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LOS HONGOS

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Une expérience mystique en terre mexicaine 

Cela faisait longtemps que je connaissais Palenque, un site archéologique maya exceptionnel, enfoui en partie dans la forêt tropicale du Chiapas. L'endroit m'a toujours fasciné et j'y étais retourné plusieurs années de suite. Cependant, je n'avais jusqu'alors, jamais goûté les hongos, les fameux champignons hallucinogènes. J'espérais rencontrer un vrai chaman et faire cette expérience dans un cadre cérémoniel. Je pense que je n'y étais pas prêt non plus.

Le mercredi 10 février 1999, je me suis rendu à Palenque en compagnie de mon ami David, dans l'intention de vivre cette expérience finalement sans chaman. Elle devait ouvrir ma perception sur de nouveaux horizons…

(I) LA QUÊTE DES HONGOS

Après avoir voyagé une partie de la nuit depuis San Cristóbal de las Casas, nous arrivons aux abords de la cité précolombienne[1] de Palenque au petit matin. Nous savons qu'il est assez facile d'acheter des champignons pour peu que l'on s'écarte un peu des sentiers battus. Aussi, nous demandons au chauffeur du bus de nous laisser avant le site et empruntons divers sentiers sans succès. Est-il trop tôt? Nous poursuivons jusqu'à un camping d'où nous voyons sortir 3 jeunes hippies états-uniens. Nous les abordons et leur demandons si par hasard, ils savent où on peut trouver des mushrooms. Ils éclatent de rire en cœur et devant notre mine perplexe, nous désignent un taillis dans notre dos, à quelques mètres à peine du bord de la route. Là à notre grande surprise, nous voyons trois indiens se redressant en brandissant de petits sachets en plastique: "Hongos, hongos?"

Nous remercions les amerloques et rejoignons les indiens qui nous font aussitôt signe de nous accroupir. Il ne faut pas qu'on nous voie de la route, la vente de ces champignons est illégale, ceux-ci étant, pour leurs propriétés hallucinogènes, assimilés à une drogue. Nous leur en achetons pour 100 pesos. A voir leurs yeux explosés, on comprend tout de suite qu'ils ne font pas qu'en vendre!

Nous en prenons aussitôt 4 ou 5 chacun et reprenons un bus, jusqu'au site archéologique cette fois. A l'entrée je salue une états-unienne que j'ai croisé quelque fois à San Cristóbal. Puis David et moi nous dirigeons vers un endroit tranquille, quoique que ne présentant aucun intérêt particulier. Déjà, David commence à "partir", à rire sans motif, alors que je n'éprouve pour ma part… qu'une grosse fatigue consécutive sans doute de la nuit blanche que je viens de passer. Je suis extrêmement déçu car j'espérais beaucoup de cette expérience.

Je commence à émettre des doutes sur la fraîcheur de ces champignons, vu qu'il n'a pas plu depuis plusieurs jours! De déception, je m'envoie tout le reste du paquet.

(II) LA PYRAMIDE DE LA CROIX

Nous décidons de ne pas rester là et nous acheminons vers la pyramide de la Croix. En chemin, on recroise la petite 'ricaine qui se joint à nous. Nous montons au sommet du temple maya et malgré l'heure matinale, des perles de sueur roulent sur nos visages. Toujours épuisé je m'allonge sur la pierre, sur le côté de la pyramide qui fait face à la jungle où j'espère ne pas être trop emmerdé par les touristes qui arpentent déjà l'endroit. L'états-unienne me dit s'appeler Mayan, prénom qui, s'il est vrai, signifie maya en anglais, je ne peux m'empêcher de trouver la coïncidence étrange. Elle est petite, maigre, un peu disgracieuse, me fait un peu penser à un duende, un lutin. Elle aussi me dit avoir pris des hongos, mais beaucoup moins que moi. Nous discutons un peu. David me dira plus tard qu'elle me draguait.

La pyramide de la Croix se situe au pied d'une colline où commence la selva. C'est de ce côté-là que je me trouve être. Les arbres font donc face à l'édifice et perchés sur la colline, la dépassent, recouverts d'un enchevêtrement de lianes.

Tout en parlant avec Mayan, j'observe du coin de l'œil une feuille dans l'arbre tout proche qui va bientôt accaparer toute mon attention. Celle-ci est perforée de trous sans doute causés par un insecte. Or j'arrive à distinguer de plus en plus nettement chaque rayon de soleil, qui par les micro-perforations, la traverse; comme on peut parfois l'observer à une toute autre échelle lorsqu'un rayon seul perce à travers les nuages. La feuille me paraît de plus en plus brillante, je me retrouve avec sous les yeux une véritable dentelle de lumière, quelque chose de féerique. Je demande à Mayan si elle peut le voir. Elle me répond que oui, elle voit bien la feuille et les trous, «mais pas comme toi», ajoute-t'elle dans un sourire. Les mots de David, qui a déjà pris de ces champignons, me reviennent: «ton acuité visuelle est décuplée, tu vois tous les petits détails et c'est super beau!» J'esquisse à mon tour un sourire: ça y'est, les hongos commencent enfin à faire leur effet.

