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Haiti : L’échec de l’Espoir

Nancy Roc

« Je ne crois pas que quelqu’un serait en mesure de baisser les prix des produits de première nécessité du jour au lendemain. Seule la relance de la production nationale pourra faire baisser le coût de la vie » [1], a affirmé le Président René Préval, lors d’une visite de deux jours effectuée les 22 et 23 janvier 2008 dans le Plateau central. M. Préval a aussi déclaré que le peuple n’aurait pas dû voter pour lui s’il s’attendait à des miracles. Concernant la hausse des prix des produits de première nécessité, il s’est contenté de dire : « Nous avons fait ce dont nous étions capables. » Cet aveu d’impuissance a déclenché un tollé politico-médiatique. Pourtant, il a été réitéré par le Premier ministre Jacques Édouard Alexis lors de sa convocation devant le Sénat le 12 février dernier. La hausse du coût de la vie est « un problème qui bouleverse le monde entier », a-t-il déclaré en précisant que « la pauvreté extrême atteint plus de 56% de la population. L’État à lui seul ne peut pas résoudre le problème du chômage [2] ». Dans tout pays normal, ce désarroi exprimé par les plus hauts responsables de l’État aurait dû être suivi par la démission pure et simple du gouvernement. Mais en Haïti, il a juste provoqué un mécontentement grandissant de la population et une hypothétique interpellation du gouvernement par la Chambre Basse. Ainsi, deux ans après son élection, il faut se rendre à l’évidence : l’Espwa/l’Espoir [3] de René Préval n’a accouché que de l’impuissance et du désespoir. Comment en est-on arrivé là et quelles solutions peuvent être proposées pour soulager le peuple haïtien ? Telles sont les questions auxquelles nous tenterons de répondre.

bidonville en haiti

Un populisme de misère

Une fois de plus, la population va payer le prix fort de l’irresponsabilité de ses dirigeants et le spectre de la famine plane déjà sur certaines régions : « Dans ce pays, l’un des plus pauvres du monde, les paysans affamés finissent par manger de la boue salée et séchée. L’augmentation du prix des céréales, les inondations, l’instabilité politique et la mauvaise gestion de l’aide humanitaire sont en cause. Quand il n’y a rien à manger, il y a encore de la terre. C’est le seul repas que prennent des milliers d’Haïtiens trois fois par jour depuis quelques semaines. Autant dire qu’Haïti n’en finit pas sa descente aux enfers. » C’est ainsi que Ram Etwareea, le reporter du journal suisse Le Temps débute son fameux article « Des galettes de boue pour tout repas », reproduit dans Le Courrier International du 1er février 2008. Depuis, il a fait le tour du monde, de Paris Match à CNN. Le ministre Germain a pourtant banalisé la nouvelle en précisant que les Haïtiens avaient toujours mangé des galettes d’argile…Les diverses intempéries qui ont ravagé certaines régions du pays et les longues saisons de sécheresse qui en affectent (que connaissent) d’autres (régions) ont été citées par le Premier ministre comme étant les principales causes de la hausse du coût de la vie. « La situation aurait pu (pourrait) être pire si nous n’avions pas pu garder une certaine prudence », s’est-il réjoui en annonçant des chantiers à haute intensité de main-d’œuvre. À travers un programme d’action complémentaire au Programme d’investissement communautaire (PIC), il a promis quelque 30.100 emplois par mois pour les six prochains mois. Certaines villes et rivières devraient être touchées par ce programme estimé à plus de 30 millions de gourdes [4]. Le cauchemar du populisme de misère qui a débuté en 1990 avec l’arrivée de Lavalas [5] au pouvoir n’est décidément pas prêt de s’achever. « Le mal de la diminution de la production agricole vient du reniement des valeurs de productivité, d’excellence, du (de) travail bien fait, et de la promotion du bien. Enfermer la question alimentaire dans le cadre étroit de l’agriculture et/ou de l’économie n’est pas lui faire justice. La question alimentaire est avant tout sociale et mentale.

