|
Pyepimanla
le Magazine Antillais
|
Memphis
Le
blues des Noirs au pays des Blancs

Quarante ans presque jour pour
jour après l'assassinat de Martin Luther King, une visite s'impose à
Memphis.
Une ville mythique, berceau des combats pour les droits civils, au cœur
de
l'"Amérique profonde".
Memphis,
Tennessee… On a tous
dans un coin de sa mémoire quelque air de rock ou de blues, quelque
image de
film. Chuck Berry et Elvis Presley («Long distance
information, give me
Memphis Tennessee»), et même Eddy Mitchell : “J’écoutais
le disk-jokey
dans la voiture qui me traînait sur la route de Memphis.” Memphis,
hometown of blues, rock’n roll and soul,
tout le monde connaît. Mais qui sait
où ça se trouve ? Alors, prenez une
carte des États-Unis et regardez, plutôt vers le milieu… à peu près à
égale
distance entre le nord et le sud, un peu décalé vers l’est par rapport
au
centre géographique, à l’extrémité sud-ouest de l’État du Tennessee,
sur la
rive est du Mississippi. Bref, au cœur de l’“Amérique profonde”, comme
on dit
ici, pour décrire ce vaste espace indistinct qui s’étend entre les
côtes Ouest
et Est des États-Unis et où survit un peuple étrange, légèrement
arriéré, en
tout cas très fruste, tel qu’on le voit depuis l’Europe. Un peuple qui
vote,
nécessairement, républicain, et qui porte deux étendards à la main : la
religion et la nation. Bien entendu, c’est un peu plus compliqué que
ça.
Oubliez les clichés. Memphis, c’est l’Amérique d’aujourd’hui, irriguée
et
portée par un passé dont elle est fière.
Une douzaine d’heures de vol depuis Paris, avec correspondance.
Première étape
: le National Museum of Civil Rights. Ce musée, qui raconte l’histoire
du
mouvement des droits civiques américain pour l’égalité entre les Blancs
et les
Noirs est un passage obligé pour comprendre Memphis. Vous y croiserez
des
salauds : les planteurs de coton esclavagistes, le Ku Klux Klan,
société
secrète fondée en 1865 par d’anciens soldats confédérés, en
réaction à
l’abolition de l’esclavage par Abraham Lincoln, le 18 décembre 1965.
Vous y
découvrirez des martyrs : le peuple noir, et puis, au hasard, trois
militants
blancs pour les droits civiques, Michael Schwerner, Andrew Goodman et
James
Chaney, assassinés en 1964 par le Ku Klux Klan, fait divers dont
s’inspira Alan
Parker pour son film Mississippi Burning (1988).
Et vous y
rencontrerez des héros : John Brown (1800-1859), un Blanc
abolitionniste, pendu
après avoir tenté de provoquer une révolte d’esclaves ; Frederick
Douglass
(vers 1818-1895), né dans l’esclavage, qui deviendra le plus célèbre
abolitionniste du XIXe siècle ; Rosa Parks (1913-2005), qui refusa, le
1er
décembre 1955, de céder sa place à un Blanc dans un bus. Geste de
rébellion qui
fut l’élément déclencheur du mouvement des droits civiques et qui
propulsa
Martin Luther King sur le devant de la scène.
Justement, Martin Luther King. Le musée est aménagé dans le “Lorraine
Motel” où
Dr. King a été assassiné, le 4 avril 1968. Vous verrez sa chambre, le
balcon où
il se tenait quand il a été tué. Et même, de l’autre côté de la rue, la
chambrette où le tireur s’était posté. Le troisième lundi de janvier,
pour le
Martin Luther King Day qui commémore l’anniversaire de sa naissance,
des
milliers de Noirs se pressent pour visiter le musée et rendre hommage
au
révérend. Ce jour-là, vous ressentez l’immense présence de son héritage
spirituel. Ainsi que son absence, qui se fait aussi terriblement
sentir.
Demandez donc à un visiteur ce qui a changé. “Grâce à lui,
nous avons
retrouvé notre dignité, nous dit Aline, une Afro-américaine
venue avec
toute sa famille. Le regard des Blancs a changé. Mais il
reste tellement de
choses à faire. Regardez autour de vous, la misère, le sous-emploi, les
discriminations. Vous croyez que DeAunta Farrow aurait été abattu par
la police
s’il avait été Blanc ?” Référence à un drame survenu le 22
juin 2007, de
l’autre côté du Mississippi, dans l’Arkansas : un enfant noir de 12 ans
tué
parce qu’un policier pensait que le pistolet en jouet qu’il tenait dans
sa main
était un vrai. Et même si la version de la police est différente, même
si le
maire de Memphis, Dr Willie W. Herenton, élu depuis 1991, est noir,
même s’il
existe une classe moyenne noire prospère, le sentiment est partagé par
l’ensemble de la communauté afro-américaine : aujourd’hui encore,
surtout dans
le Sud, mieux vaut être un Blanc. Comme nous le dira plus tard Fred
Davis, qui
a travaillé main dans la main avec Martin Luther King :“Il
faut une vie
pour apprendre à vivre dans la peau d’un Noir.”
