pyepimanla


Pyepimanla le Magazine Antillais

Actualités    
Archives
Forum  
Liens 
Annuaire
Boutique 
Contact




La presse écrite en crise ?

gazette des caraibes

Peut être que vous ignoriez jusqu’à l’existence même d ‘un hebdo économique qui s’appelait « La Gazette des Caraïbes », je parle à l’imparfait parce que cette « Gazette » que très peu (trop peu ?) de gens achetaient et encore moins lisaient vient de sombrer corps et bien. Depuis quelques jours. Ils sont bien une bonne petite dizaine de journalistes et autres collaborateurs à venir pointer au Pole Emploi.      

Si ça vous arrange, vous pouvez pensez et même oser dire que c’est encore la faute de Domota et de ses LKPIstes, si la « Gazette » ne verra pas le prochain hivernage.

En réalité, « La Gazette » s’est tue, parce que ses initiateurs des « blanfwans » fraîchement débarqués dans notre pays, n’ont pas su comment gérer un journal en Guadeloupe, c’est aussi simple que cela. Ces gens, qui souvent aiment à se poser en donneurs de leçons, en « maîtres et seigneurs » viennent d’en prendre une sérieuse.

Mais la qualité de « blanfwans »est loin d’être la seule cause du plantage de cet hebdo. A tous ceux qui n’ont jamais été lecteurs assidus de cet hebdo, sachez que la défunte « Gazette » épousait avec la plus grande assiduité les thèses du « MEDEF Guadeloupe » ou du patronat de Jarry.

C’était leur journal. La vie sociale, pourtant, si souvent mouvementée en Guadeloupe, était systématiquement zappée et étrangement absente des pages de ce journal. « La Gazette » coincée dans sa bulle patronale, n’a jamais voulu être « la Gazette » des conflits sociaux.

Souvent on se demandait, comment un journal fabriqué et rédigé en Guadeloupe, pouvait à ce point passer au travers du miroir, ne rien voir, ne rien savoir de ce qui rythmait « l’actualité » sociale du pays.

Mais il en était ainsi. La « ligne éditoriale » de « La Gazette », se devait de conforter les « chers décideurs économiques », qu’ils étaient dans la bonne direction et en phase avec le réel !

Si j’étais l’un de ces patrons, je crois bien, que sans état d’âme aujourd’hui j’accuserais « La Gazette » de m’avoir désinformé.

Car en fait, à vouloir, ainsi rendre la vie plus rose que rose, dans la colonie, « La Gazette » hebdo monocolore, n’a guère aidé es patrons à se préparer au choc du LKP.

Tout cela est très anecdotique, car au-delà de la disparition de ce journal, il faut voir ce que cela révèle de l’état de la presse libérale dans notre pays « La Gazette des Caraïbes, » n’est pas le seul hebdo en difficulté.

Notre confrère « Sept Magazine »  qui vient de se « payer », une tonitruante campagne de communication, et annoncé avoir gagné + de 45 000 nouveaux lecteurs serait lui aussi dans une mauvaise passe. Pierre-Edouard Picord, le directeur, avait déclaré lors d’un débat post LKP organisé par le CAGI,* que son journal ne s’était jamais aussi bien porté.

Ce disant, notre confrère, balayait d’un revers de manche notre analyse sur les difficultés croissantes de la presse écrite payante au regard de la révolution technologique qu’est la presse électronique.

Il y a un peu plus d’une année de cela, le « Mot Phrasé » de notre confrère Frantz Succab, cessait « provisoirement sa parution » mais depuis, son retour dans les kiosques a souvent été annoncé…

Faut-il dès lors parler d’une crise de la presse papier payante ?

Cela aurait pu être le cas, et on pourrait très sommairement écrire ici, que la presse écrite, en Guadeloupe, souffre d’un mal chronique : l’hémorragie des lecteurs.

Vous ne seriez donc pas assez nombreux à acheter vos journaux.

Est-ce à dire, que les lecteurs guadeloupéens du 21e siècle seraient tous devenus des « kokannyè » préférant, le clic du net, au cliquetis des pièces de deux euros assurant la vie et même la survie d’un journal payant ?

