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Pyepimanla
le Magazine Antillais
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Discours
du président Barack Obama au parlement Ghanéen
Le président : (Son d'une
trompette.) Ça me plaît ! Merci, merci. Je pense que
notre Congrès a besoin d'une de ces trompettes. J'aime bien le son,
cela me
rappelle Louis Armstrong.
Bon après-midi à tous. C'est un grand honneur pour moi d'être à Accra
et de
parler aux représentants du peuple ghanéen. Je suis très reconnaissant
de
l'accueil que j'ai reçu, tout comme le sont Michelle, Malia et Sasha
Obama.
L'histoire ghanéenne est riche, les liens entre nos deux pays sont
forts, et je
suis fier que ce soit ma première visite en Afrique subsaharienne en
qualité de
président des États-Unis d'Amérique.
Je voudrais remercier la présidente et tous les membres de la Chambre
des
représentants de nous accueillir aujourd'hui. Je voudrais remercier le
président Mills pour ses qualités extraordinaires de direction. Aux
anciens
présidents - Jerry Rawlings, l'ancien président Kufuor - au
vice-président, au
président de la Cour suprême, je vous remercie tous pour votre
hospitalité
extraordinaire et pour les merveilleuses institutions que vous avez
bâties au Ghana.
Je vous parle à la fin d'un long voyage. Je l'ai commencé en Russie par
une
réunion au sommet entre deux grandes puissances. Je me suis rendu en
Italie
pour la réunion des grandes puissances économiques du monde. Et me
voici,
enfin, au Ghana, pour une simple raison : le XXIe siècle sera influencé
par ce
qui se passera non seulement à Rome ou à Moscou ou à Washington, mais
aussi à
Accra.
C'est la simple vérité d'une époque où nos connexions font disparaître
les
frontières entre les peuples. Votre prospérité peut accroître la
prospérité des
États-Unis. Votre santé et votre sécurité peuvent contribuer à la santé
et à la
sécurité du monde. Et la force de votre démocratie peut contribuer à la
progression des droits de l'homme pour tous les peuples.
Je ne considère donc pas les pays et les peuples d'Afrique comme un
monde à
part ; je considère l'Afrique comme une partie fondamentale de notre
monde
interconnecté, comme un partenaire des États-Unis en faveur de l'avenir
que
nous souhaitons pour tous nos enfants. Ce partenariat doit se fonder
sur la
responsabilité mutuelle et sur le respect mutuel : c'est ce dont je
tiens à
vous parler aujourd'hui.
Nous devons partir du principe qu'il revient aux Africains de décider
de
l'avenir de l'Afrique.
Je dis cela en étant pleinement conscient du passé tragique qui hante
parfois
cette partie du monde. Après tout, j'ai du sang africain dans les
veines, et
l'histoire de ma famille englobe aussi bien les tragédies que les
triomphes de
l'histoire de l'Afrique dans son ensemble.
Certains d'entre vous savent que mon grand-père était cuisinier chez
des
Britanniques au Kénya, et bien qu'il fût un ancien respecté dans son
village,
ses employeurs l'ont appelé « boy » pendant la plus grande partie de sa
vie. Il
était à la périphérie des luttes en faveur de la libération du Kénya,
mais il a
quand même été incarcéré brièvement pendant la période de répression.
Durant sa
vie, le colonialisme n'était pas simplement la création de frontières
artificielles ou de termes de l'échange inéquitables ; c'était quelque
chose
que l'on éprouvait dans sa vie personnelle jour après jour, année après
année.
Mon père a grandi dans un tout petit village où il gardait des chèvres,
à une
distance impossible des universités américaines où il serait parti
faire des
études. Il est devenu adulte à un moment de promesses extraordinaires
pour
l'Afrique. Les luttes de la génération de son propre père ont donné
naissance à
de nouveaux États, en commençant ici au Ghana. Les Africains
s'éduquaient et
s'affirmaient d'une nouvelle façon. L'histoire était en marche.
Toutefois, malgré les progrès obtenus - et il y a eu des progrès
considérables
dans certaines parties de l'Afrique - nous savons aussi que cette
promesse est
encore loin de se réaliser. Des pays tels que le Kénya, dont le revenu
par
habitant était supérieur à celui de la Corée du Sud lorsque je suis né,
ont été
fortement distancés. Les maladies et les conflits ont ravagé plusieurs
régions
du continent africain.
