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Pyepimanla
le Magazine Antillais
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La vie en XXXL
Épidémie. Les
Américains se mobilisent contre le fléau et le business minceur
prospère.
Hélène
Vissière
Tout le monde
en Amérique ne ressemble pas à la famille Obama. Imaginez une vingtaine
d’obèses enfermés dans un palace près de Malibu et condamnés pendant
quatre
mois à l’exercice forcé. Devant les caméras, ils transpirent à grosses
gouttes,
vomissent, sanglotent d’épuisement... Ce sont les concurrents du Biggest
Loser, une émission de télé-réalité qui promet 250.000
dollars à celui qui
aura perdu le plus de kilos. Et il y a de quoi faire. Même à l’échelle
de
l’Amérique, ils sont monstrueusement gros. Mike, un étudiant du
Missouri âgé de
18 ans, pèse 175 kilos, Ron (193 kilos) peut à peine marcher...
Sous la
houlette de deux entraîneurs, ils courent, soulèvent des troncs d’arbre
quatre
à six heures par jour. C’est à qui se tiendra le plus longtemps sur un
pied ou
résistera à un gâteau au chocolat.
Mais, le plus
dur, c’est de loin la cuisine. Chaque concurrent doit préparer lui-même
ses
repas, équilibrés bien sûr. Une vraie torture pour ces accros au
burger/frites
qui ne font pas de différence entre l’asperge et la sauterelle grillée.
Le
clou, à la fin de l’émission, c’est la cérémonie de pesage. En petite
tenue,
ils montent tour à tour sur la balance géante au son d’une musique
dramatique.
Cette semaine, Mike a perdu 6 kilos. Ron 2 seulement...
« C’est
déprimant à regarder. Ils perdent 6 kilos en une semaine quand, moi,
j’en perds
au mieux la moitié d’un. C’est totalement irréaliste », remarque Giyen Kim, auteur du
blog
Baconismyennemy, lequel fait la chronique de sa bataille contre les
calories.
L’émission est critiquée par le corps médical, qui met en garde contre
les
pertes de poids trop rapides. Non seulement cela peut entraîner toutes
sortes
de maux, troubles de la vésicule biliaire ou perte de cheveux, mais on
regagne
souvent très vite les kilos envolés.
N’empêche ! «
The Biggest Loser », qui en est à sa septième saison, continue à faire
exploser
l’Audimat. « Cela touche à deux mythes fondamentaux de
l’identité
américaine. Celui du gigantisme, de l’abondance du Nouveau Monde, et
celui de
la réinvention de soi-même. On a immigré en Amérique pour commencer une
nouvelle vie. Et puis tous les téléspectateurs qui ont des kilos à
perdre
s’identifient plus facilement au Biggest Loser
qu’aux Experts
qui cherchent des indices sur des cadavres », observe Robert
Thompson,
professeur de culture populaire à l’université de Syracuse.
Big
business
L’obésité est
une épidémie nationale. Plus des deux tiers de la population souffrent
d’excès
de poids, soit 200 millions d’habitants. Pour la première fois dans
l’Histoire,
le fléau, s’il n’est pas enrayé, va réduire l’espérance de vie des
prochaines
générations. « Nous sommes déjà dans Wall-e,
le dessin animé futuriste
où les humains sont devenus des bibendums aux jambes atrophiées »,
résume
Marion Nestle, spécialiste de nutrition à l’université de New York.
Seule
consolation : si l’obésité a plus que doublé depuis 1980, le nombre
d’Américains qui souffrent de surcharge pondérale, lui, est resté
stable sur la
même période.
Il n’y a pas
que le tour de taille qui s’élargit. Les objets aussi. Tout est
redimensionné à
la hausse : la largeur des portes des casinos de Las Vegas, les sièges
du stade
de Boston, les gondoles de supermarché... Les hôpitaux utilisent des
aiguilles
de seringue plus longues pour traverser les couches de graisse, les
compagnies
aériennes allongent leurs ceintures de sécurité... Jusqu’à Church
Plaza, un
fabricant de bancs d’église, qui vante ses sièges capables de supporter
des
ouailles de 765 kilos.
