le logo du magazine d'informations pyepimanla du mois de mars


Actualités Archives Forum Liens Annuaire Boutique Contact

Éoliennes : miracle ou arnaque ?

champ eolien

La France se couvre d'éoliennes. Des associations, des scientifiques, des écologistes s'interrogent.


Pourquoi se construit-il tant d’éoliennes ?

On comptait, selon le Syndicat des énergies renouvelables (SER), 1 500 éoliennes pour une puissance de 2 700 mégawatts (MW) fin 2007, réparties dans 341 parcs éoliens en métropole ; 130 nouveaux parcs, représentant 450 éoliennes, ont été installés courant 2007. Les éoliennes devraient être 3 500 en 2010, pour une puissance de 7 300 MW, et plus de 8 000 en 2020 (dont 850 en mer) pour une puissance de 25 000 MW.

Selon ses partisans, le recours à l’éolien permet de diversifier nos ressources énergétiques, objectif louable avec la hausse du prix du pétrole et le fait que les combustibles traditionnels – gaz, pétrole, charbon – sont épuisables et polluants. L’éolien va dans le sens des accords de Kyoto, ratifiés par la France et l’Union européenne, qui prévoient une réduction de 8 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2008-2012 afin de lutter contre le réchauffement climatique. Les éoliennes sont enfin le fer de lance des énergies propres pour atteindre une production de 21% d’électricité d’origine renouvelable à l’horizon 2010, objectif fixé par la loi d’orientation sur l’énergie du 13 juillet 2005. «Seul l’éolien peut nous permettre de parvenir à cet objectif, affirme Michel Lenthéric, chargé de mission à l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). L’énergie hydraulique a atteint ses limites. Et les coûts de production de l’éolien sont moins élevés que ceux des panneaux photovoltaïques.»

Mais pour les nombreuses associations opposées aux éoliennes, dont la Fédération environnement durable ou Vent de colère sont les plus en pointe, elles sont une imposture écologique. Ces associations font valoir que la France est le pays d’Europe dont la production d’électricité provoque le moins de rejet de CO2 par habitant. Notre électricité provient pour 76,85 % de l’énergie nucléaire, qui pose certes le problème de la gestion des déchets, de l’approvisionnement à terme en uranium, mais n’émet aucun gaz à effet de serre. Elle provient aussi de l’énergie hydraulique, ressource propre et renouvelable à hauteur de 11,6 %. La part de l’énergie thermique (gaz, charbon, pétrole) monte à 10 % et celle de l’éolien à 0,73 %. « Nous n’avons pas besoin de l’éolien, soutient Christian Gerondeau (lire notre interview page 53) parce que les énergies nucléaire et hydraulique répondent à nos besoins. Pour preuve, nous exportons 10 % de notre production d’électricité. Lors des périodes de grand froid, où la demande d’électricité est supérieure, nous faisons appel aux centrales thermiques, qui émettent des gaz à effet de serre. L’utilité d’une éolienne serait de s’y substituer à ces occasions. Or les périodes de grand froid sont des périodes anticycloniques où il arrive que le vent soit absent sur la totalité de notre territoire. » Météo France confirme et nuance à la fois : lors de ces épisodes anticycloniques, le vent peut souffler dans certaines régions, notamment le Sud. Là où il fait le moins froid !

Participent-elles à la diminution du CO2?

Selon les chiffres avancés par France Energie éolienne, 25 % de l’électricité produite par ces ailes aériennes permettrait une réduction de 20 % des émissions de gaz à effet de serre. Le Réseau action climat, qui regroupe plusieurs ONG, a calculé de son côté que 5% des émissions de CO2 seraient évitées grâce à l’éolien. «Pure propagande », rétorquent les associations. « Dix mille éoliennes produisant 25 000 MW ne peut que réduire de 0,5 % les émissions françaises de CO2, soutient Jean-Louis Butré, président de la Fédération environnement durable. Pire encore, en développant les éoliennes, on multiplie le recours aux centrales thermiques. » Selon la Commission de régulation de l’énergie, l’éolien ne contribue que de façon marginale à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, simplement parce qu’il s’agit d’une production intermittente, qui ne peut être stockée et qui doit être relayée par d’autres sources d’énergie. « Les éoliennes ne tournent que de 20 à 25% du temps, car elles ne fonctionnent pas lorsque le vent est trop faible ou trop fort ! explique Jean-Marc Jancovici, ingénieur conseil. Nous sommes donc contraints de disposer en renfort de centrales thermiques ou hydrauliques, qui sont les seules à avoir une souplesse de mise en marche permettant de compenser instantanément les variations de la production éolienne. » L’Allemagne, pays leader de l’énergie éolienne et qui entend renoncer à l’énergie nucléaire, vient de donner son feu vert à la construction de plus d’une vingtaine de centrales thermiques à charbon. Retour fumeux vers le XIXe siècle ! Sans parler du Danemark, champion de l’éolien et l’un des plus fort émetteurs de CO2 par habitant. En France, plusieurs projets de centrales thermiques sont à l’étude : sur le port du Havre, à Beaucaire, dans le Gard, à Saint-Brieuc en Bretagne, à Bastelicaccia en Corse-du-Sud, à Lucenay-lès-Aix dans la Nièvre... L’envers du décor n’est pas si vert...

