|
Pyepimanla
le Magazine Antillais
|
Allocution de
M. Claude
LISE
Président du
Conseil Général Président du Congrès
Deuxième session du Congrès des Elus Départementaux et Régionaux
Jeudi 18 juin 2009 9 h 30
Hôtel du Conseil Général
Monsieur le Président du Conseil Régional,
Messieurs les Parlementaires,
Mesdames et Messieurs les Membres du Congrès,
Cher(e)s Collègues,
La
loi veut que le président du Conseil général assure la présidence du
Congrès
des élus départementaux et régionaux du 1er janvier au 30 juin.
Il
me revient donc l’honneur de présider la présente séance plénière qui
fait
suite à celle qui s’est tenue le 18 décembre dernier, à l’Hôtel de
Région, sous
la présidence du président du Conseil régional.
Je
veux, avant tout, saluer la présence à cette tribune du Président
Alfred
MARIE-JEANNE et souhaiter la bienvenue à tous, particulièrement, bien
sûr, à
ceux qui n’ont pas l’habitude de siéger dans cette enceinte.
La
première séance plénière du congrès a, comme vous le savez, été
l’occasion,
pour une très large majorité d’entre nous, de proposer l’instauration
d’un
nouveau cadre institutionnel pour la Martinique.
C’est
ainsi, je le rappelle, que plus de 74 % d’entre nous ont proposé que le
statut de la Martinique évolue vers le régime législatif de l’article
74 de la
constitution, c’est-à-dire le régime qui, en dehors des pouvoirs
régaliens de
l’Etat, permet d’opérer un choix entre les domaines dans lesquels les
lois et
règlements continuent de s’appliquer de plein droit et ceux où il est
possible
de disposer localement de compétences propres ainsi que d’un réel
pouvoir
d’adaptation.
Par
ailleurs, nous avons été plus de 90 % à proposer la création d’une
collectivité unique de Martinique dotée d’une assemblée délibérante
unique
composée de 75 membres ; plus de 61 % des élus ont souhaité
que les
membres de cette assemblée délibérante soient élus au sein d’une
circonscription unique, sur la base notamment :
d’un
scrutin de liste à la proportionnelle à 2 tours avec prime majoritaire
de
4 sièges,
et
de l’obligation de placer, dans les 10 premiers de la liste, deux
représentants a minima de chaque circonscription législative existante
(Nord
Atlantique, Nord Caraïbe, Centre et Sud).
Les
points inscrits à l’ordre du jour de la séance d’aujourd’hui, et qui
ont
été approuvés par la séance plénière du Conseil général du 14 mai
dernier, vont
nous permettre de donner un contenu au cadre que nous avons adopté, et
cela en
précisant l’organisation et le fonctionnement de l’assemblée
délibérante ainsi
que les compétences de la nouvelle collectivité envisagée pour se
substituer
aux deux collectivités territoriales actuelles,
départementale
et régionale.
Les autres points concernent, d’une part, la mise en place d’un conseil
consultatif et d’un conseil des communes, d’autre part, une demande de
report
des élections régionales de mars 2010.
Ces différents points que nous allons examiner aujourd’hui
n’auraient-ils pas
dû être mis en débat avant le choix du cadre institutionnel ?
La question, qui a été soulevée dès le départ, ne cesse de revenir dans
le
débat public.
On est évidemment en droit de considérer qu’elle a été démocratiquement
tranchée. Mais je crois, pour ma part, qu’il n’est pas bon de laisser
planer un
doute sur la logique qui a guidé nos travaux ; d’autant qu’il
est facile
de lever ce doute.
Il suffit pour cela de rappeler tous les travaux effectués et tous les
débats
engagés par les élus locaux, depuis 2001, sur la question des
compétences à
domicilier localement pour répondre plus efficacement aux besoins et
aux
aspirations des Martiniquais et pour ouvrir de réelles perspectives
d’avenir.
Ainsi, nombre d’entre vous ont participé au premier congrès des élus
départementaux et régionaux du 12 juin 2001, qui s’est déroulé ici même
sous ma
présidence, et aux travaux qui se sont poursuivis en commission et lors
des 2
plénières qui se sont tenues par la suite en 2002 et 2003.
Nombre d’entre vous ont participé également à ce que l’on a appelé les
Assises
des libertés locales organisées en 2003 par le gouvernement de l’époque.
Nous ne partions donc pas de rien, lorsque nous avons pris la décision,
l’année
dernière, de convoquer l’actuel congrès.
Par ailleurs, on peut considérer que les élus ont pu largement
expérimenter les
limites des possibilités offertes par la réforme constitutionnelle de
2003,
dans le cadre de son nouvel article 73.
Certes, les assemblées locales peuvent demander, dans leurs domaines de
compétences, des habilitations au Parlement pour procéder localement à
des
adaptations de textes législatifs ou réglementaires ou pour fixer
elles-mêmes
des règlements applicables sur notre territoire dans un nombre limité
de
matières.
