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A la Martinique, Nicolas Sarkozy reçoit un accueil tranquille et prône "le développement endogène"

Nicolas Sarkozy en Martinique

Je me suis mis un défi, en tant que chef de l'Etat : c'est, qu'ensemble, on réussisse." Nicolas Sarkozy aura maintes fois saisi et remonté les revers de sa veste, avec force coups de menton, jeudi 25 juin, à Fort-de-France, pour mieux persuader les Martiniquais de son engagement. Ou pour faire oublier, en deux jours de voyage, les 25 et 26 juin, le sentiment d'indifférence que les Antilles ont longtemps semblé lui inspirer. Derrière les barrières métalliques, place de la Savane, le comité d'accueil est maigre, la moyenne d'âge élevée, l'enthousiasme poli.

"J'ai suivi très attentivement ce qui s'est passé en février", a assuré le président aux quelque 2 000 personnes rassemblées pour les Etats généraux, quatre mois après le mouvement social de cet hiver contre la vie chère. Dès son arrivée, après la page d'histoire dédiée aux "dissidents", ces jeunes résistants antillais, partis rejoindre la France libre, M. Sarkozy a délivré son message principal : "Le statu quo n'est plus possible."

Même si la conclusion des états généraux de l'outre-mer n'est prévue que pour octobre, M. Sarkozy a déjà fait comprendre qu'il souhaitait engager un important mouvement de déconcentration pour rendre l'administration "plus efficace, plus utile". Il a néanmoins admis que la question institutionnelle ne suffisait pas à résoudre le problème du pouvoir d'achat, du chômage, de la formation, du logement...

Le chef de l'Etat a donc pris soin de rester concret. Dans une île où près de 30 % de la population a moins de 20 ans, il a envoyé quelques signes à la jeunesse, suggérant par exemple qu'un examinateur se déplace pour les concours plutôt que de faire venir tous les étudiants en métropole. "Si on n'arrive pas à former des jeunes Antillais, ce cancer du chômage des jeunes, qui est déjà à un niveau extravagant dans les îles, ne baissera jamais. On ne peut pas se permettre d'échouer là-dessus", a-t-il dit.

"MISÈRE"

Au fond de la salle, deux amis, Anselme Tyburn, 69 ans, retraité du mouvement sportif, et André Ventadour, 68 ans, ancien agent EDF, sont tout ouïe. "Nous, on a quitté le lycée dans les années 1950 et on est partis, parce qu'on avait compris que tout le monde ne pourrait pas rester ici, dit Anselme. Mais aujourd'hui, le jeune Martiniquais refuse de partir et ça coince. Ce pays ne pourra jamais créer autant d'emplois." Il dit qu'à 30 ans, beaucoup d'adultes sont encore chez leurs parents.

André parle du cadet de ses trois enfants : "Le petit bonhomme s'est marié avec une hexagonale. Il est revenu avec deux enfants. Il s'est aperçu qu'il y avait beaucoup plus de misère qu'ici." Il est d'accord avec Anselme : "Il est très fréquent dans cette génération qu'ils reviennent au pays." Sur la grève de l'hiver, les deux amis divergent : pour l'un, elle a trop duré au regard du résultat obtenu, pour l'autre "il fallait faire quelque chose contre la vie chère" aussi longtemps que nécessaire.

M. Sarkozy est passé de la poule à l'oeuf - avec le mot du jour "le développement endogène" "Moins de 10 % des volailles consommées en Martinique sont élevées sur place. Pour les oeufs, c'est 80 %. Il y a bien quelqu'un qui fait les oeufs, non ?" Il est très applaudi aussi, par ce public tout acquis, lorsqu'il vilipende ceux qui refusent de participer aux états généraux, comme le LKP et son porte-parole, Elie Domota. A la veille de son déplacement en Guadeloupe, une rencontre semble improbable. "Comment voulez-vous qu'on réussisse si chacun reste sur son quant-à-soi, à critiquer ?" demande le président. "Ceux qui ne participent pas, ils ont bien tort. C'est qu'au fond, ils n'ont pas de convictions." Et il secoue sa veste.

Béatrice Gurrey


La "confidence" du chef de l'Etat

"Je vais vous faire une confidence", a dit Nicolas Sarkozy, jeudi 25 juin à Fort-de-France, devant 2 000 personnes. Le président a expliqué qu'il avait entendu la protestation des Antillais - à eux les emplois subalternes, aux métropolitains les postes d'encadrement - et qu'il avait agi lui-même en conséquence : "L'incompétence critère de choix, c'est une grande tradition. Eh bien, j'ai fait le choix d'une ministre antillaise pour s'occuper de l'outre-mer", a dit M. Sarkozy, qui a nommé Marie-Luce Penchard le 23 juin. La salle a applaudi, Mme Penchard a rosi.

LE MONDE | 26.06.09 | 15h33
FORT-DE-FRANCE ENVOYÉE SPÉCIALE