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Memphis Le blues des Noirs au pays des Blancs

 robert johnson photo de abbyladybug

Quarante ans presque jour pour jour après l'assassinat de Martin Luther King, une visite s'impose à Memphis. Une ville mythique, berceau des combats pour les droits civils, au cœur de l'"Amérique profonde".  

Memphis, Tennessee… On a tous dans un coin de sa mémoire quelque air de rock ou de blues, quelque image de film. Chuck Berry et Elvis Presley («Long distance information, give me Memphis Tennessee»), et même Eddy Mitchell : “J’écoutais le disk-jokey dans la voiture qui me traînait sur la route de Memphis.” Memphis, hometown of blues, rock’n roll and soul, tout le monde connaît. Mais qui sait où ça se trouve ? Alors, prenez une carte des États-Unis et regardez, plutôt vers le milieu… à peu près à égale distance entre le nord et le sud, un peu décalé vers l’est par rapport au centre géographique, à l’extrémité sud-ouest de l’État du Tennessee, sur la rive est du Mississippi. Bref, au cœur de l’“Amérique profonde”, comme on dit ici, pour décrire ce vaste espace indistinct qui s’étend entre les côtes Ouest et Est des États-Unis et où survit un peuple étrange, légèrement arriéré, en tout cas très fruste, tel qu’on le voit depuis l’Europe. Un peuple qui vote, nécessairement, républicain, et qui porte deux étendards à la main : la religion et la nation. Bien entendu, c’est un peu plus compliqué que ça. Oubliez les clichés. Memphis, c’est l’Amérique d’aujourd’hui, irriguée et portée par un passé dont elle est fière.

Une douzaine d’heures de vol depuis Paris, avec correspondance. Première étape : le National Museum of Civil Rights. Ce musée, qui raconte l’histoire du mouvement des droits civiques américain pour l’égalité entre les Blancs et les Noirs est un passage obligé pour comprendre Memphis. Vous y croiserez des salauds : les planteurs de coton esclavagistes, le Ku Klux Klan, société secrète fondée  en 1865 par d’anciens soldats confédérés, en réaction à l’abolition de l’esclavage par Abraham Lincoln, le 18 décembre 1965. Vous y découvrirez des martyrs : le peuple noir, et puis, au hasard, trois militants blancs pour les droits civiques, Michael Schwerner, Andrew Goodman et James Chaney, assassinés en 1964 par le Ku Klux Klan, fait divers dont s’inspira Alan Parker pour son film Mississippi Burning (1988). Et vous y rencontrerez des héros : John Brown (1800-1859), un Blanc abolitionniste, pendu après avoir tenté de provoquer une révolte d’esclaves ; Frederick Douglass (vers 1818-1895), né dans l’esclavage, qui deviendra le plus célèbre abolitionniste du XIXe siècle ; Rosa Parks (1913-2005), qui refusa, le 1er décembre 1955, de céder sa place à un Blanc dans un bus. Geste de rébellion qui fut l’élément déclencheur du mouvement des droits civiques et qui propulsa Martin Luther King sur le devant de la scène.

Justement, Martin Luther King. Le musée est aménagé dans le “Lorraine Motel” où Dr. King a été assassiné, le 4 avril 1968. Vous verrez sa chambre, le balcon où il se tenait quand il a été tué. Et même, de l’autre côté de la rue, la chambrette où le tireur s’était posté. Le troisième lundi de janvier, pour le Martin Luther King Day qui commémore l’anniversaire de sa naissance, des milliers de Noirs se pressent pour visiter le musée et rendre hommage au révérend. Ce jour-là, vous ressentez l’immense présence de son héritage spirituel. Ainsi que son absence, qui se fait aussi terriblement sentir. Demandez donc à un visiteur ce qui a changé. “Grâce à lui, nous avons retrouvé notre dignité, nous dit Aline, une Afro-américaine venue avec toute sa famille. Le regard des Blancs a changé. Mais il reste tellement de choses à faire. Regardez autour de vous, la misère, le sous-emploi, les discriminations. Vous croyez que DeAunta Farrow aurait été abattu par la police s’il avait été Blanc ?” Référence à un drame survenu le 22 juin 2007, de l’autre côté du Mississippi, dans l’Arkansas : un enfant noir de 12 ans tué parce qu’un policier pensait que le pistolet en jouet qu’il tenait dans sa main était un vrai. Et même si la version de la police est différente, même si le maire de Memphis, Dr Willie W. Herenton, élu depuis 1991, est noir, même s’il existe une classe moyenne noire prospère, le sentiment est partagé par l’ensemble de la communauté afro-américaine : aujourd’hui encore, surtout dans le Sud, mieux vaut être un Blanc. Comme nous le dira plus tard Fred Davis, qui a travaillé main dans la main avec Martin Luther King :“Il faut une vie pour apprendre à vivre dans la peau d’un Noir.”

