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Regard critique sur

Philibert Duféal. Militant communiste et syndicaliste martiniquais. Dernier ouvrage de Juliette Sméralda.

Philibert Duféal. Militant communiste et syndicaliste martiniquais

Le présent ouvrage de Juliette Sméralda trouve tout sa pertinence au sein du contexte socio-politique de la Martinique d’aujourd’hui. En effet, L’actuel débat sur l’évolution institutionnelle, et le récent mouvement de revendications sociales qu’a illustré la grève du 5 février 2009 justifient déjà à eux seul la parution d’un tel ouvrage. Car cet ouvrage répond en partie à un besoin clairement défini et exprimé au sein du peuple Martiniquais : le besoin de connaissance de son histoire, de sa mémoire et plus généralement, le besoin d’acquisition de repères symboliques propre à lui-même. On ne peut alors que féliciter l’initiative de la sociologue qui consiste par le biais de l’ouvrage à faire corps avec la réalité socio politico historique martiniquaise afin de répondre à ce besoin vital d’un  peuple qui cherche à être reconnu, mais surtout et avant tout, à exister par lui-même !

Ecrit d’une plume originale, qui marie adroitement l’écriture analytique traditionnelle à l’oralité, l’ouvrage se présente en majeur parti sous la forme d’entretiens. Ainsi, plus que de simples questionnements d’enquête, c’est toute série d’échanges créatifs et sans complaisance entre la sociologue analyste et d’anciens militants du parti communiste qui nous sont proposés ici. En effet, l’ouvrage que l’on peut diviser en deux grandes parties entame une réflexion sur l’ensemble des thématiques qui touchent à la recherche de compréhension de l’entité martiniquaise, ceci en questionnant l’aventure du parti communiste martiniquais et de certains de ses militants. PCM qui si l’on peut dire fut l’un des plus importants partis dans l’histoire politique de la Martinique de la deuxième moitié du 20e siècle. L’ouvrage s’attèle par ailleurs, bien qu’indirectement,  à restituer cette réalité relativement oubliée aujourd’hui.

Par l’expérience de vie racontée par Philibert Duféal on comprend clairement que la Martinique à bel et bien gagné à la sueur de ses hommes engagés dans le combat politique et social, l’ensemble des acquis sociaux don elle bénéficie aujourd’hui. Ces fameux acquis sociaux que la France octroyait aux Français, mais refusait aux Martiniquais avec en toile de fond l’assistance ou les directives de la caste béké. L’expérience que Philibert Duféal fournit  sur l’ensemble des combats syndicaux, mais également politiques qu’il mène en pas moins de 50 ans d’engagement personnel donne des indications précises et précieuses sur la dynamique sociétale dans laquelle la Martinique se débat encore aujourd’hui. À travers l’anecdotique, et le rappel de certains évènements historiques vécu de l’intérieur, ce témoignage permet au lecteur d’aborder tout un pan de notre histoire encore insuffisamment débattu bien qu’étant toujours d’actualité vis-à-vis des thématiques qui y sont  subjacentes. Entre autres, la question du passage de la vieille revendication pour l’égalité sociale entre la Martinique et la France à l’idée d’autonomie en amont de celle de l’indépendance est ici abordée.

juliette Sméralda photo Evariste Zephyrin

Mais au-delà de questions purement historico-politique, l’ouvrage propose aussi une analyse nécessaire et même indispensable sur les interrelations et les rapports sociaux et raciaux de classe à la Martinique. Par l’interaction qui émane des entretiens D’André Constant, de René Barclay, mais également d’Anique Claire Sylvestre (tous ayant été des membres actifs du parti communiste Martiniquais lors de ses années d’or) Juliette Sméralda propose une analyse sociologique sans tabou qui suscite la réflexion autour du concept de représentations sociales que se fait la Martinique d’elle-même dans son rapport ambigu avec la France. De cet aspect de l’ouvrage, il ressort un souci de dépeindre et de dépasser avec la rigueur scientifique du sociologue tous les obstacles qui empêchent l’avènement et la réalisation d’une vraie société martiniquaise. Juliette Sméralda n’hésite donc pas à bousculer les définitions traditionnelles et les idées préconçues sur la structure sociale martiniquaise. Par cet exercice elle fait ressortir des incohérences d’un système qui jusqu’à aujourd’hui exprime en grande partie la souffrance et la non-reconnaissance de la majorité sa population dans le déni de son identité propre.

Suite à la lecture d’un tel ouvrage, plusieurs perspectives apparaissent. L’une des premières suggère alors que malgré les idées reçues, la mémoire reste encore accessible à notre société martiniquaise. À nous donc alors de trouver des idées originales  correspondant à notre réalité culturelle (comme l’a fait ici Juliette Sméralda) pour la faire émerger. D'autre part, la tentative de qualifier l’ouvrage de partisan peut également effleurer l’esprit du fait d’un engagement sincère et émouvant que l’auteur ne cache pas dans les lignes ou elle nous livre son analyse. Toutefois et c’est la toute la trame de l’ouvrage, le lecteur attentif comprend très vite que la base nécessaire des conditions d’émergence d’une Martinique neuve libérer de tous les antagonismes qui freinent son développement, c’est justement d’avoir des gens de toute profession et de tous les milieux profondément inscrits dans une démarche d’engagement et d’amour envers leur pays. Exemple que donne brillamment la Sociologue Juliette Sméralda par la réalisation l’ouvrage Philibert Duféal : Militant communiste et syndicaliste martiniquais, K-Editions, mai 2009.

En bref un ouvrage à lire et à avoir dans sa bibliothèque…

Mehdy Ozier-Lafontaine

Etudiant-chercheur en Histoire de la Caraïbe