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Pyepimanla
le Magazine Antillais
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Les foyers de
tension se multiplient - Haïti : retour à la case départ
 Photo : Swiatoslaw Wojtkowiak
Pneus
enflammés, véhicules
endommagés, jets de pierre, incendies, barricades dans les zones
limitrophes de
l'Université d'État d'Haïti: les foyers de tension se sont multipliés
ces trois
dernières semaines à travers Port-au-Prince, la capitale haïtienne.
Retour sur
les événements qui ont conduit à cette nouvelle crise.
Les
manifestations qui ont cours ces derniers temps en Haïti ont été
enclenchées à la fin du mois d'avril par des étudiants de la faculté de
médecine et de pharmacie de l'Université d'État d'Haïti (UEH). Ils
s'insurgeaient contre une «formation au rabais» à la suite d'une
décision du
décanat d'alléger les cours. «La tendance aujourd'hui, c'est de
remplacer
certains cours par des séminaires. Nous, nous voulons des cours
réguliers, des
professeurs!», déclare Martial Bénêche, étudiant en cinquième année de
médecine.
Ces manifestations ont rapidement été «récupérées» par des étudiants de
la
faculté des sciences humaines de la même université, réclamant la
promulgation
immédiate de la Loi sur le salaire minimum votée par le Parlement
haïtien le 5
mai dernier.
Cette nouvelle loi, fixant le salaire minimum à 200 gourdes par jour,
soit 5 $,
a été vivement contestée par certains membres du patronat haïtien. Lors
d'une
conférence de presse le mercredi 13 mai, l'Association des industries
d'Haïti
(ADIH) a fait savoir que 50 % des 25 000 emplois existant actuellement
dans le
secteur des exportations de produits d'assemblage, en particulier du
textile,
seraient supprimés si l'exécutif la promulguait. L'ADIH opte de
préférence pour
l'ajustement d'un salaire minimum approprié et progressif. Ce qui,
selon ses
membres, faciliterait la croissance économique ainsi que la création
d'emplois
dans un pays où le chômage atteint un taux de 50 % (selon le PNUD).
Deux semaines plus tard, dans une ambiance de révolte, des étudiants se
faisant
passer pour les défenseurs de la classe ouvrière se sont rassemblés au
centre
de la capitale pour ériger des barricades enflammées. Plusieurs
facultés de
l'UEH participent à ce vaste mouvement de revendication.
Le 4 juin, la tension a monté d'un cran: des casseurs -- certains
cagoulés --
se sont mêlés aux manifestants, provoquant des échauffourées entre
étudiants et
forces de l'ordre, ce qui a entraîné l'arrestation d'une douzaine de
personnes.
Jets de pierre, pneus enflammés, journalistes pris en chasse, la police
riposte
par des tirs en l'air et le chaos s'installe dans la capitale.
Capital politique
Pour certains observateurs, il est clair que les manifestations ont été
infiltrées. Pour le professeur Micha Gaillard, coordonnateur de la
Commission
présidentielle sur la réforme de la justice, ces manifestations sont
«le
résultat d'une démission collective des responsables politiques,
sociaux et
économiques du pays. Les étudiants ont des revendications légitimes»
dont
personne ne tient compte.
«Ils sont donc allés chercher des sujets d'actualité pour être sous les
projecteurs et recevoir l'appui de la population. Mais les différents
secteurs
politiques et économiques, dont ceux qui sont liés à la corruption, à
la
contrebande et au trafic de drogue, s'y sont mêlés, notamment ceux qui
veulent
se faire un capital politique, comme les partis populistes, dont une ou
deux
des branches du parti Fanmi Lavalas [de l'ex-président Jean-Bertrand
Aristide,
exilé en 2004], pour ne citer que ceux-là.»
Pour Pierre Espérance, directeur exécutif du Réseau national de défense
des
droits humains (RNDDH), «le laxisme du gouvernement est à la base de ce
mouvement. Il est incompréhensible que l'exécutif cherche à entamer des
discussions avec le Parlement aujourd'hui sur un projet de loi soumis
au vote
depuis trois ans», s'insurge-t-il.
En effet, depuis le début des manifestations, le Parlement et
l'exécutif se
renvoient la balle. Le président René Préval, élu sous la bannière de
l'Espoir,
et sa première ministre ne se sont jamais prononcés publiquement. «Le
président
pratique une politique de désinvolture qui nourrit la crise sociale.
C'est son
parti qui a voté cette loi. Or il va à l'encontre de celle-ci et de
revendications sociales qui remontent à 1986: c'est inacceptable»,
affirme le
sociologue Franklin Midy, de l'Université du Québec à Montréal.
Alors que le secrétaire d'État à la Justice déclarait le 10 juin que
«le
gouvernement entendait sévir contre les fauteurs de trouble», le 16
juin, un
nouveau vent de panique soufflait sur Port-au-Prince: des véhicules
privés et
officiels ont été la cible de jets de pierre aux abords de la faculté
d'ethnologie; la police a rétorqué en lançant des gaz lacrymogènes.
Le lendemain, le président a mis fin au suspense en faisant objection à
la Loi
sur le salaire minimum: elle entrera en vigueur le 1er octobre 2009
pour les
secteurs industriel et commercial, mais le secteur de la sous-traitance
ne
payera que 125 gourdes par jour, soit 3 $. L'exécutif a renvoyé la loi
devant
le Parlement pour révision et déclare rester ouvert aux négociations.
Ainsi,
malgré la mobilisation des étudiants, on revient à la case départ. Nancy
Roc
Édition du
samedi 27 et du dimanche 28 juin
2009
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