C’est essentiellement le problème de l’organisation du pouvoir en Haïti qui bloque le triomphe de l’excellence dans tous les domaines (y compris dans celui de la production de vivres et de légumes) dans notre société. Le crétinisme des dirigeants haïtiens les conduit à décider de l’allocation des ressources rares n’importe comment, sans aucun sens des priorités, et les rend incapables de distinguer entre le fondamental, le principal, le secondaire, etc. Le carnaval, la sécurité présidentielle, la diplomatie du béton et de la sinécure sont plus importants que la production agricole. Pour eux, tout se vaut (« tout voum se do »). Les valeurs de référence du pouvoir encouragent la médiocrité dans tous les domaines. Les galettes de boue séchée sont le résultat de la politique de « taiwanisation » d’hier des Duvalier, devenue la politique de la Loi Hope aujourd’hui. « Les larmes aux yeux, l’indignation et la colère n’y pourront rien tant que la politique de la raison sera écartée [6] », a déclaré cette semaine Eddy Pierre Paul dans Haïti Observateur. Ainsi, l’interpellation du gouvernement à la Chambre Basse ne conduira - peut-être – qu’à un remaniement de l’équipe au pouvoir, ce qui n’implique nullement une solution à court et moyen terme aux problèmes auxquels fait face le pays. Préval a été élu sans programme : « zafè yo ! [7] », doit-il se dire aujourd’hui, après avoir lancé son inoubliable « naje pou soti [8] » sous Aristide. Le peuple haïtien a confié le gouvernail du pays à un capitaine qui ne sait pas utiliser un compas. Aujourd’hui, le pays en paye les conséquences. « L’affaire des galettes de boue reflète la crise systémique du pouvoir en Haïti. Cela fait des temps que la sonnette d’alarme est tirée sur la situation catastrophique de l’agriculture haïtienne. Six personnes sur dix n’arrivent pas à manger et le Programme Alimentaire Mondial (PAM) en nourrit plus de 800.000 chaque jour en Haïti. On voyait venir le fiasco de gens simplement intéressés à avoir le pouvoir politique et qui ne comprenaient pas les responsabilités qui sont associées à son exercice. La mutation du système Lavalas en Lespwa et les déclarations intempestives de Préval reflètent le souverain mépris pour le peuple qu’il avait convié à la piscine de l’hôtel Montana pour le hisser (l’imposer de force) au pouvoir en 2006. L’absence de leadership politique paralyse le pays. L’image des Haïtiens mangeant de la boue sous le gouvernement de Préval est entrée dans toutes les maisons du globe. Après le SIDA, ce gouvernement a dégradé une fois de plus l’image d’Haïti dans le monde », a conclu Eddy Pierre Paul.

Au centre ville, Hinche, Centre, Haïti

Sortir de l’impasse

La vérité est qu’aujourd’hui, la communauté internationale tient Haïti jusqu’au cou. Le gouvernement Préval/Alexis a tout misé sur elle dès le début de son mandat sans jamais donner une priorité à la relance de la production nationale qui, deux ans après, aurait pu aujourd’hui apporter un soulagement concret au peuple le plus pauvre du continent. Or, au-delà des discours, cette communauté se méfie de ce gouvernement et Haïti paye sa réputation d’être un des pays les plus corrompus de la planète. Ce n’est pas par hasard que l’Ambassade des États-Unis ou l’OEA se lancent dans des programmes de développement en Haïti, action « diplomatique » invraisemblable dans tout autre pays. Car, on le sait, il faut aider l’État à assumer ses responsabilités et non agir à sa place. De plus, le décaissement par les bailleurs de fonds prend toujours du temps que la population n’a plus la patience de voir venir quand elle ne peut subvenir à ses besoins de base. L’aide humanitaire a ses limites et n’a pas pu empêcher la famine de s’installer dans certaines régions comme Bombardopolis, dans le Nord-Ouest.

Ce gouvernement n’a pas su restaurer la confiance en créant le climat sécuritaire indispensable aux investissements privés : ainsi, les fonds de pension de la diaspora auraient pu être investis dans des actions de développement mais pas sans garanties. Idem du côté du secteur privé haïtien qui aurait pu prêter de l’argent au gouvernement ; ce dernier, en contractant une dette interne, pourrait subvenir aux besoins immédiats de la population. En outre, l’État refuse de réduire les taxes et les économistes déconseillent de créer un déficit budgétaire. Il faut aussi souligner que l’échec de l’équipe au pouvoir est également celui des partis politiques qui le composent, c’est-à-dire l’Union, la Fusion, l’OPL et l’Espwa. De tous les côtés le mal est infini, alors que faire ?