(III) LA DANSE DE LA DIVINITE HINDOUE

Seulement très vite, cette acuité visuelle fait place à des hallucinations étonnantes: le visage de Mayan se transforme à plusieurs reprise tantôt en celui d'une ex-petite amie, tantôt en celui d'une sorcière repoussante, telle qu'elle est généralement représentée dans l'imaginaire populaire. Il ne s'agit pas là d'une vague impression, je vois "vraiment" ces visages, je les vois se distordre et changer d'apparence, même si au fond de moi je sais parfaitement que c'est impossible et que ce ne sont qu'hallucinations.

A un moment passe un type d'une quarantaine d'années, un touriste qui pourrait être français. Il nous regarde à peine, semble chercher quelque chose et finalement rebrousse chemin. J'interpelle David, amusé par l'idée saugrenue qui vient de me traverser l'esprit:

« T'as vu ce type? Il n'était pas vraiment là! C'était moi dans vingt ans en train de chercher l'endroit où j'aurai eu mon premier voyage!»

A ce moment Mayan se lève et elle doit remuer les bras car j'ai l'impression de voir une divinité hindoue avec ses six bras. Je le lui dis, elle s'en amuse à présent: elle danse à la mode orientale, faisant onduler ses bras. Je suis littéralement subjugué, emporté.

Mayan, elle, sans doute lassée de ce petit jeu, au bout d'un moment, s'éloigne. Bientôt, j'ai l'impression - mais est-ce vraiment une impression? - que mon visage est pris de convulsions. Même s'ils sont peu nombreux, je préfère cacher mon visage aux touristes qui pourraient éventuellement passer. Je le recouvre de mon bonnet de laine beige, acheté à une indienne sur le marché de Santo Domingo à San Cristóbal. Ce qui va découler de ce geste va être très puissant, je pourrais même dire violent, mais à aucun moment douloureux, ni même inquiétant curieusement.

(IV) L'UNIVERS DU BONNET

Le bonnet laisse filtrer le soleil entre les mailles de la laine. Je vois soudain ces dernières s'élargir, tourner en spirale, atteindre la dimension de fenêtres jusqu'à ce que je sois aspiré par l'une d'elle, devenue assez grande. Je suis propulsé dans un univers auquel je ne comprends rien. J'ai toujours la conscience de mon corps allongé mais sur lequel je n'ai plus aucune prise, les mains jointes, comme un cadavre, et en parallèle, des visions et des sons confondus défilent à une vitesse ahurissante devant mes yeux.

Je suis projeté parmi ces figures avec le sentiment vertigineux de ne plus rien contrôler, elles aussi semblent projetées sur moi; je les traverse les unes après les autres, à une cadence très rapide et régulière. Je me dis à ce moment que le pire est que plus tard j'essayerai de rationaliser cette expérience qui me semble échapper à toute rationalité et dont j'oublierai l'essentiel. Il y a des formes géométriques très stylisées, des couleurs très vives. Ca ressemble par moment à certaines œuvres psychédéliques des années 70. J'en suis étonné car jusqu'à présent, j'ai toujours considéré que c'était juste une façon conceptuelle de représenter "autre chose" et voilà que je découvre que non, que certaines visions sont comme ça.

J'ai en tous cas la nette impression, une fois pénétré dans " l'Univers du Bonnet ", que ces visions ne me sont pas extérieures, apportées par les hongos, mais que je vis plutôt une plongée dans mon inconscient, dans les profondeurs de mon cerveau, peut-être au cœur d'un patrimoine commun à toute l'humanité, voire au monde du vivant. Peut-être est-ce le secret indéchiffrable, pour le profane que je suis, du mystère de nos origines, la vision des éléments essentiels, des structures qui fondent notre psychisme?

(V) LES LOIS DE LA MATIERE ABOLIES

Les visions se font moins vives, je me reconcentre sur mon corps. Plus que jamais mon visage est incontrôlable: rires, tremblements le secouent sous le bonnet. Je me dis que je dois faire attention : c'est comme si les lois de la matière n'existaient plus. J'ai l'impression que ma mâchoire ne retient plus mon menton lorsque j'ouvre la bouche. Je peux l'ouvrir démesurément sans ressentir aucun blocage et même sortir de l'axe de ma mâchoire pour partir à droite ou à gauche. Je me dis qu'il ne faut pas que j'aille trop loin car ça pourrait me poser des problèmes pour quand tout redeviendra normal. Je fais aussi attention à ne pas me mordre les lèvres. Je garde toujours à l'esprit que cette expérience est comme un voyage et que ce n'est que temporaire. C'est sans doute pour ça que je ne ressens pas de peur.

