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Haïti-Domesticité : trois guides spirituels unis contre la domesticité

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Jacques Wilson Shiba, Joseph Miguel Jean-Baptiste et Max Beauvoir sont respectivement pasteur, prêtre et prêtre vaudou. Ils ont occupé un même panel samedi au Caribe Convention Center pour dénoncer la pratique de la domesticité des enfants.

Pour la première fois, trois leaders religieux de trois confessions ont dénoncé publiquement pour dénoncer le phénomène du « restavèk » dans le pays. Considéré comme l’un des plus grandes menaces de la société, les trois hommes de foi ont aussi qualifié ce système « d’esclavage moderne » lors d’un colloque, la première de cette envergure: « les enfants en domesticité : un appel au changement » organisé samedi à Port-au-Prince.

Le prêtre vaudou, Max Beauvoir s’est dit honoré de se trouver au milieu de deux géants avant d’aborder le problème qui les a réunis. « La domesticité est une gangrène pour Haïti », a-t-il mentionné, rappelant aux participants la façon dont le pays a eu son indépendance. « Nous nous sommes réunis au Bois Caïman pour dire non à l’esclavage, alors qu’aujourd’hui nous le pratiquons avec nos propres enfants. C’est honteux », s’est-il indigné.

M. Beauvoir a plus loin dit sa tristesse à chaque fois qu’il se rend en France en admirant certains endroits telle la place des concordes qui, explique t’il, ont été construites à la sueur des fronts de nos grands parents ». « Nos ancêtres auraient pleuré de voir la dureté de notre cœur vis-à-vis du pays », a-t-il soutenu.

Le prêtre vaudou a appelé le gouvernement à mieux encadrer les paysans pour qu’ils ne se sentent pas obliger d’envoyer leurs enfants croupir dans l’esclavage moderne à Port-au-Prince.

De son côté, le père Joseph Miguel Jean-Baptiste s’est estimé heureux de l’organisation du colloque. Il voit une lueur d’espoir dans le fait, après 20 ans de travail dans ce domaine, de voir pour la première fois un pasteur, un prêtre et un prêtre vaudou s’asseoir autour d’une même table pour discuter d’un problème alarmant. « La domesticité, ce n’est pas le problème d’une confession religieuse, c’est l’affaire de tous. Ceci est une preuve de la force qui peut découler de l’union », a-t-il précisé.

Le pasteur Jacques Wilson Shiba a partagé le bonheur de cette grande première, mais a accentué surtout sur l’inégalité de la distribution des richesses de la terre. « Un enfant peut apporter sa contribution à la maison mais ne doit en aucun cas jouer le rôle d’esclave », a-t-il déploré, ajoutant que plusieurs chrétiens s’adonnaient à cette pratique. « Cessons de nous statuer sur la Bible en disant tous les jours que Jésus reviendra, mais commençons par poser des actes concrets d’amour et de partage », a-t-il exhorté.

Les trois hommes de foi se disent conscients de la force des religions dans l’orientation des mentalités en vue de mettre un terme à cette pratique. Ils pensent aussi que si tous les pasteurs, prêtres et prêtres vaudou s’unissent pour changer cette dure réalité, elle changera. « Nous avons tracé un exemple de solidarité aujourd’hui au-delà des différences. Il revient à vous autres aussi de mettre la main à la patte, de prendre vos responsabilités, de faire pression sur le gouvernement et de dénoncer la domesticité en commençant dans vos quartiers », ont-ils conseillé.

Organisé à l’occasion du 25e anniversaire de décès de l’un des premiers dénonciateurs de la domesticité en Haïti Maurice A Sixto, ce colloque a attiré plusieurs centaines de participants de presque tous les secteurs de la société civile et de l’étranger.

 Léopold Ciné

leopoldcine@yahoo.fr