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Pyepimanla
le Magazine Antillais
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Aux
Etats-Unis, la révolution éducative des charter schools
François
Hauter
Les
élèves de la «charter school» Haynes, à Washington, travaillent en
petits groupes. Ils échangent avec leur enseignant dans une ambiance
informelle, l'important n'étant pas la note mais le travail d'équipe.
(Stephen Voss pour Le Figaro) Crédits
photo : Stephen Voss
VOYAGE DANS L'AMERIQUE D'OBAMA
(10) - À Washington, prenons le temps de visiter les écoles. Savoir
comment sont formés les petits Américains est le meilleur moyen de
comprendre les États-Unis. Au moment où Barack Obama fait du
redressement de l'enseignement public une priorité de son mandat, une
révolution pédagogique se prépare dans certains établissements.
» Retrouvez toutes les articles de François Hauter
sur l'Amérique d'Obama
» Précédent article : «Dans les arcanes secrètes de Washington»
Je
me suis souvent demandé, au cours de ce voyage, ce qui rendait les
Américains aussi optimistes, polis, et respectueux les uns envers les
autres, même en période de récession économique. J'ai trouvé. L'an
prochain, ma fille quittera le système scolaire français pour entrer
dans une école américaine. Je sais qu'elle n'apprendra pas autant de
choses que dans nos lycées, mais en sortant de sa scolarité, elle sera
préparée à une vie sociale harmonieuse et à travailler en équipe. Elle
ne sera pas une aigrie, car ses professeurs l'auront investie d'une
singulière confiance en elle-même.
J'ai
visité de nombreux
établissements scolaires aux États-Unis. Je le fais dans tous les pays
où je passe, dès que je le peux. Les écoles me semblent être les
marqueurs tangibles de la situation véritable d'une nation. Il y a
toujours un lien entre l'investissement des États dans les systèmes
éducatifs et leur niveau de développement.
Au
Pakistan et au
Bangladesh, j'ai passé un mois dans les madrasas où l'enseignement n'a
pas évolué depuis trois siècles. Les enfants de millions de familles
modestes y sont abandonnés aux mains de religieux ignares et obtus.
C'est la volonté délibérée des «élites locales», qui investissent leurs
ressources nationales dans des armées et des forces de police,
c'est-à-dire dans les moyens de faire perdurer leur domination féodale.
De l'Indonésie jusqu'en Haïti, on justifie ces forces pour contenir les
foules, dès qu'elles se révoltent contre les injustices qu'on leur
inflige.
J'ai
vu des situations caricaturales, comme celle de la
Corée du Nord, où les écoles servent à embrigader les enfants dans un
culte à la gloire d'une dynastie de tyrans. Il y a aussi des politiques
à courte vue. En Chine, l'investissement de l'État dans l'éducation est
minimal. Aux parents de payer. Le résultat est lamentable. Les jeunes
Chinois se ruent vers les universités américaines, canadiennes ou
australiennes. La Chine offre à l'Occident ses meilleurs étudiants !
Partout, les dirigeants des pays sont obsédés par des objectifs de
survie politique à court terme. La qualité des écoles n'est pas leur
priorité.
Marginaliser
les enseignants démotivés
Aux
États-Unis, je découvre avec stupéfaction qu'en ce domaine, les
problèmes sont semblables aux nôtres. Les bureaucraties régulant les
systèmes scolaires, qu'elles soient locales ou fédérales, sont devenues
des «mammouths», pour reprendre l'expression de Claude Allègre. Une
révolution balaye cependant l'école publique américaine depuis quinze
ans. C'est celle des charter schools.
Le
mouvement n'a ni leader
charismatique ni réelle structure. Son principe est simple. Il s'agit
de marginaliser les enseignants du public qui se contentent de faire du
gardiennage ou le service minimum pendant leurs cours, en libérant la
créativité des autres profs les dynamiques et les entreprenants du
corset de leur administration de tutelle. Le mode de fonctionnement est
élémentaire lui aussi : les autorités dépensent entre 12 000 et 50
000 dollars (pour les élèves handicapés) par an et
par enfant. Si
l'élève change d'école, cette somme le suit. Les charter schools
reçoivent cet argent pour chaque élève, à l'égal des écoles publiques.
