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Pyepimanla
le Magazine Antillais
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Le droit à la
parole
Des
patrons et le Président de la République n'ont pas peur de crier que si
l'on
paie deux cents gourdes à une catégorie de travailleurs, l'économie va
sauter.
Pour convaincre de l'apocalypse, et au nom de leur amour de la patrie,
ils
financent des spots publicitaires qui diabolisent le Parlement,
opposent les
mandataires à leurs mandants, la ville à la campagne, les travailleurs
aux
chômeurs, les étudiants aux ouvriers, chaque personne à chaque
personne.
Demander deux cents gourdes, c'est ne pas aimer le pays !
Des
pasteurs auxquels Dieu et les dieux ont fait des confidences n'ont pas
peur de
crier que si Haïti va mal, c'est la faute au vodou, malédiction datant
de la
cérémonie de Bois Caïman, de transformer des citoyens en créatures
sectaires
sans lien organique avec leur culture d'origine et leur communauté. (Il
est des
pays où on se donne le droit de lapider les femmes adultères, et on se
priverait du droit de parler d'unions libres !)
Des
économistes et des politiques n'ont pas peur de parler de “droite sans
complexe”, de justifier par “les lois du marché” la pauvreté des uns et
la
richesse des autres, faisant passer des millions de vies en pertes et
profits.
Ceux
qui font le malheur du monde ou le cautionnent comme des moutons n'ont
aucune
peur de crier haut et fort ce qu'ils pensent, leurs dées, leur
conservatisme,
leur méprs du populaire, leur haine de l'égalité.
En
face : une peur de prendre la parole. Une peur de répondre du tac au
tac. Une
peur d'affronter publiquement les préjugés, le statu quo, de défendre
les
intérêts des victimes d'un système qui fait plus de mal que de bien.
Est-ce la
précarité qui amène les intellectuels radicaux à se ramollir, pactiser
?
L'effet est que les mouvements revendicatifs ont du mal à s'élaborer, à
produire un discours théorique et programmatique. Certains veulent
profiter de
ces expressions cahotiques, spontanées, sauvages, pour noyer le bébé
avec l'eau
du bain.
Plus
que jamais, il est nécessaire de prendre la parole. Il y a de justes
causes. Il
y a des pratiques à dénoncer, des idees à défendre et d'autres qu'il
faut
combattre. Que ce soit en politique, en art, dans l'analyse de la vie
de tous
les jours.
Quand
on joue à l'intellectuel, s'affublant d'un titre dont la légitimité est
toujours à questionner, le mieux qu'on puisse faire, c'est de parler
haut et
fort, d'alimenter les débats et d'oser prendre position. C'est pour
cela que j
ai accepté l'idée de cette chronique.devant les enfants qui meurent,
les
injustices sociales, le triomphe de l'individualisme, la violence d'un
système
économique qui demande aux pauvres de le subir en silence ; devant – en
ce qui
concerne Haïti – une société fondée sur l'exclusion et l'injustice, que
faire,
sinon, au moins, exercer un devoir pétitionnaire.
Les
maîtres du monde ont leurs porte-parole. Une autre parole a des effets.
Si l'on
en doute, que l'on anayse le succès d'un petit livre ayant pour titre :
l'insurrection qui vient*. (« L'isurrection qui vient, essai, comité
invisible,
2007 »)
"SI
M PA RELE",
LYONEL TROUILLOT
Source
21/07/09
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