Par moments, j'aspire puissamment et mon bonnet doit venir se coller à mes lèvres. La sensation que j'éprouve est très surprenante: je sens le bonnet rentrer par ma bouche et envahir tout mon corps. Mais il n'a pas la substance de la laine, ça ressemble plutôt à quelque chose de vaporeux, une sensation très curieuse, mais pas désagréable.

Par ailleurs, les sons sont décuplés. J'entends tout avec un écho très clair qui se répète plusieurs fois. A un moment, j'entends des Allemands, un homme et une femme parler, avec un grand calme. J'enlève mon bonnet et rouvre les yeux. Il n'y a personne près de moi, je suis seul, face à la selva. Pourtant, je les entends encore plus nettement que s'ils étaient tout à côté de moi ! Ils ne doivent pas être très loin malgré tout. Ils parlent très tranquillement. Je me dis que cette langue se marie très bien avec l'endroit, un aspect cultivé et un peu sauvage à la fois, guttural… Mon esprit vagabonde et je songe à Alexander Von Humboldt, un jeune Allemand du siècle des lumières, grand voyageur, naturaliste et explorateur au Mexique notamment.

(VI) LA PENSEE DESTRUCTUREE

Après cela, je veux appeler David, un peu pour me prouver que je suis revenu sur le même plan, dans la même réalité. Il m'avouera plus tard que tout a été merveilleux pour lui excepté le moment où je l'ai appelé. Il a ressenti à ce moment une forte angoisse. Ma voix est peut-être inquiétante, il faut dire… Il arrive et très vite je me rends compte qu'on n’est pas du tout sur la même longueur d'onde. Il me raconte entre autres qu'il vient de voir un guerrier dans la pierre. J'essaye de lui expliquer en quoi mon expérience a été différente, beaucoup plus psychédélique mais j'éprouve une difficulté terrible à parler. Mon idée est claire dans son concept mais même mentalement je ne parviens pas à la formuler sous forme de mots, de phrases. C'est comme si deux types de pensées s'étaient dissociées dans mon esprit: la pensée conceptuelle et la pensée disons communicationnelle, supposée structurer la première. Momentanément, l'une et l'autre ne vont plus ensemble.

David, quant à lui, a une sale mine, mais peut-être est-ce moi qui le vois ainsi sous l'effet des champignons : il est livide, les yeux dans le vide et semble comme suffoquer par moments. Pourtant, il est enthousiaste. Je me demande si je suis moi aussi dans cet état-là. C'est surprenant en tous cas comme le corps peut sembler aller mal alors que l'esprit atteint des hauteurs.

(VII) ETAT DE TRANSE

Je me désintéresse de David et reste un long moment à fixer le toit "à la Mansart" de la pyramide, surmonté d'une crestería. J'ai l'impression d'observer une pyramide entière tant cela prend des proportions démesurées à mes yeux. Je me redresse et m'assied sur l'espèce de petite murette où j'étais allongé. Je m'adosse au mur et observe la selva. Dans un premier temps, cela m'apparaît comme un spectacle plutôt laid. Tout paraît artificiel, mi caoutchouc, mi-plastique, une sorte de vert sale.

Cette impression désagréable va peu à peu s'estomper. Jusque là, cette expérience avait eu peu à voir avec l'endroit. Il va prendre de plus en plus d'importance. Je reste un moment à contempler la symétrie des feuilles, des fougères. Après l'impression de violence, causée essentiellement par la vitesse de l'enchaînement de mes visions, j'ai l'impression de retrouver un grand calme, de me relier tout naturellement avec la beauté du site.

Mais soudain, de la jungle toute proche, de puissants hurlements déchirent le silence, comme des cris de fauve. Ce n'est pas une hallucination, ce sont des singes qui crient comme ça. Il m'est déjà arrivé de les entendre à Palenque. La première fois, très intrigué, j'avais demandé à un gardien facétieux quelle sorte d'animal pouvait crier ainsi. Il m'avait répondu avec un petit sourire en coin: « es un jaguar encabronado », c'est un jaguar énervé.

La chose était possible: il y a bien des jaguars dans la selva chipanèque et le cri s'apparentait effectivement à celui d'un félin. J'ai appris par la suite qu'il s'était gentiment moqué de moi et qu'il s'agissait de singes. Toutefois, les autres fois étaient loin de m'avoir fait autant d'effet !