Après votre visite du musée, place à la musique. Voici Graceland, la
maison
achetée par Elvis Presley en 1957 et où il a été retouvé mort, dans la
salle de
bains, le 16 août 1977.
Memphis,
Tennessee… On a tous
dans un coin de sa mémoire quelque air de rock ou de blues, quelque
image de
film. Chuck Berry et Elvis Presley («Long distance
information, give me
Memphis Tennessee»), et même Eddy Mitchell : “J’écoutais
le disk-jokey
dans la voiture qui me traînait sur la route de Memphis.” Memphis,
hometown of blues, rock’n roll and soul,
tout le monde connaît. Mais qui sait
où ça se trouve ? Alors, prenez une
carte des États-Unis et regardez, plutôt vers le milieu… à peu près à
égale
distance entre le nord et le sud, un peu décalé vers l’est par rapport
au
centre géographique, à l’extrémité sud-ouest de l’État du Tennessee,
sur la
rive est du Mississippi. Bref, au cœur de l’“Amérique profonde”, comme
on dit
ici, pour décrire ce vaste espace indistinct qui s’étend entre les
côtes Ouest
et Est des États-Unis et où survit un peuple étrange, légèrement
arriéré, en
tout cas très fruste, tel qu’on le voit depuis l’Europe. Un peuple qui
vote,
nécessairement, républicain, et qui porte deux étendards à la main : la
religion et la nation. Bien entendu, c’est un peu plus compliqué que
ça.
Oubliez les clichés. Memphis, c’est l’Amérique d’aujourd’hui, irriguée
et
portée par un passé dont elle est fière.
Une douzaine d’heures de vol depuis Paris, avec correspondance.
Première étape
: le National Museum of Civil Rights. Ce musée, qui raconte l’histoire
du mouvement
des droits civiques américain pour l’égalité entre les Blancs et les
Noirs est
un passage obligé pour comprendre Memphis. Vous y croiserez des salauds
: les
planteurs de coton esclavagistes, le Ku Klux Klan, société secrète
fondée
en 1865 par d’anciens soldats confédérés, en réaction à l’abolition de
l’esclavage par Abraham Lincoln, le 18 décembre 1965. Vous y
découvrirez des
martyrs : le peuple noir, et puis, au hasard, trois militants blancs
pour les
droits civiques, Michael Schwerner, Andrew Goodman et James Chaney,
assassinés
en 1964 par le Ku Klux Klan, fait divers dont s’inspira Alan Parker
pour son
film Mississippi Burning (1988). Et vous y
rencontrerez des héros :
John Brown (1800-1859), un Blanc abolitionniste, pendu après avoir
tenté de
provoquer une révolte d’esclaves ; Frederick Douglass (vers 1818-1895),
né dans
l’esclavage, qui deviendra le plus célèbre abolitionniste du XIXe
siècle ; Rosa
Parks (1913-2005), qui refusa, le 1er décembre 1955, de céder sa place
à un
Blanc dans un bus. Geste de rébellion qui fut l’élément déclencheur du
mouvement des droits civiques et qui propulsa Martin Luther King sur le
devant
de la scène.
Justement, Martin Luther King. Le musée est aménagé dans le “Lorraine
Motel” où
Dr. King a été assassiné, le 4 avril 1968. Vous verrez sa chambre, le
balcon où
il se tenait quand il a été tué. Et même, de l’autre côté de la rue, la
chambrette où le tireur s’était posté. Le troisième lundi de janvier,
pour le
Martin Luther King Day qui commémore l’anniversaire de sa naissance,
des
milliers de Noirs se pressent pour visiter le musée et rendre hommage
au
révérend. Ce jour-là, vous ressentez l’immense présence de son héritage
spirituel. Ainsi que son absence, qui se fait aussi terriblement
sentir.
Demandez donc à un visiteur ce qui a changé. “Grâce à lui,
nous avons
retrouvé notre dignité, nous dit Aline, une Afro-américaine
venue avec
toute sa famille. Le regard des Blancs a changé. Mais il
reste tellement de
choses à faire. Regardez autour de vous, la misère, le sous-emploi, les
discriminations. Vous croyez que DeAunta Farrow aurait été abattu par
la police
s’il avait été Blanc ?” Référence à un drame survenu le 22
juin 2007, de
l’autre côté du Mississippi, dans l’Arkansas : un enfant noir de 12 ans
tué
parce qu’un policier pensait que le pistolet en jouet qu’il tenait dans
sa main
était un vrai. Et même si la version de la police est différente, même
si le
maire de Memphis, Dr Willie W. Herenton, élu depuis 1991, est noir,
même s’il
existe une classe moyenne noire prospère, le sentiment est partagé par
l’ensemble de la communauté afro-américaine : aujourd’hui encore,
surtout dans
le Sud, mieux vaut être un Blanc. Comme nous le dira plus tard Fred
Davis, qui
a travaillé main dans la main avec Martin Luther King :“Il
faut une vie
pour apprendre à vivre dans la peau d’un Noir.”
Après votre visite du musée, place à la musique. Voici Graceland, la
maison
achetée par Elvis Presley en 1957 et où il a été retouvé mort, dans la
salle de
bains, le 16 août 1977.
source
|