Combien coûte l’électricité produite par les éoliennes ?

L’arrêté ministériel du 10 juillet 2006 impose à EDF un tarif de rachat de l’électricité produite par les éoliennes de 8,2 centimes d’euro par kilowattheure (KWh), soit 82,8 euros par mégawattheure (MWh), et ce pendant dix ans. Le tarif varie ensuite de 8,2 à 2,8 centimes d’euro le kilowattheure les cinq années suivantes, en fonction des rendements. Plus ils sont faibles, plus le tarif de rachat est élevé. Autrement dit, moins elles produisent, plus elles rapportent ! Les promoteurs sont assurés d’un retour sur investissement même dans les sites les plus mal choisis. Cela ne peut que les inciter à implanter des parcs dans des sites peu venteux, mais aussi encourager certains d’entre eux à limiter leur production dans les sites venteux. Pendant ce temps, la note s’alourdit pour la collectivité. Car ces prix sont bien au-delà des prix du marché de l’électricité, qui fluctuent quotidiennement entre 4 et 5,5 centimes le kilowattheure (40 et 55 euros le mégawattheure). A titre de comparaison, le prix de revient d’un mégawattheure d’origine thermique varie entre 30 et 45 euros et celui d’un mégawattheure d’origine nucléaire descend à 26 euros, selon le Journal officiel du 27 juillet 2006 (lire infographie page 51).

Si ce tarif, supérieur au prix du marché, est une véritable aubaine pour les promoteurs, il pèse sur la facture d’électricité du consommateur. C’est lui qui paie les surcoûts liés aux obligations d’achat d’électricité des énergies renouvelables sous la forme d’une « contribution aux charges de service public d’électricité (CSPE) », mentionnée sur la note d’électricité et qui se monte à 0,53 euro TTC par kilowattheure. Plus EDF achètera d’électricité provenant de l’éolien, plus cette contribution augmentera.
Depuis le 13 juillet 2007, pour bénéficier du tarif de rachat d’EDF, les éoliennes doivent être construites sur une « zone de développement de l’éolien » (ZDE). Mais toutes les demandes de permis déposées avant cette date ont droit au tarif de rachat d’EDF quel que soit l’endroit où les éoliennes se trouvent. Il y a fort à parier que les dépôts de permis de construire remis avant la date fatidique se sont envolés. Leur nombre exact n’a pas encore été éventé...

A qui profite l’argent des éoliennes ?

D’abord, selon les différents vocables, à leurs promoteurs, développeurs, opérateurs. Avec un tarif de rachat d’électricité de 82 euros le mégawattheure, chaque éolienne de 2 MW garantit à son promoteur 360 000 euros de revenu annuel pour un temps de fonctionnement moyen annuel de 2 200 heures. Une opération rentable. Le coût de l’éolienne installée se situe, selon France Energie éolienne, entre 1 million et 1,3 million d’euros. Soit un amortissement entre trois et cinq ans maximum. Pas étonnant qu’elles aient le vent en poupe.

On comprend mieux dès lors le mistral de spéculations que fait souffler cette source d’énergie. Le vent vaut de l’or. C’est ainsi que le groupe Suez a acheté 50,1 % des parts de la Compagnie du vent, spécialisée dans la promotion d’éoliennes, pour un montant de 321 millions d’euros. Or, le chiffre d’affaires de la Compagnie du vent se limite à 11 millions d’euros. Mais elle serait « riche » de signatures d’élus pour des permis de construire permettant la production de 2 000 MW. « Ce qui valorise chaque mégawattheure à plus de 300 000 euros, poursuit Christian Gerondeau. Avec 6 à 10 éoliennes et une puissance de 12 à 30 MW, la valeur de chaque signature obtenue varie de plus de 3 millions d’euros à près de 10 millions. Le tout sans le moindre risque. » La manne profite aussi aux fabricants (essentiellement allemands, danois, espagnols). Les grands groupes ne s’y trompent pas et investissent en masse. Quelques exemples : Areva a acheté 51 % de la société Multibrid, un concepteur et fabricant d’éoliennes basé en Allemagne et spécialisé dans les turbines offshore de grande puissance, valorisant l’entreprise à 150 millions d’euros. De son côté, Alstom a pris le contrôle d’Ecotècnia, une entreprise espagnole qui fabrique et commercialise des éoliennes, pour un montant de 350 millions d’euros.