Nous nous regardons, David et moi, comme interloqués. Le singe continue de hurler. Debout, je ressens chaque cri comme une vague, une onde de choc qui me secoue littéralement. Je suis pris de tremblement. Je rentre dans une sorte de transe. J'éprouve un sentiment de puissance, de liberté et d'exaltation peu descriptible, comme si chaque cri m'emplissait d'énergie animale. Les croyances indiennes veulent que l'âme de tout homme soit liée avec un animal en particulier (ce que les nahuas du centre du Mexique appellent le nahual, et que les mayas appellent notamment ch'ulel.) Peut-être nos destins se lient-ils en ce moment avec ce singe, qui peut le dire? En tout cas c'est extrêmement fort. Et moi qui trouvait que tout redevenait tranquille!..

Il finit par se taire, et je recouvre mon calme. Je n'ai plus mon T-shirt. Je me rassied et et me met à tapoter sur mes genoux un rythme qui me passe par la tête. C'est sans doute très simple mais sur le moment, ça me paraît vraiment très beau.


(VIII) DU TEMPS DE CHAN BALUM

Je décide de regagner le devant de la pyramide. Quoiqu'à deux pas, je mets du temps à y accéder. J'ai peur que si les touristes me voient, le charme ne s'évanouisse et puis l'esplanade de la pyramide me semble si lumineuse… Heureusement, il n'y a aucun touriste en haut. On en voit bien quelques uns en bas ou sur les pyramides du soleil et de la Croix Foliée. Ces deux pyramides font parties avec celle de la croix où je me trouve, d'un même ensemble, elles dessinent un triangle. Elles ont toutes trois été élevées entre 672 et 690 de notre ère, sous le règne de Chan Balum, fils de ce roi dont on retrouvé la tombe au fond de la pyramide des Inscriptions, le roi Pakal. Chan Balum signifie Serpent Jaguar en maya.

Le temple sur lequel je me trouve m'apparaît éminemment sacré. J'ai l'impression que les anciens mayas, comme nous, sont passés par là et ont ressenti cette énergie. Je m'imaginais qu’avec les hongos dans cet endroit, que d'une certaine façon, je m'identifierais avec ces mayas del’époque classique, que je pourrais me prendre pour l’un d’eux. Mais cette fois je ne suis pas "comme", je "suis" moi-même, sans le moindre besoin de m’identifier avec quiconque pour prendre l’ampleur de la sacralité du lieu, de son mystère profond et de l’harmonie qui s’en dégage. Je ressens que cette énergie, cette force, appartient à cette terre, qu'elle les a dépassés comme elle me dépasse. A ceci près qu'eux se sont installés dans cet endroit, que leurs grands prêtres ont sans doute dédié leur vie à canaliser, contrôler et comprendre cette énergie. Quelle puissance devait être la leur, quelles connaissances, quelles compréhensions du monde ils devaient détenir…

(IX) HARMONIE

Je ressens à présent une sérénité et une puissance de concentration que jamais je n'ai éprouvées auparavant. Je m'assieds en tailleur, les mains sur mes cuisses, le pouce et le majeur joints, un peu à la bouddhiste. Je n'en puis plus douter: c'est endroit est bien plus qu'un site touristique, aussi magnifique soit-il. Il demeure un sanctuaire pour le "voyage" et la méditation. Je ressens une plénitude indicible mais en même temps je m'interroge: qui suis-je pour connaître cet état, méditer sur cette pyramide que certainement seuls les rois et les grands prêtres pouvaient fouler? Heureusement, je chasse vite ces pensées de mon esprit.

Tout respire l'harmonie. La selva, assez loin devant, se révèle à moi dans une multitude de détails, avec l'impression que le relief est fortement accentué. Les quelques nuages dans le ciel d'un bleu intense m'apparaissent eux aussi tout en volume, très expressifs

Au-dessus de ma tête il y a une voûte brisée que le bleu céleste semble poursuivre jusqu'à la selva. Je me sens comme à l'intérieur d'une sphère magique dont moi seul percevrait soudain l'unité oubliée par les âges, une sphère où se rejoignent terre et ciel, pierre taillée et forêt inextricable.

J'établis une analogie entre la position de mon corps et la pyramide. Assis en tailleur, je réalise que j'en suis la représentation humaine: une large assise, le cou légèrement voûté; le siège spirituel se trouvant en haut, le sommet de la pyramide pouvant symboliquement se comparer à la tête. A cet instant, je prends conscience de la justesse de l'expression qui veut que le corps soit le temple de l'esprit. Torse nu et mon bonnet sur la tête, je reste là dans le soleil mexicain, un long moment. Je me sens naître des aspirations d'ascète: je serais prêt à passer des heures, des jours peut-être à méditer ainsi, sur cette voie, dans le jeûne.

