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De
la «diversité» dans le gouvernement de la France

Par Claude Ribbe, lundi
3 mars 2008
Comme l’hebdomadaire Jeune
Afrique me demandait récemment ma «réaction» à la première
de Nicolas
Sarkozy, à savoir l’entrée au gouvernement de ministres de la
«diversité»,
après avoir exprimé ma perplexité quant à ce mot de «diversité», il m’a
semblé
bon de rappeler quelques faits historiques apparemment oubliés. Si l’on
entend
par «diversité» les personnes d’origine étrangère, je crois me
souvenir, par
exemple, que l’Italien Giulio Mazarino, dit Mazarin, naturalisé en
1639, devint
Premier ministre en 1642. Si l’on entend par « diversité » les
personnes
d’origine africaine, ce qui me semble être généralement le cas de ceux
qui ont
trouvé cette formule, à mon sens raciste, pour éviter de dire
« noir » ou
« arabe », la présence de ministres de la «diversité» au
gouvernement ne
date vraiment pas d’hier.
Soixante treize
ans avant Rachida Dati, un ministre de la "diversité" à la
Justice : Henry Léméry !
Qu’on en juge : Sans
parler du parlement français où la « diversité » fut
représentée dès 1794
par les députés haïtiens Mills et Belley, Severiano de Heredia, député
de la
Seine d’origine afro-cubaine, entra au gouvernement en 1887 où il
occupa les
fonctions de ministre des Travaux publics dans le gouvernement Rouvier.
Le
Martiniquais Henry Lémery participa au gouvernement Clémenceau en 1917
où il
côtoya le Sénégalais Blaise Diagne, qui siégeait au gouvernement avec
le titre
de commissaire général des troupes africaines. Henry Lémery occupa le
fauteuil
de ministre de la Justice en 1934. Soixante-treize ans avant Rachida
Dati ! Il fut même ministre de Pétain. Le Martiniquais Alcide
Delmont fut
sous-secrétaire d’État aux colonies en 1929 dans le gouvernement
Tardieu. Il
fut remplacé à ce poste par le Guadeloupéen Gratien Candace en 1932,
puis par
le Guyanais Gaston Monnerville dans le gouvernement Chautemps en 1937.
L’Ivoirien Houphouët-Boigny fut de tous les gouvernements entre 1957 et
1961,
notamment avec le portefeuille de la Santé publique et le titre de
ministre
d’État. Plus récemment, la Guadeloupéenne Lucette Michaux-Chevry entra
au
gouvernement Chirac avec le portefeuille de la Francophonie en 1986,
poste qu’elle
occupa jusqu’en 1988. Elle fut ensuite ministre déléguée auprès du
ministre des
Affaires étrangères chargée des Droits de l’Homme dans le gouvernement
Balladur
en 1993. Quatorze ans avant Rama Yade ! Le Guadeloupéen Roger
Bambuck fut
secrétaire d’État aux Sports de Michel Rocard de 1988 à 1991. Kofi
Yamgnane,
d’origine togolaise, fut secrétaire d’État à l’intégration dans les
gouvernements d’Edith Cresson et de Pierre Bérégovoy de 1991 à 1993.
Seize ans
avant Fadela Amara ! La Réunionnaise Margie Sudre fut
secrétaire d’État à
la Francophonie en 1995 dans le gouvernement Juppé et le Guyanais Léon
Bertrand
secrétaire d’État au Tourisme dans les gouvernements Raffarin et
Villepin de
2002 jusqu’à l’élection de Nicolas Sarkozy. La présence de la
«diversité» dans
les gouvernements de toutes tendances (extrême droite
collaborationniste
incluse) et pas seulement à des postes liés aux colonies ou aux
anciennes
colonies est donc une tradition française vieille de plus d’un siècle.
Presque
aussi vieille que les colonies, presque aussi vieille que le
colonialisme. La
présence de femmes de la «diversité» a été inaugurée il y a 22 ans.
Plus
généralement, cela fait également 22 ans (à l’exception, très
curieusement, du
quinquennat socialiste de Lionel Jospin) que siègent au gouvernement
français
des hommes et des femmes de la «diversité». Je ne vois donc rien de
bien
nouveau. Le nombre et le sexe, peut-être, puisqu’il y a aujourd’hui
trois
ministres issues de la «diversité» et que ce sont trois femmes. Mais
cette
innovation est compensée par le fait qu’aucun homme d’origine africaine
ne
figure sur la liste du gouvernement de François Fillon et que
l’Outre-mer n’y
est pas représenté. Dommage !
source
Les réparations multiples envers
les descendants
d’esclaves
(Ile Maurice)
La traite et
l’esclavage ne peuvent être les seuls «crimes
contre l’humanité» à rester impunis, alors qu’on connaît les
«responsables». La
Commission Justice et Vérité pourrait participer à une «réparation
historique».
La compensation financière serait une preuve de justice.