L’argent s’envole, avec quelques retombées – bien plus modestes – pour les propriétaires des terrains et pour les communes. Les premiers se voient attribuer un loyer de 1 000 à 2 500 euros par an et par éolienne. Les secondes perçoivent annuellement, par le biais de la taxe professionnelle, 500 à 700 euros par an et par mégawatt, après une période de déduction fiscale au bénéfice du développeur. On compte aussi quelques retombées pour l’emploi : 5 000 ont été créés, selon le Syndicat des énergies renouvelables, via les bureaux d’études, le travail d’installation et de maintenance des parcs. Mais rien pour les riverains, qui se plaignent d’une dépréciation de leur bien immobilier. Aucune étude n’ayant été effectuée, Notaires de France ne peut confirmer cette donnée. Un signe éloquent toutefois : le groupe d’assurances MMA propose un contrat « garantie revente » qui couvre la perte de valeur de revente des propriétés, notamment en cas d’implantation d’éoliennes à proximité...

eolienne

Comment se monte un projet ?

Une petite brise suffit. Le grand reproche des associations, c’est le manque de transparence dans la création des sites éoliens. « Dans la majorité des cas, les projets sont montés à l’insu des habitants, affirme Jean-Louis Butré. Des promoteurs démarchent des agriculteurs et leur font signer des promesses de bail en faisant miroiter un revenu supplémentaire. Puis ils persuadent les élus avec deux arguments : la taxe professionnelle et l’action citoyenne pour lutter contre le réchauffement climatique. Dans les faits, on constate que nombre d’éoliennes sont situées sur un terrain appartenant aux élus des communes. »

Un diagnostic à peine nuancé par Jean-Yves Grandidier. « Nous essayons d’obtenir une délibération du conseil municipal pour une étude d’implantation, tout en s’assurant la disposition du foncier par la signature de promesses de bail. Les études coûtent cher. » Celles-ci sont à la charge du promoteur qui choisit le bureau d’études. Elles intègrent une enquête sur l’impact des éoliennes sur les oiseaux et une étude sur le bruit. De fortes nuisances ne rendent pas pour autant le projet caduc. Le promoteur peut modifier l’implantation des éoliennes ou proposer, dans son dossier, des mesures compensatoires : contrat d’agriculture durable, aides pour l’achat de friches, proposition d’équipements tels que des visualisateurs de ligne à haute tension pour les oiseaux... Du vent et des verroteries, selon les associations. L’étude d’impact est jointe à la demande de permis de construire déposée dans la commune, qui la transmet dans les quinze jours à la Direction départementale de l’équipement (DDE). Celle-ci examine la légalité du dossier, puis le communique à tous les services de l’Etat concernés (Diren, Drire, Direction de l’aviation civile, Service départemental de l’architecture et des paysages, etc.). Tous émettent un avis – favorable ou défavorable –, qui reste uniquement consultatif. Une majorité d’avis négatifs n’empêche pas l’obtention du permis ! Le dossier est ensuite transmis à la préfecture, qui lance une enquête publique. Puis le tribunal administratif nomme un commissaire-enquêteur, souvent un retraité de l’administration... des gendarmes, des douaniers... pas forcément spécialisés... L’enquêteur rencontre les élus des communes et organise des permanences à jours fixes. Théoriquement, toute personne qui le souhaite peut consulter le dossier et déposer son avis sur un registre. Elle doit faire vite, le vent presse, l’enquête ne dure qu’un mois. Puis le commissaire-enquêteur remet, avec avis, son rapport au préfet qui accorde ou non le permis de construire. Missionnaire de l’Etat, le préfet se trouve souvent en position délicate. Entre le marteau et l’enclume, sa décision est, selon le cas, contestée au tribunal administratif, soit par les associations, soit par le promoteur. Le recours n’arrête pas le processus, mais, dans la pratique, le projet peut être suspendu jusqu’au jugement. En 2004, 33 % des permis accordés ont fait l’objet d’un recours et 27 % en 2005.