(X) L'INTERVENTION DE KUKULKAN ?

De temps en temps, l'heure avançant, des touristes montent, arrivent tout essoufflés et transpirant. Ils me regardent en coin d'un air de dire, encore un 'ricain illuminé! D'autres ont à l'évidence abusé des champignons comme ce jeune Autrichien, avec pourtant des effets diamétralement opposés à ceux que je ressens moi-même: il arrive rouge comme une tomate, ne pouvant contenir un rire inextinguible. Entre deux éclats, il s'en excuse. David, qui m'a rejoint et moi lui répondons qu'il ne s'en fasse pas, que nous aussi on en a pris.

Vu qu'il refuse de quitter le soleil qui tape maintenant très fort, je me mets à l'ombre pour lui prêter mon bonnet. Mais très vite il me le rend et fait mine de vouloir redescendre. Dans son état, on lui recommande d'attendre un peu, car il pourrait très facilement se briser le cou s'il loupait une des très nombreuses marches, la déclivité étant vraiment impressionnante. Il rie bien fort de nos recommandations et sous notre regard effaré, redescend à toute allure et arrive en bas sans tomber, on ne sait trop par quel miracle[2]… Il faut croire que les dieux mayas ne désirent pas de sacrifice humain aujourd'hui. Peut-être même que le dieu Kukulkan, qui y était opposé, est intervenu en sa faveur.

(XI) NOUVELLE NAISSANCE

Les effets des hongos disparaissent peu à peu. Je réfléchis à tout ce par quoi je viens de passer. J'ai franchi les barrières de la matières, plongé dans les méandres de mon esprit, de l'inconscient primitif, des profondeurs de l'être, des origines du monde et de la vie. J'ai vu des figures essentielles, celles qui sont éternelles, celles qui nous forment. La première phase de cette aventure a consisté en une déstructuration nécessaire de la matière et de la pensée.

Je comprends alors que ce qui m'arrive à cet instant, c'est la restructuration de mon être dans l'harmonie, la beauté et le sacré. C'est comme une naissance nouvelle après un rite initiatique.

A cet instant où je remets les pendules de ma vie à zéro, je regarde par inadvertance ma montre. Stupéfaction: il n'y a rien d'inscrit dessus. Me demandant s'il est possible que j'hallucine encore, j'interpelle David: «Qu'est-ce que tu vois? ». Il regarde ma montre, avant de répondre: « Rien, c'est tout noir. »

C'est un signe! Je lui explique que ça arrive juste au moment où je commence une nouvelle vie. Il me ramène à la raison en m'expliquant que depuis le temps que je suis sous ce soleil de plomb, il n'y a rien d'étonnant à ce que les cristaux liquides de ma montre réagissent comme ça. Je vais passer un peu de temps dans une des deux petites pièces sombres sous le toit de pierre, toujours au sommet de la pyramide, et savoure ce moment de recueillement.

Lorsque j'en ressors, force est de constater qu'effectivement, ma montre réindique l'heure normalement. N'empêche, le symbole était fort !..

(XII) DURE REALITE

Le Retour sera laborieux: on se sent épuisés. On arrive en ville et allons manger dans un petit resto où la télé allumée, comme dans beaucoup de ces endroits, hélas, débite son flot de conneries habituelles. Il est loin le rêve de pureté et de jeûne…

Le soir, j'ai un début de migraine assez fort, sans doute dû au temps que j'ai passé sous le soleil, malgré le bonnet. Heureusement David a une aspirine et ça passe aussi sec.

                                          Trikess (FG)


[1] précolombienne: Il est très ironique de constater que nous nommons un ensemble de très grandes civilisations (aztèque, maya, inca, etc.) avec le nom de celui qui a provoqué leur anéantissement, Colomb…

[2] Il y a une tour sur le site de Palenque au sommet de laquelle il est désormais interdit de monter. En effet certains, sous l'effet des hongos, ont cru qu'il pouvait voler et se sont élancés d'en haut. Il s’est avéré que sous l’effet des hongos, on pouvait effectivement voler. En revanche, tous ont également démontré qu’ils maîtrisaient très mal l’atterrissage, en se tuant en contrebas…C'est pour ce genre de déconvenues qu'il est préférable de ne jamais prendre des hongos seul… On raconte aussi que d’autres ne sont jamais revenus de leur "voyage" et sont restés "bloqués" psychologiquement. Il est donc indispensable d’être bien dans sa tête si l’on veut tenter cette expérience, qui est loin d’être anodine.
 


une petite mexicaine

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LOS HONGOS
(plan de rédaction)

Trikess (FG)

Une expérience mystique en terre mexicaine

TABLE

Introduction et table des matières

Prologue

I La quête des hongos

II La pyramide de la Croix

III La danse de la divinité hindoue

IV L'univers du bonnet

        V Les lois de la matière abolies

VI La déstructuration de la pensée

VII Etat de transe

VIII Le temps de Chan Balum

 IX Harmonie

X L'intervention de Kukulkan?