Pour
être subventionnées, elles ont des obligations. Elles doivent être des
associations à but non lucratif, gratuites et ouvertes à tous. Elles ne
peuvent être que laïques. Pour le reste, elles organisent leur
enseignement comme elles l'entendent. Elles sont dégagées de toute
tutelle administrative. On ne les juge que sur les résultats scolaires
obtenus.
«Durant
les années 1980, explique Malcolm Peabody,
président de l'association Les amis du libre choix dans les écoles
urbaines, toutes les tentatives pour réformer les écoles ont raté.
Elles ont été coulées par la bureaucratie de l'enseignement public et
des syndicats de professeurs. Quand la bureaucratie exerce un contrôle
sur les écoles, c'est un désastre. En 1991, un groupe de Minneapolis a
eu l'idée de détacher les écoles de la bureaucratie. Quarante-trois
États sur cinquante ont adopté une législation allant dans ce sens.»
Une
chance de promotion sociale offerte aux défavorisés
Bien
des fondateurs ou directeurs de ces écoles sortent des universités les
plus prestigieuses du pays (Harvard, Princeton, Yale…) ou de
l'enseignement public. Je suis impressionné par leur enthousiasme
vis-à-vis de leurs quartiers. Anne Herr a fondé l'école Capital City, à
Washington. Elle explique : «Des communautés entières ont sombré là où
la population est la plus pauvre, parce que les profs campaient sur
leurs avantages acquis, ne voulaient pas rallonger leurs horaires de
travail, les adapter, ou aller discuter avec les familles. La culture
de la rue était devenue plus forte que celle de l'école et de la
famille. Les enfants se droguaient parce qu'ils étaient hors de tout
contrôle.»
Les
Américains les plus aisés échappent à la
médiocrité de l'enseignement gratuit en envoyant leurs enfants dans des
private schools. Elles sont l'équivalent de nos écoles privées, en
beaucoup plus cher (18 000 dollars minimum de droits d'inscription par
an et par enfant). Les familles des classes moyennes et défavorisées,
ne peuvent pas se les offrir. Ce sont elles qui souffrent le plus de la
décomposition de l'école publique.
Elles
se ruent donc vers les
charter schools. Les quelque cinq mille écoles qui se sont créées sur
ce modèle accueillent 1,3 million d'enfants aux États-Unis. À
Washington DC, les charter schools ont déjà raflé 28 033 des 73 120
élèves du secteur public. Leurs classes ne comportent jamais plus de
dix-huit élèves, les établissements sont de petite taille
(250 élèves
en moyenne). Leurs résultats scolaires sont infiniment supérieurs à
ceux des écoles publiques. À Washington, les jeunes Noirs ou les
Latinos qui constituent 91 % des recrues des charter sortent du
secondaire avec des taux de réussite en lecture et en mathématiques
deux fois supérieurs à ceux des écoles publiques. Les élus sont ravis.
L'État, sans dépenser un sou de plus qu'ailleurs, offre aux minorités
défavorisées de meilleures chances de promotion sociale.
Un
enthousiasme communicatif
Barack
Obama a fait du redressement des écoles publiques une priorité absolue
de son mandat. Les minorités sont le socle de son électorat. Il
encourage les charter, même si les démocrates y sont généralement
opposés. C'est le cas du maire de Washington, Adrian Fenty. Il est
déchaîné contre les charter, car il a été élu avec l'appui des
syndicats de professeurs. La loi prévoit qu'un poste d'enseignant des
écoles publiques est supprimé par l'État fédéral chaque fois que ces
écoles perdent 25 élèves. Plus de 1 200 profs du public ont donc été
renvoyés dans la capitale, où près de 90 charter schools ont fleuri. La
rage des lobby de l'enseignement public contre les charter est extrême.
