La
France se couvre d'éoliennes. Des associations, des scientifiques, des
écologistes s'interrogent.
Pourquoi se construit-il tant d’éoliennes ?
On comptait, selon le Syndicat des énergies renouvelables (SER), 1 500
éoliennes pour une puissance de 2 700 mégawatts (MW) fin 2007,
réparties dans
341 parcs éoliens en métropole ; 130 nouveaux parcs, représentant 450
éoliennes, ont été installés courant 2007. Les éoliennes devraient être
3 500
en 2010, pour une puissance de 7 300 MW, et plus de 8 000 en 2020 (dont
850 en
mer) pour une puissance de 25 000 MW.
Selon ses
partisans, le recours à l’éolien permet de diversifier nos ressources
énergétiques, objectif louable avec la hausse du prix du pétrole et le
fait que
les combustibles traditionnels – gaz, pétrole, charbon – sont
épuisables et
polluants. L’éolien va dans le sens des accords de Kyoto, ratifiés par
la
France et l’Union européenne, qui prévoient une réduction de 8 % des
émissions
de gaz à effet de serre d’ici à 2008-2012 afin de lutter contre le
réchauffement climatique. Les éoliennes sont enfin le fer de lance des
énergies
propres pour atteindre une production de 21% d’électricité d’origine
renouvelable à l’horizon 2010, objectif fixé par la loi d’orientation
sur
l’énergie du 13 juillet 2005. «Seul l’éolien peut nous permettre de
parvenir à
cet objectif, affirme Michel Lenthéric, chargé de mission à l’Ademe
(Agence de
l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). L’énergie hydraulique
a
atteint ses limites. Et les coûts de production de l’éolien sont moins
élevés
que ceux des panneaux photovoltaïques.»
Mais pour les
nombreuses associations opposées aux éoliennes, dont la
Fédération environnement durable ou Vent de colère sont les plus en
pointe,
elles sont une imposture écologique. Ces associations font valoir que
la France
est le pays d’Europe dont la production d’électricité provoque le moins
de
rejet de CO2 par habitant. Notre électricité provient pour 76,85 % de
l’énergie
nucléaire, qui pose certes le problème de la gestion des déchets, de
l’approvisionnement à terme en uranium, mais n’émet aucun gaz à effet
de serre.
Elle provient aussi de l’énergie hydraulique, ressource propre et
renouvelable
à hauteur de 11,6 %. La part de l’énergie thermique (gaz, charbon,
pétrole)
monte à 10 % et celle de l’éolien à 0,73 %. « Nous n’avons pas besoin
de
l’éolien, soutient Christian Gerondeau (lire notre interview page 53)
parce que
les énergies nucléaire et hydraulique répondent à nos besoins. Pour
preuve,
nous exportons 10 % de notre production d’électricité. Lors des
périodes de
grand froid, où la demande d’électricité est supérieure, nous faisons
appel aux
centrales thermiques, qui émettent des gaz à effet de serre. L’utilité
d’une
éolienne serait de s’y substituer à ces occasions. Or les périodes de
grand
froid sont des périodes anticycloniques où il arrive que le vent soit
absent
sur la totalité de notre territoire. » Météo France confirme et nuance
à la
fois : lors de ces épisodes anticycloniques, le vent peut souffler dans
certaines régions, notamment le Sud. Là où il fait le moins froid !
Participent-elles
à la diminution du CO2?
Selon les
chiffres avancés par France Energie éolienne, 25 % de l’électricité
produite par ces ailes aériennes permettrait une réduction de 20 % des
émissions de gaz à effet de serre. Le Réseau action climat, qui
regroupe
plusieurs ONG, a calculé de son côté que 5% des émissions de CO2
seraient
évitées grâce à l’éolien. «Pure propagande », rétorquent les
associations. «
Dix mille éoliennes produisant 25 000 MW ne peut que réduire de 0,5 %
les
émissions françaises de CO2, soutient Jean-Louis Butré, président de la
Fédération environnement durable. Pire encore, en développant les
éoliennes, on
multiplie le recours aux centrales thermiques. » Selon la Commission de
régulation de l’énergie, l’éolien ne contribue que de façon marginale à
la
réduction des émissions de gaz à effet de serre, simplement parce qu’il
s’agit
d’une production intermittente, qui ne peut être stockée et qui doit
être
relayée par d’autres sources d’énergie. « Les éoliennes ne tournent que
de 20 à
25% du temps, car elles ne fonctionnent pas lorsque le vent est trop
faible ou
trop fort ! explique Jean-Marc Jancovici, ingénieur conseil. Nous
sommes donc
contraints de disposer en renfort de centrales thermiques ou
hydrauliques, qui
sont les seules à avoir une souplesse de mise en marche permettant de
compenser
instantanément les variations de la production éolienne. » L’Allemagne,
pays
leader de l’énergie éolienne et qui entend renoncer à l’énergie
nucléaire,
vient de donner son feu vert à la construction de plus d’une vingtaine
de
centrales thermiques à charbon. Retour fumeux vers le XIXe siècle !