Depuis juillet 2007, les ZDE sont initiées par les communes ou les communautés de communes. Elles définissent un périmètre apte à recevoir des éoliennes répondant à trois critères : un potentiel éolien (donc, théoriquement, du vent), une possibilité de raccordement au réseau et la prise en considération des paysages et des monuments. Pour Henri de Lepinet, président de l’Union Rempart, qui regroupe des associations de sauvegarde du patrimoine, « le risque aujourd’hui est de voir proliférer une profusion de ZDE sur l’ensemble du territoire de façon à multiplier les possibilités d’installer des éoliennes. » Peut-être n’a-t-il pas tort. Des éoliennes sur un seul village, et la manne que représente la taxe professionnelle bénéficie dans ce cas à toute la communauté de communes.

Les éoliennes détruisent-elles le paysage ?

Un sondage ELP/SER/France Energie éolienne réalisé en septembre 2007 montre que 90 % des Français sont favorables à leur développement. Pour beaucoup, les éoliennes ont bonne image et belle allure. Certains considèrent qu’elles participent à l’organisation du paysage, tout comme, en leurs temps, les aqueducs, les viaducs, les moulins à vent, les voies routières... Mais pour ceux qui sont au pied du pylône, elles sont d’abord des machines posées sur un socle de plus de 1 000 tonnes de béton, pouvant atteindre 150 mètres de haut, qui massacrent leur environnement proche, leur portent ombrage et font du bruit. A titre de comparaison, les plus grands pylônes électriques culminent à 48 mètres de hauteur. « Si une éolienne n’est pas inesthétique, sa multiplication devient catastrophique pour les paysages », affirme Paule Albrecht, présidente de la Société pour la protection des paysages et de l’esthétique de la France. Même discours tenu par Didier Wirth, président du Comité des parcs et jardins de France : « L’éolien n’a aucun intérêt, ni économique, ni énergétique, ni écologique. Alors, pourquoi sacrifier le patrimoine paysager de la France ? » L’Académie des beaux-arts apporte son soutien dans un livre blanc sur les éoliennes. Elle dénonce leurs dimensions excessives et leur manque d’harmonie avec le paysage. « D’autant que les parcs sont dispersés et que les promoteurs n’hésitent pas à les installer dans des zones protégées : parcs nationaux, régionaux, zones Natura 2000... ou à proximité de magnifiques monuments, constate Philippe Toussaint, président de Vieilles maisons françaises. On oublie que les éoliennes de 150 mètres de haut sont visibles à 10 kilomètres à la ronde. » Les exemples malheureux sont monnaie courante. C’est pourquoi la Réunion des associations nationales de sauvegarde du patrimoine bâti et paysager, surnommé le « G8 du patrimoine et de l’environnement », demande à ce qu’on applique aux éoliennes la réglementation des installations industrielles, que l’on impose une distance de 10 kilomètres par rapport aux sites classés et inscrits, en excluant toute éolienne des lieux protégés. Actuellement, en l’absence de cadre réglementaire, tous les débordements sont permis. Seule reste la concertation au moment de l’enquête publique et... la bonne volonté du promoteur. « S’il y a un impact, il est réversible, assure Jean-Yves Grandidier. Les contrats sont limités à quinze ans, et la durée de vie d’une éolienne est de vingt ans. La loi du 3 janvier 2003 impose aux constructeurs de parcs éoliens de déposer une caution bancaire pour garantir le démontage des installations. » Sauf qu’à ce jour, cette règle n’est que du vent. Aucun décret d’application n’est venu l’encadrer.

Sont-elles bruyantes et dangereuses ?

«Vivre près d’une éolienne, c’est subir le bruit d’une centrifugeuse », raconte Auguste Dupont, habitant de Sortosville dont le logement est situé à 320 mètres d’une éolienne. « Avec les vibrations des pales, poursuit-il, ma maison construite sur une dalle de ciment se fissure. » Le ronronnement du frottement des pales se mêle aux grincements provenant des engrenages de l’appareil. Le bruit n’est pas permanent, mais son intensité et sa portée varient en fonction de la vitesse et de l’orientation du vent, et de la topographie des lieux. « Des études sont réalisées par les opérateurs. Et la règlementation impose que le bruit ne dépasse pas 3 décibels la nuit et 5 décibels le jour, explique Jean-Louis Bal, directeur des énergies renouvelables à l’Ademe. Des progrès sont réalisés et les dernières générations d’éoliennes sont moins bruyantes. » Le problème est réel, au point que l’Académie de médecine a pris position. Elle recommande d’installer les éoliennes d’une puissance supérieure à 2,5 MW à plus de 1 500 mètres des habitations, en rappelant qu’à des intensités modérées, le bruit peut perturber le sommeil, entraîner des réactions de stress et se répercuter sur l’état général. Au-delà du bruit et des paysages, les parcs éoliens perturbent l’activité des radars et en particulier des radars météorologiques qui permettent de détecter les vitesses des vents et de prévoir des événements climatiques tels que les tempêtes, les tornades... Un comble ! Mais, comme dit le proverbe, qui sème le vent...

