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Pyepimanla
le Magazine Antillais
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Sur la piste
controversée des Indo-Européens
Simple mythe
fondateur pour les
uns, réalité archéologique ou évidence linguistique pour d'autres : les
Indo-Européens n'ont pas fini d'alimenter un débat scientifique parfois
mâtiné
d'idéologie et situé à la confluence de plusieurs disciplines. De la
linguistique à l'archéologie en passant par la paléogénétique. De fait,
c'est
en se fondant sur l'analyse de l'ADN prélevé sur une trentaine de
sépultures
sibériennes, remontant jusqu'à 1 800 avant J.-C., qu'une équipe de
chercheurs
franco-russes étayent, dans la dernière édition de la revue Human
Genetics,
l'une des théories proposées pour expliquer la parenté des langues
parlées du
nord de l'Inde à l'extrémité occidentale de l'Europe.
A la fin du
XVIIIe siècle, on remarque des similitudes entre
grec ancien, latin
et sanskrit. On en déduit une lointaine origine commune à ces langues,
à
laquelle s'ajoute bientôt la quasi-totalité des idiomes parlés en
Europe. Bien
vite, ces langues reçoivent le qualificatif d'indo-européennes, et la
linguistique s'emploie à reconstruire ce qui a pu être leur ancêtre
commun.
De quel peuple
ce parler ancestral était-il la langue ? A quelle époque remonter pour
en
retrouver trace ? Dans les années 1960, la préhistorienne américaine
Marija
Gimbutas (1921-1994) propose une origine située dans l'actuelle Ukraine
et
incarnée par des peuples de la culture dite des Kourganes. Cette
culture de
guerriers nomades ayant tôt domestiqué le cheval se serait répandue -
et avec
elle sa langue -, à partir de 4 000 avant J.-C., vers l'ouest et
l'Europe
centrale et occidentale, mais également vers l'est et la Sibérie
méridionale. "Nous
avons analysé l'ADN ancien prélevé sur des ossements issus de 26
sépultures
récemment fouillées dans la région de Krasnoïarsk, datées entre 1 800
avant
J.-C.et le tout début de notre ère, rapporte Eric Crubézy,
anthropobiologiste et professeur à l'université Paul-Sabatier de
Toulouse.
Les marqueurs génétiques que nous y avons détectés correspondent à ceux
que
l'on retrouve actuellement dans les populations d'Europe centrale et
orientale,
et en particulier en Ukraine. Nos données correspondent de manière
parfaite
avec le modèle imaginé par Marija Gimbutas."
L'analyse de
cet ADN ancien révèle en outre, selon M. Crubézy, que les individus de
Sibérie
du Sud avaient majoritairement les cheveux et les yeux clairs. "Cependant,
plus on avance dans l'âge du fer, c'est-à-dire plus les sépultures sont
récentes, et plus la proportion d'individus de type mongoloïde,
représentatifs
des populations autochtones actuelles de cette région de Sibérie, est
importante, ajoute le chercheur. Cela signifie
que, petit à petit, les
unions mixtes avec ces populations ont augmenté."
Fin du débat ?
A-t-on retrouvé avec certitude les premiers Indo-Européens ? Une autre
thèse,
dite "Théorie de la dispersion néolithique", propose un scénario très
différent. Celui-ci suggère une lente diffusion de la langue
indo-européenne
originelle depuis le Proche-Orient, à des époques beaucoup plus
lointaines.
Entre 6 000 et 7 500 avant notre ère, la langue indo-européenne
originelle
aurait commencé à se répandre vers l'Europe et vers le sous-continent
indien,
en même temps que l'agriculture, née dans cette région du monde.
L'archéologue
britannique Colin Renfrew, principal tenant de cette théorie, récuse
l'utilisation du terme "indo-européens" pour qualifier les
populations décrites par les chercheurs français et russes. "Il
n'y a
pas de gènes spécifiques au langage, dit-il. Or le
terme indo-européen
ne fait sens qu'en référence à la langue. Donc il ne peut y avoir de
gènes
spécifiques aux Indo-Européens."
Ainsi, si des
flux de populations depuis un foyer ukrainien, à partir de 4 000 avant
J.-C.,
sont avérés, rien, selon M. Renfrew, ne corrobore l'hypothèse selon
laquelle
ils auraient véhiculé le proto-indo-européen. En outre, des travaux de
phylogénie linguistique comparative, publiés en 2003, avaient conclu
dans le
sens d'une origine anatolienne.
Certains, à
l'image du protohistorien Jean-Paul Demoule (université Paris-I),
mettent les
deux camps d'accord. "Qu'un peuple ancestral ait diffusé sa
langue à
partir d'un berceau unique est un modèle réducteur et simpliste,
dit-il.
Les Européens ont besoin d'un mythe sur leurs origines et les
Indo-Européens
sont ce mythe. D'ailleurs, bien avant le comparatisme linguistique,
Leibniz
(1646-1716) disait déjà que les Européens devaient venir d'un foyer
originel,
quelque part autour de la mer Noire..."
Stéphane
Foucart
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