Le marché des
gros est un gros business. En témoigne la lecture des 36 pages du
catalogue de
Living XL, le grand fournisseur de produits pour obèses. On y trouve
des
parapluies version géante, un siège de toilettes fait pour accueillir
une
demi-tonne et surtout des chaises ultrasolides. « C’est le
produit le plus
populaire, cela représente plus de 25 % de nos ventes,
explique David
Levin, le PDG. L’une des plus grosses angoisses des gens
très corpulents,
c’est la crainte de sentir le siège s’effondrer sous leur poids.
L’objectif de
Living XL est d’aider à réduire le stress de leur vie quotidienne. »
Et ce
n’est pas une mince affaire. Amplestuff, son concurrent, vend un gant
de
toilette monté sur un long manche en plastique flexible qui permet
d’atteindre
toutes les parties du corps, et même un « souleveur de jambes », conçu
pour
s’extirper d’une voiture !
Tout désormais
se décline en grande taille. Des colliers de Winged Elephant pour les «
BBW » (Big
Beautiful Woman ) aux cercueils. Goliath, une entreprise de
l’Indiana,
fabrique des cercueils surdimensionnés de 1,32 mètre de largeur, plus
du double
du modèle standard. Les hôtels eux-mêmes s’adaptent au nouveau format
de leur
clientèle. Le Ranch Kay El Bar Guest, en Arizona, propose des chevaux
extralarges ( « C’est comme si on chevauchait un canapé à
pattes »,
résume le directeur du ranch). Le Maya Tankah, au Mexique, est équipé
de
fauteuils sans accoudoirs où l’on ne risque pas de rester coincé
(encore une
phobie) et de lits renforcés à l’épreuve de tous les ébats. Et l’on ne
compte
plus les classes de yoga pour gros aux noms poétiques, comme le Buddha
Body
Yoga.
Mais il y a
encore plus lucratif. C’est le marché minceur. Les Américains dépensent
plus de
60 milliards de dollars par an en pilules miracles, vidéos d’aérobic et
régimes
divers pour gommer leurs bourrelets. D’où, dans les librairies, des
kilomètres
de rayons de livres de recettes, du régime Neanderthin (emprunté aux
hommes des
cavernes) au régime Alleluia, d’ « inspiration biblique »,
mélange de
cru et de végétalien, arrosé de jus d’orge et de luzerne.
La dernière
mode, c’est de jouer ses kilos contre de l’argent. Sur StickK.com,
fondé par un
professeur de Yale, les gens s’engagent à perdre par exemple 50 kilos
en dix
mois. S’ils échouent, les dollars qu’ils ont pariés iront, selon leur
choix, à
une cause humanitaire ou, plus stimulant, à un « ennemi » : en clair,
une
organisation qu’ils détestent. La liste comprend la bibliothèque de
George Bush
et de Bill Clinton, la NRA (le lobby des armes), le mouvement en faveur
de
l’avortement...
Et la hantise
des calories touche tout le monde, des chiens (coupe-faim canins,
hydrothérapie...) aux enfants. Wellspring Academies, niché dans la
verdure en Caroline
du Nord, est une pension pour obèses. Car 32 % des enfants américains
souffrent
de surpoids et 16 % sont obèses, le triple d’il y a trente ans.
Wellspring,
créé en 2004, accueille sur ses deux campus plus d’une centaine
d’adolescents à
partir de 11 ans durant quatre mois au moins. Encore faut-il avoir de
gros...
moyens, car, à 6 250 dollars par mois, Wellspring coûte plus cher que
Harvard.
Chaque élève porte au poignet un pédomètre pour vérifier qu’il respecte
bien
les 10.000 pas journaliers obligatoires. Ici ni pizzas ni pop-corn,
mais des
légumes et des fruits à volonté. Les pensionnaires ont des cours de
cuisine et
de nutrition et sont suivis par des thérapeutes. Selon leurs efforts,
on les
récompense en les laissant utiliser le téléphone ou rentrer chez eux.
