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Pyepimanla
le Magazine Antillais
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Dieu et la
Récession
CRISE
ECONOMIQUE
Comment
l'Evangile de la Prospérité survivra-t-il à la crise économique
?

Aujourd'hui, alors
qu'on enregistre des taux de saisie immobilière records et que le
Département
du Trésor cherche de nouvelles initiatives pour refinancer les emprunts
immobiliers défaillants, le «Prosperity Gospel» (l'Evangile de la
Prospérité)
devrait avoir du plomb dans l'aile. «Dieu veut vous donner votre propre
maison», proclamait le prophète de cet évangile, Joel Osteen, dans son
livre Your Best Life Now (Une
meilleur vie maintenant), qu'il a écrit en 2007— l'été indien du marché
haussier et la bulle immobilière. «'Mais comment faire? ' vous
demandez-vous.
'Je ne gagne pas suffisamment d'argent.' Peut-être pas, mais notre
Seigneur est
tout puissant».
L'Evangile
selon Osteen
On voit Osteen
partout. Sa tête bien coiffée et souriante est sur le plateau de
l'émission Good Morning America ; il affiche complet
dans le nouveau stade des
Yankees dans le cadre de son premier événement hors base-ball; il
apparaît sur
la couverture de Texas
Monthly —
tout cela en une seule
semaine. Mais il disparaît quand il s'agit de répondre aux questions au
sujet
de la crise immobilière telle que «Pourquoi, si Dieu destine à ses
fidèles des
biens matériels, tellement de croyants sont-ils en saisie ?»
Ces taux élevés
de saisie ont engendré quelques sceptiques au sujet de la doctrine
centrale de
l'Evangile selon Osteen: la foi en la «confession positive» («name it
and claim
it») c'est-à-dire l'idée qu'un croyant peut invoquer quelque chose —un
appartement en multipropriété à Waikiki , une
Rolls-Royce — et que Dieu va le fournir. Le mouvement de l'Evangile de
la
Prospérité a différents noms («Word of Faith» [«Parole de la Foi», le
réseau
d'églises pentecôtistes fondé par Kenneth Hagin, ndlr], «l'éthique de
réciprocité,» «Christianisme Light» [selon ces détracteurs]), mais il
doit
autant aux idées de la Nouvelle Pensée et à « la puissance de la pensée
positive » de Norman Vincent Peale qu'aux premiers prédicateurs
évangélistes
tels que Kenneth Hagin. Il ressemble beaucoup au Moralistic
Therapeutic Deism
(un déisme moral et
thérapeutique), un «lifting» du Christianisme, qui élimine les
références aux
flammes de l'enfer pour les remplacer par un message de
responsabilisation
individuelle. Les pasteurs n'insistent plus sur le péché ;c'est à peine
s'ils
en parlent. «Ce n'est pas à moi de faire la leçon à tout le monde» a
dit Osteen
sur l'émission de Larry King en 2005, «Mon message est un message
d'espérance».
Mais la réalité
—les retombées de la crise immobilière et ses victimes— met en exergue
les
défaillances de l'Evangile de la Prospérité. Son territoire
d'influence— des
régions fortement peuplées de classes basse-moyenne et ouvrière et de
minorités, d'où viennent la plupart de ses fidèles, comme les quartiers
modestes aux alentours d'Atlanta et des grandes villes du sud de la
Californie—
enregistre des taux de saisie particulièrement élevés. Depuis 2007,
certains
comtés de la région d'Atlanta— Henry, Newton, Paulding et Clayton, où
se trouve
le siège du ministère World Changers de Creflo Dollar - affichent un
taux de
saisie deux à trois fois plus élevé que celui, déjà haut, du reste de
l'état de
Georgie, selon Foreclosures.com
.
La disparité est encore plus grande aux
alentours de Los Angeles, mais à l'intérieur des vastes auditoriums
dorés, on
parle toujours de prospérité. «Où sont ces prédicateurs pendant que les
maisons
de leurs paroissiens continuent à être saisies ?» a demandé Jonathon
Walton, professeur de religion à l'Université de Californie à
Riverside, en
septembre, au moment où le Trésor américain a mis sous tutelle Freddie Mac et Fannie Mae . «On n'a pas
besoin de chercher plus loin les responsables que dans les assemblées
et les
réseaux où ils ont toujours vécu. La même doctrine, les mêmes sermons
et les
mêmes résultats».
