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Les Alpes, une histoire de Grande Ecole

le tessin

Photo : F. Palli

En regardant les photos que Francesca m’a adressées, représentant  les Alpes suisses, je ne suis pas seulement confronté au majestueux ou au grandiose du site, mais à des ressouvenances de ma professeure de géographie, plus exactement  de la mise en valeur des milieux, je revois cette femme à l’allure quelque peu militaire voire austère, s’hommassant  avec une coupe à la garçonne quoiqu’elle fut jolie et plaisante à regarder. Elle ne semblait prendre vie, que  dans l’amphithéâtre où 300 ou 400 étudiants prenaient place, une affluence   qui au fil des mois se tarissait des ¾  et une trentaine au final sortait diplômés.

Ce n’était pas réellement un cours à mes yeux,  mais une détente, car ma professeure  répondait à ma curiosité et à ma volonté d’appréhender le monde à travers sa géographie et les Alpes, peut-être parce que la chaîne alpine traverse la France, peut-être parce que cette montagne la fascinait, elle en parlait comme une personne qui était née et avait toujours vécu dans ce milieu alpestre.

Aux dures conditions de vie des montagnards, le cours débutait par des considérations géologiques expliquant la formation de cette chaîne montagneuse relativement récente au regard  du temps géologique et par rapport aux  Vosges, aux Ardennes ou des Pyrénées, les décrire n’a guère d’intérêts,  on trouve les explications dans tous les dictionnaires ou sur Internet,  mais tout ceci (théorie de la tectonique des plaques, formation des montagnes, théorie des vents, etc.)  n’est le plus souvent que des hypothèses de travail considérées comme vraies et non de « vérités apodictiques. »

La  beauté du milieu alpin se déchiffrait cours après cours, et tous ces mots jusqu’alors inconnus tels que l’ubac[1], l’adret[2] me devenaient familiers ainsi que leur flore et leur faune. 

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Photo : F. Palli

Elle s’étendait sur les conifères tel le mélèze[3]  d’Europe seul conifère à perdre ses aiguilles en hiver, il tendrait à imiter les feuillus, l’arbre roussi en automne, et en hiver perd ses aiguilles comme le chêne ses feuilles, afin de se protéger des froidures hivernales. Elle s’attardait sur les qualités mécaniques et la dureté du bois, mais aussi de son biotope  car selon qu’il pousse  au nord ou au  sud, les arbres qui l’accompagnent ne sont pas les mêmes.

Le caractère insistatif  sur la flore avait une finalité économique, car le bois et les plantes participent pour une grande part dans l’économie montagnarde notamment par le bûcheronnage.

La montagne je la connaissais, un séjour dans les Alpes m’avait convaincu de ne plus remettre les pieds, même si le lieu offrait des panoramas superbes.

J’étais de la mer et l’altitude ne me convenait pas, je me sentais bien plus à l’aise dans les Pyrénées, une montagne aux rondités et aux rivières d’une eau limpide voire cristalline regorgeant de truites.

Après avoir vu la formation de Alpes, elle nous parlait de son économie, de la vallée  ou se situait les villages composés de maisons particulières, bien souvent la maison avait deux ou  trois étages, le rez-de-chaussée servant d’étable pendant l’hiver, outre cette commodité protégeait les bovins  du froid lors la saison froide, la présence des animaux réchauffait la maison.

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Photo : F. Palli

Au cours de cette période où les montagnards étaient cantonnés à domicile, ils développaient  un autre mode de vie, une économie différente prenait la relève, ils fabriquaient des ustensiles, des jouets en bois, des couteaux pour le compte des manufactures ce jusqu'au milieu du 20 e siècle.

Ce monde était dur, et dans les propos du professeure,  il y avait soit une résignation, soit une héroïsation des montagnards d’alors. En effet,  il fallait pouvoir vivre dans de telles conditions climatiques à ces époques, seule une rude constitution physique le leur permettait.

Puis venait le printemps annonçant la fonte des glaces, le dégel  et la vie renaissait. Les températures s’élevaient, les habitants allaient enfin pouvoir sortir au grand air et s’affairer.

Les hommes et les femmes reprennent leurs activités, les bouviers amènent les bêtes à l’alpage, les autres s’occupent de leurs plantations, de leur culture céréalière, même si les sols sont peu propices à cette culture, les Celtes cultivaient dans les Alpes une variété de blé dit «  blé de trois mois », en fait si on connaissait énormément de choses sur la faune et la flore alpine, on sait peu de chose sur les réalités des habitants avant le 19 e siècle.

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Photo : F. Palli

Ce milieu bien qu’enclavé recelait des potentialités hydrologiques, minières, forestières, avec cette femme nous apprenions à lire ce biotope, sa mise en valeur, la sociologie des habitants et aussi l’écologie du milieu, les différents plans de mise en valeur des montagnes, entre autres par le développement des sports d'hiver.

Puis nous passons au milieu andin,  un biotope tellement différent des Alpes.

Un cours qui permettait de voyager et de connaître. Ma professeure était comme ces personnes servant de guide aux touristes leur racontant la mémoire du lieu. Je l’ai eu comme professeure en troisième cycle en aménagement et urbanisme, je dois avouer que la dernière année fut totalement différente, je me souviens de cette conversation où je lui posais une question, et elle m’a répondu : vous n’êtes plus un élève, mais un économiste, vos propos font autorité  !

Tony Mardaye 



[1] Versant d'une montagne exposé au nord. Synon. ombrée. La forêt occupe l'ubac, le côté d'ombre [dans les Alpes françaises]; elle le couvre d'un merveilleux manteau de verdure, avec le feuillage clair et gai du mélèze

[2] Versant d'une montagne exposé au soleil, orienté au sud ou à l'est.

[3] Arbre gymnosperme (de la famille des Abiétinées) à cônes dressés qui produit une résine appelée térébenthine de Venise et dont les feuilles caduques produisent une substance appelée manne-de-Briançon