XI Nouvelle naissance

XII Dure réalité


Antonin Artaud dans Messages Révolutionnaires, extraits (1936)

«( …) une culture profonde n'a peur d'aucune géographie, même si la recherche des continents inexplorés de l'homme doit mener jusqu'à ce vertige où bout l'immatérialité de la vie.

La vraie culture aide à sonder la vie, et la jeunesse qui veut rétablir une idée universelle de la culture, pense qu'il y a deux lieux prédestinés pour faire jaillir les sources de vie et regarde à la fois vers le Tibet et vers le Mexique. La culture du Tibet ne vaut que pour ce que dans le livre des morts de l'Egypte, on appelle les cadavres, des Renversés. Au contraire, l'antique culture du Mexique vaut pour faire jaillir les sens intérieurs de leur barrière. Elle fait des ressuscités (…)

La culture rationaliste de l'Europe a fait faillite et je suis venu sur la terre du Mexique chercher les bases d'une culture magique qui peut encore jaillir des forces du sol indien. (…) Il y a là [dans le dessin de la croix à Palenque], inscrite dans la pierre, la représentation hiéroglyphique d'une énergie unique qui, à travers la croix de l'espace, c'est-à-dire en passant par les quatre points cardinaux, va de l'homme à

l'animal et aux plantes. »




Le manioc figurait au menu des Mayas

plant de manioc

Dans les ruines d’un ancien village maya du Salvador, des archéologues américains ont découvert un ancien champ de manioc dont l’organisation a été remarquablement bien conservée sous trois mètres de cendres volcaniques. Même si les spécialistes supposaient que, pour nourrir une population aussi importante, les Mayas connaissaient et consommaient la racine de manioc, aliment de base de nombreuses populations aujourd’hui en Amérique, ils n’en avaient jamais trouvé la preuve.

En juin dernier, l’équipe de Payson Sheets (University of Colorado at Boulder, USA) a combiné radars et forage pour sonder le sol du site de Joya de Cerén. Les archéologues ont ainsi mis en évidence les restes d’une plantation, avec les rangs et les trous où étaient plantés les tiges. Les cendres ayant rempli les espaces laissés par les plants en décomposition, les chercheurs ont pu réaliser des moulages et découvrir qu’il s’agissait de plants de manioc, inhumés de telle sorte que des feuilles puissent pousser à l’air libre et que plusieurs racines se développent sous terre. Ce champ de manioc vieux de 1.400 ans venait d’être replanté lorsque le volcan est entré en éruption, selon Payson Sheets et ses collègues
manioc legume racine
Joya de Cerén est considéré comme le Pompéi de l’Amérique latine : vers 600 après JC, l’éruption du volcan Lomo Caldera l’a recouvert d’une épaisse couche de cendres. Sous cette gangue, le village a été protégé et, depuis sa découverte en 1978, une douzaine de bâtiments a été mise au jour, ainsi que des réserves de grains, des tissus ou des toits de paille. En revanche, aucun reste humain n’a été découvert. Un tremblement de terre qui a précédé l’éruption aurait donné l’alerte et laissé le temps aux villageois de fuir, abandonnant tout derrière eux.

Cécile Dumas
Sciences et Avenir.com


Les treize mystérieux crânes de cristal
crane de cristal
Il y a une légende maya et aztèque qui révèle la présence de treize crânes de cristal répandus à travers le monde, qui détiennent des pouvoirs de divination, de guérison et médiumnique. La prophétie maya indique que lorsque les treize crânes de cristal seront réunis, les secrets de la vie seront révélés à l’humanité. Cela dit, ces crânes contiennent de grandes informations sur l’histoire des humains et des anciennes civilisations.

C’est en 1924 qu’un des crânes a été trouvé dans un temple maya au Belize, par une jeune fille du nom d’Anna Mitchell-Hedges. Ce crâne pesait environ 11 livres et représentait un crâne féminin ; il a été nommé le « crâne du destin ». Selon la légende, ce crâne daterait de 3600 ans. D’autres crânes furent également trouvés dans le monde. Le « crâne Max » a été donné au peuple du Guatemala. Le « crâne de Paris » et le « crâne britannique » ont été trouvés à la fin du 19e siècle au Mexique. Le « crâne Maya » et le « crâne Améthyste » ont été trouvés au Guatemala. Il paraît qu’il ne reste que quelques crânes à trouver quelque part sur la terre, mais le nombre n’est pas exact, puisqu’il peut bien y avoir des découvertes cachées à l’humanité.