Marc Bazin dans un excellent article intitulé « La vie chère : un avion, un oiseau ou un courant d’air ? » publié dans Le Nouvelliste du 15 février 2008, dans sa rubrique « Des idées pour l’action », a tenté d’indiquer aux autorités le chemin à prendre pour sortir de cette impasse. Mais il ne sera certainement pas écouté et ses propositions encore moins appliquées. Marc Bazin prône, entre autres, une politique de développement de l’agriculture avec trois objectifs : l’accélération de la croissance, la réduction de la pauvreté, la sécurité alimentaire. Une telle politique serait à deux niveaux : à court et à long terme. Vu l’urgence de la situation, nous nous attarderons sur ses propositions à court terme élaborées en cinq points :

une femme au centre ville, Hinche, Centre, Haïti

1- L’État doit entrer rapidement en négociation avec toute la chaîne des acteurs de l’importation, de la distribution et de la commercialisation des produits alimentaires et passer avec eux un Pacte de Solidarité. L’objectif de ce Pacte de Solidarité serait de pallier aux conséquences d’un programme de contrôle de l’inflation demeuré jusqu’à présent à la charge exclusive de l’État. Pour Marc Bazin, il faut une politique des revenus qui consisterait à faire adopter conjointement pour tous, un certain nombre de références visant à ancrer les prix de certains produits stratégiques à l’intérieur de certaines marges. Un tel système de référence est le seul qui pourrait permettre la poursuite de politiques budgétaires et monétaires drastiques sans continuer de provoquer une récession excessive.

2- Une commande massive et immédiate de produits alimentaires à travers la mobilisation d’une partie des excédents considérables $300 millions de réserves que la BRH accumule sans justification valable dans les circonstances actuelles

3- La constitution d’un stock de réserves stratégiques destinées à exercer sur les prix une pression à la baisse

4- La mise en place d’un système de subventions pour les semences, et les engrais, accompagné de règles strictes qui en garantissent la jouissance et le bénéfice à ceux-là seuls auxquels l’opération est destinée

5- La mise en place de mécanismes de nature à garantir que l’agriculture n’est pas imposée à un taux plus élevé que les autres secteurs. Les taxes sur la production et les intrants seraient identifiées, et minimisées au maximum.

Pour Marc Bazin, le défi que les Haïtiens doivent relever aujourd’hui est de « s’organiser collectivement dans une grande coalition nationale, sans distinction de partis ou d’idéologie, pour la promotion, la défense et la protection des intérêts du seul secteur dont nous devrions pouvoir dépendre pour le sauvetage de tous. »

Évidemment, ces mesures ne sont que des propositions palliatives face à un mal plus profond. Si les autorités haïtiennes ne sortent pas de leur immobilisme, nous serons condamnés à être de simples spectateurs de notre interminable descente aux enfers. Populisme pour populisme, René Préval pourrait solliciter de son grand ami Hugo Chávez un prêt immédiat en faveur d’Haïti. L’Argentine l’a bien fait, quand elle n’était pas solvable aux yeux de l’Occident, auprès des pays amis de l’Amérique latine et s’en est sortie. Mais là encore, faudrait-il que Préval puisse inspirer confiance à son ami latino-américain, or le Venezuela attend encore des explications à la disparition des 1.500 barils d’asphalte sur les 10.000 barils livrés en 2006 dans le cadre de l’accord Petrocaribe, destinés à l’asphaltage des rues de la capitale haïtienne. Le président vénézuélien serait d’autant plus retissant qu’il a été informé que les 1.500 barils d’asphalte auraient été détournés et vendus en République dominicaine, selon les sources de la PDVSA (Petroleos de Venezuela S.A) [9]. Le Premier ministre est attendu le 28 février prochain à la Chambre Basse. Toutefois, les rumeurs courent déjà sur une tentative de corruption de certains députés et d’intimidation sur d’autres. Dans ce carrousel de misère, il ne reste plus qu’à essayer de sortir de la politique d’impuissance pour passer à l’action, car si « l’action n’apporte pas toujours le bonheur, … il n’y pas de bonheur sans action [10] ».

