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Pyepimanla
le Magazine Antillais
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La lettre
d’Elie Domota à Marie-Luce Penchard
Le
leader du LKP, Elie Domota, a adressé
une «lettre ouverte» à sa
compatriote, la Guadeloupéenne Marie Luce Penchard, nouvellement promue
secrétaire d’Etat. Dans ce courrier que nous publions ci-dessous, le
LKP
réclame une fois de plus, que la lumière soit faite sur les massacres
de mai
1967 à Pointe-à-Pitre.

Madame Marie-Luce
Penchard
Secrétaire d’Etat chargée des DOM
Rue Oudinot
75351 Paris
Pointe-à-Pitre, le 01 Juillet 2009
Objet :
Vérité – Justice - Réparation – Réhabilitation pour les victimes des
massacres des 26 et 27 Mai 1967 à Pointe à Pitre.
Madame la Secrétaire d’Etat,
Les 26 et 27 Mai 1967, à Pointe à Pitre, à l’occasion d’une grève
d’ouvriers du
bâtiment, les CRS, Gendarmes mobiles (Képis Rouges) français
perpétrèrent un
véritable massacre contre le Peuple Guadeloupéen.
«Le massacre commença le 26 mai 1967 au début de la matinée
et dura
jusqu’au lendemain soir. Pointe-à-Pitre martyrisé. Ces morts ne furent
pas les
victimes accidentelles d’un combat sans merci. Ces êtres furent
assassinés de
sang froid avec méthodes. Ce crime fut décidé, organisé, planifié dans
le cadre
d’une politique de terreur.»
Le Préfet Pierre Bolotte, inhumé le 27 Mai 2008 (41 ans jour pour jour
après le
massacre des Guadeloupéens), décoré commandeur de la légion d’honneur,
demanda
de faire usage de toutes les armes contre tous ceux qui bougeaient, qui
étaient
Noirs ou tiraient leur origine de cette couleur. Plusieurs centaines de
Guadeloupéens furent traqués, blessés ou tués par balles. L’armée
Française
tirait sur les ambulances et même dans la veillée mortuaire d’une des
premières
victimes. L’hôpital était débordé. Des exécutions sommaires ont été
perpétrées
aussi bien à la gendarmerie du Morne Miquel qu’à la Sous-préfecture de
Pointe-à-Pitre où des dizaines de corps jonchaient le sol.
Depuis 2005, des organisations regroupées au sein de diverses
structures
(Komité Mé 67, Anmwé 67, …), ont entrepris des démarches auprès de
l’Etat
Français pour qu’une enquête soit diligentée sur les tueries de Mai
1967. Jusqu’ici,
aucune réponse.
Toutes les archives des hôpitaux et mairies relatives à cette période
ont
mystérieusement disparu et les archives françaises nous sont interdites.
Face à ce mépris, les investigations se sont poursuivies directement
sur le
terrain même, en Guadeloupe, et ont permis de rencontrer des témoins
visuels,
des parents et amis de victimes, des blessés, des emprisonnés, ….. Aux
dires
d’un ancien ministre des DOM, M. Lemoine, il y eut 87 morts et
des
centaines de blessés. Mais le nombre réel de morts va bien au-delà et
dépassera
la centaine de Guadeloupéens tués.
Aujourd’hui, 42 ans après, nous poursuivons notre combat pour la
vérité, la
reconnaissance de ce massacre, la justice, le jugement et la
condamnation des
coupables, la réhabilitation des victimes, la réparation des
préjudices,
l’accès aux archives et dossiers de l’époque et à l’écriture de cette
page de
notre histoire.
Depuis plusieurs mois maintenant, nous suivons avec intérêt les prises
de
position de la France sur tous les dossiers relatifs à la défense des
droits de
l’Homme à travers le monde.
L’Archipel de Guadeloupe, Pays Caribéen, inclus unilatéralement dans
les
Régions Ultrapériphériques Européennes (RUP), serait de ce fait un
régime de
droit.
Or les faits : Affaires Madassamy, Selbonne, Lefort, Senar, …,
licenciement
abusif et condamnations arbitraires de syndicalistes, racisme à
l’embauche
contre les Guadeloupéens d’origine africaine et indienne en Guadeloupe,
… ; confirment que notre vie quotidienne est tissée, depuis
tantôt, de
longues suites de brimades, d’injustice, de répressions et de
discriminations
de tous ordres.
Ainsi, les représentants de l’Etat Français nous abreuvent de discours
officiels vantant «la France patrie des droits de l’homme»
(pour
rappel, la déclaration des droits de l’Homme date de 1789 et
l’abolition de
l’esclavage de 1848, sic !) et du caractère infaillible de la
société de
droits.
Disons-le, l’exercice de la justice à nos actes ordinaires est fondée
sur la
plus flagrante des discriminations coloniales : celle de la
couleur !
Sommes-nous confrontés à un phénomène marginal ?
Notre vision de la réalité sociale et politique est-elle à l’excès
réductrice ?
Sommes-nous victimes d’un mirage ?
Certainement pas.
Ce dont nous
sommes sûrs, c’est d’aspirer à
une société plus égalitaire contrairement à ce que les faits nous
imposent
aujourd’hui. Voila pourquoi notre présente requête ne se fonde pas sur
des
considérations vagues et générales.
Nous exigeons du Gouvernement de la France des réponses claires et
précises sur
les évènements de Mai 1967, survenus à Pointe à Pitre, en Guadeloupe.
Nous exigeons la vérité, la reconnaissance de ce crime colonial, la
justice, le
jugement et la condamnation des coupables, la réhabilitation des
victimes et
emprisonnés, la réparation des préjudices, l’accès aux archives et
dossiers de
l’époque.
Pourquoi le massacre de centaines de
Guadeloupéens ?
Pourquoi n’y a-t-il que des victimes qui ont
été condamnées ?
Pourquoi les criminels ont-ils été décorés ?
Pourquoi ce black out ?
Le porte-parole du LKP Elie
Domota
GUADELOUPE.
Pointe à Pitre
Mardi 7 juillet 09
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