La mise en
place de la commission «Justice et Vérité»
relève-t-elle d’un désir profond et d’une volonté ferme du gouvernement
à
vouloir prendre à bras le corps les problèmes de réparations
historiques,
sociologiques, psychologiques et financières envers les descendants
d’esclaves
? Les propos tenus par le Premier ministre à Hull l’année dernière dans
le
cadre du 200e anniversaire de l’abolition de la traite et ses positions
antérieures sur la question laissent transparaître la sincérité de ses
intentions. Ira-t-il pour autant jusqu’au bout ou cédera-t-il à la
pression des
«lobbies» qui ne tarderont pas sans doute à se manifester ?
Quarante ans d’hypocrisie envers les descendants
d’esclaves !
Il convient de dire que pendant ces quarante ans d’indépendance,
plusieurs
conférences, causeries, colloques et séminaires ont été organisés tant
à
Maurice qu’à l’étranger sur le thème «l’esclavage et ses séquelles».
Des
résolutions ont été votées ou encore des actions «correctives»
(corrective
actions) proposées pour aider les descendants d’esclaves, aujourd’hui
parmi les
plus pauvres et les exclus de la société, à se réhabiliter et à sortir
de
l’ornière dans laquelle l’esclavage les a plongé. Tout cela,
malheureusement,
n’a rien, ou presque rien, donné en termes d’actions. Et Shyam
Hurbungs,
directeur du Trust Fund for Social and Vulnerable Groups, de confier
qu’une
«culture de la pauvreté» s’installe à Maurice, et qu’il trouvait la
situation
«critique». «Nous sommes assis sur une bombe», s’alarme-t-il. Mais, le
problème
de pauvreté à Maurice, comme affirmait un ancien président de la
République est
avant tout politique.
Saura-t-on pourquoi les conclusions de la seule étude sur la pauvreté
jamais
entreprise à Maurice en 1997 à l’initiative du ministère de la
Planification
économique sont restées muettes ? La raison, paraît-il, c’est parce que
l’enquête indiquait que les descendants d’esclaves se trouvaient très
majoritairement dans les dizaines de poches de pauvreté identifiées à
travers
l’île !
Cette exemple illustre dans une certaine mesure un des gros problèmes
de la
société mauricienne : l’hypocrisie. Certains de nos politiciens et de
nos
dirigeants disent avec raison qu’il faut s’attaquer aux «causes» (root
cause)
des problèmes, et non aux «effets ». Mais dès lors que les résultats
pointent
une communauté, surtout lorsqu’il s’agit des «descendants d’esclaves»,
c’est un
fait notoire, le processus s’arrête ! On sort alors les théories archi
connues
: pas de communautarisme, on n’ethnicise pas la pauvreté , pas
politiquement
correct, etc. Alors, ils ne font rien, ou presque rien !… «Répondre à
la
souffrance humaine par de grandes théories, c’est la trivialiser», nous
dit
Michel Foucault.
Choc culturel
Cette abdication de l’État qui dépasse tout argumentation rationalisée
serait-elle liée à la culture, à des croyances ou à des idéologies ?
Dans des
sociétés «égalitaires», une pareille attitude choque. Quand on visite
des pays
européens qui adhèrent aux principes d’égalité et de liberté des droits
de
l’homme et du citoyen, la vue de la pauvreté choque. Dans des sociétés
«inégalitaires», la pauvreté ne choque pas, les gens n’ont même pas
conscience
de l’inégalité engendrée par le système. Dans la tradition de l’Inde,
pays des
valeurs spirituelles, par exemple, «l’échelle sociale apparaît comme
une
échelle morale. L’inégalité des naissances (communément appelée
l’inégalité des
«castes») apparaît comme la manifestation même de la justice...
L’inégalité
sociale apparaît alors comme moralement juste», nous rappelle P. Amado.
La communauté des descendants d’esclaves serait-elle condamnée à vivre
dans la
pauvreté ou devrait-elle se résigner à vivre ainsi, pour être ou
paraître cette
«caste d’arriérée» nécessaire selon un certain ordre cosmique ou
métaphysique ?
Le volonté du gouvernement à vouloir faire adopter l’Equal Opportunity
Act à
Maurice butte-t-elle à cause de la réticence de certains membres du
gouvernement ou des «lobbies» qui ne croient pas en une société
«égalitaire» ou
qui n’en veulent pas ?
La Traite et l’Esclavage : Tous concernés
L’histoire de la traite négrière et de l’esclavage mérite d’être connue
parce
qu’elle compte parmi les plus grands évènements - et des crimes - du
monde
moderne, tels les deux Guerres mondiales, l’Holocauste, les Grandes
Révolutions. Elles ne devraient pas concerner seulement les descendants
d’esclaves et/ou les territoires qui ont connu l’esclavage, mais tout
le monde,
dans la mesure où les lois régulant ce trafic d’êtres humains ont été
reprises
et intégrées dans les cadres légaux de plusieurs pays. Ces lois ont
façonné les
sociétés, modelé les mentalités, engendré la colonisation, la
ségrégation, les
préjugés eurocentrés stigmatisant l’africain et l’idéologie raciste
dont
l’hydre est présente partout dans le monde.