Enrichissement
et optimillénarisme
Milmon
Harrison, l'auteur de «Righteous Riches», appelle ce phénomène une
«fiction de
prospérité» et dit qu'il est typique du rêve américain. A la base de
cette
fiction, dit-il, il y a une conception des droits naturels — du sermon
de la
«cité sur la colline» de John Winthrop en passant par «la destinée
manifeste»
de John O'Sullivan jusqu'à cette foi laïque et profondément ancrée
selon
laquelle Wall Street est «trop grand pour échouer» («too big to fail»).
Un
exemple risible en est la réécriture du Psaume
23
faite par Charles Fillmore,
mystique de la Nouvelle Pensée. Elle commence par: «Le seigneur est mon
banquier; mon crédit est bon». Cette idée qu'il y aurait des biens
qu'on
obtiendrait comme une sinécure est l'aspect le plus prétentieux et
ignorant de
l'osteen-isme. (Lui et sa femme, ils ne sont certainement pas restés
dans une
maison délabrée! Ils ont tiré le prix qu'ils demandaient pour leur
maison de
ville!)
La doctrine
insouciante de l'Evangile de la Prospérité provient de l'impératif
spirituel
d'accumuler des biens lui-même issu d'une vision post-millénariste.
L'idée est
que le Seigneur a promis 1 000 ans de domination chrétienne avant son
retour;
ainsi l'accumulation de richesses est une réalisation évangélique, et
la course
à l'accumulation matérielle est le présage d'Armageddon (une bonne
chose du
point de vue chrétien). Aujourd'hui, l'Evangile de la Prospérité s'est
éloigné
de cette lecture eschatologique de la Bible, la reforgeant dans des
termes plus
roses —on parle d'optimillénarisme, mais il n'abandonne pas son
principe d'une
quête ininterrompue de biens.
Il y a une
décennie, cette quête se réalisait à travers l'ascension sociale des
pratiquants noirs, qui se nourrissait d'esprit d'entreprise et
favorisait
l'entraide réciproque des membres de la congrégation. Aux débuts du
marché des
sub-primes, des pratiquants noirs servaient de courtiers hypothécaires
et
d'agents immobiliers à leurs congénères, répartissant les biens. A la
fin, ça a
été un double coup dur : pour garder leurs réputations et amitiés
intactes,
beaucoup de victimes religieuses de la crise des sub-primes n'admettent
pas
d'avoir été dupes de prêteurs rapaces ou d'interprétations fausses des
messages
de la Bible.
Selon Harrison,
ce déni protège la théologie de ce qui pourrait être une rude épreuve
dans le
climat économique actuel. Des positions populaires ont été adoptées par
des
pasteurs à l'extérieur du mouvement et une avant-garde d'hybrides
développant
une approche mi-évangélique traditionnelle, mi-Evangile de la
Prospérité — T.D.
Jakes, Kirbyjon Caldwell—- rend encore plus obscure la frontière entre
les
deux. Jakes a toujours semblé employer l'Evangile de la Prospérité
comme une
métaphore pour l'ascension sociale; il prêche que la propriété est un
rite de
passage tout en mettant en garde sa congrégation contre les
transactions
douteuses comme les prêts sub-primes. Jakes et Caldwell ont tous les
deux
financé et construit d'énormes ensembles immobiliers. Capella Park,
fondé par
Jakes sur un lac près de la Potter's House (l'église fondée par Jakes
en 1996 à
Dallas qui affiche 28 000 membres dont ¾ sont africain-américains,
ndlr)
mélange l'ethos communautaire des Actes des apôtres avec l'esthétique
d'un
urbanisme nouveau — et, ce faisant, a ouvert la voie à un nombre
inconnu de
prêts sub-primes. Il n'y a pas encore de maisons saisies (la communauté
a
ouvert en 2007, à la fin du boom des sub-primes), mais la Potter's
House
travaille avec la Chambre de Commerce Noir de Dallas, qui est
partenaire de la banque
Wells Fargo, laquelle, à son tour, est supposée avoir manipulé des
publics
naïfs qui ont assisté à leurs conférences promotionnelles pour les
emprunts
sub-primes. Cette pratique est un des incidents qui ont amené la NAACP
(l'Association nationale pour l'avancement des gens de couleur) à
engager un
recours en justice collectif contre la banque en l'accusant de
pratiques
prédatrices en matière d'emprunt. (la ville de Baltimore intente
aussi un procès
contre Wells Fargo
pour récupérer des millions de dollars que la ville dit avoir perdus en
impôts
ou dépensés en services supplémentaires à cause de défauts de paiement
sur des
emprunts immobiliers sub-primes que la banque a poussés auprès de ses
clients
noirs). Par contre, l'impact de la doctrine de la Prospérité dans le
quartier
de la Corinthian Pointe de Kirbyjon Caldwell, un endroit considéré
comme
«abordable» au sud de Houston, est beaucoup plus évident; selon les
listings de
l'association des agents immobiliers de Houston et RealtyTrac, plus de
30 de
ses 454 maisons risquent actuellement la saisie.
