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Pyepimanla
le Magazine Antillais
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Impressions
de lecture sur :
« Philibert
Duféal, militant
communiste et syndicaliste martiniquais »

de
Juliette SméraldaUne première de couverture à dominante rouge où l'on voit
poindre du jaune, premier symbole, puis on remarque les étoiles, deuxième
symbole et enfin le visage d'un homme qui se détache de ce fond rougeoyant.
L'œuvre de Sméralda accroche le regard, l'auteur se propose de nous y présenter
un homme, un syndicaliste et communiste martiniquais. Le sujet peut en rebuter
certains mais il soulève des questions : - qui est cet homme ? - Est-il connu ? - Déjà mort ? - Qu'a-t-il accompli qui lui vaut un livre ? - Pourquoi ce choix chez cet auteur aux thèmes plus souvent sociologiques que
politiques ?
Quatrième
de couverture, l'image des anciens locaux du parti communiste
martiniquais se
dessine, troisième symbole, tandis que s'impose au lecteur cette
première
vision de l'auteur sur l'homme :
« Philibert
Duféal m'a tout de suite
donné le sentiment
d'être un territoire
martiniquais :
d'avoir
un espace intérieur d'où il parle en
terre ferme... »
La
profusion de symboles faisant référence à une époque, un parti, une
idéologie
communiste, nous replace bien dans le cadre d'une étude plus
sociologique que politique.
Et l'on comprend dès lors que cette citation, à elle-seule, définit
l'essence
des motivations de Juliette Sméralda, car son nouvel ouvrage est avant
tout
construit et pensé comme un lieu vivant de
mémoire.
Le
nouveau livre de l'auteur se veut enrichissant mais en même temps
empreint d'une
certaine légèreté. Juliette Sméralda retranscrit les mémoires de ce
militant et
syndicaliste puis interroge Duféal, sa famille, ses connaissances, se
fait
curieuse parfois taquine ou alors tatillonne, rebondit sur les mots,
fouille
ses interlocuteurs, les poussent dans leurs retranchements, souligne
les
contradictions, recueille leurs souvenirs, les amène à tout livrer.
Le
souci d'authenticité est là, car les conversations sont retransmises
telles
quelles, avec les intonations marquées, les onomatopées, les
interruptions et
toutes ces formules purement orales « hein..! »
Le témoignage n'en est que plus vivant, plus dynamique. Un portrait de
l'homme
tant politique que moral s'ébauche, s'amplifie, se nourrit de nombreux
témoignages ou allusions au contexte sociopolitique. Et à travers ces
conversations animées entre l'auteur et ses interlocuteurs, personnages
passionnés par leur pays, son histoire, comme son devenir, l'on touche
alors du
doigt une partie de l'histoire intérieure, profonde de la Martinique et
de sa
société. 
«Complet»
et
«nécessaire», sont les deux termes pouvant qualifier l'œuvre «Philibert
Duféal». Toutefois, la multitude des informations comprises dans ce
livre, le
rendent parfois difficilement abordable, pas assez centrée, pas assez
épurée. Une
œuvre plus synthétique aurait peut-être eu pour cible un plus large
public,
plus jeune surtout.
« Philibert
Duféal » semble s’adresser à ceux qui s’intéressent déjà à ce
type de
sujet ou à des universitaires, mais non à des
« novices », seulement
désireux d’apprendre quelques petites choses sur leur histoire. Ce
serait une
œuvre d’approfondissement, non pas de découverte. Ainsi l’aspect plus
ou moins
volumineux du livre pourrait être dissuasif pour toute personne n’étant
à
priori pas portée sur ce genre de lecture. Même s’il existe dans les
nouvelles
générations, un besoin réel des connaissances que contient ce livre, on
peut
néanmoins se poser la question de savoir si l’œuvre
« Philibert
Duféal » peut répondre spontanément à ce besoin, à cette
recherche, s’il
s’offrira réellement aux jeunes générations.
Cependant,
cet ouvrage a le mérite d'instruire sur des faits historico-politiques
allant
de 1945 à 1999, sur les luttes syndicalistes, les évolutions de pensée
ayant
marqué cette période. Il contribue à une réappropriation et à un
cheminement
vers notre histoire, afin de permettre la construction d'une conscience
politique et sociale.
Conscience nécessaire à toute
génération. Il a également
le mérite de s'inscrire au cœur des problématiques actuelles : la
question de
l'autonomie, de la préférence régionale, de l'existence d'une société
martiniquaise, d'une nation, toutes ces problématiques rendues plus
sensibles
depuis le 5 février 2009... Même si parfois certaines discussions à ces
sujets
peuvent demeurer hermétiques. On
sent
poindre une vision de l’auteur sur la Martinique et sa société, vision
qu’elle
confronte systématiquement au regard de ses interlocuteurs.
Cette
œuvre a aussi pour principale qualité de se donner comme simple et
humble
réceptacle de témoignages vivants sur une époque de luttes politiques
intenses,
d'idéologies portées aux nues, depuis la création de l'Union des
syndicats
martiniquais en passant par le BUMIDOM ou encore les évènements de
Chalvet.
Toutefois,
c'est parce qu'il fait la part belle à la parole des aînés que
cet
ouvrage se distingue. Paroles recueillies, et retransmises pour
apprendre,
comprendre, ne pas oublier et comme l'écrivit si bien Césaire : « Regarder en face... »
Juliette
Sméralda, tient alors d'une certaine manière un rôle de griot et fait
elle-même
état de l'importance de cette parole des aînés : « Je crois avoir compris le souci qu'il y a du lien
intergénérationnel à
construire inlassablement, au moyen des transmissions expérientielles
des aînés. »
Ainsi
l'auteur en réalisant « Philibert Duféal » semble
avoir compris et
répondu à sa manière aux pensées de ces deux grands auteurs noirs :
«Chaque
génération doit dans une relative
opacité découvrir sa mission, la remplir ou la
trahir »
Frantz Fanon
« Un
vieillard qui meurt est une bibliothèque
qui brûle »
Amadou
Hampâté Bâ
Christelle
Charlery
Enseignante
de Français
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