L’île Maurice connut l’esclavage dès le début de sa création avec
l’arrivée des
Hollandais au 17e siècle et des Français en 1715. Cela s’est passé en
plein
cœur de la traite négrière transatlantique, celle qui est qualifiée
aujourd’hui
de «crime contre l’humanité». Cette traite a déporté, de 1440 à 1870,
13
millions d’individus, dont deux millions sont morts pendant la
traversée, sans
compter des milliers qui sont morts en Afrique même, capturés pendant
les
guerres ou au cours de leur transport jusqu’aux ports, nous dit Marc
Ferro dans
Le livre noir du colonialisme.
Il convient de souligner que selon la loi du 21 mai 2001 votée en
France et
présentée par Christiane Taubira, député de la Guyanne, seuls «la
Traite
négrière transatlantique et l’esclavage perpétrés du XVe siècle contre
les
populations africaines déportés en Europe, aux Amériques et dans
l’océan Indien
constituent un crime contre l’humanité». Elle fait la distinction entre
la
traite négrière et l’esclavage lié à cette traite et toutes autres
formes
d’esclavages : l’esclavage pratiqué dans l’antiquité (les traites
saharienne,
l’asiento entre autres), l’engagisme (esclavage déguisé), le «salariat
contraint» et l’esclavage moderne, dont on fait souvent l’amalgame. A
Maurice,
cette précision devrait mettre un frein à la rivalité absurde
«esclavage v/s
engagisme», deux évènements qui se sont succédé sur le sol de Maurice
que plus
d’un siècle sépare : l’arrivée des esclaves africains et malgaches
(1722) de
celle des engagés indiens (1835). Elle devrait aussi mettre fin à
l’autre
tentation facile et puérile consistant à vouloir fusionner les mémoires
quand
celles-ci ne sont pas en concurrence. C’est pire : l’assimilation,
c’est mettre
les mémoires dans une fosse commune !
L’histoire de la traite négrière et de l’esclavage lié à cette traite,
comme
l’histoire de l’engagisme des travailleurs indiens et celle du système
colonial
avec l’arrivée des colons blancs d’Europe, sont toutes intimement liées
à la
construction de Maurice. Elles font partie de son patrimoine
historique. Celui
qui ne connaît pas son histoire et l’histoire de son pays vit avec des
trous de
mémoires ! «Si on a souffert d’amnésie historique», disait le regrêté
Gérard
Fanchin, «gardons-nous de la transmettre aux futures générations »…
Commission Justice et Vérité
Si la commission a de grandes ambitions elle pourrait participer à
combler une
lacune dans l’histoire de l’esclavage et de ses abolitions dans la
mesure où le
monde est passé de l’esclavage à l’abolition, sans un tribunal de
Nuremberg ou
sans une commission de «Truth & Reconciliation» ! Elle est sans
doute la
toute première instance à être constituée et à siéger depuis que la
traite
négrière et l’esclavage lié à cette traite ont été reconnus comme crime
contre
l’humanité par un ancien pays esclavagiste, la France. Cette
reconnaissance est
une avancée indéniable dans le sens de «réparation historique». Elle
pourrait
ouvrir la voie aux attentes des victimes de l’esclavage dans le monde
en
général et à Maurice en particulier.
La traite et l’esclavage lié à cette traite ne peuvent être les seuls
«crimes
contre l’humanité» dans l’histoire du monde moderne et «civilisé» qui
resteraient impunis alors qu’on connaît les «responsables».
L’intelligence humaine, l’histoire de l’humanité, le droit à la
connaissance et
à la vérité exigent que les pays esclavagistes regardent leur passé en
face,
avec sérénité. La honte et la gêne ne doivent pas en faire obstacle.
Tout pays
comporte son lot de pages sombres. Parvenir à les lire toutes est l’une
des
conditions d’un vivre ensemble apaisé. Après les avoir lues, on fera le
travail
de deuil qui s’impose et on tournera les pages. On construira, mais pas
sur les
débris et des trous …
Réparations et compensations.
La réalité de la traite et de l’eclavage ne peut être restituée par la
seule
célébration de leurs abolitions, des festivals populaires ou encore des
excuses, des pardons dont nul ne met en doute la sincérité et
l’efficacité. Ces
manifestations ne peuvent être qu’une étape vers une finalité.
Celle-ci, «the
bottom line» devrait être la mise en place des stratégies de
compensation et la
création d’un fonds de solidarité en faveur des descendants d’esclaves
pour
recueillir des indemnités et des donations. Il est temps d’enlever le
tabou sur
l’argent. Les compensations financières sont aujourd’hui, dans la
société de
marché, la seule expression visible et tangible de la justice. Tous les
jours
partout dans le monde des centaines de personnes et de compagnies sont
condamnées
par des tribunaux de justice à dédommager leurs victimes en nature ou
en
espèces une fois la culpabilité établie ou à purger des peines
d’emprisonnement. Les Etats, ne pouvant être jetés en prison, ne sont
pas à
l’abri des autres sanctions. L’histoire en est truffée d’exemples :
- Suite au procès de Nuremburg, les juifs, victimes de l’Holocauste et
du
travail forcé sous Hitler, reçurent des indemnisations considérables du
gouvernement allemand.
