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Pyepimanla
le Magazine Antillais
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Le discours de
Barack Obama à Accra face aux réalités.

Le
11 juillet dernier, le président américain était à Accra. Le choix du
Ghana par
Barack Obama pour s’adresser à l’Afrique noire est significatif et
encourageant
pour toutes les forces qui œuvrent afin que les peuples aient le droit
de se
doter des dirigeants à leur convenance. Symboliquement, ce choix est un
réconfort pour des raisons historiques et actuelles.
Ghana,
fort symbole historique et actuel.
A
l’heure actuelle, en Afrique, le Ghana fait partie de ces rarissimes
endroits
où les règles démocratiques ont un sens. Ce pays, après de forts
moments de
turbulence, a fini par intégrer la culture de l’alternance démocratie
dans ses
mœurs sous la clairvoyance de John Jerry Rawlings. Depuis le départ de
celui-ci
d’Osu Castel, ex-présidence du Ghana, le pays a connu deux alternances
et des
élections législatives et locales paisibles. Le Ghana, c’est aussi une
société
civile organisée, extrêmement bien renseignée et qui utilise à
merveille les
médias pour sensibiliser les populations sur différents sujets. La
liberté
d’expression est un outil essentiel dont les Ghanéens se servent pour
donner
leur opinion, critiquer et formuler des requêtes en direction des élus
du
sommet à la base. S’il est vrai que la pauvreté est encore immense au
Ghana
surtout dans les milieux ruraux où les conditions de vie sont
particulièrement
drastiques, il est tout de même évident que des efforts sont faits pour
que le
plus petits des villages dispose des infrastructures de base à
savoir :
des toilettes publiques, l’électricité, des écoles et de l’eau potable,
toute
chose inconnue particulièrement dans la quasi-totalité des pays dits
francophones où les tyrans cleptomanes sévissent avec la bénédiction
française.
Aucune de ces batailles n’est totalement gagnée – le délestage et les
coupures
d’eau sont fréquents au Ghana - mais par une forte participation
citoyenne
doublée d’une vigilance redoutable, la construction de l’Etat-nation
répondant
aux besoins de ses citoyens est en cours au Ghana. Se servir de ce pays
comme
estrade pour parler aux Africains ne peut qu’encourager les Ghanéens et
tous
ceux qui ailleurs en Afrique se battent pour que le minimum
démocratique soit
une réalité continentale.
Barack
Obama a sans doute touché la sensibilité historique de nombre
d’Africains en
allant au Ghana, ex-Goald Coast, premier pays d’Afrique noire à obtenir
son «
indépendance » après d’épiques luttes face à l’Angleterre impitoyable.
La
répression anglaise a été terrible mais le 06 mars 1957, le Ghana
nouveau
naquit. Ce territoire est celui de Kwame Nkrumah, un des plus grands
penseurs
politiques africains de tous les temps. Nkrumah, panafricaniste bon
teint,
futurologue à la limite avait compris très tôt que l’Afrique est
condamnée au «
servage » si elle reste cloitrée dans les frontières érigées par
l’impérialisme
en 1885 à Berlin. Pour cette raison, Nkrumah qui a connu les Dubois,
Padmore,
Peter Abrahams, goûté aux affres de la sous-humanisation des Noirs en
vendant
du poisson à Harlem alors qu’il était un érudit et sorti Lumumba de son
isolement, n’a ménagé aucun effort pour prêcher la renaissance de
l’Afrique en
allant au plus vite vers la constitution d’un gouvernement continental.
Nkrumah
n’a pas été seulement un théoricien politique. Il a agit quand il le
fallait : en 1953 et 1958 Nkrumah organise les 6e et 7e
conférences
panafricaines respectivement à Kumasi et à Accra. Cette dernière fut
également
la première conférence des États Indépendants d’Afrique. Il est le
premier à
soutenir en 1958 la Guinée indépendante d’Ahmed Sékou Touré avec un
prêt de dix
millions de livres sterling. En mars 1963, il participe activement à la
rédaction de la charte de l’Organisation de l’unité africaine. Son idée
de la
création d’un gouvernement africain fut rejetée par ses pairs
corédacteurs de
la charte. Aujourd’hui, pourtant, cette idée est d’une brûlante
actualité.