Sites à consuler :  www.thewindpower.net, www.environnementdurable.net,
www.ventdecolère.org, www.env.fr



Les «biocarburants» sont loin d'être verts

ethanol

AFP ¦ Le cycle des biocarburants

Considérés un temps comme une alternative «verte» à l’utilisation des carburants pétroliers, l’exploitation des agrocarburants (souvent appelés biocarburants) se révèle être encore plus polluante pour l’atmosphère. C’est ce que démontrent deux études américaines publiées par la revue Science .

L’espoir des agrocarburants

Qu’il s’agisse de bioéthanol produit à base de graines de blé et de maïs ou de biodiesel produit à base d’oléagineux (soja, colza), les carburants issus de l’agriculture ont deux avantages évidents : ils constituent une source d’énergie toujours renouvelable et apparemment neutre du point de vue des émissions de carbone. A priori, il suffit de replanter l’équivalent de ce que l’on a brûlé en carburant pour reconstituer les stocks et «refixer» par photosynthèse le CO2 ainsi libéré. Les agrocarburants ont ainsi été présentés comme un des moyens de diminuer les émissions de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère.

Pollution verte

Deux nouvelles études montrent toutefois que le coût environnemental global de l’exploitation des agrocarburants n'est pas neutre. Pour produire des quantités suffisantes de graines et d’oléagineux, on doit abattre des forêts pour gagner de la terre, utiliser beaucoup d’engrais pour fertiliser les sols et brûler beaucoup de carburant pour récolter le tout. Des pratiques qui diminuent le rendement énergétique des agrocarburants et augmentent considérablement les émissions de GES dans l’atmosphère.

300 ans pour rembourser son carbone

Joseph Fargione et ses collègues de l’Université du Minnesota (Etats-Unis) ont ainsi étudié les effets à long terme de la conversion de terres non cultivables (forêts, savanes, marais, etc) en terres agricoles destinées à la production d’agrocarburants. Ils ont notamment calculé la « dette en carbone » résultant de l’abattage des arbres – qui ne pourront plus fixer le CO2 atmosphérique - et de la décomposition des racines laissées sur place. Or selon les chercheurs, cette dette en carbone est, selon les pays, 17 à 420 fois plus importante que la diminution annuelle des émissions de GES due à l’utilisation des agrocarburants.

Par exemple, la conversion de 10 000 m² de forêt amazonienne en champ de soja libérant 700 tonnes d’équivalent carbone, les gains en émissions dus à l’utilisation du biodiesel produit sur cette surface ne compenseront cette dette qu’au bout de 300 ans ! Pour la forêt indonésienne, évoquée dans le reportage ci-dessous, cette dette serait de 400 ans.

energie

Des émissions doublées pendant 30 ans

Une autre étude, menée par Timothy Searchinger et ses collègues de l’Université Princeton (Etats-Unis), montre que même aux Etats-Unis, la généralisation des carburants agricoles risque d’aggraver l’accumulation des GES. A l’aide d’une modélisation, ils ont estimé les variations des émissions globales de CO2 dues à une conversion massive des prairies et des forêts en champs de maïs destinés à la production de bioéthanol. Ils ont alors constaté que l’utilisation de ce carburant doublera les GES sur 30 ans et continuera de les augmenter pendant 167 ans.

En attendant le jatropha

Les auteurs de ces études estiment donc que l’utilisation de la première génération des agrocarburants n’est en aucun cas une solution au problème de l’accumulation des GES responsables du réchauffement global. Ils recommandent plutôt le développement d’un nouveau type de biocarburant dérivé de nos déchets organiques ou de plantes moins gourmandes en terres, en eau et en engrais comme, par exemple, le jatropha.

Yaroslav Pigenet



Les Français pas encore convaincus par le bio 

legumes
Thiébault Dromard

62% des consommateurs pensent que l'agriculture bio n'est pas capable de fournir des prix attractifs.

