Haiti :
L’échec de l’Espoir
Nancy Roc
« Je
ne crois pas que quelqu’un serait en mesure de
baisser les prix des produits de première nécessité du jour au
lendemain. Seule
la relance de la production nationale pourra faire baisser le coût de
la
vie » [1],
a affirmé le Président René
Préval, lors d’une visite de deux jours effectuée les 22 et 23 janvier
2008
dans le Plateau central. M. Préval a aussi déclaré que le
peuple n’aurait
pas dû voter pour lui s’il s’attendait à des miracles. Concernant la
hausse des
prix des produits de première nécessité, il s’est contenté de
dire :
« Nous avons fait ce dont nous étions capables. » Cet
aveu
d’impuissance a déclenché un tollé politico-médiatique. Pourtant, il a
été
réitéré par le Premier ministre Jacques Édouard Alexis lors de sa
convocation devant
le Sénat le 12 février dernier. La hausse du coût de la vie est
« un
problème qui bouleverse le monde entier », a-t-il déclaré en
précisant que
« la pauvreté extrême atteint plus de 56% de la population.
L’État à lui
seul ne peut pas résoudre le problème du chômage [2] ».
Dans tout
pays normal, ce désarroi exprimé par les plus hauts responsables de
l’État
aurait dû être suivi par la démission pure et simple du gouvernement.
Mais en
Haïti, il a juste provoqué un mécontentement grandissant de la
population et
une hypothétique interpellation du gouvernement par la Chambre Basse.
Ainsi,
deux ans après son élection, il faut se rendre à l’évidence :
l’Espwa/l’Espoir [3] de René Préval n’a
accouché que de l’impuissance et du
désespoir. Comment en est-on arrivé là et quelles solutions peuvent
être
proposées pour soulager le peuple haïtien ? Telles sont les
questions
auxquelles nous tenterons de répondre.

Un populisme
de misère
Une fois de
plus, la population va payer le prix fort de
l’irresponsabilité de ses dirigeants et le spectre de la famine plane
déjà sur
certaines régions : « Dans ce pays, l’un des plus
pauvres du monde,
les paysans affamés finissent par manger de la boue salée et séchée.
L’augmentation du prix des céréales, les inondations, l’instabilité
politique
et la mauvaise gestion de l’aide humanitaire sont en cause. Quand il
n’y a rien
à manger, il y a encore de la terre. C’est le seul repas que prennent
des
milliers d’Haïtiens trois fois par jour depuis quelques semaines.
Autant dire
qu’Haïti n’en finit pas sa descente aux enfers. » C’est ainsi
que Ram
Etwareea, le reporter du journal suisse Le Temps débute son fameux
article
« Des galettes de boue pour tout repas », reproduit
dans Le Courrier
International du 1er février 2008. Depuis, il a fait le tour du monde,
de Paris
Match à CNN. Le ministre Germain a pourtant banalisé la nouvelle en
précisant
que les Haïtiens avaient toujours mangé des galettes d’argile…Les
diverses
intempéries qui ont ravagé certaines régions du pays et les longues
saisons de sécheresse
qui en affectent (que connaissent) d’autres (régions) ont été citées
par le
Premier ministre comme étant les principales causes de la hausse du
coût de la
vie. « La situation aurait pu (pourrait) être pire si nous
n’avions pas pu
garder une certaine prudence », s’est-il réjoui en annonçant
des chantiers
à haute intensité de main-d’œuvre. À travers un programme d’action
complémentaire au Programme d’investissement communautaire (PIC), il a
promis
quelque 30.100 emplois par mois pour les six prochains mois. Certaines
villes
et rivières devraient être touchées par ce programme estimé à plus de
30
millions de gourdes [4].
Le cauchemar du
populisme de misère qui a débuté en 1990 avec l’arrivée de
Lavalas [5]
au pouvoir n’est
décidément pas prêt de s’achever. « Le mal de la diminution de
la
production agricole vient du reniement des valeurs de productivité,
d’excellence, du (de) travail bien fait, et de la promotion du bien.
Enfermer
la question alimentaire dans le cadre étroit de l’agriculture et/ou de
l’économie n’est pas lui faire justice. La question alimentaire est
avant tout
sociale et mentale.