Dans de nombreux pays, l'espoir de la génération de mon père a cédé la
place au
cynisme, voire au désespoir. Certes, il est facile de pointer du doigt
et de
rejeter la responsabilité de ces problèmes sur d'autres. Il est vrai
qu'une
carte coloniale qui n'avait guère de sens a contribué à susciter des
conflits,
et l'Occident a souvent traité avec l'Afrique avec condescendance, à la
quête
de ressources plutôt qu'en partenaire. Cependant, l'Occident n'est pas
responsable de la destruction de l'économie zimbabwéenne au cours des
dix
dernières années, ni des guerres où des enfants sont enrôlés comme
soldats.
Durant la vie de mon père, ce sont en partie le tribalisme et le
népotisme dans
un Kénya indépendant qui, pendant longtemps, ont fait dérailler sa
carrière, et
nous savons que cette forme de corruption est toujours un fait
quotidien de la
vie d'un trop grand nombre de personnes.
Or, nous savons que ce n'est pas là toute l'histoire. Ici au Ghana,
vous nous
montrez un aspect de l'Afrique qui est trop souvent négligé par un
monde qui ne
voit que les tragédies ou la nécessité d'une aide charitable. Le peuple
ghanéen
a travaillé dur pour consolider la démocratie, au moyen de passages
pacifiques
répétés du pouvoir, même à la suite d'élections très serrées. Et à cet
égard,
je voudrais dire que la minorité mérite tout autant de louanges que la
majorité. Grâce à une meilleure gouvernance et au rôle de la société
civile
naissante, l'économie ghanéenne a enregistré un taux de croissance
impressionnant.
Ce progrès ne possède sans doute pas l'aspect dramatique des luttes de
libération du XXe siècle, mais que personne ne s'y trompe : il sera, en
fin de
compte, plus significatif. Car de même qu'il est important de se
soustraire au
contrôle d'une autre nation, il est encore plus important de se forger
sa
propre nation.
C'est pourquoi je suis convaincu que la période actuelle est tout aussi
prometteuse pour le Ghana et pour l'Afrique que celle pendant laquelle
mon père
est devenu adulte et que de nouveaux États sont apparus. C'est une
nouvelle
période de grande promesse. Seulement cette fois-ci, nous avons appris
que ce
ne seront pas de grandes personnalités telles que Nkrumah et Kenyatta
qui
décideront du destin de l'Afrique. Ce sera vous, les hommes et les
femmes du
Parlement ghanéen et le peuple que vous représentez. Ce seront les
jeunes,
débordant de talent, d'énergie et d'espoir, qui pourront revendiquer
l'avenir
que tant de personnes des générations précédentes n'ont jamais réalisé.
Maintenant, pour réaliser cette promesse, nous devons tout d'abord
reconnaître
une vérité fondamentale à laquelle vous avez donné vie au Ghana, à
savoir que
le développement dépend de la bonne gouvernance. C'est l'ingrédient qui
fait
défaut dans beaucoup trop de pays depuis bien trop longtemps. C'est le
changement qui peut déverrouiller les potentialités de l'Afrique.
Enfin, c'est
une responsabilité dont seuls les Africains peuvent s'acquitter.
Quant aux États-Unis et au reste de l'Occident, notre engagement ne
doit pas se
mesurer uniquement à l'aune des dollars que nous dépensons. Je me suis
engagé à
augmenter fortement notre aide à l'étranger, ce qui correspond à
l'intérêt de
l'Afrique et à celui des États-Unis. Toutefois, le véritable signe de
réussite
n'est pas de savoir si nous sommes une source d'aide perpétuelle qui
aide les gens
à survivre tant bien que mal, mais si nous sommes des partenaires dans
la
création des capacités nécessaires pour un changement transformateur.
Cette responsabilité mutuelle doit être le fondement de notre
partenariat.
Aujourd'hui, je parlerai tout particulièrement de quatre domaines qui
sont
essentiels pour l'avenir de l'Afrique et de tous les pays en
développement : la
démocratie, les possibilités économiques, la santé et le règlement
pacifique
des conflits.
Premièrement, nous devons soutenir les démocraties puissantes et
durables.