Le crâne du destin trouvé par Anna aurait été analysé par la compagnie Hewlett-Packard vers la fin des années 70. Les résultats des analyses ont démontré des propriétés optiques intéressantes. Voici les caractéristiques tirées du site Arkadys :

La lumière peut jaillir par les orbites lorsqu’elle est éclairée dessous.
Un faisceau lumineux intense peut jaillir des orbites, du nez et de la bouche lorsque le crâne est frappé par l’arrière par les rayons du soleil.
Le crâne est constitué d’un quartz naturel pur, du dioxyde de silicium anisotrope.
On ne retrouve aucune trace d’instrument, ni de marque microscopique.
Étant donné que le cristal ne vieillit pas, il est impossible de dater la fabrication.
Avec la technologie moderne au diamant, il faudrait un an de travail pour obtenir l’aspect extérieur du crâne. Quant aux effets prismatiques, la reproductibilité est encore plus difficile à reproduire.
La fabrication manuelle de ce crâne aurait requis plus de 300 années de labeur.

D’après le résultat de ces analyses, on peut remarquer qu’il est pratiquement impossible de reproduire un tel objet sans utiliser les technologies modernes, étant donné que le cristal est très difficile à sculpter par sa dureté. Comment un tel objet aurait-il pu être fabriqué dans le passé ? Certaines personnes prétendent que les crânes auraient été fabriqués par des extraterrestres et qu’ils auraient été offerts à l’ancienne civilisation des Atlantes. Ces crânes contiendraient les secrets et les archives du monde perdu d’Atlantis.

Les crânes de cristal détiennent des pouvoirs magiques qui permettent l’élévation spirituelle des humains, la production spontanée d’images holographiques et des bruits sonores étranges. Cela dit, il paraît que les crânes de cristal peuvent parler ou chanter et certains auraient des propriétés de guérison et de clairvoyance.

Voici une canalisation (année 2000) tirée du site Ère Nouvelle ici concernant un crâne qui n’a pas encore été retrouvé, d’où il parle pour émettre le message suivant :

« Sur terre, je représente ce que vous pourriez appeler toutes les lois spirituelles, toutes les lois qui font que l'homme puisse vivre pleinement sa vie, pas simplement au côté de ses frères humains, mais dans la conscience de l'Unité parfaite avec toute vie sur ce monde et à l'extérieur de ce monde. On est sur le point de me trouver en Égypte, pays si cher au cœur de ce canal qui s'exprime. Le moment est venu, je vais me révéler en même temps que tous ces outils merveilleux qui ont été implantés sur ce monde, je vais révéler ma puissance aux êtres humains, à ceux qui seront à ce moment-là en mesure non seulement de me comprendre, mais aussi de mettre en application l'immense connaissance qui se trouve en moi... »

Seul l’avenir nous dira si le mystère des treize crânes de cristal sera résolu un jour et si le secret de notre monde sera révélé à l’humanité par l’intermédiaire de ces crânes.



Les photographies  de Palenque

jaguard


esplanade


pyramide


palenque


seigneur


tonina


statue


visage


masque

Trikess (FG)


LES PEUPLES DU SOLEIL - MAYAS, LE MONDE PERDU


Elles ont frappé l'imagination des conquérants espagnols par leur splendeur. Les civilisations disparues de l'Amérique précolombienne survivent aujourd'hui à travers les vestiges de leurs cités légendaires et les rites de leurs descendants. Des Andes au Mexique, cette série offre un voyage dans le monde des Mayas, des Aztèques et des Incas.

Dans les jungles mexicaines ou guatémaltèques et sur les contreforts andins, les ruines de leurs villes et de leurs temples témoignent de la richesse et du raffinement de leurs cultures.

En des lieux ou des temps différents, ces peuples ont partagé le même culte pour le dieu Soleil.

L’arrivée des Espagnols sur le continent américain au XVe siècle a accéléré leur disparition et inscrit dans le sang la chute brutale de leurs empires.

Grâce aux reconstitutions, aux images de synthèse et aux interventions d’historiens, cette série en trois volets entraîne le téléspectateur à la découverte de ces civilisations qui ont rayonné par leurs arts, leurs sciences et leur niveau de développement.

A partir de 250 avant Jésus-Christ jusqu’au VIIIe siècle de notre ère, les Mayas sont les premiers à régner sur l’Amérique centrale. Le Yucatán et les forêts du Chiapas et du Petén abritent les cités qui symbolisent leur puissance.

Tikal est sans doute celle qui impressionne le plus aujourd’hui par la hauteur de ses temples. Le culte sacré qui y est rendu aux rois jusqu’après leur mort témoigne de la croyance des Mayas en l’éternité. Les "enfants du maïs", grands observateurs du ciel, connaissent bien les cycles du temps et développent ainsi leurs cultures agricoles. Pas suffisamment productrices cependant pour faire face à l’augmentation de la population et contrer la famine.