Dérives
néo-pantecôtistes
Les critiques
se demandent comment cette idéologie néo-pentecôtiste a envahi le
message
évangélique, comme un kudzu, s'insérant même dans les églises
baptistes. Quand
Max Lucado et Pat Robertson, deux pasteurs connus du courant
évangélique
dominant, ont-ils commencé à publier des notices publicitaires
flatteuses pour
«Une meilleure vie maintenant» (Your Best Life Now) ? Et, comment les
dirigeants de l'Evangile de la Prospérité ont-ils vu leur influence
grimper
jusqu'à contrôler les 1ere, 6e, 10e et 14e plus grandes églises selon
le
magazine Outreach ? Les chefs de certaines églises ont essayé d'allumer
des
contrefeux au mouvement de l'Evangile de la Prospérité en tentant de
contester
leur théologie, ressortant même une profession de foi de 1980, mais
ceci s'est
avéré aussi inefficace et auto-destructeur qu'un incendie ordonné pour
éradiquer le kudzu qui couvre déjà tout le jardin.
Ce mouvement
sera, si rien d'autre n'est fait, durable. Ni l'incrédulité vis-à-vis
de ses
méthodes ni la mauvaise publicité faite par le comportement des
télé-évangélistes de TBN (Trinity Broadcasting Network, le plus grand
réseau de
télévision chrétien aux Etats-Unis, ndlr) sous enquête du Sénat pour leur style de vie
décadent f,
ne semble affecter sa prospérité. Après
tout, le point de vue radieux d'Osteen est que son message «a encore
plus de
pertinence pendant une période d'incertitude économique». Son église à
Lakewood
a généré 76 millions de dollars de revenus l'année dernière, le record
des
Etats-Unis. Il dit que la fréquentation est en hausse depuis la baisse
du
marché. Les gens qui n'ont pas eu de chance sont les plus à même d'
«acheter
une assurance contre l'incendie» promis et c'est la même idée du «trop
gros
pour échouer» qui a poussé les traders chez AIG et Lehman Brothers —
jusqu'à ce
que la faillite survienne. Pour les évangéliques, la guerre de cultures
emporte
sur l'autocritique ; il y a parfois des tentatives pour décrédibiliser
les
pasteurs de l'Evangile de la Prospérité par des évangéliques
traditionnels
comme celle de Jim Bakker (qui a fait de la prison pour fraude), du
trop gentil
Rick Warren, ou de dirigeants moins connus comme Frederick Price de la
Convention nationale baptiste, qui a comparé les zélateurs de
l'Evangile de la
Prospérité à des maquereaux. Mais aucun signe n'indique la fin de
l'histoire.
Mais, après
deux siècles sous l'empire du principe des droits naturels, préfigurant
le
mantra de l'Evangile de la Prospérité «What I confess I possess» («Ce
que je
confesse, je le possède»), qui peut blâmer les gens qui courent vers
Joel
Osteen quand il les rassure sur «Dieu qui veut vous faciliter la vie» ?
Les
indicateurs récents montrent que les Américains s'inscrivent moins dans
les
croyances traditionnelles et on voit l'émergence d'une nouvelle
spiritualité
self-service et bon enfant, dépouillée de tradition et de dogme. La
religion
organisée connaît une évolution analogue et voit apparaître un
syncrétisme dont
le visage souriant ressemble à celui de Joel Osteen. Le livre d'Isaïe
commande
: «élargis l'espace de ta tente, déploie sans lésiner les toiles qui
t'abritent» et pour beaucoup de Chrétiens, un homme qui affiche complet
au
stade Yankee à une tente assez large pour les accueillir.
Clint Rainey.
Cet article, traduit par
Holly
Pouquet, a été publié par Slate.com le 8 juillet 2009.
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