Les choses sont loin d’être aussi simples. Ainsi, au mois de février dernier, en plein mouvement social, un hebdo gratuit et outrageusement luxueux, « Le Citoyen » cessait brutalement sa parution, sans avoir jamais réussi à fidéliser un lectorat… pourtant non payant !

Son directeur, très peu expérimenté en matière de gestion journalistique, accusait avec bruit et fureur, le LKP d’avoir été à l’origine de l’asphyxie de son journal !

Le LKP décideur incontournable de la vie et de la mort des journaux de notre pays ?

Voilà une piste intéressante qu’il va falloir explorer.

Notons, cependant, que pendant « les 44 jours qui ont ébranlé la Guadeloupe » l’hebdomadaire « Sept Mag », dixit son directeur, n’a jamais cessé sa parution et a même augmenté ses chiffres de vente. Il n’est d’ailleurs pas faux d’affirmer que le crise sociale a paradoxalement dopé les ventes de la presse.

Le quotidien Hersant, le premier en a bien profité.

Il n’est pas le seul. L’hebdomadaire communiste, « Les Nouvelles Etincelles », le mensuel d’investigation « Le Mika Déchainé » ont eux réussi à capter l’attention de leurs lecteurs et fait des cartons pleins.

 Il faut donc nuancer les jugements hâtifs.

Oui, la presse écrite payante subit les effets de la crise du système capitaliste.

Oui, les journaux trop dépendants de la pub, ne maîtrisant pas les problèmes de distribution, proposant un contenu éditorial peu attractif, ou qui n’ont pas su se renouveler et conquérir de nouveaux lecteurs sont et seront définitivement dans la tourmente.

Mais, la presse électronique, ne peut pas à elle seule, cumuler tous les maux de la presse du 21e siècle. C’est aussi enfoncer une porte déjà ouverte, que de dire, que le lectorat a changé, que les moins de 20 ans sont plus enclin à s’informer sur le net que leurs parents.

Mais se pose aussi, la question du contenu rédactionnel.

Face à la montée en puissance des 3 écrans (téléviseurs, ordinateurs et téléphones) les comportements ont changé. Les 3 P : presse–papier–payante, se doivent aussi de muter. Les éditeurs de journaux en Guadeloupe, ou ailleurs qui ne l’auront pas compris sont irrémédiablement condamnés à une mort lente. En France, mais aussi aux Etats-Unis, la question de la survie des 3 P est cruciale.

Si vous n’avez jamais lu la « Gazette des Caraïbes, » l’hebdo « guadeloupéen » prématurément disparu, vous ne pouvez ignorer l’existence de l’un des plus importants quotidiens étatsuniens : le New York Times. Il est lui aussi en crise, ses locaux ont été récemment vendus. A ce propos le quotidien économique belge « l’Echo.fr » écrit ceci :
« Le prestigieux quotidien américain New York Times, confronté à de graves problèmes financiers, a annoncé mardi une augmentation conséquente du prix de son édition papier à partir du 1er juin. Le prix du quotidien passera de 1,5 dollars à 2 dollars, soit une augmentation de 33%, a précisé le journal.

L'édition dominicale grimpera pour sa part de 4 à 5 dollars à New York et à 6 dollars dans le reste des Etats-Unis.
Nous sommes désolés de devoir augmenter les prix (...) mais c'est l'un des moyens que nous avons trouvé pour garantir à nos lecteurs les qualités fondamentales qui définissent le Times et leur sont chères", explique le quotidien dans un communiqué.

Comme le reste de la presse américaine, le New York Times se débat dans les difficultés créées par l'effondrement des recettes publicitaires, l'érosion de sa diffusion et la migration des lecteurs sur internet. Le groupe de presse du New York Times a annoncé fin avril avoir subi au 1er trimestre une perte de 74,5 millions de dollars à la suite d'un effondrement de près de 30% de ses recettes publicitaires. »

Tout est dit ? Non, car nous n’avons encore rien dit sur les médias audiovisuels où la situation n’est guère meilleure.

Danik Ibrahim Zandwonis

 source

28.05.2009