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Illusions

le pape Benoît XVI

Le propos du Saint-Père sur le préservatif a soulevé une vive controverse. « Le point » a titré à la une : « Pourquoi le pape cause tant de scandales ? » Et si l'on s'est mépris sur sa pensée ?

Ils se bercent d'illusions, ceux qui croient que le Souverain Pontife modifiera en profondeur sa position doctrinale, sous couvert de pragmatisme, sur les questions sensibles de société. Sur Radio France International, l'éditorialiste Alain Génestar opine que le pape Benoît XVI a commis une faute de communication en déclarant lors de sa tournée africaine en mars dernier que le préservatif aggrave le problème du Sida. Le propos a été détaché de son contexte au point que Génestar a tenu à rapporter la phrase papale dans son intégralité. Il n'empêche que le mal est fait. Selon Bernard Laporte, secrétaire d'Etat français aux Sports, le propos du pape est inacceptable. Pendant qu'une majorité de Français, à en croire un sondage, souhaite le retrait du Souverain Pontife. Comme si l'on pouvait forcer le successeur de Pierre à la démission. C'est arrivé deux fois mais cela remonte à très longtemps.

N'étant pas spécialiste des affaires vaticanes, mon commentaire n'a qu'une portée limitée mais j'ai toujours su que le pape, veillant sur ses ouailles et fort de son autorité morale, encourage une pratique comme il décourage telle autre. Face aux problèmes de société, le Saint-Père se prononce, élève la voix, prend position. Son silence aurait été mal perçu et pris pour de l'indifférence. Or, quand il se prononce ou fixe sa position, en droite ligne de son conservatisme déjà connu, c'est le boucan. Mgr Joseph Ratzinger a été, durant le long pontificat de Jean-Paul II, l'influent Président de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. A ce titre, ses vues conservatrices n'ont pas toujours été bien accueillies. L'orthodoxie du cardinal Ratzinger dérangeait, provoquant à l'occasion un mécontentement difficilement contenu. Malgré l'impopularité de sa position doctrinale pure et dure, rien ne semble l'ébranler. Pourtant, élevé à la charge pontificale, on note un assouplissement de Benoît XVI sur certaines questions. 

Pendant sa tournée africaine qui l'a conduit au Cameroun et en Angola, Benoît XVI s'est peut-être mal exprimé. Je crois plutôt qu'il a insuffisamment livré le fonds de sa pensée. L'Eglise catholique, apostolique et romaine recommande sur la question sexuelle une double attitude : l'abstinence et la fidélité. L'abstinence en ce sens qu'elle décourage les rapports sexuels en dehors du mariage. La fidélité dans la vie de couple. Se trouvant en terre africaine, Benoît XVI ayant à l'esprit les pratiques en vigueur sur le continent, a voulu élargir la position du Vatican. Le pape n'a pas dit que désormais le préservatif n'était pas d'une utilité, encore que pour l'Eglise ce n'est qu'un pis-aller. Le Saint-Père a voulu mettre en garde ceux qui se livreraient au papillonnage, au libertinage parce que précisément utilisant le préservatif.

D'ailleurs peut-on mettre la main au feu sur l'infaillibilité du préservatif ? D'où son appréhension de poursuite de la propagation du mal. Autrement dit, ce n'est pas abandonner le principe cardinal de la fidélité dans le mariage. Appréhension justifiée par la pratique de la polygamie sur le continent africain. Or, si un homme peut avoir deux, trois épouses, comment s'étonner dès lors que le mal continue à ravager l'Afrique ? D'où la mise en garde papale. Plutôt sa tentative d'avertissement. En quelque sorte, il a voulu, à sa façon, tirer la sonnette d'alarme. Attention ! La parade contre la propagation du virus est le préservatif mais néanmoins l'Eglise continue à recommander l'abstinence hors mariage et la fidélité dans le mariage. Quant à la polygamie et la fidélité dans le papillonnage, l'Eglise déconseille vivement, croire que le Vatican modifiera de sitôt sa position doctrinale sur la question de la morale sexuelle n'est que pure illusion.

Malgré ses vues conservatrices, le Souverain Pontife a droit au respect le plus déférent. Le prendre à partie pour une ligne doctrinale ferme et invariable, n'y changera rien. En Belgique, le Parlement a été jusqu'à adopter une résolution pour porter le gouvernement à protester officiellement auprès du Vatican. En clair, créer un incident diplomatique. Le Vatican a aussitôt réagi en protestant après la prise de cette résolution inaccoutumée. Le gouvernement belge n'a pas donné suite. De même que selon les sondés en France, les députés belges n'ont rien compris. Le pape n'a pas livré tout le fond de sa pensée en s'exprimant sur cette question de morale sexuelle. C'est s'illusionner naïvement que, par un soudain revirement, on le verra encourager la licence et la permissivité, même du bout des lèvres.

    Jean-claude Boyer

Jc2boyer@yahoo.com

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