Montréal le 19 février 2008

[1] « Préval tue tout espoir », Le Nouvelliste, 24 janvier 2008
[2] « Alexis ne promet pas de solutions miracles », Le Nouvelliste, 12 février 2008
[3] Parti politique de René Préval
[4] « Alexis ne promet pas de solutions miracles », Le Nouvelliste, 12 février 2008
[5] Mouvement qui a porté Jean-Bertrand Aristide au pouvoir en 1990
[6] « Le gouvernement de René Préval ne peut pas faire de miracles », Eddy Pierre Paul, Haïti-Observateur, le 20 février 2008
[7] C’est leur affaire !
[8] Nagez pour sortir (de l’impasse)
[9] PDVSA, Acte provisoire de livraison d’asphalte en titre de donation au gouvernement d’Haïti par la République Bolivarienne du Venezuela à travers Petroleos de Venezuela S.A dans le cadre de Petrocaribe, 22 août 2006
[10] William James

photographies de Martin Baran - Haiti photo

 

 

Haïti regorge de pétrole affirment Daniel et Ginette Mathurin

Daniel et Ginette Mathurin

Les scientifiques Daniel et Ginette Mathurin indiquent que le sous sol haïtien est riche en hydrocarbures et en combustibles fossible qui ont été répertoriés par des spécialistes étrangers et haïtiens. " Nous avons relevé 20 sites pétrolifères ", lance Daniel Mathurin précisant que 5 d’entre eux sont jugés de grande importance par les spécialistes et les politiques.

Le Plateau central, notamment la région de Thomonde, la plaine du cul-de-sac et la baie de Port-au-Prince regorgent d’hydrocarbures, dit-il ajoutant que les réserves pétrolifères d’Haïti sont plus importantes que ceux du Vénézuela. " Une piscine olympique comparée à un verre d’eau voilà la comparaison pour montrer l’importance des gisements de pétrole haïtien comparés à ceux du Vénézuela", explique t-il.

Le Vénézuéla est l’un des plus grands producteurs mondiaux de pétrole.

Daniel Mathurin révèle que des enquêtes de plusieurs gouvernements antérieurs ont permis de vérifier l’existence de ces importants gisements de pétrole. Il rapelle qu’un document du parti Fanmi Lavalas au pouvoir en 2004, avait précisé les nombreux sites d’hydrocarbures en Haiti.

Selon Daniel et Ginette Mathurin, la région des lacs, avec des villes comme Thomazeau et Cornillon, renferme d’importants gisements de pétrole.

Interrogée sur la non exploitation de ces sites, Ginette Mathurin a précisé que ces gisements sont déclarés réserves stratégiques des Etats Unis d’Amérique. Tout en faisant état de son imcompréhension d’une telle situation, elle rapelle que la caraïbe est considérée comme l’arriere cour des Etats Unis.

Cependant Daniel Et Ginette Mathurin indiquent que le gouvernement américain avait en 2005 autorisé l’exploitation des réserves stratégiques des Etats Unis. Cette porte doit être utilisée par les politiques haïtiens pour lancer des négiciations avec des compagnies américaines dans la perspective de l’exploitation de ces gisements ajoute Daniel Mathurin

Les spécialistes soutiennent que le gouvenement de Jean Claude Duvalier avait vérifié l’existence d’un important gisement de pétrole dans la baie de Port-au-Prince peu de temps avant sa chute.

De plus, Daniel et Ginette Mathurin révèlent que l’Uranium 238 et 235 et le zyconium existent en gisement dans plusieurs régions notamment à Jacmel. L’Uranium est utilisé dans les réacteurs nucléaires pour la production d’energie électrique.


Haïti : Dieu est partout (les riches aussi)

hotel

Une autre carte postale de Port-au-Prince ? Ok, puisque vous êtes fins…

Dieu est partout, ici. Dieu est sur les tap-tap, ces autobus improvisés : on voit de courts messages colorés sur le pare-brise. Dieu est sur les commerces : certains portent le nom d’un psaume. Dieu est sur un camion-citerne : « L’amour de Dieu est grand », pouvait-on lire hier, pas loin de notre hôtel, sur un énorme véhicule qui nous a coupé le chemin.