Alors que les marchés biolo­giques fleurissent dans les grandes villes françaises, l'agriculture bio peine encore à convaincre. Les Français, soucieux de leur pouvoir d'achat, renâclent à l'idée de dépenser davantage pour se nourrir. D'après un sondage Opinionway pour le magazine Agriculture et nouvelles technologies, 39% des Français sont opposés à toute augmentation des prix alimentaires, y compris en contrepartie d'un meilleur respect de l'environnement pour les produire. 57% des Français demandent en priorité à l'agriculture de fournir des produits à prix accessibles.

Et si 61% des consommateurs se déclarent décidés à faire un effort financier, en réalité, ils ne sont que 26% prêts à accepter une hausse significative des prix alimentaires (15% ou plus), essentiellement parmi les personnes disposant de revenus supérieurs. Or l'alimentation biologique est aujourd'hui en moyenne de 30% plus chère que le panier alimentaire conventionnel. «Il ne faut pas rêver. Nous aurons toujours un surcoût dans le bio. Mais en réorganisant la filière et en augmentant la commande publique, à commencer par les cantines de la fonction publique d'État, on peut imaginer réduire de moitié ce surcoût d'ici à 2015», précise le ministère de l'Agriculture. Les Français sont encore sceptiques. 62% d'entre eux pensent que le bio n'est pas capable de fournir des prix attractifs. Certains produits bio baisseront plus vite que d'autres, c'est notamment le cas de la volaille.

Prolonger le crédit d'impôt

L'agriculture biologique est encore marginale en France. Pourtant, ce mode de consommation n'est plus seulement dû à un effet de mode. La demande de produits issus de l'agriculture biologique croît de 9,5% par an depuis 1999. Quatre Français sur dix consomment du bio au moins une fois par mois. Mais la France est incapable de faire face à cette demande. À ce jour, 25% des produits bio et 40% des fruits et légumes bio sont importés. Le ministre de l'Agriculture, Michel Barnier, veut tripler la surface bio en France d'ici à 2012. Pour encourager des agriculteurs réticents, le ministère a prolongé le crédit d'impôts jusqu'en 2010.

«Nous sommes conscients que nous avons encore beaucoup d'efforts à faire pour expliquer et informer sur la nécessité de produire sans pesticide», reconnaît Vincent Perro, de la Fédération nationale de l'agriculture biologique.




KOKOPELLI : biodiversité, la fin des illusions

Les verdicts sont tombés : l’association Kokopelli est lourdement condamnée :
12.000€ pour le grainetier Baumaux
23.000€ pour l’état et la fédération des industriels de la semence (FNPSPF).
Il faut être réaliste : les semences que défend l’association Kokopelli, étant maintenues dans l’illégalité par une volonté politique, nous ne pouvions pas gagner ces procès.

Malgré les directives européennes, les avis de l’ONU, du Sénat, de scientifiques, d’agronomes affirmant l’urgence de sauvegarder la biodiversité végétale alimentaire, l’état français refuse de libérer l’accès aux semences anciennes pour tout un chacun.
C’est ce qui permet aujourd’hui aux magistrats d’infliger ces lourdes peines à l’association Kokopelli.

Dans le cas du procès de la SAS Baumaux pour concurrence déloyale, M. Baumaux verra donc son bénéfice de 800.000€ augmenté de 10.000€ et recevra 2.000€ pour ses frais.

L’état français recevra 17.500€ au motif que KOKOPELLI vend des semences illégales, 5.000€ seront consacrés aux frais et à l’information du bon peuple sur les pratiques dangereuses de l’association KOKOPELLI. Les semences qui ont nourri nos grands-parents et qui servent à nous nourrir aujourd’hui par le jeux des croisements, sont donc devenues illégales et dangereuses.

Nous avons eu droit au grenelle de l’environnement : il faut sauver la biodiversité ! alors pourquoi condamner une association qui sauvegarde avec ses adhérents et ses sympathisants, plus de 2500 variétés en risque de disparition ? Pourquoi condamner ces semences dont la FAO reconnaît qu’elles sont une des solutions pour assurer la souveraineté alimentaire, face aux dérèglements climatiques et à l’augmentation de la population mondiale ? Pourquoi les mêmes variétés, selon qu’elles sont vendues par KOKOPELLI ou d’autres opérateurs entraînent condamnation ou mansuétude ? Pourquoi les grandes surfaces vendent des fruits et légumes issus des variétés interdites à KOKOPELLI, en toute impunité (en tout cas à notre connaissance).


Les condamnations infligées à KOKOPELLI
ne sont donc pas à chercher dans la nature des
semences que protège l’association, mais dans ses actions.