Comme je l'ai dit au Caire, chaque nation façonne la démocratie à sa
manière,
conformément à ses traditions. Mais l'histoire prononce un verdict
clair : les
gouvernements qui respectent la volonté de leur peuple, qui gouvernent
par le
consentement et non par la coercition, sont plus prospères, plus
stables et
plus florissants que ceux qui ne le font pas.
Il ne s'agit pas seulement d'organiser des élections - il faut voir ce
qui se
passe entre les scrutins. La répression revêt de nombreuses formes et
trop de
pays, même ceux qui tiennent des élections, sont en proie à des
problèmes qui
condamnent leur peuple à la pauvreté. Aucun pays ne peut créer de
richesse si
ses dirigeants exploitent l'économie pour s'enrichir personnellement,
ou si des
policiers peuvent être achetés par des trafiquants de drogue. Aucune
entreprise
ne veut investir dans un pays où le gouvernement se taille au départ
une part
de 20 %, ou dans lequel le chef de l'autorité portuaire est corrompu.
Personne
ne veut vivre dans une société où la règle de droit cède la place à la
loi du
plus fort et à la corruption. Ce n'est pas de la démocratie, c'est de
la
tyrannie, même si de temps en temps on y sème une élection ça et là, et
il est
temps que ce style de gouvernement disparaisse.
En ce XXIe siècle, des institutions capables, fiables et transparentes
sont la
clé du succès - des parlements puissants et des forces de police
honnêtes ; des
juges et des journalistes indépendants ; un secteur privé et une
société civile
florissants, ainsi qu'une presse indépendante. Tels sont les éléments
qui
donnent vie à la démocratie, parce que c'est ce qui compte dans la vie
quotidienne des gens.
Les Ghanéens ont à maintes reprises préféré le droit constitutionnel à
l'autocratie, et ont fait preuve d'un esprit démocratique qui permet à
leur
énergie de se manifester. Nous le voyons dans les dirigeants qui
acceptent la
défaite gracieusement - le fait que les concurrents du président Mills
se
tenaient là à ses côtés lorsque je suis descendu de l'avion en dit long
sur le
Ghana - et dans les vainqueurs qui résistent aux appels à l'exercice de
leur
pouvoir contre l'opposition de manière injuste. Nous voyons cet esprit
se
manifester dans les journalistes courageux comme Anas Aremeyaw Anas,
qui a
risqué sa vie pour relater la vérité. Nous le voyons dans des policiers
comme
Patience Quaye, qui a contribué à faire traduire en justice le premier
trafiquant d'êtres humains au Ghana. Nous le voyons dans les jeunes qui
s'élèvent contre le népotisme et qui participent à la vie politique.
Dans toute l'Afrique, nous avons vu de multiples exemples de gens qui
prennent
leur destinée en main et qui opèrent des changements à partir de la
base. Nous
l'avons vu au Kénya, où la société civile et le secteur privé se sont
unis pour
aider à stopper la violence postélectorale. Nous l'avons vu en Afrique
du Sud,
où plus de trois quarts des citoyens ont voté dans la dernière
élection, la
quatrième depuis la fin de l'apartheid. Nous l'avons vu au Zimbabwé, où
le Réseau
de soutien au vote a bravé la brutale répression pour faire valoir le
principe
selon lequel le droit de vote d'un citoyen est sacré.
Alors ne vous y trompez pas : l'histoire est du côté de ces courageux
Africains, et non dans le camp de ceux qui se servent de coups d'État
ou qui
modifient les constitutions pour rester au pouvoir. L'Afrique n'a pas
besoin
d'hommes forts, mais de fortes institutions.
L'Amérique ne cherchera pas à imposer un système quelconque de
gouvernement à
aucune autre nation. La vérité essentielle de la démocratie est que
chaque
nation détermine elle-même son destin. Ce que fera l'Amérique, en
revanche, ce
sera d'accroître son aide aux personnes et aux institutions
responsables, en
mettant l'accent sur l'appui à la bonne gouvernance : aux parlements,
qui
maîtrisent les abus de pouvoir et s'assurent que les voix de
l'opposition
peuvent s'exprimer ; à la règle de droit, qui garantit l'égalité de
tous devant
la justice ; à la participation civile, afin que les jeunes soient
actifs dans la
vie politique ; et à des solutions concrètes à la corruption telles que
l'expertise comptable, l'automatisation des services, le renforcement
des
lignes d'appel d'urgence, la protection de ceux qui dénoncent les abus
afin de
promouvoir la transparence, et la responsabilité.
