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Honduras: un putsch réussi ?

Des partisans du président destitué Manuel Zelaya manifestent, le 16 juillet à Tegucigalpa
AFP

Le putsch militaire contre un président démocratiquement élu au Honduras, le week-end du 27 juin, met l'Amérique latine devant un défi et un dilemme. 
 
Ou bien elle laisse faire une pratique que l'on croyait révolue depuis une bonne vingtaine d'années – à de rares épisodes près (Argentine, Haïti) – et cette région du monde renoue avec les horribles souvenirs qui ensanglantent la mémoire des XIXe et XXe siècles en Amérique centrale et en Amérique du Sud. On crée alors un très vilain précédent au XXIe siècle. 
 
Ou bien la communauté régionale et internationale prend les moyens pour renverser le cours des événements et chasser les usurpateurs, comme cela avait d'ailleurs été le cas en Argentine et en Haïti. Cela, pour ne pas laisser les putschistes militaires faire la loi comme ils l'ont faite trop longtemps, d'un bout à l'autre du sous-continent. 
 
Cependant, deux semaines après l'expulsion manu militari de Manuel Zelaya, son retour au pouvoir pour terminer un mandat légal et légitime (échu à la fin 2009) paraît difficile, et on commence à se demander si ce putsch ne finira pas par réussir. 
 
Faire mine de négocier 
 
Les putschistes s'obstinent, s'accrochent tout en faisant mine de négocier. Le président de facto Roberto Micheletti accepte de se rendre au Costa Rica voisin pour une médiation du président de ce pays, Oscar Arias. Mais une fois sur place, il refuse de rencontrer Zelaya.  
 
Micheletti et les militaires, qui ont avec eux les députés et les juges de la Cour suprême, peuvent aussi se réclamer de solides appuis dans le pays. Un pays profondément inégalitaire, divisé entre riches et pauvres, où l'oligarchie blanche, longtemps alignée sur les États-Unis, contrôle la majorité des institutions et n'a jamais eu affaire à un président de gauche.  
 
Le Honduras de cet été 2009, c'est aussi un pays où « le peuple » n'est pas à 100 % derrière son président, même après son éviction brutale et illégitime. On est devant un cas où le « bon droit » – clair et net – de la légalité internationale, peut s'opposer à la volonté d'une bonne partie de la population d'un pays où l'on applaudit les putschistes. Souvenons-nous du Chili en 1973, et de la popularité réelle du dictateur Augusto Pinochet parmi les classes moyennes. 
 
Juste avant l'éruption de cette crise, Zelaya était un chef d'État en fin de course, interdit de réélection (par la Constitution), un politicien passablement impopulaire avec 30 % d'appui dans les sondages. 
 
Lui-même issu de la bourgeoisie possédante, élu comme conservateur en 2005, Zelaya avait opéré, en milieu de mandat, un virage à 180 degrés pour s'allier à l'internationale « bolivarienne » du président vénézuélien Hugo Chavez.  
 
Devenu client de l'État pétrolier du Venezuela, il a reçu des subventions et adopté quelques mesures sociales populaires (hausse importante du salaire minimum), tout en se mettant à dos les élites pour qui il était devenu l'archétype du traître – allié à Chavez, le « diable communiste ». Mais les sondages indiquaient que même une partie de son électorat naturel des classes populaires le délaissait en fin de mandat. 
 
C'est alors qu'il a décidé de jouer le tout pour le tout, jouant la crise et improvisant tout à coup – courant juin – ce fameux « référendum consultatif » prévu pour le fatidique week-end du 27 juin. La consultation visait à enclencher un changement constitutionnel qui permettrait enfin – comme dans beaucoup d'autres pays des Amériques – à un président de se présenter pour un second mandat. Et aussi une provocation politique à la limite de la Constitution.  
 
La réélection ainsi permise – dans l'hypothèse incertaine d'un oui au référendum – aurait-elle été celle de Zelaya lui-même, dès ce mois de novembre 2009? Ce n'était pas clair. Mais ce qui est sûr, c'est que devant ce référendum et après le congédiement du chef d'état-major par Zelaya, les élites ont pris la mouche. Et ce week-end-là, l'armée, le Parlement et la Cour suprême se sont ligués pour bloquer la tenue de la consultation. Et bouter dehors cet « intrus gauchiste » qui avait voulu jouer avec les institutions honduriennes. 
 
Le dilemme de la communauté internationale 
 
Retour au dilemme de la communauté internationale. L'ONU, l'Organisation des États américains, l'Union européenne, les États-Unis et tous les pays latino-américains (y compris la Colombie de droite) ont condamné en choeur le renversement de Zelaya et prôné sa réinstallation jusqu'à la fin de 2009.  
 
Mais leur détermination à agir – par les sanctions, mais éventuellement par la force – pour forcer cette réinstallation, paraît, c'est le moins qu'on puisse dire, très variable. On privilégie la négociation, et on demande aux « deux parties » de mettre de l'eau dans leur vin. Ce qui est déjà une façon de conforter les putschistes et de leur permettre de gagner du temps.  
 
La médiation du président costaricain Oscar Arias, encouragée par les États-Unis, peut-elle aboutir à un résultat? Si oui, si par exemple on réinstallait finalement, dans le courant de l'été, le président déchu, mais en avançant les élections au début de l'automne – c'est une rumeur qui a circulé – jusqu'à rendre ce « retour » de Zelaya purement symbolique (quelques semaines à peine), ce serait un bon coup de la diplomatie américaine. 
 
Barack Obama couperait ainsi l'herbe sous le pied à Hugo Chavez, partisan (intéressé) d'un soutien beaucoup plus combatif à Manuel Zelaya. Mais Obama pourrait aussi dire que les États-Unis, dans cette crise, s'en sont tenus au principe du « putsch qui ne passera pas ». Cela, tout en permettant à l'oligarchie de se débarrasser
de Zelaya, et d'envisager les prochaines élections au Honduras comme ce qu'elles ont toujours été dans ce pays: un duel entre la droite et la droite. 

François Brousseau

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