En
plus de tout ceci le Ghana conserve un lieu de douleur particulier pour
Michelle Obama, descendante d’esclaves : le fort de Cape
Coast. Portant
les marques indélébiles des horreurs de la plus grande déportation de
l’humanité, ce lieu est le transit de millions d’Africains capturés sur
la côte
ouest africaine et en Afrique centrale, enchaînés, frappés et convoyés
dans les
cales de navires pour les Amériques. Ce fort garde toujours intact les
cachots
où étaient détenus les esclaves et la "porte du non retour", que
traversaient ceux-ci avant de monter dans les bateaux en attente.
Parler à
l’Afrique noire à partir de ce pays a donc une signification historique
et
symbolique forte.
Un
déplacement qui n’ignore pas l’économie et la diplomatie.
On
ne peut pas limiter le voyage du président américain à ces seules
considérations. Des aspects économiques et diplomatiques doivent être
pris en
compte. En 2008 les échanges commerciaux des USA avec l’Afrique ont
atteint 140
milliards de dollars. La même année, les USA ont tiré un excédent de
600
millions de dollars de leur interactivité avec le Ghana. 15% des
importations
pétrolières américaines provenant de l’Afrique de l’ouest, on peut
comprendre
la démarche de Barack Obama surtout que le Ghana, important producteur
de l’or
et de cacao rentre dans le rang des exportateurs de pétrole en 2010.
Quand on
sait la rudesse du combat entre la Chine et les USA pour l’accès aux
sources
énergétiques dont le pétrole, on peut en déduire qu’Obama n’a pas
manqué de
discuter de cette question avec son homologue ghanéen.
Quant
aux entreprises américaines, elles sont actives au Ghana. Pour preuve,
Microsoft a conclu mi-juillet 2009 avec le ministère de l’éducation un
partenariat pour « développer un logiciel pour soutenir l’enseignement
et
l’apprentissage dans toutes les écoles dans le pays ».
Diplomatiquement,
Obama, depuis son élection, a entrepris un travail de déminage et
d’embellissement de l’image des Etats-Unis particulièrement détestés
sous
George Bush pour sa violence. L’accomplissement de cette œuvre passe
aussi par
le choix des pays visités et le contenu des discours tenus ici et là.
Le
fond du discours.
Quant
au fond du discours d’Accra, s’il y a des choses positives à retenir, à
fructifier et même à implémenter sur le terrain, il y a des omissions,
des
contre-vérités et même des certitudes à rappeler ou à dénoncer.
Lorsque
le président américain parle de santé à développer, du lien intrinsèque
entre
démocratie, respect des droits de l’homme et développement, des
opportunités à
saisir, de la nécessité d’une Afrique en paix, on doit le féliciter.
Lorsqu’il
dénonce les satrapes truqueurs d’élections qui triturent ensuite les
constitutions pour mourir au pouvoir et passer le relai à leurs
progénitures,
lorsqu’il tambourine sur l’enrichissement personnel des dirigeants
publics et
privés, tous ceux qui dénoncent ces pratiques souvent dans un anonymat
médiatique se sentent réconforter. Ou quand il appelle la jeunesse
africaine à
l’action, quand il loue les progrès démocratiques au Ghana et lorsqu’il
pourfend une société où la règle de droit est étouffée au profit de la
loi du
plus fort, il y a de quoi se sentir encourager. Mais le discours
d’Obama doit
être critiqué sur d’autres points.
Il
revient aux Africains de décider de l’avenir de l’Afrique.