Hier, donc. Voyage dans les montagnes. Nous allions visiter une troupe de jeunes qui répètent la version créole de Starmania. Ils seront à Montréal, le mois prochain, à la Tohu. Je dois vous dire qu’avec le chauffeur psychopathe que nous avions, j’ai décidé de croire en Dieu, moi aussi. Il valait mieux, puisque le gars faisait des dépassements dignes d’un Jacques Villeneuve sortant d’un 5 à 7 avec Marc Gagnon. Il n’y a là rien de surprenant, l’Haïtien moyen voit la route comme un ennemi à abattre (ils accélèrent dans les descentes, bordel, même s’il y a un croche à 90 degrés dans cent mètres), mais celui-là était particulièrement enragé au volant de son 4X4 Toyota et, bon, la vue vertigineuse que nous avions sur la vallée nous rappelait qu’un coup de roue mal placé et tout ce que nous pouvions espérer, c’était une mort rapide et brutale en faisant des tonneaux…

Arrivés à destination, nous avons regardé la répétition des jeunes. Fascinant d’entendre les classiques de Starmania chantés en français et en créole. Ils sont une trentaine, d’origines diverses, surtout des jeunes assez modestes, mais quelques autres un peu plus privilégiés. Arrivés à destination, on aurait pu penser que nous étions dans les Laurentides, ils répétaient dehors, parmi les pins, en montagne…

Il y a des bouts de Starmania qui collent parfaitement à la société haïtienne, métaphores parfaitement adaptées au sort des gens, ici. Les gangs (les Étoiles noires), l’homme fort qui veut le pouvoir (Zéro Janvier), être né en haut ou en bas…

Justement, en montant dans la montagne, on voyait la pauvreté, les enfants envoyés avec des bidons chercher de l’eau, les petites habitations en ruine. Dans le camion, leurs yeux nous suivaient quand on passait. Puis, à mi-chemin, on a vu trois gars, sur des VTT dernier cri, habillés style compétition de motocross de couleurs criardes. Ces trois gars-là brûlaient du gaz, chevauchaient des montures et étaient engoncés dans des tenues hors de prix pour le coin. C’était d’une indécence à couper le souffle.

Le soir, au resto, pas de loin de l’hôtel, un quintet d’Haïtiens riches soupait en chantant, par-dessus le type qui jouait de la clarinette. Les deux gars, bedonnants à souhait, fumaient des cigares longs comme ça, des cigares « à 60$ la pof », comme chantait Jean Leloup…

Oui, il y a des Haïtiens riches, ici, dans ce pays pauvre à l’os. Ce n’est pas ce qui me choque le plus, jusqu’à maintenant. Il y a des riches partout, après tout. Ce qui me choque, c’est que parmi eux, il y a en un maudite gang qui se sent obligée de le crier, de le montrer de la façon la plus tapageuse…


Haïti: les adeptes du vaudou se dotent de leur premier «chef suprême»

Les adeptes du vaudou en Haïti ont intronisé vendredi à Port-au-Prince leur premier «chef suprême», un septuagénaire, lors d'une cérémonie à laquelle participaient plusieurs membres du gouvernement, a constaté un journaliste de l'AFP.

Jusqu'alors, les prêtres vaudou agissaient de manière autonome dans le pays. Avec les associations d'adeptes du vaudou, ils ont décidé de créer une confédération nationale des «vaudouïsants» haïtiens et de désigner un chef.

L'intronisation s'est faite sur un podium dressé au milieu d'un dancing de la capitale haïtienne, transformé en temple.

«Louvri baryè (en créole), ouvrez les barrières», chante un soliste. «Ati (le chef) arrive», reprend en choeur la foule qui se lève pour accueillir Max Beauvoir, 72 ans.

«Nous ne voulons pas combattre les autres religions mais retrouver notre vraie place dans la société», souligne le «chef suprême», réclamant plus de responsabilités dans les affaires publiques pour les adeptes du vaudou.

En Haïti, où le vaudou est une religion très populaire, Max Beauvoir est connu de tous. Auteur d'ouvrages sur le vaudou, anthropologue, il a toujours pris la défense du vaudou et porté cette religion en dehors d'un pays où les pratiquants, pauvres et analphabètes, se montrent très peu en public.