Et cette aide, nous la fournissons. J'ai demandé à mon gouvernement
d'accorder
davantage d'attention à la corruption dans notre rapport sur les droits
de
l'homme. Tous les gens devraient avoir le droit de démarrer une
entreprise ou d'obtenir
une éducation sans avoir à verser de pots-de-vin. Nous avons le devoir
de
soutenir ceux qui agissent de façon responsable et d'isoler ceux qui ne
le font
pas, et c'est exactement ce que fera l'Amérique.
Cela nous conduit directement à notre deuxième domaine de coopération -
le
soutien à un développement qui offre des débouchés aux gens.
Avec une meilleure gouvernance, je ne doute pas que l'Afrique tiendra
sa
promesse de créer une plus vaste base pour la prospérité. Témoin en est
le
succès extraordinaire d'Africains dans mon propre pays d'Amérique. Ils
se
portent très bien. Ils ont donc le talent et ils possèdent l'esprit
d'entreprise - la question est de savoir comment s'assurer qu'ils
réussissent
ici dans leur pays d'origine. Ce continent est riche en ressources
naturelles.
Et que ce soient des chefs d'entreprises spécialisées dans la
téléphonie
portable ou des petits agriculteurs, les Africains ont montré leur
capacité et
leur volonté de créer leurs propres possibilités. Mais il faut
également rompre
avec de vieilles habitudes. La dépendance vis-à-vis des matières
premières - ou
d'un seul produit d'exportation - a tendance à concentrer la richesse
au sein
d'une minorité, laissant la majorité vulnérable à la
récession.
Au
Ghana, par exemple, le pétrole crée de magnifiques possibilités, et
vous vous
êtes préparés à ces nouveaux revenus de façon responsable. Mais comme
le savent
de nombreux Ghanéens, le pétrole ne peut pas simplement remplacer le
cacao. De
la Corée du Sud à Singapour, l'histoire montre que les pays réussissent
lorsqu'ils investissent dans la société et dans leur infrastructure ;
lorsqu'ils multiplient les industries d'exportation, se dotent d'une
main-d'oeuvre qualifiée et font de la place aux petites et moyennes
entreprises
créatrices d'emplois.
Alors que les Africains se rapprochent de cette promesse, l'Amérique va
leur
tendre la main de façon plus responsable. En réduisant les sommes qui
vont aux
consultants occidentaux et au gouvernement, nous voulons mettre plus de
ressources entre les mains de ceux qui en ont besoin, tout en apprenant
aux
gens à faire plus pour eux-mêmes. C'est pourquoi notre initiative de
3,5
milliards de dollars en faveur de la sécurité alimentaire est axée sur
de
nouvelles méthodes et technologies agricoles, et non pas sur la simple
expédition de biens et services américains vers l'Afrique. L'aide n'est
pas une
fin en soi. L'objectif de l'aide à l'étranger doit être de créer les
conditions
dans lesquelles elle ne sera plus nécessaire. Non seulement je veux
voir les
Ghanéens autosuffisants sur le plan alimentaire, je veux vous voir
exporter des
produits alimentaires à d'autres pays et gagner de l'argent. Cela, vous
le
pouvez.
Certes, l'Amérique peut faire plus pour promouvoir le commerce et les
investissements. Les pays riches doivent réellement ouvrir leurs portes
aux
biens et services de l'Afrique d'une manière significative. Ce sera
d'ailleurs
un des engagements de mon gouvernement. Et là où il y a une bonne
gouvernance,
nous pouvons étendre la prospérité par le truchement de partenariats
entre les
secteurs public et privé qui investiront dans l'amélioration des routes
et des
réseaux électriques ; de programmes de formation qui apprendront aux
gens
comment développer leur entreprise ; et de services financiers non
seulement
pour les villes mais pour les régions pauvres et les zones rurales.
Cela aussi
dans notre propre intérêt - parce que si les gens se sortent de la
pauvreté et
que de la richesse se crée en Afrique, il s'ensuit que de nouveaux
marchés
s'ouvriront pour nos propres produits. Tout le monde y gagne.
