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Pyepimanla
le Magazine Antillais
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Un engrenage
fatal
La
course aux matières premières accélère la destruction du milieu naturel
et
aggrave les menaces qui pèsent sur les populations autochtones. Et
personne ne
semble pouvoir s’y oppose
Ils
ont survécu à l’arrivée de Christophe Colomb, aux maladies importées
d’Europe,
aux dictateurs, à la United Fruit Company et à la fièvre du caoutchouc.
Mais la
prospection pétrolière, les scieries et les cultures de soja ont fait
fuir leur
gibier et les ont obligés à s’enfoncer toujours plus profondément au
cœur de la
forêt.
Il reste en Amérique latine environ 500 peuples indiens
représentant
quelque 43 millions de personnes, soit 7,6 % de la
population du
continent. Plusieurs dizaines de ces groupes n’ont jamais entendu
parler du
Christ, de Mozart, de la pénicilline ou du World Trade Center. On
estime qu’il
y aurait ainsi au Brésil une soixantaine de peuples qui n’ont jamais eu
le
moindre contact avec le monde extérieur, mais aussi une vingtaine au
Pérou, six
en Bolivie, deux en Equateur, deux au Paraguay, un en Colombie et,
vraisemblablement, un ou deux autres au Venezuela. C’est dans ces
communautés
qui n’entretiennent que très peu de liens, voire aucun, avec le reste
de la
société que l’on prend toute la mesure des ravages de la société de
consommation.
Afin de venir en aide aux Indiens impliqués de force dans cette
bataille qu’ils
ont toutes les chances de perdre, des chercheurs comme Almudena
Hernando,
archéologue de l’université Complutense de Madrid, sont allés vivre
dans
l’Amazonie brésilienne pour observer le rapport de force. “Quand
des
fonctionnaires brésiliens de la Fondation nationale de l’Indien (FUNAI)
repèrent un Awá [peuple d’Indiens isolés] perdu dans la forêt, ils le
ramènent
vers une zone légalement délimitée pour les Indiens, où personne n’a le
droit
d’entrer [sans l’autorisation du gouvernement]. Mais les bûcherons
finissent
par y pénétrer. Ils effectuent des coupes très sélectives qui peuvent
être
indétectables sur les photographies aériennes, car ils abattent les
arbres les
plus vieux et laissent les jeunes spécimens, qui n’ont aucune valeur
sur le
marché. Dans leur sillage débarque une légion de paysans sans terre
qui, eux
non plus, n’ont rien pour subsister. En 2006, la FUNAI a fait
appel à
l’armée pour expulser les bûcherons. Mais, l’année suivante, ils sont
revenus.”
l’état brésilien protège les indiens mais
veut développer l’amazonie
Au Brésil [le seul pays à avoir une politique d’Etat en faveur des
Indiens qui
sert de référence à toute l’Amérique latine], tout va pour le mieux
théoriquement, puisque la loi protège les groupes isolés. Mais, dans la
réalité, les invasions sont permanentes et les autorités ne font rien
pour les
réprimer. “L’Etat soutient d’une main la Funai, qui prend la
défense des
Indiens, et lance de l’autre des plans de croissance économique qui
prévoient
de valoriser l’Amazonie en y construisant des routes et des centrales
hydroélectriques”, constate l’ONG Survival. Pour ne
rien arranger,
lorsqu’il est allé voir Barack Obama, en avril dernier, le président
[du
Brésil] Lula da Silva a proposé de vendre aux Etats-Unis davantage
d’agrocarburants. Il envisage déjà de créer de nouvelles usines sur des
terres
revendiquées par les Guaranis. Pour couronner le tout, le Congrès
brésilien
étudie actuellement un projet de loi qui permettrait d’exploiter à
grande
échelle les ressources minières des territoires indiens. Teresa Aguilar
Larrucea, qui travaille depuis plusieurs années avec le photographe
Carlos Díez
Polanco sur divers projets impliquant des peuples indiens d’Amérique
latine,
souligne que tous les individus qu’elle a rencontrés au cours de ses
missions
ont toujours souffert de leurs rapports avec l’homme blanc.
“En Amérique latine, c’est à peine si on les
considère comme des personnes
à part entière. Ils font un très bel effet sur une carte postale, mais
personne
ne veut les avoir trop près de chez lui. La société blanche leur
confisque
leurs terres sous prétexte qu’ils ne les cultivent pas et qu’elles sont
improductives.
Encore faudrait-il savoir ce que l’on entend par improductivité. Les
Indiens
trouvent ici leur nourriture et leur pharmacopée. Ils savent en tirer
profit.
Ils cohabitent en harmonie avec la nature depuis des millénaires. Ils
auraient
beaucoup de choses à nous apprendre.”
la société blanche revendique sa pureté et
rejette les métis
Aguilar Larrucea n’est guère optimiste sur l’avenir des peuples
indiens, mais
elle entrevoit tout de même quelques lueurs d’espoir. “Le
Venezuela est un
excellent exemple de ce qui peut se faire de mieux et de pire. Les
Indiens
Caracas vivaient au centre du pays et, aujourd’hui, il n’en reste aucun
dans
cette région : ils ont tous été déplacés en Amazonie et vers
la frontière.
Ce pays a pourtant joué un rôle pionnier dans la lutte pour les droits
des
Indiens, en créant le ministère des Peuples indiens et en le confiant à
une
Indienne Yecuana, Nicia Maldonado. Le Brésil a certes sa Fondation
nationale de
l’Indien [FUNAI], mais celle-ci n’est pas dirigée par des Indiens, souligne-t-elle.
Avec Hugo Chávez, les Indiens ont pris conscience
de leur dignité. Ils ne
cachent plus leurs racines, et on dénombre de plus en plus d’Indiens
déclarés
dans les recensements. Mais le ministère des Peuples indiens est une
institution très jeune et il ne touche pas encore tous les Indiens.” Selon
elle, ce qui se cache derrière l’aversion qu’éprouve la société blanche
à
l’égard des autochtones est un complexe racial et culturel. “Les
Blancs
veulent revendiquer leur pureté en rejetant les métis ; quant
aux métis,
ils rejettent les Indiens. J’ai vu chez certaines peuplades indiennes
des
individus qui allaient jusqu’à rejeter certains de leurs frères plus
noirs de
peau parce qu’ils avaient honte d’eux.”
Source
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