Qui
peut contester une pareille déclaration ? Personne. C’est une évidence
et aucun
Etat, aucun continent voire aucune structure familiale ne peut
progresser s’il
reste sous tutelle ou si « ses » choix et décisions sont le fait des
autres,
des étrangers. Mais la réalité de l’Afrique n’est pas celle-là. Et
Obama le
sait certainement. D’ailleurs, il a lui-même reconnu qu’il s’agit là
d’un «
principe », c’est-à-dire d’une théorie, d’un axiome. Cette règle est
fausse -
en tout cas pour le moment - et n’est donc pas valable pour l’Afrique
et toute
démonstration qui se fait à partir d’elle passe nécessairement à côté
des
réalités concrètes. Car, depuis les sanglantes invasions islamiques du
VIIè siècle
en passant par les assauts meurtriers européens à partir du XVè siècle
suivis
de la colonisation et de la décolonisation, le peuple noir n’a jamais
eu la
possibilité de décider des orientations politiques, économiques,
religieuses et
sociales qui lui conviennent. Cela fait au minimum 14 siècles que
l’Afrique n’a
jamais été le fait des Africains.
En
partant de ce principe erroné, c’est donc en toute logique que le
président
étatsunien imputera la responsabilité de la stagnation africaine aux
forces
endogènes. Obama, même s’il se dit conscient du passé tragique de
l’Afrique ne
semble pas prendre la mesure des blessures assumées du bout des lèvres
voire
pas du tout assumées et jamais soignées de l’Afrique. Plus grave, Obama
parle
au passé comme si de nos jours toutes les agressions, les pillages et
les
spoliations avaient cessé sur le sol africain. Il affirmera même que
l’Occident
à la recherche de matières premières aborde l’Afrique avec «
condescendance ».
Cette affirmation est tout au moins faible si elle n’est tout
simplement
fausse. Ce n’est pas de la condescendance qui constitue le problème
même si
celle-ci fait partie des traitements infligés au peuple noir. Le
véritable
outil utilisé pour arracher les biens du sol africain c’est le crime
accompagné
de violences, du viol et du mépris. Comme quoi, il n’y a pas que la
gouvernance
qui ruine l’Afrique. Le fond de l’affaire est que les dirigeants
légitimes et
en adéquation avec leur peuple sont rares. La quasi-totalité de ceux
qui
régentent actuellement l’Afrique sont des agents de l’étranger
s’opposant de
facto au peuple qu’ils répriment avec les soins des forces militaires
stationnées sur le continent.
Les
Etats-Unis eux-mêmes restent un acteur important de la démolition de
l’Afrique.
Obama semble ignorer ce truisme. Il semble même effacer tous les crimes
commis
par les USA qui ont piloté des coalitions du crime via la CIA pour
exécuter
tous les dignes fils africains qui avaient voulu émanciper leur
continent.
Personnellement Obama n’est responsable en rien mais le principe de la
continuité de l’Etat en démocratie – et les USA sont considérés comme
une
démocratie - impose que les actions des prédécesseurs soient assumées
par les
dirigeants successeurs. C’est au demeurant au nom de ce principe que
des pays
Occidentaux se font le devoir d’assumer certains crimes commis par
leurs
ancêtres à l’égard de certains peuples. Apparemment, cela ne compte pas
pour le
peuple noir à qui on peut pourtant au nom de ce même principe refiler
en douce
les dettes odieuses contractées par les administrations coloniales et
les
tyrans imposés. Les assassinats des patriotes africains dont les plus
emblématiques Lumumba, Olympio, Um Nyobè, Moumié, Sankara, Biko et de
bien
d’autres encore, les renversements de régimes et l’érection d’autres,
l’appui
apporté au gouvernement raciste sud-africain dans sa tentative
d’éradiquer les
autochtones, le soutien apporté à Eyadema Gnassingbe, Mobutu, Bongo,
Deby,
Sassou, les généraux au Nigeria, Amin Dada, Bokassa, Biya…..par le
biais de la
DGSE française et de l’Intelligence Service britannique sous la
houlette de la
CIA, hier sous le fallacieux prétexte de « la guerre froide » et
aujourd’hui
sous le concept brumeux et cynique de la « défense de nos intérêts » ne
seront
pas assumés. Le peuple noir doit juste se contenter de la parole
d’honneur
selon laquelle les Etats Unis soutiendront désormais les gouvernements
démocratiques et ensuite circuler puisqu’il n’y a rien à voir.
