurs. Je me résume, en rappelant :

1. que la démocratie est une notion polysémique. Il n’existe pas une démocratie, mais des démocraties

2. que, s’il est établi que la démocratie à la mode occidentale, est le meilleur régime du monde, il n’est pas exact de prétendre qu’elle est la condition sine qua non du développement. N’a-t-on pas vu, en Asie, notamment, mais aussi, en Amérique Latine et dans les pays du Golfe Persique, des dictatures, des régimes de parti unique et des monarchies autocratiques afficher un niveau de développement qui les place dans le peloton de tête au hit parade des pays les plus riches ?

3. qu’il n’existe, nulle part au monde, une démocratie parfaite.

4. que la démocratie dans les relations internationales n’existe pas encore.

Elle est un idéal à atteindre et non encore une réalité construite et partagée.

Ce sont, toujours, les grandes puissances qui font prévaloir leurs points de vue dans les institutions internationales de financement, tout comme à l’Organisation Mondiale du Commerce et ailleurs. Aux Nations-Unies, l’Afrique, bien que comptant 53 Etats, 1 milliard d’habitants et des ressources naturelles estimées à 1/3 des réserves mondiales, est exclue du Conseil de Sécurité, avec droit de Veto. La Cour Pénale Internationale semble n’avoir été conçue que pour juger certains africains, alors que les bourreaux de l’Apartheid et les complices du génocide rwandais ne sont nullement inquiétés.

5. Si les démocraties européennes les plus avancées doivent, encore, être améliorées, au plan politique, économique, social et culturel, malgré près de 2 500 ans d’expérimentation, nous n’avons, nous Africains, aucun complexe à nous faire. Continuons notre chemin, sans nous soucier du regard injustement tutélaire des autres.

Je sais bien que l’époque de la « mission civilisatrice » et de « l’assimilation », qui n’a en réalité jamais disparu, revient au galop, au nom d’un universalisme trompeur, sans que beaucoup d’africains en prennent conscience.

Qui aurait pensé, comme vient de le révéler l’historien français, Marc MICHEL, qu’en 1879, Victor HUGO, lui aussi, invitait l’Europe, dans un discours puissant, à se lancer à l’assaut de l’Afrique, sous le prétexte fallacieux, qu’elle n’appartenait, à cette époque, à personne ? Mais, ce qui n’a pas réussi au XIXème siècle, ni au XXe, n’a aucune chance de l’être. La volonté des peuples est partout et toujours invincible. Il n’est peut être pas inutile de rappeler à certains, que dans « l’esprit des lois », Montesquieu a insisté, avec force, sur la notion de relativisme politique, puisqu’il affirme, sans ambages, qu’il n’y a de société idéale, ni de modèle politique adéquat et parfait. Chaque civilisation a sa spécificité déterminée par sa géographie, sa culture, sa trajectoire historique et ses réalités économiques.

Il est temps que la planète toute entière se convainque, sans plus tarder, (si la culture démocratique dont elle se prévaut, est réelle et sincère), que les pays du Sud font partie, également, de l’humanité. Ils ont, eux-aussi, un droit sacré à l’indépendance d’initiative, de pensée et d’action ; un droit sacré au développement et au bonheur ; un droit sacré à la participation, à part entière, à toutes les instances, où se décide le destin du monde, dans le respect de leur identité et de leur diversité culturelles. Il découle de ce qui précède, que le combat pour la démocratie, comme celui pour le droit au développement, sont loin, très loin même d’avoir atteint tous leurs objectifs.

« Il faut, par conséquent, continuer de lutter, beaucoup lutter, toujours lutter, encore lutter », pour paraphraser la belle formule d’un sage africain. A présent que toutes ces balises sont posées, j’affirme qu’ il est parfaitement exact de dire, et je le répète, avec force, que la démocratie, la vraie, est, sans le moindre doute, le meilleur régime qui soit.

C’est pourquoi, nous devons nous battre, pour construire, ensemble et partout, une vraie démocratie, c’est-à-dire, une démocratie, qui soit, à la fois, politique, économique, sociale et culturelle ; une démocratie de justice, de paix et de solidarité réelle, articulée à une autre démocratie fondée sur les mêmes valeurs, au niveau des relations internationales, aux lieu et place des caricatures de démocraties sélectives, exclusives et trompeuses, des démocraties pratiquant, sans gêne, la politique des deux poids et deux mesures, que l’on couvre d’oripeaux flatteurs, pour chloroformer la conscience et la volonté de résistance des peuples. Aujourd’hui, comme hier, inlassablement debout, ils continuent de combattre pour la dignité, la liberté, la justice, ainsi que pour l’égale dignité de toutes les races, de tous les peuples, de tous les individus, de toutes les communautés d’Etats.

PROFESSEUR IBA DER THIAM

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mardi 16 juin 2009