C’est
essentiellement le problème de l’organisation du
pouvoir en Haïti qui bloque le triomphe de l’excellence dans tous les
domaines
(y compris dans celui de la production de vivres et de légumes) dans
notre
société. Le crétinisme des dirigeants haïtiens les conduit à décider de
l’allocation des ressources rares n’importe comment, sans aucun sens
des
priorités, et les rend incapables de distinguer entre le fondamental,
le
principal, le secondaire, etc. Le carnaval, la sécurité présidentielle,
la
diplomatie du béton et de la sinécure sont plus importants que la
production
agricole. Pour eux, tout se vaut (« tout voum se
do »). Les valeurs
de référence du pouvoir encouragent la médiocrité dans tous les
domaines. Les
galettes de boue séchée sont le résultat de la politique de
« taiwanisation » d’hier des Duvalier, devenue la
politique de la Loi
Hope aujourd’hui. « Les larmes aux yeux, l’indignation et la
colère n’y
pourront rien tant que la politique de la raison sera écartée [6] »,
a déclaré
cette semaine Eddy Pierre Paul dans Haïti Observateur. Ainsi,
l’interpellation
du gouvernement à la Chambre Basse ne conduira - peut-être – qu’à un
remaniement de l’équipe au pouvoir, ce qui n’implique nullement une
solution à
court et moyen terme aux problèmes auxquels fait face le pays. Préval a
été élu
sans programme : « zafè yo ! [7] »,
doit-il se dire aujourd’hui, après avoir lancé son inoubliable
« naje pou
soti [8] » sous Aristide.
Le peuple haïtien a confié le
gouvernail du pays à un capitaine qui ne sait pas utiliser un compas.
Aujourd’hui, le pays en paye les conséquences. « L’affaire des
galettes de
boue reflète la crise systémique du pouvoir en Haïti. Cela fait des
temps que
la sonnette d’alarme est tirée sur la situation catastrophique de
l’agriculture
haïtienne. Six personnes sur dix n’arrivent pas à manger et le
Programme
Alimentaire Mondial (PAM) en nourrit plus de 800.000 chaque jour en
Haïti. On
voyait venir le fiasco de gens simplement intéressés à avoir le pouvoir
politique et qui ne comprenaient pas les responsabilités qui sont
associées à
son exercice. La mutation du système Lavalas en Lespwa et les
déclarations
intempestives de Préval reflètent le souverain mépris pour le peuple
qu’il
avait convié à la piscine de l’hôtel Montana pour le hisser (l’imposer
de
force) au pouvoir en 2006. L’absence de leadership politique paralyse
le pays.
L’image des Haïtiens mangeant de la boue sous le gouvernement de Préval
est
entrée dans toutes les maisons du globe. Après le SIDA, ce gouvernement
a
dégradé une fois de plus l’image d’Haïti dans le monde », a
conclu Eddy
Pierre Paul.

Sortir de
l’impasse
La vérité est
qu’aujourd’hui, la communauté internationale
tient Haïti jusqu’au cou. Le gouvernement Préval/Alexis a tout misé sur
elle
dès le début de son mandat sans jamais donner une priorité à la relance
de la
production nationale qui, deux ans après, aurait pu aujourd’hui
apporter un
soulagement concret au peuple le plus pauvre du continent. Or, au-delà
des
discours, cette communauté se méfie de ce gouvernement et Haïti paye sa
réputation d’être un des pays les plus corrompus de la planète. Ce
n’est pas
par hasard que l’Ambassade des États-Unis ou l’OEA se lancent dans des
programmes de développement en Haïti, action
« diplomatique »
invraisemblable dans tout autre pays. Car, on le sait, il faut aider
l’État à
assumer ses responsabilités et non agir à sa place. De plus, le
décaissement
par les bailleurs de fonds prend toujours du temps que la population
n’a plus
la patience de voir venir quand elle ne peut subvenir à ses besoins de
base.
L’aide humanitaire a ses limites et n’a pas pu empêcher la famine de
s’installer dans certaines régions comme Bombardopolis, dans le
Nord-Ouest.
Ce
gouvernement n’a pas su restaurer la confiance en
créant le climat sécuritaire indispensable aux investissements
privés :
ainsi, les fonds de pension de la diaspora auraient pu être investis
dans des
actions de développement mais pas sans garanties. Idem du côté du
secteur privé
haïtien qui aurait pu prêter de l’argent au gouvernement ; ce
dernier, en
contractant une dette interne, pourrait subvenir aux besoins immédiats
de la
population. En outre, l’État refuse de réduire les taxes et les
économistes
déconseillent de créer un déficit budgétaire. Il faut aussi souligner
que
l’échec de l’équipe au pouvoir est également celui des partis
politiques qui le
composent, c’est-à-dire l’Union, la Fusion, l’OPL et l’Espwa. De tous
les côtés
le mal est infini, alors que faire ?