Après votre visite du musée, place à la musique. Voici Graceland, la maison achetée par Elvis Presley en 1957 et où il a été retouvé mort, dans la salle de bains, le 16 août 1977.

Memphis, Tennessee… On a tous dans un coin de sa mémoire quelque air de rock ou de blues, quelque image de film. Chuck Berry et Elvis Presley («Long distance information, give me Memphis Tennessee»), et même Eddy Mitchell : “J’écoutais le disk-jokey dans la voiture qui me traînait sur la route de Memphis.” Memphis, hometown of blues, rock’n roll and soul, tout le monde connaît. Mais qui sait où ça se trouve ? Alors, prenez une carte des États-Unis et regardez, plutôt vers le milieu… à peu près à égale distance entre le nord et le sud, un peu décalé vers l’est par rapport au centre géographique, à l’extrémité sud-ouest de l’État du Tennessee, sur la rive est du Mississippi. Bref, au cœur de l’“Amérique profonde”, comme on dit ici, pour décrire ce vaste espace indistinct qui s’étend entre les côtes Ouest et Est des États-Unis et où survit un peuple étrange, légèrement arriéré, en tout cas très fruste, tel qu’on le voit depuis l’Europe. Un peuple qui vote, nécessairement, républicain, et qui porte deux étendards à la main : la religion et la nation. Bien entendu, c’est un peu plus compliqué que ça. Oubliez les clichés. Memphis, c’est l’Amérique d’aujourd’hui, irriguée et portée par un passé dont elle est fière.

Une douzaine d’heures de vol depuis Paris, avec correspondance. Première étape : le National Museum of Civil Rights. Ce musée, qui raconte l’histoire du mouvement des droits civiques américain pour l’égalité entre les Blancs et les Noirs est un passage obligé pour comprendre Memphis. Vous y croiserez des salauds : les planteurs de coton esclavagistes, le Ku Klux Klan, société secrète fondée  en 1865 par d’anciens soldats confédérés, en réaction à l’abolition de l’esclavage par Abraham Lincoln, le 18 décembre 1965. Vous y découvrirez des martyrs : le peuple noir, et puis, au hasard, trois militants blancs pour les droits civiques, Michael Schwerner, Andrew Goodman et James Chaney, assassinés en 1964 par le Ku Klux Klan, fait divers dont s’inspira Alan Parker pour son film Mississippi Burning (1988). Et vous y rencontrerez des héros : John Brown (1800-1859), un Blanc abolitionniste, pendu après avoir tenté de provoquer une révolte d’esclaves ; Frederick Douglass (vers 1818-1895), né dans l’esclavage, qui deviendra le plus célèbre abolitionniste du XIXe siècle ; Rosa Parks (1913-2005), qui refusa, le 1er décembre 1955, de céder sa place à un Blanc dans un bus. Geste de rébellion qui fut l’élément déclencheur du mouvement des droits civiques et qui propulsa Martin Luther King sur le devant de la scène.

Justement, Martin Luther King. Le musée est aménagé dans le “Lorraine Motel” où Dr. King a été assassiné, le 4 avril 1968. Vous verrez sa chambre, le balcon où il se tenait quand il a été tué. Et même, de l’autre côté de la rue, la chambrette où le tireur s’était posté. Le troisième lundi de janvier, pour le Martin Luther King Day qui commémore l’anniversaire de sa naissance, des milliers de Noirs se pressent pour visiter le musée et rendre hommage au révérend. Ce jour-là, vous ressentez l’immense présence de son héritage spirituel. Ainsi que son absence, qui se fait aussi terriblement sentir. Demandez donc à un visiteur ce qui a changé. “Grâce à lui, nous avons retrouvé notre dignité, nous dit Aline, une Afro-américaine venue avec toute sa famille. Le regard des Blancs a changé. Mais il reste tellement de choses à faire. Regardez autour de vous, la misère, le sous-emploi, les discriminations. Vous croyez que DeAunta Farrow aurait été abattu par la police s’il avait été Blanc ?” Référence à un drame survenu le 22 juin 2007, de l’autre côté du Mississippi, dans l’Arkansas : un enfant noir de 12 ans tué parce qu’un policier pensait que le pistolet en jouet qu’il tenait dans sa main était un vrai. Et même si la version de la police est différente, même si le maire de Memphis, Dr Willie W. Herenton, élu depuis 1991, est noir, même s’il existe une classe moyenne noire prospère, le sentiment est partagé par l’ensemble de la communauté afro-américaine : aujourd’hui encore, surtout dans le Sud, mieux vaut être un Blanc. Comme nous le dira plus tard Fred Davis, qui a travaillé main dans la main avec Martin Luther King :“Il faut une vie pour apprendre à vivre dans la peau d’un Noir.”

Après votre visite du musée, place à la musique. Voici Graceland, la maison achetée par Elvis Presley en 1957 et où il a été retouvé mort, dans la salle de bains, le 16 août 1977.

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