Compte
tenu de tout ceci, le principe selon lequel les Africains qui décident
de
l’avenir de l’Afrique est actuellement un leurre. C’est virtuel. C’est
un
mensonge d’Etat. A la limite, Obama pouvait, à la suite d’un diagnostic
qui
pointe à la fois les responsabilités étrangères et les complicités
locales,
dire qu’à partir de maintenant, l’Occident doit laisser les Africains
décider
de l’avenir de leur continent. Comme il n’a pas du mal à faire
l’économie de
cette démarche de vérité, il faut le dire à sa place.
L’économie
zimbabwéenne plombée par le seul fait des Zimbabwéens voire de Mugabe.
Clamer
avec une telle tranquillité que « l’Occident n’est pas
responsable de la
destruction de l’économie Zimbabwéenne au cours des dix dernières années
»,
c’est faire preuve de simplisme ou de mauvaise foi. Même si la
responsabilité
de Mugabe et de son gouvernement est établie, il faut néanmoins
réintroduire
une notion de complexité dans la situation récente du Zimbabwe.
L’économie
zimbabwéenne a commencé par dégringoler à partir de la réforme agraire
unilatérale entreprise par Mugabe suite au non respect des accords de
Lancaster
House. Sinon avant cet acte « abominable » Mugabe était un ami et un
démocrate.
Les violations des droits de l’homme au Zimbabwe étaient tues et
l’opposition
ne bénéficiait pas du tintamarre médiatique international. C’est une
constance
dans les relations internationales qu’on ne s’en prend pas aux pays
amis
fussent-ils dirigés par des tyrans. Ce qui est important, c’est que
ceux-ci
garantissent les intérêts de ses soutiens. Les tyrans dociles sont donc
protégés contre leur peuple. C’est ainsi que d’autres pions africains
coulant
en toute quiétude l’économie de leur pays ne seront jamais matraqués ni
médiatiquement ni politiquement par les puissances néo-impérialistes
dont les
Etats-Unis. Au mieux, ils seront soutenus sur tous les plans, au pire
ils
bénéficieront d’un silence complice.
La
Corée du Sud avance, l’Afrique décline.
L’Afrique
est riche en matières premières. Ce « malheur » conduit des pays
occidentaux à
se faire des guerres pour avoir la possession exclusive de ses terres.
Cette
concurrence s’est accrue avec l’entrée en scène des pays émergents
notamment la
Chine et l’Inde. La Corée du sud, elle n’a pas la chance d’avoir « le
malheur
africain ». Ce qui lui a relativement épargné des ennuis.
En
réalité, la Corée a réalisé son succès économique en bénéficiant des
dons d’une
valeur de 3,1 milliards de dollars des USA pour lesquels ce pays est
militairement stratégique face au bloc communiste. Pendant plus d’une
quinzaine
d’années, la Corée du Sud a échappé au traquenard de l’endettement sur
la
période de 1945-1961. De plus, lorsqu’à partir des années 70 la Corée a
commencé par admettre des investissements directs étrangers, elle l’a
fait avec
précaution et restrictions énormes. Ce pays n’a pas collaboré avec le
secteur privé
étranger à n’importe quel prix. Il a conditionné fortement les
investissements
au transfert de technologie tout en passant au crible le matériel
transféré
pour vérifier s’il n’était pas obsolète ou si les redevances facturées
n’étaient pas excessives. La Corée n’a pas sabordé les bases de son
développent
en laissant sous l’étouffoir des entreprises étrangères son industrie
locale.