Les rivalités croissantes et les guerres fratricides qui opposent ses 70 cités mènent finalement l’Empire maya à sa perte. Au XIIIe siècle, des nomades venus du nord étendent leur influence sur les peuples du sud du Mexique.

Les Aztèques sont de grands admirateurs des anciens Toltèques. Après avoir découvert le site mystérieux de Teotihuacán, ils implantent leur capitale à 2 200 mètres d’altitude, sur un lac : la cité de Tenochtitlán, à l’emplacement de l’actuelle Mexico.

Lorsque Hernán Cortés et ses hommes y pénètrent deux siècles plus tard, ils vantent la magnificence de l’une des plus grandes métropoles d’alors, dont le système original, et toujours en vigueur, de parcelles agricoles - chinampas - assure des rendements suffisants pour nourrir tous les habitants.

Les rites des sacrifices humains, pratiqués pour la survie du dieu Soleil, sont poussés à l’extrême chez les Aztèques, et les victimes se comptent par milliers. L’empereur règne par la terreur sur les nombreux peuples que ses troupes ont soumis et qui doivent lui payer un tribut. Les conquérants espagnols utilisent ces tensions pour asservir l’Empire aztèque et se livrer à un véritable génocide.

Au total, des millions de natifs sont exterminés. A la même époque, l’Empire inca s’étend sur un territoire cinq fois plus grand, de l’Equateur au Chili. Il se distingue par une structure administrative très efficace, qui permet à l’Inca, véritable dieu vivant, d’exercer son influence sur 500 peuples des Andes. Le développement du réseau routier dans un relief très accidenté tient un rôle très important dans les échanges économiques et pour l’unification de l’empire.

Fonctionnaires et messagers jouent ainsi les intermédiaires entre les chefs locaux et l’Inca. Le fonctionnement de la société repose sur un système de travail collectif qui impose aux différentes tribus des travaux forcés, l’agriculture constituant le pilier de l’économie. Les cultures en terrasse favorisent l’extension des surfaces cultivables.

L’or et les richesses de l’Empire inca fascinent le conquérant Francisco Pizarro qui fait prisonnier Atahualpa, le dernier Inca. Celui-ci est finalement condamné à mort et ses sujets promis à une vie d’esclaves ou massacrés.

Aujourd’hui, les sites impressionnants de Cuzco et du Machu Picchu demeurent les témoins d’un âge d’or disparu. Du Mexique au Pérou, cinq cents ans plus tard, les descendants des peuples du Soleil perpétuent, malgré tout, les traditions héritées de leurs ancêtres.

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L'écriture maya

Les premières écritures

« Les glyphes L'écriture des Mayas est un système combiné de signes idéographiques et syllabiques. Chaque glyphe est composé d'un signe principal et d'affixes qui en complètent le sens. Ces glyphes peuvent être des noms, des verbes, et forment des phrases. Si beaucoup se rapportent à des actes ou désignent des chefs dynastiques, une part importante correspond au découpage du temps.

Le calendrier En mathématiques, les Mayas utilisent trois signes: le point équivaut à un, la barre à cinq, et un coquillage symbolise le zéro. Ils comptent de 20 en 20, et, avec le zéro, utilisent une numérotation de position. C'est sur ces bases que fut élaboré un système de division du temps, par cycles et depuis un jour origine. Lorsque nous donnons une date, par exemple le lundi 1er janvier 1993, nous combinons plusieurs cycles, l'un de 7 jours, le deuxième de 28 à 31 jours, le troisième de 12 mois; et nous complétons par un nombre d'années écoulées à partir d'une année origine. Le calendrier maya est similaire: un premier calendrier rituel combine 13 chiffres et 20 noms de jours, soit 260 possibilités; un second calendrier, solaire, compte 18 mois de 20 jours, plus 5 jours néfastes, soit 365 jours. Avant que le même jour ne revienne dans les deux systèmes simultanément, il doit s'écouler 18?980 jours (approximativement 52 ans). Le dernier élément repose sur le nombre de jours passés depuis une date initiale, soit le jour 4 Ahau (calendrier rituel) 8 Cumku (calendrier solaire) de l'an 3113 avant J-C Comme pour nos unités, dizaines et centaines, les Mayas utilisent des subdivisions: le kin, ou jour, est l'unité de base; le uinal équivaut à 20 jours, le tun à 360, le katun à 7.200 et le baktun à 144.000. Les Mayas érigeaient régulièrement des monuments datés et inscrivaient des dates sur des stèles et des vases, signe de leur hantise du temps. »