Un secteur qui représente à la fois un danger indéniable et une
promesse
extraordinaire est celui de l'énergie. L'Afrique émet moins de gaz à
effet de
serre que toute autre région du monde, mais elle est la plus menacée
par le
changement climatique. Une planète qui se réchauffe propagera les
maladies,
réduira les ressources en eau, épuisera les récoltes, et créera les
conditions
favorables à plus de famine et plus de conflits. Nous avons tous - en
particulier
le monde développé - le devoir de ralentir ces tendances, en réduisant
les
effets du changement climatique et en changeant la façon dont nous
utilisons
l'énergie. Mais nous pouvons également coopérer avec les Africains pour
transformer cette crise en occasion de progrès.
Ensemble, nous pouvons coopérer en faveur de notre planète et de la
prospérité,
et aider les pays à accroître leur accès à l'énergie tout en sautant,
en
contournant les phases les plus polluantes du développement. Pensez-y :
dans
l'ensemble de l'Afrique, il existe de l'énergie éolienne et solaire en
abondance, ainsi que de l'énergie géothermique et des biocarburants. De
la
vallée du Rift aux déserts de l'Afrique du Nord ; de la côte de
l'Afrique de
l'Ouest aux récoltes de l'Afrique du Sud - les dons inépuisables que
procure la
nature à l'Afrique peuvent lui permettre de créer sa propre énergie et
d'exporter de l'énergie propre et rentable à l'étranger.
Il ne s'agit pas seulement de chiffres de croissance sur un bilan
comptable. Il
s'agit de savoir si un jeune doté d'une éducation peut trouver un
emploi qui
lui permettra de nourrir sa famille ; si un agriculteur peut amener ses
produits au marché ; ou si un homme d'affaires armé d'une bonne idée
peut
démarrer une entreprise. Il s'agit de la dignité du travail. Il s'agit
d'une
chance que doivent pouvoir saisir les Africains au XXIe siècle.
De même que la gouvernance est une condition essentielle du progrès
économique,
elle revêt également une importance cruciale dans le troisième domaine
que je
voudrais à présent aborder, l'amélioration de la santé publique.
Ces dernières années, des progrès énormes ont été accomplis dans
certaines
parties de l'Afrique. Les gens sont beaucoup plus nombreux à vivre avec
le
VIH/sida de manière productive et à obtenir les médicaments qu'il leur
faut. Je
viens de visiter une merveilleuse clinique, un hôpital spécialisé dans
la santé
maternelle. Mais trop d'Africains périssent toujours de maladies qui ne
devraient pas les tuer. Lorsque des enfants meurent d'une piqûre de
moustique
et que des mères succombent lors d'un accouchement, nous savons qu'il
reste des
progrès à faire.
Or du fait des incitations, souvent fournies par les pays donateurs,
beaucoup
de médecins et d'infirmiers africains s'en vont à l'étranger, ou
travaillent à
des programmes qui luttent contre une maladie unique. Cette situation
crée des
lacunes en matière de soins primaires et de prévention de base. Par
ailleurs,
il appartient à tout un chacun de faire sa part. Il faut faire des
choix responsables
de nature à prévenir la propagation de la maladie et à promouvoir la
santé
publique dans la collectivité et dans le pays.
Ainsi, d'un bout à l'autre de l'Afrique, nous voyons des exemples de
gens qui
s'attaquent à ces problèmes. Au Nigéria, des chrétiens et des musulmans
ont mis
en place un programme interconfessionnel de lutte contre le paludisme
qui est
un modèle de coopération. Ici au Ghana et dans toute l'Afrique, nous
observons
des idées novatrices visant à combler les lacunes du système de santé,
par
exemple des initiatives d'échanges d'informations médicales par
Internet qui
permettent à des médecins exerçant dans de grandes villes d'aider ceux
des
petites agglomérations.
Les États-Unis appuieront ces efforts dans le cadre d'une stratégie de
santé
exhaustive et mondiale. Car au XXIe siècle, nous sommes appelés à agir
selon
notre conscience mais aussi dans notre intérêt commun. Lorsqu'un enfant
meurt à
Accra d'une maladie évitable, cela nous diminue partout. Lorsque dans
un coin
quelconque du monde on néglige de s'attaquer à une maladie, nous savons
qu'elle
peut se propager à travers les océans et d'un continent à l'autre.