Sans parler
du Danemark, champion de l’éolien et l’un des plus fort émetteurs de
CO2 par
habitant. En France, plusieurs projets de centrales thermiques sont à
l’étude :
sur le port du Havre, à Beaucaire, dans le Gard, à Saint-Brieuc en
Bretagne, à
Bastelicaccia en Corse-du-Sud, à Lucenay-lès-Aix dans la Nièvre...
L’envers du
décor n’est pas si vert...
Combien
coûte l’électricité produite par les éoliennes ?
L’arrêté
ministériel du 10 juillet 2006 impose à EDF un tarif de rachat de
l’électricité produite par les éoliennes de 8,2 centimes d’euro par
kilowattheure (KWh), soit 82,8 euros par mégawattheure (MWh), et ce
pendant dix
ans. Le tarif varie ensuite de 8,2 à 2,8 centimes d’euro le
kilowattheure les
cinq années suivantes, en fonction des rendements. Plus ils sont
faibles, plus
le tarif de rachat est élevé. Autrement dit, moins elles produisent,
plus elles
rapportent ! Les promoteurs sont assurés d’un retour sur investissement
même
dans les sites les plus mal choisis. Cela ne peut que les inciter à
implanter
des parcs dans des sites peu venteux, mais aussi encourager certains
d’entre
eux à limiter leur production dans les sites venteux. Pendant ce temps,
la note
s’alourdit pour la collectivité. Car ces prix sont bien au-delà des
prix du
marché de l’électricité, qui fluctuent quotidiennement entre 4 et 5,5
centimes
le kilowattheure (40 et 55 euros le mégawattheure). A titre de
comparaison, le
prix de revient d’un mégawattheure d’origine thermique varie entre 30
et 45
euros et celui d’un mégawattheure d’origine nucléaire descend à 26
euros, selon
le Journal officiel du 27 juillet 2006 (lire infographie page 51).
Si ce tarif,
supérieur au prix du marché, est une véritable aubaine pour les
promoteurs, il pèse sur la facture d’électricité du consommateur. C’est
lui qui
paie les surcoûts liés aux obligations d’achat d’électricité des
énergies
renouvelables sous la forme d’une « contribution aux charges de service
public
d’électricité (CSPE) », mentionnée sur la note d’électricité et qui se
monte à
0,53 euro TTC par kilowattheure. Plus EDF achètera d’électricité
provenant de
l’éolien, plus cette contribution augmentera.
Depuis le 13 juillet 2007, pour bénéficier du tarif de rachat d’EDF,
les
éoliennes doivent être construites sur une « zone de développement de
l’éolien
» (ZDE). Mais toutes les demandes de permis déposées avant cette date
ont droit
au tarif de rachat d’EDF quel que soit l’endroit où les éoliennes se
trouvent.
Il y a fort à parier que les dépôts de permis de construire remis avant
la date
fatidique se sont envolés. Leur nombre exact n’a pas encore été
éventé...
A qui
profite l’argent des éoliennes ?
D’abord, selon
les différents vocables, à leurs promoteurs, développeurs,
opérateurs. Avec un tarif de rachat d’électricité de 82 euros le
mégawattheure,
chaque éolienne de 2 MW garantit à son promoteur 360 000 euros de
revenu annuel
pour un temps de fonctionnement moyen annuel de 2 200 heures. Une
opération
rentable. Le coût de l’éolienne installée se situe, selon France
Energie éolienne,
entre 1 million et 1,3 million d’euros. Soit un amortissement entre
trois et
cinq ans maximum. Pas étonnant qu’elles aient le vent en poupe.
On comprend
mieux dès lors le mistral de spéculations que fait souffler cette
source d’énergie. Le vent vaut de l’or. C’est ainsi que le groupe Suez
a acheté
50,1 % des parts de la Compagnie du vent, spécialisée dans la promotion
d’éoliennes, pour un montant de 321 millions d’euros. Or, le chiffre
d’affaires
de la Compagnie du vent se limite à 11 millions d’euros. Mais elle
serait «
riche » de signatures d’élus pour des permis de construire permettant
la
production de 2 000 MW. « Ce qui valorise chaque mégawattheure à plus
de 300
000 euros, poursuit Christian Gerondeau. Avec 6 à 10 éoliennes et une
puissance
de 12 à 30 MW, la valeur de chaque signature obtenue varie de plus de 3
millions d’euros à près de 10 millions. Le tout sans le moindre risque.