«Aujourd'hui, nous voulons structurer notre religion, la hiérarchiser pour sortir de la clandestinité et de la marginalisation», explique Ismaitre André, un prêtre vaudou.

Le ministre haïtien de la Culture, Eddy Lubin, d'autres membres du gouvernement, un ancien prêtre et des vedettes connues de la chanson haïtienne participaient à cette cérémonie.

Haïti : De l´espoir au désespoir ?

Une tentative de bilan commenté du gouvernement Préval-Alexis

enfants

Par Wooldy Edson Louidor

P-au-P., 22 févr. 08 - Dans leurs différentes interventions publiques réalisées en ce début d´année 2008, l´actuel président haïtien René Garcia Préval et son premier ministre Jacques Édouard Alexis n´ont cessé d´affirmer qu´ils ne promettent pas de « solutions miracles » aux différents problèmes auxquels Haïti est confronté.

La hausse du coût de la vie, le chômage, la misère, l´absence de services sociaux et d´infrastructures de base pour la majorité de la population : autant de problèmes dans le pays qui exigent une solution urgente !

Notre chef d´état n´est pas porté à faire des promesses, même lors de sa campagne électorale. Cependant, il s´est présenté sous la bannière de l´ « espoir » (à la fois nom de son parti politique et mot magique de sa campagne) qu´il incarnait pour la majorité du peuple haïtien qui a vécu une longue période d´instabilité politique, de terreur et d´explosion sociale sous la deuxième version du régime de Jean-Bertrand Aristide et au cours de la transition assurée par le tandem Boniface Alexandre- Gérard Latortue.

Cet espoir s´est converti peu à peu en désespoir, ce qui représente pour plus d´un le vrai miracle opéré par l´administration Préval-Alexis, fortement questionnée ces jours-ci par le parlement.

Un bilan pas trop brillant pour l’année 2007

Il est évident que le bilan de l´actuel gouvernement haïtien n´est pas brillant.

Bien sûr, il peut se réjouir de la stabilisation des indicateurs macroéconomiques, concrètement pour l´année 2007 : le Produit Intérieur Brut est en hausse (de 2,7 pour cent en 2006 à 3,7 pour cent en 2007), l´inflation réduite considérablement (de 46% en 2004 à environ 8 ½ % jusqu´à la mi-mai 2007), le taux de change du dollar américain stabilisé par rapport à la gourde (monnaie locale) et les investissements en croissance (3.1%).

Cependant, cette stabilisation des indicateurs macroéconomiques ne s´est pas reflétée dans le niveau, la qualité de vie et le bien-être de la population. Les prix des produits de première nécessité grimpent (allant de 20 à 50 % à la fin de l´année 2007, selon l´agence en ligne AlterPresse).

Et qu´en est il de la production nationale dont l´augmentation pourrait contribuer à alimenter la population ou une bonne partie d´elle ? Au lieu de bénéficier de subventions de la part de l´État, les secteurs agricoles se trouvent asphyxiés par la compétition déloyale des pays riches ou plus compétitifs qui, par le truchement des accords de libre échange, envahissent notre marché avec des produits (moins chers que les nôtres) sans limitation de tarifs et quotas.

Certains de ces accords, comme la Loi Hope (Hemispheric Opportunity Trought Patnership Encouragement Act) votée par le parlement américain en décembre 2006, promettaient la création d’emplois dans le pays. Jusqu´ici, le peuple attend encore les 100 000 emplois ou du moins les 20 000 emplois espérés pour les premiers mois de l´année 2007. Au contraire, le processus de « modernisation » des entreprises publiques annoncée par l´actuel gouvernement le 23 juin 2007 a envoyé au chômage plus d´un millier d´employés de la compagnie nationale de télécommunications (Teleco), la première entreprise publique à être frappée depuis la Minoterie et le Ciment d’Haïti !

Comme conséquences de la misère, du chômage, de la vie chère et du désespoir qui découle de cette situation, nos paysans fuient de plus en plus leurs terres pour augmenter le nombre de pauvres dans les bidonvilles des grandes villes ou pour émigrer de manière clandestine vers la République Dominicaine, les autres îles de la Caraïbe ou les États-Unis d´Amérique en risquant la déportation et même leurs vies dans des embarcations de fortune ou dans des voyages irréguliers vers le pays voisin.

