pyepimanla


Pyepimanla le Magazine Antillais

Actualités    
Archives
Forum  
Liens 
Annuaire
Boutique 
Contact




À la Réunion, la crise économique et sociale entraîne aussi une crise de confiance

 reunion manif saint denis de la reunion photo de

Les Réunionnais n’ont pas seulement le moral en berne. Ils sont aussi de plus en plus résignés. Voilà ce que l’on peut retenir de l’enquête réalisée ces dernières semaines par Ipsos et présentée hier en présence de Bernard Cathelat, docteur en psychologie sociale, et auteur de plusieurs ouvrages sur les styles de vie. Contrairement aux Antilles où le LKP a réussi à cristalliser les mécontentements et à faire émerger un nouveau sentiment identitaire, à la Réunion la crise sociale a généré une crise de confiance. 70% des Réunionnais jugent les résultats de la dernière mobilisation décevants. Ils considèrent que les longues séances de négociations n’ont débouché sur aucun accord probant, et que le prix à payer est plus dur qu’en Guadeloupe où le collectif a arraché une revalorisation de 200 euros des bas salaires. Cette frustration n’est pas sans conséquence. 78% des sondés craignent une dégradation du climat social (60% seulement aux Antilles), 80% sont persuadés que des entreprises vont fermer leurs portes. Alors qu’en Guadeloupe le LKP apparaît désormais comme un interlocuteur crédible, localement l’opinion publique estime que le Cospar n’a pas été à la hauteur des enjeux. Les organisations syndicales et les associations ne sont pas les seules victimes de ce désamour social. Les Réunionnais ne font plus également confiance aux collectivités et à leurs élus pour redresser la situation.

Les états généraux nourrissent de nouveaux espoirs

Dans ce climat d’incertitudes, seul le pouvoir central semble tirer son épingle du jeu. Aussi surprenant que cela puisse paraître, 56% des personnes interrogées par Ipsos pensent que les états généraux organisés par le gouvernement sont importants. Une fraction importante de l’opinion considère même que ces travaux sont décisifs pour l’avenir de l’île. “Le fatalisme politique et institutionnel dont font preuve les Réunionnais ne les empêche pas se rapprocher de l’État même s’ils se sentent incompris”, explique Jean-Paul Brouchot, directeur général d’Ipsos océan Indien. Ce type de réflexe n’est évidemment pas neutre. L’institut de sondage souligne que le gouvernement a désormais une obligation de résultat vis-à-vis de ses interlocuteurs ultramarins. En attendant de nouvelles avancées sociales, les Réunionnais se renferment aujourd’hui sur eux-mêmes. C’est ce qu’observe notamment Bernard Cathelat. Cette logique défensive, où l’on fait d’abord confiance à soi-même et à sa famille pour s’en sortir, se diffuse de plus en plus aux différentes catégories sociales. Mais cette tendance dominante n’empêche pas d’autres formes de comportement. Dans ses études, Bernard Cathelat a intégré un scénario de révolte. Celui-ci pourrait tout à fait se concrétiser si, à terme, aucun projet fédérateur ne venait impulser une nouvelle dynamique économique. Ce schéma n’est d’ailleurs pas exclusif à la Réunion. Invité du “Grand rendez-vous Europe 1-Le Parisien” le 20 avril dernier, l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin avait tout simplement expliqué qu’il existait un vrai risque révolutionnaire en France...

Florent Corée