» La
manne profite aussi aux fabricants (essentiellement allemands, danois,
espagnols). Les grands groupes ne s’y trompent pas et investissent en
masse.
Quelques exemples : Areva a acheté 51 % de la société Multibrid, un
concepteur
et fabricant d’éoliennes basé en Allemagne et spécialisé dans les
turbines
offshore de grande puissance, valorisant l’entreprise à 150 millions
d’euros.
De son côté, Alstom a pris le contrôle d’Ecotècnia, une entreprise
espagnole
qui fabrique et commercialise des éoliennes, pour un montant de 350
millions
d’euros.
L’argent
s’envole, avec quelques retombées – bien plus modestes – pour les
propriétaires
des terrains et pour les communes. Les premiers se voient attribuer un
loyer de
1 000 à 2 500 euros par an et par éolienne. Les secondes perçoivent
annuellement, par le biais de la taxe professionnelle, 500 à 700 euros
par an
et par mégawatt, après une période de déduction fiscale au bénéfice du
développeur. On compte aussi quelques retombées pour l’emploi : 5 000
ont été
créés, selon le Syndicat des énergies renouvelables, via les bureaux
d’études,
le travail d’installation et de maintenance des parcs. Mais rien pour
les
riverains, qui se plaignent d’une dépréciation de leur bien immobilier.
Aucune
étude n’ayant été effectuée, Notaires de France ne peut confirmer cette
donnée.
Un signe éloquent toutefois : le groupe d’assurances MMA propose un
contrat «
garantie revente » qui couvre la perte de valeur de revente des
propriétés,
notamment en cas d’implantation d’éoliennes à proximité...
Comment
se monte un projet ?
Une petite
brise suffit. Le grand reproche des
associations, c’est le manque de transparence dans la création des
sites
éoliens. « Dans la majorité des cas, les projets sont montés à l’insu
des
habitants, affirme Jean-Louis Butré. Des promoteurs démarchent des
agriculteurs
et leur font signer des promesses de bail en faisant miroiter un revenu
supplémentaire. Puis ils persuadent les élus avec deux arguments : la
taxe
professionnelle et l’action citoyenne pour lutter contre le
réchauffement
climatique. Dans les faits, on constate que nombre d’éoliennes sont
situées sur
un terrain appartenant aux élus des communes. »
Un diagnostic
à peine nuancé par Jean-Yves Grandidier. « Nous essayons
d’obtenir une délibération du conseil municipal pour une étude
d’implantation,
tout en s’assurant la disposition du foncier par la signature de
promesses de bail.
Les études coûtent cher. » Celles-ci sont à la charge du promoteur qui
choisit
le bureau d’études. Elles intègrent une enquête sur l’impact des
éoliennes sur
les oiseaux et une étude sur le bruit. De fortes nuisances ne rendent
pas pour
autant le projet caduc. Le promoteur peut modifier l’implantation des
éoliennes
ou proposer, dans son dossier, des mesures compensatoires : contrat
d’agriculture durable, aides pour l’achat de friches, proposition
d’équipements
tels que des visualisateurs de ligne à haute tension pour les
oiseaux... Du
vent et des verroteries, selon les associations. L’étude d’impact est
jointe à
la demande de permis de construire déposée dans la commune, qui la
transmet
dans les quinze jours à la Direction départementale de l’équipement
(DDE).
Celle-ci examine la légalité du dossier, puis le communique à tous les
services
de l’Etat concernés (Diren, Drire, Direction de l’aviation civile,
Service
départemental de l’architecture et des paysages, etc.). Tous émettent
un avis –
favorable ou défavorable –, qui reste uniquement consultatif. Une
majorité
d’avis négatifs n’empêche pas l’obtention du permis ! Le dossier est
ensuite
transmis à la préfecture, qui lance une enquête publique. Puis le
tribunal
administratif nomme un commissaire-enquêteur, souvent un retraité de
l’administration... des gendarmes, des douaniers... pas forcément
spécialisés... L’enquêteur rencontre les élus des communes et organise
des
permanences à jours fixes. Théoriquement, toute personne qui le
souhaite peut
consulter le dossier et déposer son avis sur un registre. Elle doit
faire vite,
le vent presse, l’enquête ne dure qu’un mois. Puis le
commissaire-enquêteur
remet, avec avis, son rapport au préfet qui accorde ou non le permis de
construire. Missionnaire de l’Etat, le préfet se trouve souvent en
position
délicate. Entre le marteau et l’enclume, sa décision est, selon le cas,
contestée au tribunal administratif, soit par les associations, soit
par le
promoteur. Le recours n’arrête pas le processus, mais, dans la
pratique, le
projet peut être suspendu jusqu’au jugement. En 2004, 33 % des permis
accordés
ont fait l’objet d’un recours et 27 % en 2005.