L’association propose aux jardiniers, aux paysans, d’être autonomes et responsables, face au vivant. Dans notre société du tout marchandise, c’est intolérable. Le plus grand grief (sous jacent) fait aux semences anciennes ou de pays, est d’être reproductibles et qui plus est adaptables à de très nombreuses conditions de cultures, sans le soutien de l’agro chimie. Voilà la faute de KOKOPELLI : conserver le levain des savoirs populaires, agronomiques et génétiques. A l’heure où l’on veut nous faire croire que le tout hybride, OGM, chimique, énergie fossile, sont les seules possibilités d’assurer notre alimentation, propager l’autonomie semencière par l’exemple est devenu répréhensible. Ce qu’il faut retenir de ces condamnations, c’est la volonté affichée d ‘éradiquer les alternatives techniques et semencières autonomes.

Depuis 15 ans, KOKOPELLI protège la diversité de nos jardins, de nos champs, de nos assiettes, tout en essayant de faire évoluer le cadre juridique vers une reconnaissance de la valeur agronomique et culturelle des variétés reproductibles : L’ETAT FRANÇAIS NOUS A FAIT ECHOUER. Aujourd’hui, la disparition potentielle de KOKOPELLI ouvre un boulevard à l’uniformisation culturelle et productiviste agricole. La disparition de la « vraie » biodiversité basée sur la variabilité génétique d’une multitude de variétés locales ne sera jamais, et de très loin, compensée par la multiplicité de quelques variétés clonées.
Il est intéressant de noter la similitude des actions et de la répression envers les faucheurs volontaires, les amis de l’ortie, les défenseurs de l’herboristerie et KOKOPELLI : chacun cherche à sa façon, à protéger et promouvoir la vie et la continuité des savoirs. Pour notre gouvernement, tout cela est devenu répréhensible ! Face à ses contradictions, entre ses déclarations enflammées du Grenelle de l’Environnement et les condamnations qu’il obtient contre les défenseurs de la biodiversité, gageons que l’état français mettra un point d’honneur à prendre en réelle considération le devenir des générations futures.

L’association KOKOPELLI a toujours proposé la résistance fertile non violente et le dialogue, peut-être étions-nous trop en avance ? Mais maintenant, sauver la biodiversité est d’une extrême urgence. Si l’agriculture productiviste que protége le gouvernement se trompe, vous trompe, nous trompe, quelle stratégie de repli aurons-nous ? Si nos élus ont contribué à éradiquer notre patrimoine semencier alimentaire ?

La solution est dans votre camp, mesdames et messieurs nos gouvernants. Une fois, vous avez pu revendiquer « responsables, mais pas coupables ». Devant la faim du peuple, cet argument ne tient pas.
N’obscurcissez pas l’avenir, il l’est déjà suffisamment.

Mais peut-être faut-il lancer un appel : aux semences, citoyens !

Raoul JACQUIN


Jugée pour avoir refusé un prélèvement d'ADN

ogm

Poursuivie pour avoir refusé un prélèvement d'ADN, Renate Ruck était soutenue par plusieurs dizaines de supporters, hier, devant le tribunal de La Roche-sur-Yon.

En 2005, elle avait été condamnée pour le fauchage d'une parcelle de maïs OGM. Renate Ruck, apicultrice en Vendée, est revenue devant le tribunal, hier, à La Roche. Avec ses supporters.

« Bien sûr nous n'allons plus connaître l'étoile jaune (1)... Le fichage génétique généralisé permettra de reconnaître les personnes déviantes, dangereuses ou dérangeantes. Ainsi, on pourra mieux les surveiller », assure Renate Ruck.

Poursuivie pour avoir refusé de se soumettre à un prélèvement ADN, cette apicultrice âgée de 46 ans, installée à Maillezais (Sud-Vendée), était convoquée, hier, au tribunal correctionnel de La Roche-sur-Yon.

Née en Allemagne, elle a jeté le trouble dans une salle d'audience pleine comme rarement, en faisant le parallèle terrifiant entre l'étoile jaune de sinistre mémoire (1) et le fichage génétique, en vigueur en France depuis la loi sur la Sécurité intérieure.

Sûre d'elle-même et de ses convictions, elle a mis en lumière l'incongruité de ces prélèvements génétiques sur des personnes comme elle, qui ne cherchent en rien à se soustraire à la justice ni à fuir leurs responsabilités.

« Éveilleuse de conscience »

L'arrachage de maïs OGM en 2004, dans un champ expérimental du Loiret, elle l'a fait avec d'autres, à visage découvert. Idem pour le refus de se soumettre à un prélèvement d'ADN, en décembre 2007.