- En 1988, environ 80 000 Américains d’origine japonnaise emprisonnés
et
internés dans des camps pendant la Seconde Guerre mondiale reçurent en
dédommagement la somme de $1,8 milliard.
- En 1865, après la guerre de Sécession, le Général Scherman promit à
chaque
famille d’esclave libéré, «quatre acres et une mule pour labourer comme
indemnité du crime de l’esclavage».
– L’Aetna Incl., une compagnie d’assurances vie aux États-Unis, après
avoir
reconnu que les propriétaires d’esclaves avaient bénéficié d’une
assurance vie
sur leur «cheptel», à la mort d’un de leurs esclaves, investit plus de
$34
millions dans un fonds d’aide à la communauté afro-américaine.
– Au moment de l’abolition de l’esclavage dans les colonies, des
indemnisations
furent accordées aux «maîtres» et aux propriétaires d’esclaves. Les
Français
payèrent bien 6 millions de francs aux «maîtres colons» aux Antilles.
Les
Anglais versèrent bien «une somme de £ 2,112,632-10shs-11_d, soit un
taux de
£69-14shs-3d par esclave», aux propriétaires d’esclaves à Maurice.
Et la liste n’est pas exhaustive !
En marge de l’inauguration des travaux de la Commission Justice et
Vérité, il
est utile de rappeler aux participants l’horreur de l’esclavage lié de
la
traite négrière. Elle a été à l’origine
– d’un «génocide culturel» comme l’a fort bien mis en relief Jocelyn
Chan Low
pour qui «l’esclavage a détruit la famille, le siège des valeurs
culturelles»
(Week End, 11 février 1996).
– d’un «génocide religieux» comme le fait resortir Gérard Fanchin qui
observe
que «pour des raisons multiples la religion traditionnelle des esclaves
n’a pu
s’implanter à l’îsle de France... Dès 1722 le catholicisme devient la
religion
hégémonique et le Code Noir (Les lettres patentes) de 1723 fit de la
christianisation des esclaves une stricte obligation».
– d’un «génocide humain», ou presque, dans la mesure où au moment de la
libération, après avoir travaillé pendant plus d’un siècle, comme
esclave, sans
salaire, «les affranchis furent abandonnés à leur propre dénuement ...
à une
inertie qu’aggravaient de tenaces préjugés ...Rien n’avait été fait
pour leur
assurer une authentique indépendance» selon Mgr Amédé Nagapen.
Justice et Vérité
De quelle justice parleront ou voudront entendre les membres de la
commission ?
Dans une société de droit, la justice est vécue comme vengeance et
châtiment.
Ce n’est sans doute pas le but recherché par la commission. On pourrait
être
emmené à penser qu’il s’agira, comme ce fut le cas en Afrique du Sud
avec la
Commission Truth and Reconciliation présidée par Monseigneur Desmond
Tutu d’une
«justice de réconciliation» ou une «justice restaurative». Et de quelle
Vérité
? «Méfiez vous de la vérité, disait Romain Garry, elle commet toujours
des
erreurs.» Il sera nécessaire, comme le rappelle par ailleurs François
Gèze, «de
sortir de la guerre des mémoires où chacun dit sa vérité, créant ainsi
l’impression qu’il y a plusieurs vérités de sens opposés, afin
d’arriver à
construire un récit partagé et ainsi faire un véritable travail
d’historien».
À cet égard,
la commission devrait pouvoir avoir accès aux archives des Etats
esclavagistes et des Eglises afin de faire la lumière sur ces pages
sombres de
l’histoire de Maurice. On peut espérer que les autorités respectives
coopéreront avec les membres de la commission , les historiens et
autres
chercheurs. Il y a des vérités à faire revivre, des mythes à
déconstruire et
des mensonges à démanteler !
Rester vigilant
Tout en souhaitant que la commission réussisse à satisfaire et à
combler les
attentes des victimes de l’esclavage, il importe de rester vigilant et
de se
rappeler que le droit à la vérité ne peut compromettre le droit à la
justice ou
encore le droit qu’a toute personne à ce que sa cause soit entendue
équitablement par un tribunal impartial et indépendant…
Lindsay
DESCOMBES
Source
|
La
Martiniquaise d'Oslo emportée par un scandale

Première
femme de couleur à être membre d'un gouvernement norvégien, elle a dû
démissionner sur des soupçons de népotisme.
Une candidate à
une haute
fonction administrative qui hésite. Une ministre de tutelle, amie de
ladite
candidate, qui l'encourage à persévérer. Et finalement, la candidate
est
nommée. Dans bien des pays, un tel scénario provoquerait juste des
haussements
de sourcils. Pas en Norvège, où la ministre de l'Enfance et de la
Famille, Manuela
Ramin-Osmundsen, vient de démissionner.
Cette femme
d'origine
française, née à la Martinique il y a 44 ans, était devenue,
en
octobre 2007, la première personnalité de couleur à entrer
dans un
gouvernement norvégien. Arrivée au début des années 1990, active dans
la lutte
contre les discriminations mais sans expérience politique, elle aura eu
un
parcours ministériel d'à peine quatre mois. L'affaire est partie de la
nomination d'un ombudsman de l'enfance, fonction administrative en vue
dans les
pays scandinaves. Manuela Ramin-Osmundsen a découvert que l'un des
quatre
candidats présélectionnés était une amie, Ida Hjort Kraby. Cette
avocate de 47
ans est nommée le 8 février.
