Haiti-France :
Rapatriements massifs
d’Haitiens de France en perspective

Migrants
outre-mer (Mom) est un collectif de 13 associations françaises engagées
dans la
défense des droits des migrants dans les territoires et départements
d’outre-mer de la France. Mom est préoccupé par la négociation en cours
d’un
accord de réadmission vers Haïti de migrants haïtiens résidant en
France en
situation irrégulière. La signature d’un tel accord aura des
conséquences
dramatiques tant pour les Haïtiens résidant en France sans titre de
séjour
(dont le renvoi vers Haïti sera facilité et accéléré) que pour leurs
parents
recevant en Haïti les transferts d’argent.
Avec
le soutien de la Plate-Forme des Associations Franco-haïtienne (PAFHA)
et
l’Union des associations latino-américaines en France , Mom souhaite
sensibiliser la société civile haïtienne aux enjeux d’un tel accord que
le
gouvernement français veut conclure en 2009, comme prévu par le
document cadre
de partenariat France-Haïti 2008-2012 (chapitre « Immigration
et
codéveloppement »).
L’ambassade
de France communique largement sur l’aide au développement qu’elle
apporte à
Haïti, mais sans dire que la contrepartie de cette aide est la lutte
contre
l’immigration irrégulière et la signature d’un accord de gestion
concertée des
flux migratoires (dit « de réadmission »).
La
France a déjà signé ce type d’accord, sous des terminologies diverses,
avec le
Gabon, la Tunisie, la République du Congo, le Bénin, le Sénégal, le Cap
Vert,
Saint-Lucie, la Dominique, le Brésil, le Surinam, etc. Elle négocie
actuellement avec Haïti, le Cameroun, les Philippines et le Mali.
Les
accords de gestion « concertée » des flux migratoires
comprennent 3
volets :
•
Le 1er sur les possibilités de « migration légale »
(délivrance de
visas : ainsi, les Saint-Luciens et les Dominiquais sont
exemptés de visa
pour un séjour touristique de 15 jours maximum par an dans les
départements
français d’Amérique), octroie des titres de séjour temporaires
principalement
pour des motifs professionnels, dont la carte « compétences et
talents », avec un quota de cartes par an (150 pour le Congo
et le Bénin,
1500 pour la Tunisie).
•
Le 2ème sur la lutte contre l’immigration irrégulière, avec des clauses
par
lesquelles les Etats s’engagent à réadmettre leurs propres
ressortissants en
situation irrégulière voire, pour certains (Congo, Bénin), prévoit
d’interdire
l’entrée sur le territoire d’un pays européen des ressortissants de
pays tiers
ayant simplement transité par leur territoire.
•
Le 3ème volet concerne le co-développement dont les montants investis
dans des
microprojets sont largement inférieurs aux transferts envoyés par les
migrants
à leurs familles.
Ces
accords sont particulièrement inéquitables, car ils prétendent
distribuer de
faibles montants d’aide au « codeveloppement » et
seulement quelques
visas aux jeunes diplômés en échange du durcissement de lutte contre
l’immigration irrégulière et le renvoi (ou réadmission) des migrants
sans
autorisation de séjour dans leur pays d’origine.
L’Italie
et l’Espagne ont déjà passé des accords de ce type avec la Libye, la
Tunisie et
l’Egypte (pour l’Italie) et avec des pays de l’Afrique subsaharienne
(pour
l’Espagne dans le cadre de son « plan Afrique »). Sur
cette base, des
renvois massifs ont été opérés dans des conditions dénoncées par des
ONG de
défense des droits de l’homme et des réseaux associatifs comme
Migreurop . En
2008, Amnesty international a rendu public un rapport pour médiatiser
la
situation dramatique de migrants renvoyés depuis l’Espagne vers la
Mauritanie,
en exécution d’un accord de réadmission signé en 2003 . A cette
occasion,
Amnesty a fait état de pratiques de détention prolongée, de mauvais
traitements,
d’absence de procédure équitable du droit d’asile, de renvoi des
mineurs
isolés, etc.
En
2007, la France a reconduit à la frontière plus de 50 000 migrants. La
moitié
de ces expulsions a eu lieu à partir des départements et territoires
d’outre-mer. Or, les Haïtiens résidant en France sont principalement
établis en
Guyane, en Guadeloupe, en Martinique et à Saint-Martin. Sur le million
d’habitants des départements français d’Amérique (DFA), 38% des
étrangers en
situation régulière sont Haïtiens et les sans-papiers sont évalués à 57
000
personnes. A défaut de chiffres exacts, on peut évaluer à 21 000 au
moins les
Haïtiens en situation irrégulière dans les DFA. Toujours en 2007, 67%
des
individus expulsés de Guadeloupe étaient de nationalité haïtienne.
Aussi,
la signature entre la France et Haïti d’un accord de réadmission ne
peut
qu’accroître davantage le nombre d’Haïtiens expulsés, rendant plus
difficile la
vie de leurs familles tant dans les DAF qu’en Haïti.
Il
est donc urgent que l’ambassade de France et le gouvernement d’Haïti
rendent
publique les négociations de l’accord qui, sous prétexte du
codéveloppement, va
précariser la vie de nombreuses familles. Pour ce faire, il est
impérieux que
les sociétés civiles haïtienne et française se mobilisent ensemble pour
empêcher la signature d’un tel accord. Elles peuvent interroger les
gouvernements français et haïtien pour les mettre face à leurs
responsabilités
et informer la population du gâchis humain qu’impliquent les expulsions
de
migrants.
Rappelons-nous
que grâce à une telle mobilisation, les sociétés civiles malienne et
française
ont pu faire obstacle jusqu’à ce jour à la signature de l’accord
franco-malien.
Mom,
dont le Collectif Haïti de France fait partie, la PAFHA et l’Union des
associations latino-américaines en France invitent donc la société
civile
haïtienne à se mobiliser contre la signature de l’accord de réadmission
France-Haïti, à questionner les autorités haïtiennes et à rester en
contact via
le Collectif Haïti de France : contact@collectif-haiti.org.
Migrants
outre-mer - www.migrantsoutremer.org
Plate
Forme des Associations Franco-haïtienne -
http://haitiensenfrance.online.fr
Union
d’Associations Latino-américaines en France - www.unionlatinos.org
source vendredi
19 juin 2009
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