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Pyepimanla
le Magazine Antillais
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Les dégâts du
prosélytisme
Les
missionnaires évangéliques représentent un véritable fléau pour les
Indiens
isolés. Ils envahissent clandestinement les villages et se livrent à
des
trafics, provoquant des dégâts irréversibles.

C’est
l’histoire de plusieurs villages gravement menacés. Dans une zone peu
peuplée,
située entre les rivières Purus et Juruá, deux grands affluents de la
rive
droite de l’Amazone, vit le peuple suruwahá, qui compte actuellement
137 personnes réparties en 24 groupes. Ces Indiens
furent d’abord
contactés en 2003 par la CIMI, une mission de l’Eglise
catholique ;
puis vinrent les évangéliques de la Jocum (“Jeunes avec une mission”),
une
mission étasunienne active au Brésil depuis 1975. Les uns
comme les autres
prirent comme prétexte la mise en place d’une aide médicale.
Dès qu’ils eurent connaissance de ces implantations, le ministère
public et la
FUNAI [organisme gouvernemental chargé de la protection des Indiens au
Brésil]
ont engagé un bras de fer, qui a duré cinq ans, pour tenter de les
expulser. Un
rapport de la FUNAI a accusé les religieux de faire du prosélytisme et
de
déstructurer la communauté. Le texte mentionnait en outre de nombreuses
atteintes à la loi : travail forcé, prélèvements de sang
illicites,
contrebande de semences végétales et de bois exotique, construction de
pistes
d’atterrissage clandestines, sortie d’Indiens de leur territoire
[protégé] sans
autorisation de la FUNAI et adoptions d’enfants suspectes.
La Jocum, ainsi que d’autres entités évangéliques, comme la Mission des
Nouvelles Tribus du Brésil [MNTB, Etats-Unis] et
SIL International, sont
très actives dans ces zones isolées. Elles disposent de bons moyens
logistiques
pour établir des contacts avec des Indiens isolés à partir d’autres
groupes
autochtones déjà convertis. La Jocum dispose ainsi d’avions qui
atterrissent
sur des pistes aménagées en collaboration avec d’autres missions,
présentes
dans des villages indiens proches de ceux des Suruwahás, comme ceux des
Denis.
L’enquête publique a conclu que la Jocum “menace l’identité
ethnique et
interfère dans la ‘cosmovision’ des Indiens en introduisant des rituels
religieux et des concepts mystiques étrangers à la culture suruwahá”.
Bráulia Ribeiro, le président de la Jocum, rejette ces accusations. “Nous
sommes comme des membres de la famille pour les Indiens. Notre rôle est
de
favoriser leur bien-être. Nous ne faisons pas de prosélytisme. Ils ont
le droit
de choisir s’ils veulent être évangélisés. La prédication se fait sur
le plan
relationnel, en vivant avec eux”, explique-t-il.
Pour le ministère public brésilien, les deux missions
– évangélique et
catholique – ont été reconnues coupables d’actes illégaux et
ont
finalement été interdites de séjour. [Leur départ n’a été effectif
qu’en
juillet 2008. La CIMI a pour sa part conclu un accord avec la
FUNAI :
ses missionnaires forment actuellement des fonctionnaires à la langue
suruwahã
dans des bureaux situés à plus de quatre heures de bateau des villages
indiens.] Avant de partir, les deux entités rivales se sont
mutuellement
accusées d’être responsables du taux de suicide très élevé
– 8 % par
an – qui affecte désormais la population suruwahá.
L’anthropologue João
Dal Poz, qui a étudié le phénomène, estime que cette hécatombe trouve
son origine
dans la transformation du mode de vie qui a suivi l’arrivée des Blancs
sur son
territoire. La guerre religieuse entre les missionnaires rivaux les
aurait
notamment beaucoup perturbés. L’analyse de leur pyramide des âges est
inquiétante : il n’y a plus d’hommes adultes entre 45
et 60 ans.
Felipe
Milanez
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