Elle n’a donc pas agi sous la contrainte des institutions de Bretton
Woods qui
ont systématiquement imposé, en revanche, l’ouverture complète des
marchés
africains sous la supervision des pays du G8 chapeauté par les USA.
Aucun Etat
n’a pu se développer en démantelant ses propres bases. Or c’est ce que
les «
bailleurs de fonds » imposent à l’Afrique. Les USA, les Etats européens
et les
dragons asiatiques ont tout réglementé, contrôlé, protégé durant toute
la phase
préliminaire de leur développement, et continuent de recourir aux mêmes
pratiques autant que nécessaire. Or, c’est ce que les « bailleurs de
fonds »
imposent à l’Afrique. La réponse africaine à ces injonctions aurait été
un
refus clair et net. Mais qui pour le faire ? Les valets et autres pions
? Peine
perdue : cela ne fait pas partie de leur ordre de mission. En
forçant
l’Afrique à agir à contre-courant, le FMI, l’OMC et la Banque Mondiale
ainsi
que leurs marionnettistes, l’inscrivent dans une logique de tutelle
permanente
et donc la condamne à une régression économique sans bornes que seul le
peuple
noir doit arrêter.
Bonne
gouvernance comme conditionnalité de l’aide.
Le
discours de Barack Obama postule aussi pour la conditionnalité de
l’aide. Pour
lui, celle-ci doit est subordonnée à la bonne gouvernance :
une sorte de
répétition du discours de la Baule. Certes Obama n’est pas Mitterrand
et on
peut, peut-être, attendre encore un peu pour juger de la crédibilité de
cette «
promesse ». Rappelons utilement que l’aide dans sa forme actuelle est
une
mascarade et une stratégie pour mieux appauvrir l’Afrique pour ainsi
asservir
davantage ses populations. Cette aide dont une bonne partie finance le
salaire
des coopérants, des humanitaires et autres assistants locaux, cette
aide qui
sert à l’achat d’armes pour tuer les Africains, cette aide détournée
vers des
comptes secrets dans les paradis fiscaux par les préfets locaux qui
saupoudrent
au passage les innombrables intermédiaires ou négociants, cette aide
liée,
cette aide qui se transforme en dette perpétuelle remboursable par les
populations n’est pas une aide. Cette aide là, le peuple noir n’en veut
pas et
n’en veut plus. Surtout pas sous la régence des tyrans pions. Quant à
la bonne
gouvernance, cette notion n’a plus de sens. Elle a été dévoyée par les
institutions internationales notamment le FMI, la banque mondiale et
l’OMC pour
qui la bonne gouvernance c’est multiplier les coups de ciseaux sur les
dépenses
sociales pour rembourser les services de la dette, ouvrir les marchés,
se
lancer dans la compétition d’une fiscalité nulle voire négative et
garantir un
environnement socio-juridique sans entraves à la réalisation maximale
du profit
par l’investissement étranger. A moins qu’Obama réinvente la bonne
gouvernance
et l’impose aux mercenaires des institutions en question.
Aucune
entreprise ne veut investir dans un pays ou le gouvernement et les
autorités
sont corrompus.
En
affirmant péremptoirement qu’aucune entreprise ne veut investir dans un
pays où
le gouvernement se taille au départ une part de 20 %, ou dans
lequel le
chef de l’autorité portuaire est corrompu, Obama semble ignorer le
fonctionnement de l’économie néolibérale dans laquelle les pays
africains sont
plongés. En effet, depuis les années 80, c’est le libéralisme sans foi
ni loi
ne prospérant que dans des cadres anomiques qui guide les économies
africaines.
Et pour capter les Investissements directs étrangers (IDE), l’Etat ne
doit
exister que pour établir des lois éliminant les impôts, pour manœuvrer
l’appareil répressif en direction des syndicats et les gouvernants
quant eux,
ils doivent être des coursiers des investisseurs répondant avec
célérité voire
zèle à toutes leurs injonctions au risque de voir les capitaux vider
les lieux.
