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L’insalubrité
peut tuer

La
grande difficulté est de déterminer les coupables et les complices de
ce
meurtre ignoble. Ce jeune homme décède après avoir été heurté par une
voiture
alors qu’il tentait d’éviter dans la rue un énorme amas de déchets
nauséabonds.
Par Christian Jr Desrameaux
Vraisemblablement,
cet adolescent était sensible à la cause environnementale et s’il
fuyait ce tas
de déchets, que la multiplicité laisse comme décoration ou de point de
repères
dans nos villes, c’est sûrement avec la mort dans l’âme qu’il
déambulait dans
la capitale haïtienne.
Certes, il est
une victime de l’insalubrité presque généralisée qui caractérise la
première
république noire indépendante du monde, mais dans sa tombe il emportera
l’image
des déchets exposés en pleine rue sans ne plus jamais avoir à les
côtoyer.
Ce jeune peut
être considéré comme un marginal au regard des millions de personnes de
tous
les milieux qui cohabitent sans gène avec les déchets en Haïti.
Avant de rendre
l’âme cet adolescent a eu le temps d’expliquer pourquoi il s’empressait
de
traverser la rue. « Pil fatra a wi – cet amas de déchets », a-t-il
soupiré. Des
passants se sont moqués en qualifiant de fou la victime dont le cadavre
gisait
dans la rue. Les témoins de cette tragédie sont pour la plupart les
mêmes
personnes qui déversent leurs déchets sur les trottoirs et même dans
les rues
étroites malgré la présence de poubelles souvent trop petites pour
contenir les
tonnes de déchets produites par les habitants. La solution n’est pas de
disposer de plus grandes poubelles qui déjà obstruent les trottoirs et
certaines rues, elle passe nécessairement par une politique
environnementale
qui s’inscrit dans un plan de société qui n’existe toujours pas en
Haïti.
La victime pouvait
tout aussi être n’importe quelle autre personne, en particulier les
piétons,
qui supportent mal la mauvaise gestion de l’environnement en Haïti.
L’exposition en
plein air des déchets n’est qu’un aspect du tort incommensurable que
les
Haïtiens font à leur environnement. La coupe des arbres avec moins de
2% de
couverture végétale est aussi une activité criminelle pouvant entrainer
la mort
de centaines de milliers de personnes en cas de fortes pluies.
On ne cessera
jamais de le répéter aux oreilles sourdes des responsables haïtiens,
l’insalubrité, en plus de constituer une menace sur la santé de la
population,
contribue à ternir l’image du pays à l’extérieur. Aussi longtemps que
les
Haïtiens continuent de balayer leur maison très tôt le matin et de
disposer
autrement de leurs déchets que de les jeter dans les rues, la création
d’un
environnement sain est possible.
Enfin, ce jeune
homme risque vraiment de mourir comme indiqué ci-dessus, si ce n’est
déjà le ca
en Haïti, pays qui croupit sous le poids des déchets. Cette histoire
devrait
interpeller n’importe quelle autorité responsable qui aurait conscience
de sa
responsabilité. Peut-être que la mauvaise gestion des déchets n’a
jamais encore
été évoquée comme principale cause d’un décès, mais cette négligence
peut
provoquer d’autres drames susceptibles d’être banalisés.
source
2
juillet 2009
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