Un coup dur
Les médias ont
alors vent
du fait que l'avocate et la ministre étaient plus proches l'une de
l'autre
qu'elles ne l'avaient publiquement affirmé. Les intéressées nient, de
peur
d'être accusées de collusion. Bon nombre des 4,6 millions de
Norvégiens
vivent avec l'idée solidement ancrée que leur pays est, ou doit être,
égalitaire.
Tout ce qui ressemble à un passe-droit est mal vu, du moins dans la
sphère
publique.
L'erreur de la
ministre
aura été de ne pas avoir informé à temps le chef du gouvernement
travailliste,
Jens Stoltenberg, qu'en janvier elle avait incité son amie, via une
connaissance commune, à revenir sur sa décision de ne plus postuler.
« Cette démarche peut avoir influencé le processus de
nomination, et même
si ce n'est pas le cas, j'aurais dû être informé plus tôt », a
déploré le
chef du gouvernement. Fait aggravant, la ministre a demandé ces
derniers jours
à ladite connaissance commune de taire cet épisode.
Le Parti du
progrès, une
formation populiste xénophobe créditée de plus de 20 % des
intentions de
vote dans les sondages, a profité de ces atermoiements pour exiger le
retrait
d'une ministre qu'il avait critiquée dès son entrée au gouvernement. La
démission de cette Martiniquaise mariée à un ancien conseiller du parti
conservateur norvégien est un coup dur pour le chef du gouvernement. Il
avait
longtemps été critiqué pour ne pas avoir de personnalité immigrée au
sein de
son équipe. Hier, il s'est consolé en se disant
« fier » de compter
une Sami (Lapone) parmi ses ministres.
Délit
d'amitié, par Jérôme Fenoglio
En Norvège, une
ministre
démissionne à cause d'une nomination contestée. En France, le pouvoir
ne
s'impose plus qu'une règle : la transparence sur ses liens avec les
personnes
qu'il promeut.
Les
lecteurs les plus assidus du Monde 2 se souviennent
sans doute de
Manuela Ramin-Osmundsen. Il y a quelques semaines (Le Monde 2
du 12
janvier), notre magazine avait brossé un portrait de cette
Martiniquaise
devenue ministre de l'enfance et de la parité au sein du gouvernement
norvégien.
Celle-ci y évoquait quelques-unes des différences notables entre sa
France
d'origine et sa Norvège d'adoption.
Hélas !, Mme
Ramin-Osmundsen n'aura pas occupé son poste
longtemps. Elle vient d'être contrainte à la démission par une affaire
qui en dit
plus long que toute autre considération sur ce qui nous sépare des
mœurs
scandinaves. Sa faute ? S'être immiscée dans le processus de
désignation d'un "médiateur
des enfants" en encourageant l'une des postulantes
à maintenir
sa candidature. Et, une fois que cette dernière fut choisie, avoir nié
qu'elles
se connaissaient depuis longtemps.
La
presse norvégienne ne goûte guère ces cachotteries. Ses enquêteurs ont
vite
démontré que la ministre était beaucoup plus proche de la candidate
retenue
qu'elle ne l'avait dit. Selon le quotidien Aftenposten,
leur relation
était en réalité "très amicale", les deux femmes
avaient été
vues "ensemble à nombre de manifestations publiques".
Le délit
d'amitié était avéré. Et, bien que des experts eussent conclu que cette
proximité
ne constituait en aucune manière un conflit d'intérêts, la ministre ne
résista
pas longtemps à l'aversion locale pour toute forme de passe-droit, pour
toute
entorse, même vénielle, au strict principe d'égalité entre citoyens.
La
République française ne risque pas d'être salie par ce genre de
scandale. Dans
sa grande sagesse, elle a pris le problème à l'envers : les questions
d'indépendance ou d'impartialité, les éventuels risques de conflits
d'intérêts
ou de mélange des genres ne sont pas pris en considération. En
revanche, la
dissimulation de toute forme de proximité est désormais proscrite. Nos
responsables ont choisi de tout assumer au grand jour, pour que
personne ne
puisse leur reprocher le moindre mensonge.
Ainsi,
tout récemment, une journaliste mariée au ministre des affaires
étrangères
a-t-elle été nommée à la tête d'une structure d'information qui peut
être
amenée à rendre compte fréquemment de l'action de son mari. La relation
conjugale étant connue de tous, elle n'allait tout de même pas
constituer un
handicap pour la carrière de l'épouse, a-t-on fait valoir en haut lieu.
Un peu
plus tôt, un industriel susceptible de bénéficier de commandes de
l'Etat avait
mis yacht et avion personnels à disposition du président de la
République. Là
encore, les principes ont été respectés : "Je n'ai pas
l'intention de
me cacher", a déclaré Nicolas Sarkozy. Puisque la seule
contrainte est
de ne rien occulter, certains ont même jugé bon d'en rajouter. Ainsi un
autre
industriel, patron de plusieurs organes de presse, s'est-il revendiqué "frère"
de M. Sarkozy, comme si le statut d'ami ne suffisait pas.