Mais la mise
en œuvre de ces habilitations passe par des procédures
complexes et à l’issue toujours incertaines.
Est-il besoin de rappeler, par exemple, que nous attendons depuis près
d’un an
et demi une réponse à une demande d’habilitation tendant à créer en
Martinique
un indispensable périmètre unique de transport terrestre et
maritime ?
En réalité, ce qu’il a bien fallu admettre, à l’expérience, c’est que
les
limites du régime de l’article 73 sont inhérentes à la finalité qui lui
est
fondamentalement assignée : l’identité législative.
Dans ce régime, il faut en prendre son parti, ce qui prime, c’est le
droit
commun.
C’est ce qui explique qu’une majorité d’entre nous a considéré qu’il
n’était
plus possible de différer un choix fondamental : celui à
opérer entre ce
régime de l’article 73 et l’autre régime législatif expressément prévu
dans le
même titre de la constitution (le Titre XII) pour les collectivités
d’outre
mer : le régime de la spécialité législative régi par
l’article 74.
Le choix a été opéré, en décembre 2008, en faveur du second et la
commission de
suivi, composée de 20 élus représentant toutes les sensibilités de nos
assemblées, a été chargée de rechercher, dans le plus large consensus,
le
positionnement le plus pertinent pour la Martinique dans la gamme de
possibilités offertes par l’article 74 ; une gamme qui,
actuellement, va
du statut de Saint-Pierre et Miquelon, très proche du statut de
département
d’outre mer, au statut de la Polynésie pour lequel on peut parler de
statut
d’autonomie.
Le travail que nous avons à faire aujourd’hui s’inscrit donc dans une
démarche
dont la cohérence ne peut être sérieusement mise en doute.
Je souhaite donc que nous acceptions tous de le mener à bien dans les
conditions les plus efficaces possibles.
Un choix a été opéré majoritairement, de façon parfaitement
démocratique. Il
nous appartient de le finaliser afin d’être en mesure de demander au
président
de la République de le soumettre à l’approbation des citoyens
martiniquais au
bout d’une période suffisante pour permettre l’information de ceux-ci.
En dernier ressort, nous le savons, c’est le peuple martiniquais qui
doit se prononcer sur
ce qui n’est évidemment qu’une proposition d’évolution
institutionnelle. C’est le peuple qui doit se prononcer, et je m’en
félicite
d’autant plus que je me suis battu pour obtenir que soit inscrite dans
une loi
cette consultation obligatoire, qui a fini par être constitutionnalisée.
Il est évidemment tout à fait normal que nous ne soyons pas tous
d’accord sur
le projet qui sortira de nos travaux ; mais, permettez moi de
le dire,
avec gravité, il y a un devoir que tous nous devons nous imposer, c’est
celui
de permettre au peuple martiniquais d’opérer son choix dans les
meilleures
conditions possibles.
Alors, j’entends bien ceux qui disent qu’il faut laisser plus de temps
au
peuple. Mais, chers collègues, cela fait plus d’un demi-siècle que le
problème
de l’évolution institutionnelle est posé ! Jusqu’à quand
reculera-t-on
l’échéance, tout en répétant sans cesse que les problèmes s’aggravent,
que
l’horizon est de plus en plus lourd de menaces et que notre jeunesse
désespère
de l’avenir ?
Et qui ne voit le risque qu’encourt la Martinique, dans une période où
la
France s’apprête à réformer ses institutions, de laisser les mains
libres à un
pouvoir central toujours enclin à faire à notre place ;
toujours tenté,
pour ne pas s’éloigner du droit commun, de plaquer sur nos réalités
différentes
des dispositions conçues pour l’hexagone.
En réalité, si l’on veut que le peuple soit prêt à se prononcer sur son
avenir,
ce qu’il faut, c’est avant tout lui offrir un débat démocratique de
qualité. Un
débat dépassant les intérêts personnels et partisans ; un débat dégagé
de tout
ce qui tend à jeter la confusion dans les esprits ; un débat
dans lequel
il importe de privilégier les arguments rationnels, au lieu de céder
aux
facilités de la dramatisation ; au lieu de céder à la
tentation de
manipuler le virus de la peur qui, une fois inoculé, soyons-en
parfaitement
conscients, ne peut que contaminer, et pour longtemps, le débat
institutionnel.
Ce que je souhaite, en tout cas, c’est que nous veillions à ce que les
débats
que nous aurons au cours de cette séance répondent d’ores et déjà à ces
exigences.
Chacun de nous doit s’en faire un devoir. Car chacun de nous doit,
compte tenu
des enjeux pour la Martinique, prendre, face au peuple martiniquais,
toute la
mesure de ses responsabilités.
Allocution de
M. Claude LISE
Président du Conseil Général
Président du Congrès
Deuxième session du Congrès des Elus Départementaux et Régionaux
Jeudi 18 juin 2009
9 h 30
Hôtel du Conseil Général
|