Depuis juillet 2007, les ZDE sont initiées par les communes ou les
communautés
de communes. Elles définissent un périmètre apte à recevoir des
éoliennes
répondant à trois critères : un potentiel éolien (donc, théoriquement,
du
vent), une possibilité de raccordement au réseau et la prise en
considération
des paysages et des monuments. Pour Henri de Lepinet, président de
l’Union
Rempart, qui regroupe des associations de sauvegarde du patrimoine, «
le risque
aujourd’hui est de voir proliférer une profusion de ZDE sur l’ensemble
du
territoire de façon à multiplier les possibilités d’installer des
éoliennes. »
Peut-être n’a-t-il pas tort. Des éoliennes sur un seul village, et la
manne que
représente la taxe professionnelle bénéficie dans ce cas à toute la
communauté
de communes.
Les
éoliennes détruisent-elles le paysage ?
Un sondage
ELP/SER/France Energie éolienne réalisé en
septembre 2007 montre que 90 % des Français sont favorables à leur
développement. Pour beaucoup, les éoliennes ont bonne image et belle
allure.
Certains considèrent qu’elles participent à l’organisation du paysage,
tout
comme, en leurs temps, les aqueducs, les viaducs, les moulins à vent,
les voies
routières... Mais pour ceux qui sont au pied du pylône, elles sont
d’abord des
machines posées sur un socle de plus de 1 000 tonnes de béton, pouvant
atteindre 150 mètres de haut, qui massacrent leur environnement proche,
leur
portent ombrage et font du bruit. A titre de comparaison, les plus
grands
pylônes électriques culminent à 48 mètres de hauteur. « Si une éolienne
n’est
pas inesthétique, sa multiplication devient catastrophique pour les
paysages »,
affirme Paule Albrecht, présidente de la Société pour la protection des
paysages et de l’esthétique de la France. Même discours tenu par Didier
Wirth,
président du Comité des parcs et jardins de France : « L’éolien n’a
aucun
intérêt, ni économique, ni énergétique, ni écologique. Alors, pourquoi
sacrifier le patrimoine paysager de la France ? » L’Académie des
beaux-arts
apporte son soutien dans un livre blanc sur les éoliennes. Elle dénonce
leurs
dimensions excessives et leur manque d’harmonie avec le paysage. «
D’autant que
les parcs sont dispersés et que les promoteurs n’hésitent pas à les
installer
dans des zones protégées : parcs nationaux, régionaux, zones Natura
2000... ou
à proximité de magnifiques monuments, constate Philippe Toussaint,
président de
Vieilles maisons françaises. On oublie que les éoliennes de 150 mètres
de haut
sont visibles à 10 kilomètres à la ronde. » Les exemples malheureux
sont
monnaie courante. C’est pourquoi la Réunion des associations nationales
de
sauvegarde du patrimoine bâti et paysager, surnommé le « G8 du
patrimoine et de
l’environnement », demande à ce qu’on applique aux éoliennes la
réglementation
des installations industrielles, que l’on impose une distance de 10
kilomètres
par rapport aux sites classés et inscrits, en excluant toute éolienne
des lieux
protégés. Actuellement, en l’absence de cadre réglementaire, tous les
débordements sont permis. Seule reste la concertation au moment de
l’enquête
publique et... la bonne volonté du promoteur. « S’il y a un impact, il
est
réversible, assure Jean-Yves Grandidier. Les contrats sont limités à
quinze
ans, et la durée de vie d’une éolienne est de vingt ans. La loi du 3
janvier
2003 impose aux constructeurs de parcs éoliens de déposer une caution
bancaire
pour garantir le démontage des installations. » Sauf qu’à ce jour,
cette règle
n’est que du vent. Aucun décret d’application n’est venu l’encadrer.
Sont-elles
bruyantes et dangereuses ?
«Vivre près
d’une éolienne, c’est subir le bruit d’une centrifugeuse », raconte
Auguste Dupont, habitant de Sortosville dont le logement est situé à
320 mètres
d’une éolienne. « Avec les vibrations des pales, poursuit-il, ma maison
construite sur une dalle de ciment se fissure. » Le ronronnement du
frottement
des pales se mêle aux grincements provenant des engrenages de
l’appareil. Le
bruit n’est pas permanent, mais son intensité et sa portée varient en
fonction
de la vitesse et de l’orientation du vent, et de la topographie des
lieux. «
Des études sont réalisées par les opérateurs. Et la règlementation
impose que le
bruit ne dépasse pas 3 décibels la nuit et 5 décibels le jour, explique
Jean-Louis Bal, directeur des énergies renouvelables à l’Ademe. Des
progrès
sont réalisés et les dernières générations d’éoliennes sont moins
bruyantes. »
Le problème est réel, au point que l’Académie de médecine a pris
position. Elle
recommande d’installer les éoliennes d’une puissance supérieure à 2,5
MW à plus
de 1 500 mètres des habitations, en rappelant qu’à des intensités
modérées, le
bruit peut perturber le sommeil, entraîner des réactions de stress et
se
répercuter sur l’état général. Au-delà du bruit et des paysages, les
parcs
éoliens perturbent l’activité des radars et en particulier des radars
météorologiques qui permettent de détecter les vitesses des vents et de
prévoir
des événements climatiques tels que les tempêtes, les tornades... Un
comble !