Pour
être juste, il ne faudrait pas laisser croire que l'actuel président
est à
l'origine des mœurs en vigueur. La classe dirigeante française s'adonne
depuis
longtemps au favoritisme et au mélange des genres. Nicolas Sarkozy est
simplement le premier à avoir théorisé ce primat absolu de la
transparence sur
l'impartialité. En inventeur d'un style de pouvoir "décomplexé",
qui légitime le laisser-aller général, il pose notre régime à l'exact
opposé
des scrupules des Norvégiens.
source
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Il y a 42 ans
disparaissait Angrand Armand Pierre.
De Armand
Angrand
beaucoup de dakarois, de sénégalaises et sénégalais de notre
génération ne
connaissent que la rue qui porte son nom dans le quartier de Reubeus.
Au
Sénégal si les Maires par « générosité patriotique»
ou par effet de
mode sont enclins à baptiser une rue au profit d’un personnage de
renom, du
côté des enseignants, rares sont ceux qui se préoccupent d’enseigner
sérieusement, notre histoire de façon dynamique. Il s’y ajoute que, des
préjugés tenaces font que, s’agissant des métisses, certains de nos
compatriotes, historiens ou non, les rangent le plus souvent
du coté de
leur parent blanc, les colons. Sans chercher à comprendre que
parmi eux
on y trouve des patriotes, comme on retrouve des apatrides parmi les
sénégalais,
les africains bon teint. Sous ce rapport il convient de
rappeler ou de
préciser, car beaucoup d’africains ne connaissent pas leur histoire,
comme le
soulignait Monsieur Amadou Moctar Mbow, que lorsque, en 1802, Napoléon
Bonaparte sous l’influence de sa femme Joséphine, décida de rétablir
l’esclavage dans les Antilles, le Général mulâtre Alexandre Pétition
s’est
t’écrié : « Jamais ma mère de redeviendra
esclave ». Puis,
lui et plusieurs de ses compagnons d’armes désertèrent l’armée
française pour rejoindre
les esclaves noirs en révolte. Avec les autres généraux indigènes ils
infligèrent un « Dien Ben Phu » caché depuis des
siècles à tous les
élèves des colonies, (la Vertières la mère des batailles), une
défaite
historique mémorable à la puissante armée d’Europe de l’époque avant de
fonder
la première république noire d’Amérique à Haïti. Au
Sénégal, Angrand
Armand Pierre peut être rangé parmi les
patriotes sénégalais du cru qui n’ont jamais voulu admettre
l’ordre établi
comme le général Pétion. Armand et son aîné,
Alexandre, le radical « tous
deux actifs dans la politique, firent l’objet d’une enquête de police
pour
leurs tendances garveyiste (1) au début des années 20 ».
Lit-on dans
les bulletins de renseignements, selon Notes Africaines de
l’IFAN-U.C.A.D, n°
173 de juillet 1972.
Angrand Armand
Pierre, dont le
père est issu d’une grande famille franco-sénégalaise, est né à Gorée
(Sénégal)
le 9 octobre 1892. Il fit ses études à Gorée puis à Bathurst, ville
natale de
sa mère. A la fin de ses études primaires, il regagna
Bordeaux pour y
effectuer ses études secondaires puis à Paris au Lycée Louis
LEGRAND,
pour une carrière d’Administrateur des colonies. Mais très doué en
Anglais et
sur instance de son père, il s’orienta dans les affaires, option à la
base de
sa réorientation vers les études économiques et commerciales. Son
retour au
Sénégal à la fin de ses études coïncide avec le déclenchement de la
première
guerre mondiale en 1914. Ce fut Verdun, février 1916, Pétain.
Blessé par deux fois au front et atteint de surdité,
il fut décoré de
la croix de guerre avec palme et de la médaille militaire pour
sa conduite
exemplaire durant la guerre. Démobilisé par la suite il intègre
l’entreprise
paternelle.
Un homme
politique sénégalais s’est écrié récemment :
« Je suis un prisonnier politique catholique ». Nous
le paraphrasons
pour dire qu’Armand Pierre Angrand fut un
« catholique révolutionnaire » à coté des
« musulmans
révolutionnaires ». Cela est important à souligner
politiquement. Car, il
n’était pas donné sous le régime colonial, à n’importe qui de
s’afficher
socialiste. Donc animé d’une conscience politique certaine, Armand crée
le
journal L’INDEPENDANT avec son frère aîné et
fondèrent avec le
Président Lamine GUEYE, le Parti Socialiste Sénégalais (Pss) en 1936,
dès de
celui-ci de la Martinique. Avec le recul, on comprend pourquoi les
futurs
« socialistes du Sénégal n’ont pas voulu adjoindre l’adjectif
qualificatif
sénégalais à leur parti. Deux choses pourraient l’expliquer :
1° Eviter
que les sénégalais se souviennent que le premier parti socialiste fut
fonde par
Lamine Guèye, Armand Angrandet
Alexandre, le « radical ». 2° Faire un peu français,
comme toujours.