Les jours passent, et l’actuel gouvernement se met au travail : il a déjà finalisé son Document de Stratégie pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté (DSCRP), mais attend une bonne partie des aides promises par les bailleurs de fonds internationaux. Entretemps, la misère continue à frapper les familles pauvres et de la classe moyenne qui est en voie de disparition. Une commission présidentielle a été formée fin décembre 2007 pour réfléchir sur la question de la vie chère. Le peuple attend encore.

Un autre exploit de l´actuelle administration consiste en l´amélioration du climat sécuritaire du pays au cours de l´année 2007 rendue possible par la détermination du président Préval et de son équipe gouvernementale de neutraliser les bandits et ravisseurs d´otage retranchés dans des quartiers réputés de non droit et dans d´autres zones, par la performance des forces de l´ordre nationales et internationales et par les dispositions du pouvoir judiciaire pour juger et punir les bandits.

Cependant, vers la fin de la même année, il y eut une recrudescence de l´insécurité à la capitale haïtienne qui frappait surtout les enfants. Plus d´une dizaine d´enfants ont été kidnappés et quelques uns vilement assassinés, dont Schneider Hervil (7 ans) qui a été tué par ses ravisseurs à Cabaret (à une trentaine de kilomètres de la capitale) parce que ses parents ne pouvaient payer la rançon exigée par ceux-ci. On se demande quand le pays disposera enfin d´une force publique nationale chargée de la sécurité des vies et des biens de la population ? Car, le climat d´insécurité réapparaît par moments parce que les gangs armés tendent perpétuellement à se reconstituer. Ces moments ponctués par la recrudescence de l´insécurité suffisent à endeuiller des familles et la population haïtienne. Ne faudrait-il pas plutôt appliquer ce sage conseil « prévenir vaut mieux que guérir » en créant cette force publique nationale ? Donc, la question centrale se pose : faut-il remobiliser l´ancienne force armée d´Haïti, ou renforcer la Police Nationale, ou encore créer une gendarmerie nationale ?

Une commission composée de 5 experts a été installée par l´actuel gouvernement depuis le 9 octobre 2007 pour réfléchir sur cette question. Les citoyennes et citoyens attendent encore.

Une espérance à toute épreuve

Heureusement, le peuple haïtien cultive la vertu de l´espérance. Pour ce, il a voté en faveur de l´espoir et espère encore malgré vents et marées et en dépit des discours défaitistes des autorités du pays.

Si non, ne serait-on pas tenté de créer une commission (présidentielle ou parlementaire) pour renouveler son espoir et le maintenir ?


Haïti ou la difficile survie des personnes âgées

une vielle haitienne

On les remarque aux abords ou dans les croisements des grandes artères de Jacmel, une ville du Sud-Est d'Haïti. Il s'agit de vieilles personnes, essentiellement des femmes qui, pour survivre, se voient obligées de mendier. Fidèles au rendez-vous dans des endroits stratégiques de la ville, la survie de cette frange vulnérable de la société semble exclusivement dépendre de cette activité, indique un récent article publié par le site des Nations Unies (Mission en Haïti).

La scène est quasi identique d'une rue à l'autre : de vielles personnes négligemment vêtues, assises à même le sol, par vagues de trois ou quatre, visiblement sans force… A la merci du soleil, de la poussière et autres intempéries, elles s'adonnent quotidiennement à la seule activité devenue désormais possible pour elles : la mendicité.

Entre autres endroits de prédilection, ces personnes démunies élisent domicile devant nombre de magasins, carrefours et espaces publiques. A qui mieux mieux, chacune selon sa stratégie, elles se livrent à une sorte d'auto-plaidoirie pour attirer l'attention des passants et ainsi bénéficier de la charité d'une main généreuse.

A l'âge de 71 ans, Régine (nom d'emprunt) évolue dans la précarité depuis une quinzaine d'années, c'est-à-dire depuis qu'elle n'a plus la force de travailler… « J'ai des enfants qui sont mariés et qui sont également pauvres. Quand à mon mari, il est aussi vieux que moi », confie Régine. « Parfois, lorsque j'ai faim, je me vois obligée de demander à ma voisine l'eau de cuisson de la banane. Et je bois l'eau de banane pour me nourrir », avoue Régine, la voix étreinte par l'émotion.