Mais, comme dit le proverbe, qui sème le vent...
Considérés un
temps comme une alternative «verte» à
l’utilisation des carburants pétroliers, l’exploitation des
agrocarburants
(souvent appelés biocarburants) se révèle être encore plus polluante
pour
l’atmosphère. C’est ce que démontrent deux études américaines publiées
par la
revue Science .
L’espoir des
agrocarburants
Qu’il s’agisse
de bioéthanol produit à base de
graines de blé et de maïs ou de biodiesel produit à base d’oléagineux
(soja,
colza), les carburants issus de l’agriculture ont deux avantages
évidents : ils
constituent une source d’énergie toujours renouvelable et apparemment
neutre du
point de vue des émissions de carbone. A priori, il suffit de replanter
l’équivalent de ce que l’on a brûlé en carburant pour reconstituer les
stocks
et «refixer» par photosynthèse le CO2 ainsi libéré. Les agrocarburants
ont
ainsi été présentés comme un des moyens de diminuer les émissions de
gaz à
effet de serre (GES) dans l’atmosphère.
Pollution verte
Deux nouvelles
études montrent toutefois que le
coût environnemental global de l’exploitation des agrocarburants n'est
pas
neutre. Pour produire des quantités suffisantes de graines et
d’oléagineux, on
doit abattre des forêts pour gagner de la terre, utiliser beaucoup
d’engrais
pour fertiliser les sols et brûler beaucoup de carburant pour récolter
le tout.
Des pratiques qui diminuent le rendement énergétique des agrocarburants
et
augmentent considérablement les émissions de GES dans l’atmosphère.
300 ans pour
rembourser son carbone
Joseph
Fargione et ses collègues de l’Université du
Minnesota (Etats-Unis) ont ainsi étudié les
effets à long terme de la conversion de terres non cultivables (forêts,
savanes, marais, etc) en terres agricoles destinées à la production
d’agrocarburants. Ils ont notamment calculé la « dette en carbone »
résultant
de l’abattage des arbres – qui ne pourront plus fixer le CO2
atmosphérique - et
de la décomposition des racines laissées sur place. Or selon les
chercheurs,
cette dette en carbone est, selon les pays, 17 à 420 fois plus
importante que
la diminution annuelle des émissions de GES due à l’utilisation des
agrocarburants.
Par exemple,
la conversion de 10 000 m² de forêt
amazonienne en champ de soja libérant 700 tonnes d’équivalent carbone,
les
gains en émissions dus à l’utilisation du biodiesel produit sur cette
surface
ne compenseront cette dette qu’au bout de 300 ans ! Pour la forêt
indonésienne,
évoquée dans le reportage ci-dessous, cette dette serait de 400 ans.
Des
émissions doublées pendant 30 ans
Une
autre étude, menée par Timothy Searchinger et
ses collègues de l’Université Princeton (Etats-Unis), montre
que même aux Etats-Unis, la généralisation des carburants agricoles
risque
d’aggraver l’accumulation des GES. A l’aide d’une modélisation, ils ont
estimé
les variations des émissions globales de CO2 dues à une conversion
massive des
prairies et des forêts en champs de maïs destinés à la production de
bioéthanol. Ils ont alors constaté que l’utilisation de ce carburant
doublera
les GES sur 30 ans et continuera de les augmenter pendant 167 ans.
En attendant
le jatropha
Les auteurs de
ces études estiment donc que
l’utilisation de la première génération des agrocarburants n’est en
aucun cas
une solution au problème de l’accumulation des GES responsables du
réchauffement global. Ils recommandent plutôt le développement d’un
nouveau
type de biocarburant dérivé de nos déchets organiques ou de plantes
moins
gourmandes en terres, en eau et en engrais comme, par exemple, le
jatropha.
Yaroslav Pigenet
Les
Français pas encore convaincus par le bio
Thiébault
Dromard
62%
des consommateurs pensent que l'agriculture bio n'est pas capable de
fournir
des prix attractifs.
Alors
que les marchés biologiques fleurissent dans les grandes villes
françaises,
l'agriculture bio peine encore à convaincre. Les Français, soucieux de
leur
pouvoir d'achat, renâclent à l'idée de dépenser davantage pour se
nourrir.