ENAM est devenu ENA par exemple. Elu conseiller municipale Armand
devint
Maire de Gorée, sa ville natale de 1928 à 1932. Cette dernière fut
rattachée
politiquement à la commune de Dakar en 1933, sous la
législature de
DIAGNE.
Ami de Blaise
Diagne dont il fut l’adjoint à la Mairie de
Dakar, il lui succéda comme Maire en 1934. Sous son magistère à la
Mairie de
Dakar, il est mis à son compte, l’édification du complexe scolaire de
la Médina
et les écoles de Ouakam, Ngor, Yoff, ainsi que le bitumage de certaines
principales rues, de l’électrification et d’adduction d’eau de ces
villages.
Ses proches
notent que: « Grand ami des Lébous,
comme son père, il a su régulariser la situation des terres leur
appartenant et
de calmer ainsi les conflits qui les opposaient au gouvernement et qui
risquaient de s’aggraver de jour en jour ». Pour ce fait, il a
reçu un
témoignage de satisfaction du gouvernement de l’époque.
Au plan
littéraire, Agrand a été lauréat en 1952 du prix
de l’A.O.F décerné par le Conseil Supérieur Scientifique de
l’IFAN, pour
son œuvre « Les lébous de la presqu’île du Cap-Vert.
Un essai sur leur
histoire. Monsieur Armand Angrand est
aussi l’auteur d’un manuel Français-wolof, préfacé
par
Monsieur le Pr. Théodore Monod. Il fut désigné par
le Gouverneur
français de l’époque auprès de MONOD pour la création de l’IFAN
(Institut
Fondamental d’Afrique Noir. Il fit par la suite don à cet institut au
nom de sa
famille, d’une précieuse bibliothèque familiale d’une grande
valeur,
comprenant des livres rares, des manuscrits et autres documents
rassemblés par
ces aïeux dont certains datent d’avant la Révolution française de 1789,
ou du
20 ème siècle. Selon toujours des proches de la famille, ces documents
ont
servi et servent encore à retracer, en parti, l’histoire de l’A.O.F, en
général, du Sénégal et surtout de Gorée l’Ile natale de la famille Angrand,
en particulier.
Au niveau de
ses actions envers les communautés
religieuses, quant aux rapports entre musulmans et chrétiens (certains
agitent
le « Dialogue islamo- chrétien, comme s’il s’agissait d’une
découverte),
voici à ce sujet, le témoignage le Gouverneur Général Brevié :
« J’approuve
pleinement vos activités, car vous êtes le trait d’union vivant entre
le
Gouvernement et les populations lébous, les chrétiens et les
musulmans ».
Notons qu’il
« assista en tant que Maire de
Dakar avec le conseil Municipal au complet, à la Consécration de la
cathédrale
du Souvenir Africain par son éminence le Cardinal Verdier archevêque de
Paris
et Légat de sa Sainteté le Pape Pie XI Souverain
Pontife ainsi qu’à
la première ordination Sacerdotale dans cet édifice, d’un prêtre
sénégalais du
nom d’Alexandre NDIAYE »
Par ailleurs,
un des gestes d’Armand PierreAngrand, donne une
idée de sa vision et de son
engagement envers son peuple : le don de la bibliothèque
familiale à
l’IFAN. Qui, à moins d’être quelqu’un à la mentalité d’un pilleur de
caveau de
tombeaux égyptiens ou d’un vendeur de tableaux rares, peut mettre un
prix sur
les œuvres d’une bibliothèque ? Car la Joconde, de Léonard De
Vinci, comme
le « David » de Michel Ange, œuvres devant lesquelles
s’évanouissent des
personnes de toutes conditions de toutes nationalités, une bibliothèque
n’a pas
de prix.
Nous pensons
que l’enseignement de l’histoire ne devrait
être que « nettali » (raconter de manière linéaire
les faits
historiques), mais les expliquer, donner leurs causes, leurs
interactions et
les enjeux. Bien évidemment beaucoup parmi ceux qui enseignent
l’histoire ne
sont pas neutres. C’est pourquoi selon que l’on soit
« noble » ou
roturier, riche ou pauvre, on peut toujours trouver un communicateur
traditionnel ou un Pr. agrégé pour vous écrire, raconter votre
histoire. A cet
égard Gorgi Yelli Cissé de Louga (paix à son âme) nous disait
souvent : « je n’ai pas tellement envie de pénétrer
l’histoire
du Sénégal, car personne n’aime que l’on fasse cas de la défaite de ses
aïeux » (Ku nu ci daq sa maam doo bëg nu waxko ». En
tout cas
parcourant le curriculum vitae de ce fils de Léopold Angrand
et de Mathilde Faye, on ne peut manquer de se demander
s’il ne portait pas ombrage quelque part à certains ? D’autant
que c’est
comme qui dirait que l’ostracisme est le lot commun
de tous ceux
portent l’IFAN dans leur cœur : Armand Angrand,
Théodore Monod, Cheikh Anta Diop. M. Ibrahima Sagna, Maître Assistant à
cet
Institut qui de par son engagement travaille à
régénérer le
Laboratoire Carbonne 14, fondé par
Cheikh Anta
Diop que certains cherchent à liquider
irrémédiablement, fait également partie du lot.