Je
visite plusieurs charter schools. Elles sont devenues des points
d'ancrage dans des quartiers de la capitale des États-Unis, où il y a
vingt ans l'on s'entre-tuait. Les enfants y travaillent tous les jours,
samedi compris. Pas de longues vacances, même en été. Les élèves sont
rarement laissés à eux-mêmes. Les profs sont payés comme dans le
public. Mais leur enthousiasme est communicatif. Ces nouvelles écoles
sont les leurs.
À
l'école Haynes, du nom de sa fondatrice (une
diplômée de l'université de Yale), j'arrive dans un gymnase très gai,
en pleine «célébration de la communauté asiatique». Parents et enfants
sont déguisés en Japonais, en Indiens, en Chinois… L'ambiance est
chaleureuse. «Nous faisons cela une fois par mois, toujours pour une
communauté différente, car nos élèves sont pour moitié des Noirs, pour
un quart des Latinos, et le reste ce sont des Blancs, des Asiatiques,
ils viennent de tous les pays du monde», explique Julie Green, la
directrice du développement. Les enfants dansent sous la bannière de la
devise de l'école qui proclame : «Be kind, Work hard, Get smart !»
(soyez aimable, travaillez dur, et devenez intelligents). Les voici qui
lisent ensemble. «C'est un concours pour lire collectivement 5 millions
de mots dans l'année, et ils en sont déjà à 4,7 millions de mots !»,
s'extasie Caroline, la mère d'un petit Chinois âgé de 9 ans. «60 % des
parents ici sont au-dessous du niveau de pauvreté, leurs enfants
bénéficient des programmes de repas gratuits à l'école», explique
Steph, une enseignante.
L'important,
c'est le travail d'équipe
Le
plus frappant, pour un Français, c'est l'enseignement délivré dans ces
écoles. Les enfants travaillent en groupes. Ils sont de trois à cinq
élèves, réunis autour de tables communes. Ils discutent, l'ambiance est
aussi informelle que dans la cuisine d'une maison de banlieue à l'heure
du repas. L'important n'est pas la note, mais le travail d'équipe. «À 6
ans, ils savent tous parler en public et présenter un projet», explique
Dave, directeur des études à l'école Capital City.
Les
dialogues
entre profs et élèves sont basés sur le concept du «sandwich». Le prof
débute par un compliment : «John, tu sais que j'apprécie beaucoup ce
que tu fais !» Puis la remarque : «Il faudrait que tu travailles là
dessus, ça pourrait être formidable !» ; Enfin, un compliment final :
«J'adore travailler avec toi, merci et bravo !» Dans l'école
américaine, on positive, c'est la norme. «On donne confiance aux
enfants, cette confiance est primordiale pour devenir un sportif ou un
entrepreneur», dit Anne Herr, la directrice de Capital City. L'école
américaine fabrique des individus sûrs d'eux-mêmes et des orateurs
habiles.
Les
défauts de la méthode, c'est qu'elle fabrique des
gens assez incultes, et aussi des menteurs et des bonimenteurs. Aux
États-Unis par exemple, le bluff et le mensonge sont naturels lorsqu'on
sollicite un emploi. L'important n'est pas d'être capable de faire un
travail. C'est de décrocher la place. George W. Bush était sorti deux
fois des États-Unis avant de devenir président. Je suis certain qu'il a
imaginé pouvoir «apprendre le job sur le tas» une fois élu. Au
contraire d'un Jacques Chirac, qui après des décennies d'apprentissage,
a donné à l'Élysée l'impression de ne rien oser faire.
Ainsi
nos
deux enseignements forgent-ils deux cultures radicalement opposées. En
France, les remarques du genre «Non, je n'ai jamais fait cela ! Non, je
ne saurai pas le faire ! Non, je n'y arriverai pas !» sont les
rengaines de notre quotidien. On hésite, on tergiverse, on n'avance
pas, on contrôle tout et n'importe quoi avant la moindre décision, de
crainte de prendre un risque. Aux États-Unis, on se lance tête la
première dans des aventures, «let's try !», essayons, l'avenir nous
appartient ! Et l'on décroche la Lune.
Source
22/07/2009
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