D'après un sondage Opinionway pour le magazine Agriculture et nouvelles
technologies, 39% des Français sont opposés à toute augmentation des
prix
alimentaires, y compris en contrepartie d'un meilleur respect de
l'environnement pour les produire. 57% des Français demandent en
priorité à
l'agriculture de fournir des produits à prix accessibles.
Et
si 61% des consommateurs se déclarent décidés à faire un effort
financier, en
réalité, ils ne sont que 26% prêts à accepter une hausse significative
des prix
alimentaires (15% ou plus), essentiellement parmi les personnes
disposant de
revenus supérieurs. Or l'alimentation biologique est aujourd'hui en
moyenne de
30% plus chère que le panier alimentaire conventionnel. «Il ne faut pas
rêver.
Nous aurons toujours un surcoût dans le bio. Mais en réorganisant la
filière et
en augmentant la commande publique, à commencer par les cantines de la
fonction
publique d'État, on peut imaginer réduire de moitié ce surcoût d'ici à
2015»,
précise le ministère de l'Agriculture. Les Français sont encore
sceptiques. 62%
d'entre eux pensent que le bio n'est pas capable de fournir des prix
attractifs. Certains produits bio baisseront plus vite que d'autres,
c'est
notamment le cas de la volaille.
Prolonger
le crédit d'impôt
L'agriculture
biologique est encore marginale en France.
Pourtant, ce mode de consommation n'est plus seulement dû à un effet de
mode.
La demande de produits issus de l'agriculture biologique croît de 9,5%
par an
depuis 1999. Quatre Français sur dix consomment du bio au moins une
fois par
mois. Mais la France est incapable de faire face à cette demande. À ce
jour,
25% des produits bio et 40% des fruits et légumes bio sont importés. Le
ministre de l'Agriculture, Michel Barnier, veut tripler la surface bio
en
France d'ici à 2012. Pour encourager des agriculteurs réticents, le
ministère a
prolongé le crédit d'impôts jusqu'en 2010.
«Nous
sommes conscients que nous avons encore beaucoup d'efforts à faire pour
expliquer et informer sur la nécessité de produire sans pesticide»,
reconnaît
Vincent Perro, de la Fédération nationale de l'agriculture biologique.
KOKOPELLI :
biodiversité,
la fin des illusions
Les
verdicts sont tombés : l’association
Kokopelli est lourdement condamnée :
12.000€
pour le grainetier Baumaux
23.000€
pour l’état et la fédération des industriels de la semence (FNPSPF).
Il
faut être réaliste : les semences
que défend l’association Kokopelli, étant maintenues dans l’illégalité
par une
volonté politique, nous ne pouvions pas
gagner ces procès.
Malgré
les directives européennes, les avis de l’ONU, du Sénat, de
scientifiques,
d’agronomes affirmant l’urgence de sauvegarder la biodiversité végétale
alimentaire, l’état
français
refuse de libérer l’accès aux semences anciennes pour tout un chacun.
C’est ce qui permet aujourd’hui aux magistrats d’infliger ces lourdes
peines à
l’association Kokopelli.
Dans le cas du procès de la SAS Baumaux pour concurrence déloyale, M.
Baumaux
verra donc son bénéfice de 800.000€ augmenté de 10.000€ et recevra
2.000€ pour
ses frais.
L’état français recevra 17.500€ au motif que KOKOPELLI vend des
semences
illégales, 5.000€ seront consacrés aux frais et à l’information du bon
peuple
sur les pratiques dangereuses de l’association KOKOPELLI. Les semences qui
ont nourri nos grands-parents et qui
servent à nous nourrir aujourd’hui par le jeux des croisements, sont donc
devenues illégales et dangereuses.
Nous avons eu droit au grenelle de l’environnement : il faut sauver
la biodiversité ! alors pourquoi
condamner une association qui sauvegarde avec ses adhérents et ses
sympathisants, plus de 2500 variétés en risque de
disparition ? Pourquoi
condamner ces semences dont la FAO reconnaît qu’elles sont une des
solutions
pour assurer la souveraineté alimentaire, face aux dérèglements
climatiques et
à l’augmentation de la population mondiale ? Pourquoi les
mêmes variétés,
selon qu’elles sont vendues par KOKOPELLI ou d’autres opérateurs
entraînent
condamnation ou mansuétude ? Pourquoi les grandes surfaces
vendent des
fruits et légumes issus des variétés interdites à KOKOPELLI, en toute
impunité
(en tout cas à notre connaissance).
Les
condamnations infligées à KOKOPELLI ne
sont donc pas à chercher dans la
nature des semences que protège
l’association, mais dans ses actions.