Pour terminer,
nous pensons que le nom d’Agrand Armand
Pierre, mérite d’être porté au fronton d’un aéroport, d’un stade ou
d’un
boulevard. Aussi vu la dimension, la vision de ce fils de Goréé,
enraciné dans
les valeurs de civilisations, sénégalaises, africaines, on ne peut
manquer
d’interroger l’histoire pour savoir si la personne ne portait pas
ombrage, ne
dérangeait pas quelque part. En tout cas à notre connaissance, il n’a
pas été
suffisamment célébré, par les hommes de culture, proportionnellement à
son
envergure historique et culturelle. Voilà pourquoi nous disions tantôt
que
l’historien n’est pas toujours neutre. Qui a vu, par exemple, une rue,
une
place, porter le nom de Nkrumah, Lumumba, Ben Barka, Pétion,
Toussaint
Louverture, Dessalines etc., à Dakar, Kaolack, Saint-Louis
Ziguinchor ? Nous pensons que la même question peut être posée
aux
ressortissants de toutes les ex-colonies.
Notons enfin
un autre trait à relever en la personnalité
de Monsieur le Maire. Hormis sa probité morale, c’est son attachement à
sa
patrie, à sa terre qui retient l’attention. Armand Angrand a toujours
résidé à Goré et Dakar et avait domicilié tout
son patrimoine au Sénégal. Cela, est important à souligner au moment ou
on
occulte l’émigration des hommes d’Etat, de l’élite pour
médiatiser
fortement l’émigration dite clandestine. Sans parler des détournements
du
patrimoine national.
Après sa
retraite il a continué de résider au Sénégal ou
il a succombé d’une crise cardiaque, le 29 août 1964, entouré des
siens. La
cérémonie fut célébrée avec les honneurs militaires, à la Cathédrale du
souvenir africain en présence des Généraux de l’armée sénégalaise,
française et
d’autres corps constitués de la Nation.
Dakar 12
juillet 2006
Ababacar FALL-Barros
Coordonnateur
général du Groupe de Recherche et
d’Initiative pour la libération de l’Afrique (GRILA-Sénégal)
Les
Français de plus en plus négrophobes ?
Par Claude Ribbe,
Il est bien
difficile de donner un sens absolu aux
chiffres des sondages, mais une enquête d'opinion qui sera rendue
publique au
printemps 2008 laisse néanmoins penser que la négrophobie serait bel et
bien en
hausse au pays des droits de l'homme. Les Français seraient en effet
plus
nombreux que l'an passé à considérer que les "noirs" constituent
"un groupe à part" dans la société : inassimilables, il se
ressembleraient tous. Une hausse qui, cette fois, viserait plus encore
les
Antillais (+20 %) que les "Africains", même si cette vision raciste
de la "négritude" est plus que largement teintée de xénophobie et
d'intolérance.
Oscar Peterson, compositeur canadien
1925-2007
Lucien Poirier
dit Julien Gracq, écrivain français,
1910-2007. Refusa le prix Goncourt en 1951
Cela n'empêche
pas les personnes interrogées de considérer
que le racisme est moins important que naguère et qu'on voit assez de
"noirs" à la télévision ou en politique pour n'avoir pas à en
réclamer davantage. Une sorte d'effet Yade-Roselmack : on en met deux
devant
pour ne plus avoir à parler des autres. Il est évident que la
médiatisation des
campagnes prônant le comptage "ethno-racial" de la population et les
revendications identitaires de certaines associations ne sont pas
étrangères à
ce résultat calamiteux, largement tributaire au demeurant de la manière
dont la
prétendue "question noire", à la télévision, est insidieusement mêlée
aux problèmes d'immigration et de violences urbaines. Car c'est
malheureusement
la télévision, de plus en plus abrutissante, qui conditionne la
"pensée" de 97 % des Français (telle est la proportion de ceux qui la
regardent : trois heures et demie en moyenne par jour !). Les personnes
interrogées en ont d'ailleurs parfaitement conscience : elles déclarent
que
l'information télévisée renforce le racisme. Le seul signe encourageant
est que
les sondés seraient un peu plus nombreux à penser que la notion de
"race
humaine" n'a pas de sens. Il y en a cependant encore trois quarts pour
croire le contraire et plus de dix pour cent, je crois, racistes et
fiers de
l'être, à estimer, comme au bon vieux temps, que certaines "races"
sont supérieures aux autres. Pour oublier toutes ces sottises, les 3 %
qui ne
regardent pas la télévision pourront toujours profiter de leurs congés
pour
lire Un balcon en forêt, tout en écoutant Tenderly. Ils rêveront
peut-être
qu'il suffit d'"être blanc" pour écrire comme Julien Gracq, de même
qu'il suffit d'"être noir", c'est bien connu, pour jouer et composer
comme Oscar Peterson.
mercredi
26 décembre 2007
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