Charlotte est également mendiante. Cette femme de 75 ans explique : « j'étais une marchandes de légumes, et je gagnais à peine 15 gourdes par jour, une somme de loin insuffisante pour subvenir à mes besoins. Demander l'aumône dans la rue me permet de gagner entre 15 à 20 gourdes par jour. Mais très souvent, je n'ai rien à manger toute la journée ».

Outre le dénuement, ces personnes sont souvent atteintes d'handicaps physiques ou sensoriels, ainsi que bien d'autres infirmités liées à leur âge avancé. C'est le cas de Sophie, 70 ans révolus, atteinte de cécité. Elle témoigne : « je travaillais dans un dépôt de sucre, mais je ne bénéficie pas de pension de retraite. Aussi, implorer la charité des passants dans la rue est-elle devenue pour moi l'alternative pour pouvoir assurer ma survie ».

Quelques actions de bonne volonté

Comme le souligne le maire adjoint de Jacmel, Ronald Andris, il existe sur place des structures de prise en charge de ces personnes nécessiteuses. Parmi elles, le Centre Don de Lumiere des Missionnaires de la Charité. De même, ces personnes bénéficient du soutien des sœurs de la congrégation catholique St Joseph de Cluny, dont la paroisse se trouve la Place Toussaint Louverture.

A travers une assistance alimentaire, nombre d'ONG, comme CARITAS, apportent également leur contribution pour alléger la souffrance de cette frange vulnérable de la société. Parmi les bienfaiteurs des mendiantes figure également Labbe Placide, un homme d'affaires. Chaque samedi, cet homme donne à chacune d'elle 5 Gourdes (1 dollar US équivaut à 35 Gourde). Son action en faveur des personnes dure depuis près de dix ans.

Le phénomène est loin d'être ignoré par les autorités de la ville. Toutefois, le maire adjoint de Jacmel, Ronald Andris déplore les difficultés financières empêchant les autorités de faire face à ce problème.

Quel appui des autorités ?

En termes d'actions gouvernementales ou plan stratégique à l'endroit de ces groupes marginalisés, le maire adjoint de Jacmel, Ronald Andris, affirme : « c'est uniquement les dépenses de fonctionnement que notre budget nous permet de couvrir ». Par ailleurs, M. Andris regrette que « Malheureusement, il n'existe aucune disposition concrète au niveau de la Mairie de Jacmel pour ces groupes de personnes ».

Au plan national, la structure habilitée à venir en aide aux personnes nécessiteuses est la Caisse d'assistance sociale (CAS), qui évolue sous la tutelle du Ministère des Affaires sociales. Son budget est constitué de 1% prélevé sur les salaires des employés de la fonction publique. La CAS accueille quatre catégories de personnes : les vieillards, les personnes handicapées, les femmes célibataires et les jeunes.

L'assistance de la CAS prend deux formes : une assistance sur la base mensuelle et régulière de 500 gourdes, pour les personnes totalement démunies, et une assistance irrégulière faite quotidiennement, au cas par cas, pour répondre aux urgences (organisation de funérailles d'un proche, maladie, accident, etc.). La moyenne des demandes excède 50 par jour.

Selon la CAS, les intéressés de tous les départements du pays doivent se présenter au seul bureau, à date, de la Caisse d'Assistance sociale à Port-au-Prince. Ils doivent constituer un dossier qui sera par la suite acheminé au Ministère des Finances. Après étude de dossier, les personnes agréées devront patienter environ trois mois pour percevoir leur premier chèque. Après quoi ils le recevront sur une base mensuelle régulière.

Il importe de souligner que ces actions sont indispensables pour la survivance de ces personnes. Toutefois, devant l'importance de leurs besoins, elles sont loin de suffire. Aussi, la lutte contre le phénomène de la mendicité des personnes âgées mérite-t-elle des efforts conjugués et soutenus de ses principaux acteurs.

 Lundi 18 Février 2008
Source: United Nations Stabilization Mission in Haiti