Ironiquement, Renate Ruck a fait remarquer qu'elle n'était « pas porteuse d'un problème génétique, pas porteuse du gène de la contestation ou de la rébellion », mais qu'elle était le fruit « d'une histoire personnelle et familiale, d'une éducation » qui lui ont appris à dire non, à ne pas se soumettre.

Prophétique, voire alarmiste, celle qui se définit « comme une modeste éveilleuse de conscience », a aussi remarqué que « l'histoire a tendance à se répéter inlassablement ».

« Oui, a-t-elle conclu, je suis responsable de mes actes, et ceci entièrement, mais je ne vois pas de quoi je pourrais être coupable. » Le procureur de la République a requis 1 000 € d'amende, estimant que « l'infraction est caractérisée ». Jugement le 31 mars.


Désaliniser plus, mais moins cher

En Hollande, Dimitri et Matthieu découvrent un l'invention de Jan de Koning, un monsieur très motivé

Jan de Koning a inventé un nouveau désalinisateur. Photo: Shake your planet

Et aussi

Shake your planet sur le Web

Arrivés en Hollande, nous rencontrons un inventeur d’un système innovant de désalinisation de l’eau de mer grâce au soleil, battant tous les records de production d’eau potable !  Jan de Koning en est l’inventeur. Un homme atypique, comme on aime en rencontrer, qui par sa simplicité et sa démarche nous a bluffés ! Après vingt-cinq ans sur les bancs de Dupont de Nemours en tant que manager d’une équipe de 100 personnes, il a voulu changer d’horizon.

L’effort d’un homme
Il se met alors à réfléchir à une petite machine peu coûteuse et autonome en énergie qui puisse désaliniser l’eau de mer de manière efficace. Il vend alors tout pour ne garder que son bateau, devenu sa maison, et mettre toutes ses économies dans le développement de son minidésalinisateur. Dans un désalinisateur solaire classique, l’eau salée est chauffée par les rayons du soleil et elle se sépare en deux éléments : du sel et de la vapeur d’eau pur. On récupère la vapeur d’eau en la refroidissant et elle peut ainsi être bue sans souci. Pour cent litres d’eau de mer, seuls quatre litres d’eau pure sont récupérés. De recherches en recherches, Jan a conçu un système qui produit quarante litres d’eau pure pour cent litres d’eau de mer ! Dix fois le système précédent.  Afin de lancer la commercialisation pour la fin de cette année, un riche industriel hollandais a investi dans l’entreprise en prenant 20% des parts et un groupe de six experts dans des domaines variés l’ont rejoint.  Objectif : le premier désalinisateur à installer fin 2008.  Pour diffuser au maximum son invention, le chercheur met tout en place pour que le système soit vendu à moins de 1 000 euros. Un bel exemple d’une solution viable financièrement, particulièrement utile, voire bientôt vitale,  pour les habitants des pays les plus pauvres en pleine sécheresse. On est bien sûr aussi sous le charme du : “Je quitte tout pour être enfin utile !”


A 15 ans, il invente un nouveau type de moteur

Lui, c'est Maruf Ovozi et il est en train de devenir une star internationale. Et cette notoriété soudaine, il la doit à son travail et à son talent.

Le bonhomme de 15 ans, qui pose fièrement devant son œuvre, est étudiant au lycée académique de Samarcande, en Ouzbékistan. Un pays pour lequel il faut prendre une carte histoire de bien le situer.

A l'occasion d'un concours pour jeunes talents organisés dans son lycée, Muraf a présenté un projet inédit, et remporté du coup la compétition. Il a réussi à transformer un moteur à combustion classique en un bloc capable de fonctionner à l'air comprimé. Un exploit en soi et un réel potentiel en ces temps de remise en question des motorisations conventionnelles.

" C'est une idée que j'avais en tête depuis longtemps. Mais j'attendais l'occasion de la mettre en pratique. Je suis très fier de ma réussite et j'espère ainsi pouvoir contribuer au développement de mon pays " a déclaré l'humble petit génie de 15 ans.

Le moteur de Maruf a un avantage de taille sur les autres innovations du même type, mettant en œuvre l'air comprimé. Son moteur bénéficie en effet d'un réservoir qui se recharge tout seul grâce à l'air ambiant, à mesure que la voiture avance. Pas besoin, donc, de produire ou distribuer de l'air comprimé. Magique !

Reste encore à perfectionner ce moteur, ce que des ingénieurs allemands mandatés par le groupe VAG, vont tenter de faire, en relation étroite avec l'inventeur du principe, Maruf Ovozi !

F. Grimpret