C'est pourquoi mon gouvernement s'est engagé à consacrer 63 milliards
de
dollars à relever ces défis - 63 milliards de dollars. En nous fondant
sur les
solides efforts du président Bush, nous poursuivrons la lutte contre le
VIH/sida. Nous ne cesserons de chercher à enrayer la mortalité due au
paludisme
et à la tuberculose et nous travaillerons à éradiquer la polio. Il ne
s'agit
d'ailleurs pas de s'attaquer aux maladies isolément : nous investirons
dans des
systèmes de santé publique à même de prévenir la maladie et de
promouvoir le
bien-être, en mettant l'accent sur la santé maternelle et infantile.
En même temps que nous unissons nos efforts en faveur d'une meilleure
santé,
nous devons également stopper la destruction causée non pas par la
maladie,
mais par les êtres humains. C'est pourquoi le dernier domaine que je
vais
aborder se rapporte aux conflits.
Soyons bien clairs : l'Afrique ne correspond pas à la caricature
grossière d'un
continent perpétuellement en guerre. Mais si l'on est honnête, pour
beaucoup
trop d'Africains, le conflit fait partie de la vie ; il est aussi
constant que
le soleil. On se bat pour des territoires et on se bat pour des
ressources. Et
il est toujours trop facile à des individus sans conscience d'entraîner
des
communautés entières dans des guerres entre religions et entre tribus.
Tous ces conflits pèsent sur l'Afrique comme un véritable boulet. Nous
sommes
tous répartis selon nos identités diverses, de tribu et d'ethnie, de
religion
et de nationalité. Mais se définir par son opposition à une personne
d'une
autre tribu, ou qui vénère un prophète différent, cela n'a aucune place
au XXIe
siècle. La diversité de l'Afrique devrait être source de force et non
facteur
de division. Nous sommes tous enfants de Dieu. Nous partageons tous des
aspirations communes : vivre dans la paix et dans la sécurité ; avoir
accès à
l'éducation et à la possibilité de réussir ; aimer notre famille, notre
communauté et notre foi. Voilà notre humanité commune.
C'est la raison pour laquelle nous devons nous élever contre
l'inhumanité parmi
nous. Il n'est jamais justifiable - jamais justifiable - de cibler des
innocents au nom d'une idéologie. C'est un arrêt de mort, pour toute
société,
que de forcer des enfants à tuer dans une guerre. C'est une marque
suprême de
criminalité et de lâcheté que de condamner des femmes à l'ignominie
continuelle
et systémique du viol. Nous devons rendre témoignage de la valeur de
chaque
enfant au Darfour et de la dignité de chaque femme au Congo. Aucune
religion,
aucune culture ne doit excuser les atrocités qui leur sont infligées.
Nous
devons tous rechercher la paix et la sécurité nécessaires au progrès.
On voit d'ailleurs des Africains se mobiliser pour cet avenir. Ici
aussi, au
Ghana, nous vous voyons contribuer à montrer la voie. Soyez fiers,
Ghanéens, de
vos contributions au maintien de la paix au Congo, au Libéria ou encore
au
Liban, ainsi que de votre résistance au fléau du trafic de stupéfiants.
Nous
nous félicitons des mesures que prennent des organisations telles que
l'Union
africaine et la CEDEAO en vue de mieux régler les conflits, de
maintenir la
paix et de soutenir ceux qui sont dans le besoin. Et nous encourageons
la
vision d'un cadre sécuritaire régional puissant, capable de mobiliser
une force
efficace et transnationale lorsque cela s'avère nécessaire.
Il incombe aux États-Unis de travailler avec vous en tant que
partenaire à
promouvoir cette vision, non seulement par des paroles mais aussi par
des
appuis qui renforcent les capacités de l'Afrique. Lorsqu'il y a
génocide au
Darfour ou des terroristes en Somalie, ce ne sont pas simplement des
problèmes
africains : ce sont des défis mondiaux à la sécurité, exigeant une
riposte
mondiale.
C'est pourquoi nous sommes prêts à agir en partenariat, tant par la
diplomatie
que par l'assistance technique et l'appui logistique, et que nous
soutiendrons
les efforts visant à contraindre les criminels de guerre à rendre des
comptes.
