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Pyepimanla
le Magazine Antillais
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Honduras: un
putsch réussi ?
AFP
Le putsch
militaire contre un président démocratiquement élu au Honduras, le
week-end du
27 juin, met l'Amérique latine devant un défi et un dilemme.
Ou bien elle laisse faire une pratique que l'on croyait révolue depuis
une
bonne vingtaine d'années – à de rares épisodes près
(Argentine,
Haïti) – et cette région du monde renoue avec les horribles
souvenirs qui
ensanglantent la mémoire des XIXe et XXe siècles en Amérique centrale
et en
Amérique du Sud. On crée alors un très vilain précédent au XXIe
siècle.
Ou bien la communauté régionale et internationale prend les moyens pour
renverser le cours des événements et chasser les usurpateurs, comme
cela avait
d'ailleurs été le cas en Argentine et en Haïti. Cela, pour ne pas
laisser les
putschistes militaires faire la loi comme ils l'ont faite trop
longtemps, d'un
bout à l'autre du sous-continent.
Cependant, deux semaines après l'expulsion manu militari de Manuel
Zelaya, son
retour au pouvoir pour terminer un mandat légal et légitime (échu à la
fin
2009) paraît difficile, et on commence à se demander si ce putsch ne
finira pas
par réussir.
Faire mine de négocier
Les putschistes s'obstinent, s'accrochent tout en faisant mine de
négocier. Le
président de facto Roberto Micheletti accepte de se rendre au Costa
Rica voisin
pour une médiation du président de ce pays, Oscar Arias. Mais une fois
sur
place, il refuse de rencontrer Zelaya.
Micheletti et les militaires, qui ont avec eux les députés et les juges
de la
Cour suprême, peuvent aussi se réclamer de solides appuis dans le pays.
Un pays
profondément inégalitaire, divisé entre riches et pauvres, où
l'oligarchie
blanche, longtemps alignée sur les États-Unis, contrôle la majorité des
institutions et n'a jamais eu affaire à un président de gauche.
Le Honduras de cet été 2009, c'est aussi un pays où « le
peuple »
n'est pas à 100 % derrière son président, même après son
éviction brutale
et illégitime. On est devant un cas où le « bon
droit » – clair
et net – de la légalité internationale, peut s'opposer à la
volonté d'une
bonne partie de la population d'un pays où l'on applaudit les
putschistes.
Souvenons-nous du Chili en 1973, et de la popularité réelle du
dictateur
Augusto Pinochet parmi les classes moyennes.
Juste avant l'éruption de cette crise, Zelaya était un chef d'État en
fin de
course, interdit de réélection (par la Constitution), un politicien
passablement impopulaire avec 30 % d'appui dans les
sondages.
Lui-même issu de la bourgeoisie possédante, élu comme conservateur en
2005,
Zelaya avait opéré, en milieu de mandat, un virage à 180 degrés pour
s'allier à
l'internationale « bolivarienne » du président
vénézuélien Hugo
Chavez.
Devenu client de l'État pétrolier du Venezuela, il a reçu des
subventions et
adopté quelques mesures sociales populaires (hausse importante du
salaire
minimum), tout en se mettant à dos les élites pour qui il était devenu
l'archétype du traître – allié à Chavez, le « diable
communiste ».
Mais les sondages indiquaient que même une partie de son électorat
naturel des
classes populaires le délaissait en fin de mandat.
C'est alors qu'il a décidé de jouer le tout pour le tout, jouant la
crise et
improvisant tout à coup – courant juin – ce fameux
« référendum
consultatif » prévu pour le fatidique week-end du 27 juin. La
consultation
visait à enclencher un changement constitutionnel qui permettrait enfin
– comme
dans beaucoup d'autres pays des Amériques – à un président de se
présenter pour
un second mandat. Et aussi une provocation politique à la limite de la
Constitution.
La réélection ainsi permise – dans l'hypothèse incertaine d'un oui au
référendum – aurait-elle été celle de Zelaya lui-même, dès ce mois de
novembre
2009? Ce n'était pas clair. Mais ce qui est sûr, c'est que devant ce
référendum
et après le congédiement du chef d'état-major par Zelaya, les élites
ont pris
la mouche. Et ce week-end-là, l'armée, le Parlement et la Cour suprême
se sont
ligués pour bloquer la tenue de la consultation. Et bouter dehors cet
« intrus gauchiste » qui avait voulu jouer avec les
institutions
honduriennes.
Le dilemme de la communauté internationale
Retour au dilemme de la communauté internationale. L'ONU,
l'Organisation des
États américains, l'Union européenne, les États-Unis et tous les pays
latino-américains (y compris la Colombie de droite) ont condamné en
choeur le
renversement de Zelaya et prôné sa réinstallation jusqu'à la fin de
2009.
Mais leur détermination à agir – par les sanctions, mais éventuellement
par la
force – pour forcer cette réinstallation, paraît, c'est le moins qu'on
puisse
dire, très variable. On privilégie la négociation, et on demande aux «
deux
parties » de mettre de l'eau dans leur vin. Ce qui est déjà une façon
de conforter
les putschistes et de leur permettre de gagner du temps.
La médiation du président costaricain Oscar Arias, encouragée par les
États-Unis, peut-elle aboutir à un résultat? Si oui, si par exemple on
réinstallait finalement, dans le courant de l'été, le président déchu,
mais en
avançant les élections au début de l'automne – c'est une
rumeur qui a
circulé – jusqu'à rendre ce « retour » de
Zelaya purement
symbolique (quelques semaines à peine), ce serait un bon coup de la
diplomatie
américaine.
Barack Obama couperait ainsi l'herbe sous le pied à Hugo Chavez,
partisan
(intéressé) d'un soutien beaucoup plus combatif à Manuel Zelaya. Mais
Obama
pourrait aussi dire que les États-Unis, dans cette crise, s'en sont
tenus au
principe du « putsch qui ne passera pas ». Cela, tout
en permettant à
l'oligarchie de se débarrasser de Zelaya, et d'envisager
les prochaines
élections au Honduras comme ce qu'elles ont toujours été dans ce pays:
un duel
entre la droite et la droite.
François Brousseau
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