L’association
propose aux jardiniers, aux paysans, d’être autonomes et responsables,
face au
vivant. Dans notre société du tout marchandise, c’est intolérable. Le
plus
grand grief (sous jacent) fait aux semences anciennes ou de pays, est
d’être
reproductibles et qui plus est adaptables à de très nombreuses
conditions de
cultures, sans le soutien de l’agro chimie. Voilà la faute de KOKOPELLI : conserver le
levain des savoirs
populaires, agronomiques et génétiques. A
l’heure où l’on veut
nous faire croire que le tout hybride, OGM, chimique, énergie fossile,
sont les
seules possibilités d’assurer notre alimentation, propager
l’autonomie semencière par l’exemple est devenu répréhensible.
Ce qu’il faut retenir de ces condamnations, c’est la volonté
affichée d ‘éradiquer les alternatives techniques et
semencières autonomes.
Depuis 15 ans, KOKOPELLI
protège la diversité de nos jardins, de nos champs, de nos assiettes,
tout en
essayant de faire évoluer le cadre juridique vers une reconnaissance de
la
valeur agronomique et culturelle des variétés reproductibles :
L’ETAT
FRANÇAIS NOUS A FAIT ECHOUER.
Aujourd’hui, la disparition
potentielle de KOKOPELLI ouvre un boulevard à l’uniformisation
culturelle et
productiviste agricole. La disparition de la
« vraie » biodiversité
basée sur la
variabilité génétique d’une multitude
de variétés locales ne sera jamais, et de très loin, compensée par la
multiplicité de quelques variétés clonées.
Il est intéressant de noter la similitude des actions et de la
répression
envers les faucheurs volontaires, les amis de l’ortie, les défenseurs
de
l’herboristerie et KOKOPELLI : chacun cherche à sa façon, à
protéger et
promouvoir la vie et la continuité des savoirs. Pour notre
gouvernement, tout
cela est devenu répréhensible ! Face à ses contradictions,
entre ses déclarations
enflammées du Grenelle de l’Environnement et les condamnations qu’il
obtient
contre les défenseurs de la biodiversité, gageons que l’état français mettra un point
d’honneur à prendre en
réelle considération le devenir des générations futures.
L’association KOKOPELLI a toujours proposé la résistance fertile non
violente
et le dialogue, peut-être étions-nous trop en avance ? Mais
maintenant,
sauver la biodiversité est d’une extrême urgence. Si l’agriculture
productiviste que protége le gouvernement se trompe,
vous trompe, nous trompe, quelle stratégie de repli
aurons-nous ? Si nos
élus ont contribué à éradiquer notre patrimoine semencier
alimentaire ?
La solution est dans votre camp, mesdames et messieurs nos gouvernants.
Une
fois, vous avez pu revendiquer
« responsables, mais pas coupables ». Devant la faim
du peuple, cet
argument ne tient pas.
N’obscurcissez pas l’avenir, il l’est déjà suffisamment.
Mais
peut-être faut-il lancer un appel : aux
semences,
citoyens !
Poursuivie
pour avoir refusé un prélèvement d'ADN, Renate
Ruck était soutenue par plusieurs dizaines de supporters, hier, devant
le
tribunal de La Roche-sur-Yon.
En 2005, elle
avait été condamnée pour le fauchage d'une
parcelle de maïs OGM. Renate Ruck, apicultrice en Vendée, est revenue
devant le
tribunal, hier, à La Roche. Avec ses supporters.
« Bien sûr
nous n'allons plus connaître l'étoile jaune
(1)... Le fichage génétique généralisé permettra de reconnaître les
personnes
déviantes, dangereuses ou dérangeantes. Ainsi, on pourra mieux les
surveiller
», assure Renate Ruck.
Poursuivie
pour avoir refusé de se soumettre à un
prélèvement ADN, cette apicultrice âgée de 46 ans, installée à
Maillezais
(Sud-Vendée), était convoquée, hier, au tribunal correctionnel de La
Roche-sur-Yon.
Née en
Allemagne, elle a jeté le trouble dans une salle
d'audience pleine comme rarement, en faisant le parallèle terrifiant
entre
l'étoile jaune de sinistre mémoire (1) et le fichage génétique, en
vigueur en
France depuis la loi sur la Sécurité intérieure.
Sûre
d'elle-même et de ses convictions, elle a mis en
lumière l'incongruité de ces prélèvements génétiques sur des personnes
comme
elle, qui ne cherchent en rien à se soustraire à la justice ni à fuir
leurs
responsabilités.
« Éveilleuse
de conscience »
L'arrachage de
maïs OGM en 2004, dans un champ
expérimental du Loiret, elle l'a fait avec d'autres, à visage
découvert. Idem
pour le refus de se soumettre à un prélèvement d'ADN, en décembre 2007.
