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Pyepimanla
le Magazine Antillais
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Le cheveu
naturel : quand se coiffer
devient une lutte identitaire
Juliette
Smeralda, sociologue, Sonny et
Cathy, de Chivé natirel, et Marion Vilier, de Créole attitude.
L'amphithéâtre
de l'espace régional du Raizet a fait salle comble, vendredi, à
l'occasion de
la conférence-débat intitulée « Cheveu naturel, histoire d'une
aliénation » ,
organisée à l'initiative de l'association Créole attitude.
Principalement
féminin, le public venu écouter les développements de la sociologue
martiniquaise Juliette Smeralda (1), semblait déjà acquis à la cause du
cheveu
crépu. En effet, c'est un cheveu naturel décliné sous toutes ses formes
que
l'on croisait à travers les allées : locks, afro, tresses, chignon ou
tout
simplement libre.
Durant près de trois heures, Juliette Smeralda a présenté l'évolution
du cheveu
naturel crépu, des contrées africaines avant la traite négrière à nos
jours.
Sous un angle historique, culturel, sociétal et anthropologique, elle
n'a pas
manqué d'expliquer les rapports complexes du Noir à son cheveu. Objet
de mille
soins et indicateur de symboliques (âge, clan, statut social) sur les
terres
africaines, le soin du cheveu occupait une place importante.
D'ailleurs, la
séance de coiffure était longue et accompagnée de pratiques culturelles
de
transmission. Cette approche n'a pas survécu aux plantations et le
cheveu noir
a alors entamé son cheminement vers une certaine dépréciation. Comme
l'a
expliqué la sociologue, il constituait avec la peau noire, les traits
du visage
et la forme du crâne, de véritables stigmates raciaux, indices de «
barbarie »
aux yeux des esclavagistes et des contemporains de l'époque. Ainsi, peu
à peu,
au fil des siècles, un processus insidieux s'est mis en place et a
conduit à
une dépréciation du cheveu crépu, au ressentiment à l'égard de cette «
tignasse
indomptable » , pour arriver au déni.
Un retour
au cheveu naturel.
A travers des exemples et des
courts documentaires, qui parfois prêtaient à
rire, Juliette Smeralda a voulu montrer à l'auditoire le rapport
ambivalent et
ambigu du Noir à son cheveu naturel. Ainsi, si le défrisage a connu ses
heures
de gloire et a permis, au choix, de faciliter le coiffage ou de gommer
des
différences - qui constituaient des entraves à une intégration dans une
société
faite pour et par les Caucasiens -, force est de constater que depuis
quelques
années, on assiste en Guadeloupe, à ce que Juliette Smeralda qualifie
de «
mouvement de revalorisation identitaire » . Il s'agit maintenant de
passer
d'une posture militante à un état de fait. Sonny Christophe, à
l'initiative du
salon de coiffure « Chivé natirel » au début des années 2000, est venue
témoigner du long combat qu'elle a mené en ce sens. Elle dit
accompagner les
personnes qui ont décidé d'aimer et d'assumer leurs cheveux naturels.
Force est de constater malgré tout que, si un mouvement est très
nettement
perceptible au sein de la société civile, les intervenants et certains
auditeurs n'ont pas manqué de souligner un mouvement institutionnel
inverse,
puisque dans de nombreuses écoles, les enfants coiffés de locks,
tresses et
maintenant afro « trop longs » ne seraient pas acceptés. Voilà qui
semble être
devenu un nouveau cheval de bataille de certains défenseurs du cheveu
naturel...
L'auditoire était principalement composé de femmes.(1) Juliette
Smeralda est
l'auteur, entre autres, de Du cheveu défrisé au cheveu crépu, de la
désidentification à la revendication et de Peau noire, cheveu crépu,
histoire
d'une aliénation.
France-Antilles
Guadeloupe 22.07.2009
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