pyepimanla


Pyepimanla le Magazine Antillais

Actualités    
Archives
Forum  
Liens 
Annuaire
Boutique 
Contact




HISTOIRE. Les soldats noirs du Débarquement

Les soldats afro-américains ont eux aussi participé en nombre aux opérations du D-Day, le 6 juin 1944.

En vidéo

De nombreux soldats afro-américains ont contribué à la victoire alliée en 1944

De nombreux soldats afro-américains ont contribué à la victoire alliée en 1944 © DR 

Le 6 juin 1944, 156.000 Américains, Britanniques, Canadiens et 177 Français débarquaient sur les côtes de Normandie. Parmi les soldats, de nombreux Afro-américains, souvent oubliés.

Mêlant forces terrestres, navales, aériennes, ce fut la plus importante opération militaire de l’histoire. Intensément préparée depuis plusieurs années, elle a permis de libérer tout l’Ouest de l’Europe. A 6h30, le 6 juin 1944, commence l’opération Overlord, nom désignant les plans et le dispositif du Débarquement...

D-Day
Les Alliés ont choisi, sur les côtes du Cotentin, une zone de 80 km située entre l’Orne et la Vire, où les défenses allemandes semblent les plus vulnérables. Les plages de la zone ont été rebaptisées : à l’ouest, Omaha et Utah sont celles du secteur américain ; à l’est Gold, Sword et Juno sont celles du secteur britannique et canadien...

Depuis 65 ans, l’histoire du D-Day a été largement magnifiée et mythifiée, comme le montre le fameux film américain "Le Jour le plus long" (de Ken Annakin, Andrew Marton, Bernhard Wicki, Gerd Oswald et Darryl F. Zanuck), réalisé en 1962. Mais aujourd’hui, tout n’est pas encore complètement connu. Et certains éléments, longtemps occultés, tels la participation des Noirs américains ou la souffrance des civils français dans la zone de l’opération Overlord, commencent seulement sortir de l’ombre.

Régiments noirs
Des films qui remettent en scène le Débarquement (et en font bien souvent un mythe) "ne ressort qu’un visage du libérateur américain : juvénile, presque poupin, et blanc comme l’innocence", rapporte un (excellent) article du Monde 2 (30-5-2009), consacré aux "acteurs effacés du Débarquement". La plupart du temps, on ignore que les Noirs américains ont eux aussi participé en nombre aux opérations du D-Day. Et que les armées venues d’Outre-Atlantique comprenaient des régiments entièrement composés de Noirs. On l’ignore d’autant plus que fort peu de travaux universitaires et journalistiques, et d’oeuvres artistiques ont été consacrés à cette question.

En 2007, le cinéaste noir américain Spike Lee a tourné un film sur le sujet, "Miracle at Santa Anna", présenté l’année suivante au Festival de Deauville. "J’ai été surpris de voir que des Afro-Américains sont enterrés ici aussi", a-t-il confié après avoir visité les impressionnants cimetières de Normandie, où reposent des milliers de soldats. Dans ce film, Spike Lee entend s’attaquer à "la mythologie hollywoodienne sur la Deuxième guerre mondiale". "Cette mythologie exclut 1,1 million d’Africains Américains qui se battirent et moururent pendant la guerre", explique-t-il.

oldats afro-américains au combat durant la 2e guerre mondiale

Soldats afro-américains au combat durant la 2e guerre mondiale © DR « Liberty ships »

Des militaires noirs se trouvaient ainsi dans les premières vagues qui se sont lancés à l’assaut des plages de Normandie le 6 juin 1944. Selon Le Monde 2, ils étaient ainsi 1.770 à Omaha Beach (sur 29.714 Américains) et 1.200 à Utah (sur 31.912). Concernant le nombre de victimes dans leur rang, la recherche sur Internet pour en savoir un peu plus s’avère une tâche très ardue... Au cimetière américain de Colleville-sur-Mer, on a recensé les tombes de 143 Noirs.

Parmi les premiers militaires débarqués se trouvaient les hommes du 320e bataillon de barrage antiaérien, presque entièrement composés de Noirs. Ils s’occupaient des centaines de ballons explosifs destinés à contrecarrer les attaques de l’aviation allemande. "Ces ballons sont sur toutes les photos mais jamais on ne montre leurs servants", explique dans Le Monde 2 Alice Mills, universitaire caennaise qui a longuement enquêté sur le dossier. Et plus tard, à Cherbourg, 30.000 soldats de couleur déchargaient les milliers de tonnes de matériel venues à bord des "navires de la liberté", les fameux "liberty ships".

Ségrégation
Globalement, ces militaires étaient affectés aux unités de soutien, dans les dépôts. Donc à des tâches moins "glorieuses"... "Ils étaient dockers, terrassiers, fossoyeurs. Ils s’occupaient de l’évacuation des soldats blessés ou gardaient les prisonniers", raconte Stéphane Lamache qui s’est penché sur le sujet dans le cadre d’une thèse d’histoire à l’université de Caen. Il rappelle que 80 % des militaires américains restaient à l’arrière des lignes, "s’occupant d’approvisionner la machine de guerre". Dans l’armée américaine, les régiments étaient séparés, les mess (cantines des officiers et sous-officiers) étaient séparés. Et dans les services médicaux, les poches de sang "black" étaient séparées des autres…

Le fait d’évoquer aujourd’hui le dossier (quand même plus de 60 ans après l’évènement !) montre une évidente évolution des mentalités. Comme le prouve l’élection à la Maison Blanche de Barack Obama, premier président noir de l’histoire des Etats-Unis…