Ironiquement,
Renate Ruck a fait remarquer qu'elle n'était
« pas porteuse d'un problème génétique, pas porteuse du gène de la
contestation
ou de la rébellion », mais qu'elle était le fruit « d'une histoire
personnelle
et familiale, d'une éducation » qui lui ont appris à dire non, à ne pas
se
soumettre.
Prophétique,
voire alarmiste, celle qui se définit « comme
une modeste éveilleuse de conscience », a aussi remarqué que «
l'histoire a
tendance à se répéter inlassablement ».
« Oui,
a-t-elle conclu, je suis responsable de mes actes,
et ceci entièrement, mais je ne vois pas de quoi je pourrais être
coupable. »
Le procureur de la République a requis 1 000 € d'amende, estimant que «
l'infraction est caractérisée ». Jugement le 31 mars.
Désaliniser
plus, mais moins cher
En
Hollande, Dimitri et Matthieu découvrent un
l'invention de Jan de Koning, un monsieur très motivé
Jan de Koning
a inventé un
nouveau désalinisateur. Photo: Shake
your planet
Arrivés en
Hollande, nous rencontrons un inventeur d’un
système innovant de désalinisation de l’eau de mer grâce au soleil,
battant
tous les records de production d’eau potable ! Jan
de Koning en est l’inventeur. Un homme
atypique, comme on aime en rencontrer, qui par sa simplicité et sa
démarche
nous a bluffés ! Après vingt-cinq ans sur les bancs de Dupont de
Nemours en
tant que manager d’une équipe de 100 personnes, il a voulu changer
d’horizon.
L’effort d’un homme
Il se met alors à réfléchir à une petite machine peu coûteuse et
autonome en
énergie qui puisse désaliniser l’eau de mer de manière efficace. Il
vend alors
tout pour ne garder que son bateau, devenu sa maison, et mettre toutes
ses
économies dans le développement de son minidésalinisateur. Dans un
désalinisateur solaire classique, l’eau salée est chauffée par les
rayons du
soleil et elle se sépare en deux éléments : du sel et de la vapeur
d’eau pur.
On récupère la vapeur d’eau en la refroidissant et elle peut ainsi être
bue sans
souci. Pour cent litres d’eau de mer, seuls quatre litres d’eau pure
sont
récupérés. De recherches en recherches, Jan a conçu un système qui
produit
quarante litres d’eau pure pour cent litres d’eau de mer ! Dix fois le
système
précédent. Afin de lancer la commercialisation pour la fin de
cette
année, un riche industriel hollandais a investi dans l’entreprise en
prenant
20% des parts et un groupe de six experts dans des domaines variés
l’ont
rejoint. Objectif : le premier désalinisateur à installer fin
2008.
Pour diffuser au maximum son invention, le chercheur met tout en place
pour que
le système soit vendu à moins de 1 000 euros. Un bel exemple d’une
solution
viable financièrement, particulièrement utile, voire bientôt
vitale, pour
les habitants des pays les plus pauvres en pleine sécheresse. On est
bien sûr
aussi sous le charme du : “Je quitte tout pour être enfin utile !”
A
15 ans, il invente un nouveau type de moteur
Lui,
c'est Maruf Ovozi et il est en train de devenir une star
internationale. Et
cette notoriété soudaine, il la doit à son travail et à son talent.
Le bonhomme de 15 ans, qui pose fièrement devant son œuvre, est
étudiant au
lycée académique de Samarcande, en Ouzbékistan. Un pays pour lequel il
faut
prendre une carte histoire de bien le situer.
A l'occasion d'un concours pour jeunes talents organisés dans son
lycée, Muraf
a présenté un projet inédit, et remporté du coup la compétition. Il a
réussi à
transformer un moteur à combustion classique en un bloc capable de
fonctionner
à l'air comprimé. Un exploit en soi et un réel potentiel en ces temps
de remise
en question des motorisations conventionnelles.
" C'est une idée que j'avais en tête depuis longtemps. Mais j'attendais
l'occasion de la mettre en pratique. Je suis très fier de ma réussite
et
j'espère ainsi pouvoir contribuer au développement de mon pays " a
déclaré
l'humble petit génie de 15 ans.
Le moteur de Maruf a un avantage de taille sur les autres innovations
du même
type, mettant en œuvre l'air comprimé. Son moteur bénéficie en effet
d'un
réservoir qui se recharge tout seul grâce à l'air ambiant, à mesure que
la
voiture avance. Pas besoin, donc, de produire ou distribuer de l'air
comprimé.
Magique !
Reste encore à perfectionner ce moteur, ce que des ingénieurs allemands
mandatés par le groupe VAG, vont tenter de faire, en relation étroite
avec
l'inventeur du principe, Maruf Ovozi !