Regard
sur…Hommes de couleur, qui sommes-nous ?
L’expression
perd peu à peu de sa signification politique et culturelle. Elle perd
même de
sa valeur symbolique, depuis la libération de l’homme noir en Afrique
du Sud,
depuis la cascade des indépendances nationales des anciennes colonies
européennes en Afrique sub-saharienne.
Mais la lutte pour la dignité
de l’homme
noir continue.
Elle a pour patrie l’Amérique,
où elle vient de fêter son
centième anniversaire.
L’Amérique, dont l’évocation
du seul nom a fait frémir
d’horreur le monde, en raison du caractère odieux du racisme subi par
les
Noirs, citoyens d’Amérique, en Amérique.
Après
trois siècles d’un esclavage
dans les plantations de coton, de cannes à sucre et autres productions
agricoles d’origine tropicale et africaine au Sud de l’Amérique ; sans
salaires, ni logements, ni service de santé ; vivant seulement de
mépris, de
coups de fouet, d’évocation lyrique et quelque part mystique de leur
misère au
travers des négros spirituals et des rythmes envoûtants hérités des
tam-tams,
des chants et des danses de leur lointaine Afrique et qui deviendront
le jazz
et les aideront à reconquérir leur dignité, leur esprit inventeur,
leurs libertés.
Pour tout dire, leur dignité
souveraine et spirituelle de peuple libre et
d’hommes de liberté.
Le révérend père Du Bois sera
à l’origine du mouvement de
lutte pour l’indépendance du peuple noir d’Amérique et, pourquoi pas,
pour le
retour de l’Afrique mère - Georges Padmore, actuellement encore vivant
au
Ghana, sera du combat.
Mais le combat noir d’Amérique
sera d’abord l’embryon
d’intellectuels qui ont échappé, on ne sait comment, à leur servage
pour créer
à Tastiguy, en Alabama, la première université de cette partie du
monde.
J’ai
visité, à Tastiguy, le carré réservé aux tombes des héros noirs,
créateurs de
la liberté. Georges Washington Carver était de ceux-là.
Booker
Washington aussi.
Et vint Martin
Luther King, révérend père servant dans une mémorable église noire
d’Atlanta.
Il sera séduit par la révolte d’une femme noire de plus de soixante ans
qu’on
obligeait de quitter sa place dans le bus pour la céder à un
Blanc.
Interdiction était faite alors
aux Noirs de cohabiter, même dans la rue, avec un
Blanc. Discrimination où es-tu ?
On se souvient encore de
l’odieux assassinat,
par pendaison, d’une jeune noir de quatorze ans, pour avoir, dit-on,
sifflé
d’admiration devant une jeune fille blanche.
Martin Luther King, par son
mot
d’ordre de refus d’emprunter les bus publics jusqu’à la levée de la
ségrégation
qu’on y exerçait, donna le signal de la révolte d’où naîtra le vrai
hymne
national des Noirs d’Amérique : « I have a dream », j’ai fait un
rêve.
Son
rêve, en effet, est une prédiction à la liberté totale accordée enfin
aux Noirs
d’Amérique par les pouvoirs publics.
Amstrong et Miles Davis pour le jazz, les
écrivains noirs de la Renaissance qui ont, comme
Richard Wright, inspiré Senghor
et Aimé Césaire, les hommes politiques tels André Young, sont les pères
spirituels de Obama qui vient d’accomplir le rêve de la lutte des
hommes de
couleur américains en occupant la plus haute place, dans la nation
américaine,
celle de quarante-quatrième président des Etats-Unis.
Qui l’eût cru ?
Abdoulaye
Wade, toujours au service de la race et de la cause noire, la cause des
hommes
tout simplement, incarne, en Afrique noire post-indépendante, le combat
pour
l’égalité des hommes et l’éradication du racisme.
Le forum qui a marqué le
centième anniversaire de la lutte pour l’émancipation des hommes de
couleur, en
Amérique, a servi d’écho à son noble combat.
Bara DIOUF
À lire sur le
site de l’auteur : Xalimasn.com
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Publié
le 17 juillet, 2009
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