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Pyepimanla
le Magazine Antillais
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L'esclavage
oublié, Françoise Vergès et Nicole Pot
Photo F. Palli
L'histoire
de l'esclavage a connu ces dernières années un développement important,
sous
l'impulsion d'historiens, d'associations et du Comité pour la mémoire
de
l'esclavage, réduisant ainsi le retard important pris par la France
dans ce
domaine. Traite des Noirs et esclavage colonial restent cependant
minorés dans
le récit national et dans la recherche. Pour une grande majorité de
Français,
cette histoire concernerait seulement les ultramarins. Cette minoration
contribue parfois à substituer une attitude de commémoration victimaire
à une
démarche de connaissance du passé pour certains Guadeloupéens,
Martiniquais,
Guyanais ou Réunionnais, qu'ils vivent dans les DOM ou en métropole.
Elle
autorise la nation à ignorer l'ampleur de ce trafic infâme qui dura
près de
quatre siècles.
Encore mal
connue, l'archéologie de la période coloniale joue un rôle décisif pour
documenter les conditions de vie des esclaves, leur habitat, les
établissements
où ils furent asservis, les rites d'inhumation, l'état sanitaire des
défunts,
etc. Elle apporte des informations sans équivalent dans les archives
écrites,
qui, lorsqu'elles existent, sont univoques - émanant de l'Etat, des
négriers ou
des propriétaires. Cette exigence est d'autant plus fondamentale que
les
installations agricoles, les fabriques ou les lieux de culte
vernaculaires ont
été très mal conservés outre-mer, et que les "lieux de mémoire" de
l'esclavage y sont rares. Il importe donc que l'archéologie se
développe en
Martinique, en Guadeloupe et en Guyane, où elle est encore
embryonnaire, et à
La Réunion, où la loi sur l'archéologie préventive de 2001 n'est pas
appliquée.
Des fouilles
récentes aux Antilles et en Guyane ont apporté des résultats décisifs
sur le
peuplement des Caraïbes et de l'est de l'Amérique du Sud, et éclairent
d'un
jour nouveau les rapports entre esclaves et Amérindiens à l'époque
coloniale.
En Guadeloupe, les fouilles de cimetières à Basse-Terre, de l'anse
Sainte-Marguerite au Moule, de Desmarais à Saint-Claude ou, en
Martinique,
celles de l'habitation Fonds Saint-Jacques à Sainte-Marie ont fourni
des
informations remarquables sur les conditions d'inhumation des esclaves
et sur
les pathologies des populations asservies.
De même, les
campagnes de fouilles de l'îlot Tromelin, menées en 2007 et 2009,
lèvent peu à
peu le voile sur l'incroyable survie d'un groupe de captifs malgaches
abandonnés
pendant quinze ans sur un petit territoire hostile et battu par les
vents de
l'océan Indien, après le naufrage du navire négrier l'Utile.
Et si les
quartiers d'esclaves - les rues "cases-nègres" aux Antilles - ont
presque tous disparu, ils "survivent" dans le sol à l'état de
structures archéologiques. Les Etats généraux de l'outre-mer doivent
accompagner cette dynamique dans laquelle l'Institut national de
recherches
archéologiques préventives peut prendre une part active. Ces travaux
contribueront
au renouvellement de la connaissance et montreront que la France
n'esquive pas
son histoire.
Françoise
Vergès
est directrice scientifique
de la Maison des civilisations et de l'unité réunionnaise.
Nicole Pot est directrice générale de
l'Institut national de
recherches archéologiques préventives.
LE
MONDE | 20.07.09
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