En outre, je tiens à le dire clairement : notre Commandement pour
l'Afrique ne
vise pas à prendre pied sur le continent, mais à relever ces défis
communs afin
de renforcer la sécurité des États-Unis, de l'Afrique et du reste du
monde.
À Moscou, j'ai parlé de la nécessité d'un système international où les
droits
universels des êtres humains soient respectés et où les violations de
ces
droits soient combattues. Ceci doit inclure un engagement à soutenir
ceux qui
règlent les conflits pacifiquement, à sanctionner et à arrêter ceux qui
ne le
font pas, et à aider ceux qui ont souffert. Mais en fin de compte, ce
seront
des démocraties dynamiques telles que le Botswana et le Ghana qui
diminueront
les causes de conflit et élargiront les frontières de la paix et de la
prospérité.
Comme je l'ai déjà dit, l'avenir de l'Afrique appartient aux Africains.
Les
peuples d'Afrique sont prêts à revendiquer cet avenir. Dans mon pays,
les
Afro-Américains - dont un grand nombre d'immigrés récents - réussissent
dans
tous les secteurs de la société. Cela, nous l'avons accompli en dépit
d'un
passé difficile et nous avons puisé notre force dans notre héritage
africain.
Avec de puissantes institutions et une ferme volonté, je sais que les
Africains
peuvent réaliser leurs rêves à Nairobi et à Lagos, à Kigali et à
Kinshasa, à
Harare et ici-même à Accra.
Vous savez, il y a cinquante-deux ans, les yeux du monde étaient rivés
sur le
Ghana. Et un jeune prédicateur du nom de Martin Luther King est venu
ici, à Accra,
pour voir amener les couleurs de l'Union Jack et hisser le drapeau du
Ghana.
Cet événement précédait la Marche sur Washington et l'aboutissement du
mouvement des droits civiques dans mon pays. On a demandé à Martin
Luther King
quel sentiment lui avait inspiré la vue de la naissance d'une nation,
et il a
répondu : « Cela renforce ma conviction que la justice finit toujours
par
triompher. »
Aujourd'hui, ce triomphe doit être, une fois de plus, renouvelé, et
c'est vous
qui le devrez le faire. Ici, je m'adresse particulièrement aux jeunes,
à
travers toute l'Afrique et ici-même au Ghana. Dans des endroits comme
le Ghana,
vous représentez plus de la moitié de la population.
Et voici ce que vous devez savoir : le monde sera ce que vous en ferez.
Vous
avez le pouvoir de responsabiliser vos dirigeants et de bâtir des
institutions
qui servent le peuple. Vous pouvez servir vos communautés et mettre
votre
énergie et votre savoir à contribution pour créer de nouvelles
richesses ainsi
que de nouvelles connexions avec le monde. Vous pouvez conquérir la
maladie,
mettre fin aux conflits et réaliser le changement à partir de la base.
Vous
pouvez faire tout cela. Oui, vous le pouvez. Car en ce moment précis,
l'histoire est en marche.
Mais ces choses ne pourront se faire que si vous saisissez la
responsabilité de
votre avenir. Ce ne sera pas facile. Cela exigera du temps et des
efforts. Il y
aura des souffrances et des revers. Mais je puis vous promettre ceci :
l'Amérique vous accompagnera tout le long du chemin, en tant que
partenaire ;
en tant qu'amie. Cependant, le progrès ne viendra de nulle part
ailleurs, il
doit découler des décisions que vous prendrez, des actions que vous
engagerez
et de l'espoir que vous porterez dans votre coeur.
Ghana, la liberté est votre héritage. À présent, c'est à vous que
revient la
responsabilité de bâtir sur cette fondation de liberté. Si vous le
faites, nous
pourrons, bien des années plus tard, nous remémorer des lieux comme
Accra et
nous dire que c'est à ce moment-là que la promesse s'est réalisée, que
la
prospérité s'est forgée, que la douleur a été surmontée et qu'une
nouvelle ère
de progrès a débuté. Ce moment peut être celui où nous verrons, une
fois de
plus, triompher la justice. Oui, nous le pouvons. Merci beaucoup. Que
Dieu vous
bénisse.
Je vous remercie.
La
Maison-Blanche
Bureau du
secrétaire de presse Le 11 juillet
2009
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