Et ça
marche ? D’après Wellspring, les étudiants qui restent sept mois
perdent en
moyenne 36 kilos. Et, une fois rentrés chez eux, ils réussissent à
conserver le
même poids pendant au moins dix mois. La communauté scientifique,
réservée, estime
qu’il faudrait faire davantage d’études sur le long terme.
Pour ceux qui
ont tout essayé, reste la chirurgie. Les opérations qui réduisent la
taille de
l’estomac sont passées de 20.000 en 1995 à 220.000 en 2008. D’où
l’inquiétude
du corps médical, qui met en garde contre ces procédures à risques.
L’obsession des
kilos fait bondir Shirley Sheffield, la fondatrice des padded
lilies
(les lis rembourrés), une troupe de natation synchronisée composée de
dames
callipyges qui donne des spectacles humoristiques en maillots de bain
rouges et
bonnets à fleurs. « Nous avons créé ce groupe pour le
plaisir de nager,
mais cela permet aussi de diffuser le message qu’on peut être gros tout
en
étant en bonne santé, actif et heureux », explique Shirley.
C’est la
philosophie du mouvement Profat, qui prône l’acceptation de son corps,
quelle
qu’en soit la taille. Ce qui mine la santé, ce ne sont pas les kilos,
mais les
régimes incessants et les humiliations quotidiennes.
Un
effet obama
Qu’est-ce qui
va donc sauver l’Amérique de cette épidémie graisseuse ? Barack Obama,
peut-être... Le président, comme sa femme, est un fana d’exercice et
commence
sa journée par quarante-cinq minutes de gym. En novembre, il a fait la
une du
magazine Men’s Health , qui l’a classé parmi les
« 20 héros de la
santé-forme », aux côtés de Lance Armstrong et de Tiger Woods. Du coup,
on
espère que le couple va servir d’exemple à la communauté noire
notamment, très
touchée par l’obésité et le diabète.
« La
nouvelle administration a une grande occasion de faire quelque chose [en matière d’obésité] ,
estime Marion
Nestle. Nous avons besoin d’un plan national. Il faut, pour
que les gens
mangent moins, réduire le prix des petites portions, imposer sur les
étiquettes
le montant de calories et interdire la pub qui vise les enfants dans
les
écoles, à la télé, sur Internet... Mais tant que l’industrie
agroalimentaire
financera les campagnes des hommes politiques, il sera difficile de
s’opposer à
ses intérêts. »
En attendant,
chacun y va de son initiative. L’an dernier, le maire d’Oklahoma City a
lancé
un défi à ses concitoyens : perdre collectivement 450 000 kilos en
douze mois.
La commune de South Los Angeles a proposé un moratoire sur les
ouvertures des
fast-foods pendant un an. A l’école de Titusville, en Pennsylvanie,
afin
d’obliger les élèves à faire de l’exercice, on les met... aux jeux
vidéo !
L’établissement a installé une salle de gym où les vélos sont
astucieusement
connectés à une PlayStation.
Les plus
agressives restent les entreprises, étranglées par la hausse des coûts
de
santé. Partout, elles installent des salles de gym, embauchent des
nutritionnistes et facturent plus cher le burger que les salades.
Sprint,
l’opérateur de téléphonie, a mis les parkings au diable pour obliger
ses
employés à marcher. D’autres, comme IBM, offrent jusqu’à 300 dollars de
prime
annuelle si l’on fait un bilan santé et de l’exercice. Plus radical,
Scotts
Miracle-Gro, un producteur d’engrais et de pesticides, impose à ses
employés un
bilan médical et les oblige à suivre les recommandations d’un coach. Et
s’ils
refusent ? Leur assurance augmente.
Pendant ce
temps, dans le palace de Malibu, Ron, Mike et les autres concurrents du
Biggest
Loser continuent à suer sang et eau pour échapper à
l’élimination. Parce
que, comme le serine obligeamment Bob, l’instructeur, c’est leur «
dernière
chance ».
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