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Pyepimanla
le Magazine Antillais
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Libye : des
Africaines
prostituées par d’autres Africaines
(Syfia
Cameroun) Des proxénètes africaines
recrutent des jeunes femmes issues de familles pauvres en Afrique
noire, leur
promettant du travail en Italie. Celles-ci n’arrivent jamais en Europe
et se
prostituent en Libye pour acheter leur liberté. Reportage.
Des
sans-papiers africains rôdent sur la place de la Medina, au cœur de
Tripoli, la
capitale libyenne. C'est ici qu'habitent et vivent ceux qui arrivent du
Nigeria, du Liberia, du Ghana ou de Sierra Leone pour traverser la mer
et
gagner l’Italie. La nuit, ils dorment dans des maisons abandonnées ou
des
voitures. Le jour, ils accostent les gens, surtout les Noirs. "Je peux
faire quelque chose pour toi ? T’es intéressé ?", lancent-ils, en
anglais
ou en arabe. Le message est codé. Ces jeunes, qui se présentent comme
des
"strikers" (attaquants), sont en fait des rabatteurs qui cherchent
des clients pour des prostituées, originaires du Ghana et surtout du
Nigeria,
enfermées dans des maisons closes sordides à deux kilomètres de
là.
La dizaine de minutes que dure
le trajet en taxi-bus, le visiteur peut
apprécier la beauté du paysage : rivages de la Méditerranée, bateaux à
quai… Le
véhicule s’immobilise à un carrefour. R., un rabatteur nigérian de 22
ans, nous
guide ensuite à pied à 200 m de là vers une vieille bâtisse apparemment
inhabitée. Craignant d'être suivi, il lance un coup d’œil circulaire
avant de
frapper à un portail et de s’identifier. Les portes s’ouvrent sur un
couloir
étroit qui donne directement sur une grande chambre. Six jeunes femmes
dévêtues
se jettent sur le client. "Choisis-en une. Une fois que vous serez
ensemble, elle se confiera peut-être à toi si tu lui glisses quelques
sous de
plus ", conseille le guide en aparté.
Acheter sa
liberté
Fatima nous conduit dans ce
qui tient lieu de chambre : un bout du couloir
séparé par un morceau de pagne. Un vieux matelas à même le sol en guise
de lit.
Dans une grande salle sans fenêtre, quatre rabatteurs discutent avec le
caissier en attendant la sortie des clients. Fatima me demande les 10
dinars
libyens (6 € environ) requis. Le caissier les consigne dans son cahier
comme à
chaque fois que l’une des dix filles dont il a la charge est
sollicitée. Le
rabatteur recevra 5 dinars tandis que l'autre moitié sera portée au
crédit de
la fille, mais empochée par sa proxénète.
"L’argent encaissé n’est
jamais remboursé au cas où vous ne seriez plus
intéressé", avertit Fatima, après avoir constaté mon peu d'empressement
à
passer à l’acte. En lui tendant un autre billet de 10 dinars, je lui
dis à voix
basse que je suis journaliste et que je voudrais seulement savoir
comment elle
en est arrivée là. "Nous toutes ici, avons été amenées par des femmes
qui
promettent de nous faire traverser la mer pour l’Italie, confie-t-elle.
En
attendant, nous devons nous prostituer pour rembourser ce qu’elles ont
dépensé
depuis le Nigeria jusqu’ici. Une fois en Italie, nous continuerons à le
faire
avant d’être définitivement libres."
Les femmes proxénètes
travaillent dans les pays d’origine avec des recruteurs
qui repèrent des filles et les conditionnent psychologiquement ainsi
que leurs
parents. Les plus jolies, choisies au sein de familles pauvres, sont
les proies
les plus recherchées. Une fois arrivées en Libye, elles vivent dans des
logements loués par leurs proxénètes à des Nigérians en situation
régulière,
qui touchent au passage une commission. La police locale ne serait pas
au
courant. En Libye, la prostitution est un délit. D’où la méfiance des
rabatteurs…
Le mirage
européen
Sur le chemin du retour, notre
guide cache mal ses craintes. "J’espère que
tu ne vas pas conduire la police ici, implore-t-il. La plus jeune de
ces filles
est ma cadette directe. J’ai peur qu’il lui arrive malheur." Cette
dernière, âgée de 19 ans, était coiffeuse au Nigeria. Elle y a été
trompée par
une cliente qui s’est fait passer pour la propriétaire d’un salon de
coiffure
en Italie. "Elle a abandonné son emploi pour suivre cette inconnue qui
l’a
entraînée jusqu’ici. Aujourd’hui, elle est enfermée là, obligée de se
prostituer pour rembourser les 2 500 dollars que cette femme réclame
pour la
libérer", regrette R. La mort dans l’âme, il avoue avoir déjà trouvé
des
clients pour sa cadette. "En moins de dix jours, elle a travaillé pour
environ 200 dollars. Si tout se passe bien, elle sera libre dans
quelques mois
et je la ferai rentrer au Nigeria", promet-il.
A l’en croire, les filles de
ce groupe comme d'autres qui travaillent dans des
maisons closes ont voyagé par la route jusqu’ici, et traversant
plusieurs
frontières. En vendant leurs corps, certaines réussissent à acheter
leur
liberté, mais elles continuent dans l'espoir de réunir assez d’argent
pour
traverser la Méditerranée. Cependant, depuis le renforcement des
contrôles en
mer, le nombre de prostituées africaines serait en baisse.
Quelques-unes
retourneraient dans leur pays d'origine, d’autres partiraient ailleurs,
en
Afrique de l'Ouest. Jusqu’à l’an dernier, selon notre rabatteur, il y
avait en
Libye des filles d'une dizaine de nationalités. Aujourd’hui, seules les
Nigérianes seraient restées.
Pour les mères maquerelles,
les affaires continuent… Approchées au marché de la
Médina, trois Africaines reconnues par notre guide se font passer pour
d'honnêtes commerçantes spécialisées dans l’import-export. "Nous sommes
étrangères et ne connaissons rien de la Libye", affirme en anglais
l’une
d’elles. Des propos qui, rapportés à notre guide, le font sourire
amèrement :
"Si tromper des filles et les obliger à se prostituer est un commerce,
alors elles ont raison de se présenter comme commerçantes…"
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