Barack Obama se trompe peut-être de système à Accra. Oublie-t-il aussi
que ce
système avec ses pratiques entre autres opaques et de corruption a
conduit le
monde entier dans une crise aux conséquences dramatiques ?
Contrairement à ce
qu’il énonce, les entreprises investisseurs aiment bel et bien les
gouvernements corrompus et facilement corruptibles qui peuvent livrer
des
marchés sans passer par des voies légales d’appels d’offres et de
contrôle
parlementaire. Ce n’est pour rein d’ailleurs que les investissements
qui
rapportent le plus aux économies occidentales soient ceux qui opèrent
le plus à
l’étranger. Que dire des bénéfices des compagnies pétrolières, minières
et de
l’industrie d’armements dont les pratiques puant la corruption
facilitent les
transactions par le truchement des commissions, des retro-commissions
occultes
et de « graissage du moteur »? Les entreprises dont parle Obama en
l’occurrence
les transnationales, outres ces pratiques financières, œuvrent
inlassablement
pour que les gouvernants soient des carriéristes capables de négocier
directement avec elles et contourner ainsi toutes les législations
sociales,
environnementales et fiscales. Dans le cas contraire, ces entreprises
n’investissent
pas.
Prenant
justement le cas du chef de l’autorité portuaire cité par Obama, que
dire par
exemple des pratiques mafieuses de Bolloré en complicité avec les
autorités
portuaires et les pouvoirs publics au Togo, au Cameroun et ailleurs en
Afrique
?
Il
est question du viol permanent de l’Afrique.
Le
discours d’Accra est certes salutaire sur beaucoup de points. Mais, il
passe la
brosse sur d’autres problèmes qui sont directement liés aux relations
que
l’Occident d’une façon générale, entretient avec l’Afrique. Et ces
relations ne
se conjuguent pas au passé comme tente à le faire admettre Barack
Obama. Il
n’est pas seulement question de « la carte coloniale …qui a
…contribué à
susciter des conflits », même pas « du passé
tragique qui hante parfois
cette partie du monde » ou encore moins de « condescendance
de
l’Occident en quête de ressources ». Il s’agit de crimes sans
auteurs et
qui de ce fait, continuent, de viol quotidien du peuple noir, des actes
de
pillage, d’écrasement total des cultures africaines. Il est aussi
question
d’une économie extravertie condamnée à fournir aux autres des matières
premières et de l’énergie comme aux temps des déportations
esclavagistes. Il
s’agit de la dette odieuse que le peuple noir est condamné à payer. Il
s’agit
du maintien contre la volonté du peuple noir des pions et des vassaux
abusivement appelés gouvernants qui agissent en réalité pour la
perpétuation de
l’entreprise coloniale.
Que
les cultures africaines, comme d’autres d’ailleurs, comportent des
zones
d’ombres, c’est une vérité. Et merci à tous ceux qui peuvent nous les
rappeler
car par les temps qui courent, des rappels amicaux ne sont pas
inutiles. Mais,
les « amis » doivent assumer eux-aussi leur part de responsabilité. Et
comme le
peuple noir ne peut attendre ces reconnaissances avant de résoudre ses
problèmes, il ne lui reste qu’à continuer le combat qu’il mène depuis
la nuit
des temps pour l’édification des Etats réels, viables, soustraits des
griffes
du franc CFA, de la dette odieuse et de l’aide et capables de répondre
à ses
besoins tout en le protégeant durablement.
Peut-être
faut-il faut revenir aux propos de Barack Obama pour conclure ce
texte : «
Mais ces choses ne pourront se faire que si vous
saisissez la responsabilité
de votre avenir. Ce ne sera pas facile. Cela exigera du temps et des
efforts.
Il y aura des souffrances et des revers…. Cependant, le progrès ne
viendra de
nulle part ailleurs, il doit découler des décisions que vous prendrez,
des
actions que vous engagerez et de l’espoir que vous porterez dans votre
cœur.
»
J.U.D.A
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