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Pyepimanla
le Magazine Antillais
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Les
évangéliques,
réunis à Paris, veulent combattre "l'autorité de Satan"
D'un
coup, la tension a atteint son paroxysme. Des corps se sont affaissés
dans les
travées du Palais omnisports de Paris-Bercy ; d'autres sont entrés en
transe,
les mains tendues, paumes ouvertes, vers le ciel, les yeux clos ; un
homme
étendu sur le sol, une Bible posée sur le ventre, a été agité de
soubresauts
tandis qu'un rire secouait son visage ; des inconnus se sont enlacés,
des
hommes sanglotant dans les bras de femmes et inversement.
Après
trois
heures de chants, de danses, de prières, d'incantations, d'adoration,
de
louanges "à la gloire de Dieu et de Jésus-Christ de Nazareth",
les "coeurs et les corps" étaient visiblement
prêts à
recevoir l'Esprit saint promis par les prédicateurs. Fervents
exubérants ou
prostrés, profondément recueillis ou illuminés d'un large sourire,
quelque 3
000 fidèles ont répondu, dimanche 31 mai, à l'appel de plusieurs
Eglises
évangéliques pour célébrer ensemble la fête de Pentecôte.
Pour l'édition
2009 de cette convention évangélique, l'organisateur Freddy de Coster,
un
pasteur baptiste de 36 ans, installé à Honfleur (Calvados), avait vu
grand.
Trop sans doute. L'immense salle du Palais omnisports, capable
d'accueillir 16
000 personnes, semblait surdimensionnée pour recevoir les quelques
milliers de
fidèles venus tout au long du week-end du nord de la France et de la
région
parisienne. Le "groupe de louanges", les pasteurs et prédicateurs
réunis sur la grande scène n'ont pourtant pas ménagé leurs efforts pour
"reprendre
son territoire à l'ennemi", entendez le diable, et recréer
en plein
Paris les ambiances de "mega-church", venues des
Etats-Unis.
En
costume-cravate, le pasteur de Coster a arpenté la scène, comme emporté
dans
une logorrhée où il a tour à tour fustigé "l'autorité de
Satan",
assuré que "la gloire de Jésus est sur Paris, au-dessus de
la
sorcellerie, de l'occultisme, du péché et du suicide", et
demandé à
l'Esprit saint de " (le) posséder".
Clotilde ne
s'émeut pas de ces manifestations de ferveur spectaculaire. A 43 ans,
cette
comptable guadeloupéenne, ancienne catholique pratiquante convertie au
protestantisme évangélique il y a quatorze ans, considère même qu'"elles
ne sont qu'une infime parcelle de la puissance de Dieu". "Le combat
contre le démon est quotidien. Nous, les "nés de nouveau", nous
vivons avec Jésus, et nous savons que le royaume de Dieu et celui de
Satan ne
vont pas ensemble."
Au-delà d'un
credo de base fondé sur "l'amour et la présence de Dieu"
en
toute chose, les fidèles évangéliques se reconnaissent aussi dans un
discours
conservateur sur la famille ou contre l'avortement, l'assurance de leur
salut,
une propension à convertir son prochain et une lecture souvent
littérale de la
Bible. "Je ne crois pas au Big Bang", assène
Clotilde. "On
me l'a enseigné à l'école mais, en Guadeloupe, on nous a aussi parlé
pendant
des décennies de "nos ancêtres les Gaulois" ! Et finalement tout cela
a évolué !" Si, comme le pasteur de Coster, elle est
convaincue que "prier
Jésus" est la solution à tous les problèmes, et procure même
des
guérisons physiques, elle ne dédaigne pas la médecine face à la
maladie. "Dieu
nous a quand même donné sagesse et intelligence",
sourit-elle.
Baptisé il y a
cinq ans, à 20 ans, Romain Lemonnier, normand d'origine, loue quant à
lui "la
sincérité" qu'il a rencontrée dans ce christianisme d'un
genre
toujours méconnu en France. "C'est un mouvement qui exporte
la parole
de Dieu, et on est parfois assimilé à une secte, mais moi j'y retrouve
des
valeurs humaines, la droiture, la famille, qui me mènent plus à la
réussite
qu'à la perdition", assure le jeune homme.
"L'Evangile
est une bonne nouvelle, il faut la proclamer et la pratiquer", défend aussi le pasteur de
Coster, par ailleurs
homme d'affaires dans l'hôtellerie et la finance. "Certains
pensent
que je désacralise l'Evangile en le rendant trop public ; eh bien, je
l'assume." La Fédération protestante de France, à laquelle
l'Eglise
baptiste de M. de Coster appartient, regarde avec quelque prévention ce
type de
rassemblements charismatiques, dans lesquels les Eglises
traditionnelles ne se
reconnaissent guère.
D'ici à 2010,
la création d'une nouvelle instance protestante, le Conseil national
des
évangéliques de France (CNEF), destinée à rassembler un monde
évangélique
émietté et peu lisible, devrait de fait entériner l'évolution récente
du
protestantisme français.
En attendant,
la FPF annonce elle aussi un grand rassemblement, en septembre à
Strasbourg, un
"Kirchentag" à la française, inspiré
de la tradition
allemande, où sont attendues 10 000 personnes "venues de
toutes les
familles du protestantisme".
Stéphanie
Le Bars
Le
Monde
01/06/09
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