Haiti-Souveraineté
alimentaire : Les organisations paysannes manifestent contre
les
agrocarburants
Par Maude Malengrez
Le Comité de coordination « 4 G
Kontre »,
qui réunit les principales organisations paysannes du pays, a organisé
un
« sit in » ce mardi 23 juin devant l’Hotel Ritz Kinam
II dans lequel
se déroule la « Première conférence des parties prenantes et
acteurs de la
filière Gwo Medsiyen » sur le secteur des agrocarburants, a
constaté
AlterPresse.
Les
paysans ne veulent pas du développement de la culture de Gwo Medsiyen
pour
produire du biodiesel en Haiti, qui signe pour eux la mort de la
paysannerie.
Les
organisations paysannes Mouvement paysan papaye (MPP), Mouvement paysan
national congrès papaye (Mpnkp), Tèt kole ti peyizan ayisyen,
Coordination
régionale des organisations du Sud-est (Cros) et le Réseau national
souveraineté alimentaire ont manifesté leur refus de voir se développer
une
filière de production d’agrocarburants au départ de la culture de Gwo
medsiyen,
aussi appelé jatropha, en Haïti.
Plus
d’une centaine de paysans étaient présents, certains munis de pancartes
où on
pouvait lire des slogans hostiles à la culture du jatropha.
« C’est la
mort de la paysannerie », clame Doudou Pierre Festile,
porte-parole du
Mpnkp .
« Nous
mêmes qui travaillons dans la
production des aliments refusons de laisser les terres à une production
non
alimentaire. Nous importons déjà trop d’aliments. Nous demandons au
gouvernement de ne pas développer cette filière mais de soutenir la
production
nationale », déclare Yvette Michaux.
« Nous
avons une pétition que nous voulons envoyer au parlement et à
l’étranger »,
ajoute Louis Stenio Cario, secrétaire du Mpnkp pour le département de
l’Ouest à
Croix des Bouquets.
Beaucoup
de risques en regard des opportunités
Dans
l’enceinte du Ritz Kinam II, diverses parties prenantes tentent de
démontrer
les risques et opportunités que représente le développement de la
culture du
Gwo Medsiyen pour produire des agrocarburants en Haiti, mais personne
ne semble
le remettre en cause.
Les
principaux partenaires de cette conférence, organisée par Chibas
(Centro
Hispaniola de investigacion en bioenergias y agricultura sostenible),
une
institution technique dite de service public, sont la Banque
interaméricaine de
développement, l’USAID et son programme de Développement économique
pour un
environnement durable, le Programme des Nations unies pour le
développement, la
Fondation interaméricaine, mais aussi le Ministère de l’environnement,
de
l’agriculture et la Coordination nationale de la sécurité alimentaire
(CNSA),
tout autant que des acteurs privés comme Ecodiesel Haïti.
Lors
de ces deux journées de conférence qui se clôtureront le 24 juin,
beaucoup
d’exposés sont réalisés par Chibas.
Selon
Gaël Pressoir, directeur de Chibas, il y aurait assez de terres
marginales
disponibles pour produire à base de Gwo medsiyen de quoi produire assez
d’énergie
pour couvrir les besoins du pays.
« Ce
n’est que mensonge, conteste Doudou
Pierre Festile porte-parole du Mpnkp, interrogé par AlterPresse. Ils
parlent de
terres marginales...mais Haïti n’a pas de terres marginales. Plutôt que
de
reboiser les mornes avec du jatropha, reboisons les avec des arbres
fruitiers.
Avec des manguiers, des avocats.. »
Selon
les informations présentées lors de la conférence, des projets pilotes
de
cultures sur des terres marginales sont à pied d’oeuvre ou à l’étude à
Lhomond
et Jeremie (Sud-Ouest / Entreprise exploitation jatropha) ;
mais aussi à
Saint-Louis du Sud où Chibas a réalisé une évaluation afin
d’électrifier la
zone avec du biodiesel et où plus de 55 paysans se seraient portés
volontaires.
Le
Groupe d’action francophone pour l’environnement mène des projets de
culture de
Jatropha dans la commune de Kenscoff (Ouest). Des entreprises
américaines
impliquées dans la filière sont également représentées. A Petit-Goave,
Terrier
rouge, d’autres projets sont expérimentés.
« Allez
voir dans les plantations au
Nord-est, où il y a de bonnes terres qui produisent ces belles patates
que vous
voyez là. Et bien c’est là qu’il plantent leur jatropha...Ils ont des
pépinières. Dans la plaine du Nord...à Thormonde, où la terre est
plate. A
Belle fontaine, il n’y a pas de terre marginale. C’est un risque énorme
pour la
disparition de ce que nous appelons la paysannerie », explique
Doudou
Pierre Festile.
Lors
de la conférence, l’exemple de Madagascar a été présenté, notamment en
terme
d’opportunité pour le développement de l’agriculture locale.
« Dernièrement, j’étais à une conférence à Bruxelles, continue
le
porte-parole du Mpnkp. Des paysans qui venaient de Madagascar disaient
que la
culture de jatropha leur posait beaucoup de problèmes ».
Ce
projet peut amener de facto une compétition avec les terres
cultivables, quand
bien même une exclusion des terres utilisées pour les cultures
vivrières ait
été décidée.
« Il
y a un risque que les paysans
délaissent la production vivrière pour la production de
Medsiyen », met en
garde Chavannes Jean Baptiste, porte-parole du MPP, dans une brochure
destinée
à sensibiliser les paysans aux enjeux des agrocarburants. Les paysans y
trouveraient un revenu immédiat qui serait dommageable pour la
production
vivrière.
« Il
faut beaucoup d’eau si vous voulez une récolte conséquente. Où
allons-nous
trouver toute l’eau nécessaire à ces cultures alors que nous n’en avons
déjà
pas assez pour arroser les cultures vivrières et alors que notre bétail
meurt
de soif ? », poursuit le leader du MPP.
Il
existe un Cadre stratégique pour une politique nationale de
développement des
biocarburants en Haïti. « Le gouvernement doit prendre ses
responsabilités. Nous revendiquons une aide de l’état pour que les
terres
qualifiées de « marginales » redeviennent de bonnes
terres, une
réforme agraire intégrale, une agriculture familiale, l’accès au
crédit, une
assistance technique de l’état, des barrières douanières pour combattre
le
dumping », écrit Chavannes Jean-Baptiste. « Haïti ne
peut pas entrer
dans le jatropha, ce n’est pas notre projet. », conclut Doudou
Pierre
Festile.
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