Marc Bazin
dans un excellent article intitulé « La
vie chère : un avion, un oiseau ou un courant
d’air ? » publié
dans Le Nouvelliste du 15 février 2008, dans sa rubrique « Des
idées pour
l’action », a tenté d’indiquer aux autorités le chemin à
prendre pour sortir
de cette impasse. Mais il ne sera certainement pas écouté et ses
propositions
encore moins appliquées. Marc Bazin prône, entre autres, une politique
de
développement de l’agriculture avec trois objectifs :
l’accélération de la
croissance, la réduction de la pauvreté, la sécurité alimentaire. Une
telle
politique serait à deux niveaux : à court et à long terme. Vu
l’urgence de
la situation, nous nous attarderons sur ses propositions à court terme
élaborées en cinq points :

1- L’État doit
entrer rapidement en négociation avec toute
la chaîne des acteurs de l’importation, de la distribution et de la
commercialisation des produits alimentaires et passer avec eux un Pacte
de
Solidarité. L’objectif de ce Pacte de Solidarité serait de pallier aux
conséquences d’un programme de contrôle de l’inflation demeuré jusqu’à
présent
à la charge exclusive de l’État. Pour Marc Bazin, il faut une politique
des
revenus qui consisterait à faire adopter conjointement pour tous, un
certain
nombre de références visant à ancrer les prix de certains produits
stratégiques
à l’intérieur de certaines marges. Un tel système de référence est le
seul qui
pourrait permettre la poursuite de politiques budgétaires et monétaires
drastiques sans continuer de provoquer une récession excessive.
2- Une
commande massive et immédiate de produits
alimentaires à travers la mobilisation d’une partie des excédents
considérables
$300 millions de réserves que la BRH accumule sans justification
valable dans
les circonstances actuelles
3- La
constitution d’un stock de réserves stratégiques
destinées à exercer sur les prix une pression à la baisse
4- La mise en
place d’un système de subventions pour les
semences, et les engrais, accompagné de règles strictes qui en
garantissent la
jouissance et le bénéfice à ceux-là seuls auxquels l’opération est
destinée
5- La mise en
place de mécanismes de nature à garantir que
l’agriculture n’est pas imposée à un taux plus élevé que les autres
secteurs.
Les taxes sur la production et les intrants seraient identifiées, et
minimisées
au maximum.
Pour Marc
Bazin, le défi que les Haïtiens doivent relever
aujourd’hui est de « s’organiser collectivement dans une
grande coalition
nationale, sans distinction de partis ou d’idéologie, pour la
promotion, la
défense et la protection des intérêts du seul secteur dont nous
devrions
pouvoir dépendre pour le sauvetage de tous. »
Évidemment,
ces mesures ne sont que des propositions
palliatives face à un mal plus profond. Si les autorités haïtiennes ne
sortent
pas de leur immobilisme, nous serons condamnés à être de simples
spectateurs de
notre interminable descente aux enfers. Populisme pour populisme, René
Préval
pourrait solliciter de son grand ami Hugo Chávez un prêt immédiat en
faveur
d’Haïti. L’Argentine l’a bien fait, quand elle n’était pas solvable aux
yeux de
l’Occident, auprès des pays amis de l’Amérique latine et s’en est
sortie. Mais
là encore, faudrait-il que Préval puisse inspirer confiance à son ami
latino-américain, or le Venezuela attend encore des explications à la
disparition des 1.500 barils d’asphalte sur les 10.000 barils livrés en
2006
dans le cadre de l’accord Petrocaribe, destinés à l’asphaltage des rues
de la
capitale haïtienne. Le président vénézuélien serait d’autant plus
retissant
qu’il a été informé que les 1.500 barils d’asphalte auraient été
détournés et
vendus en République dominicaine, selon les sources de la PDVSA
(Petroleos de
Venezuela S.A) [9].
Le Premier
ministre est attendu le 28 février prochain à la Chambre Basse.
Toutefois, les
rumeurs courent déjà sur une tentative de corruption de certains
députés et
d’intimidation sur d’autres. Dans ce carrousel de misère, il ne reste
plus qu’à
essayer de sortir de la politique d’impuissance pour passer à l’action,
car si
« l’action n’apporte pas toujours le bonheur, … il n’y pas de
bonheur sans
action [10] ».
Montréal le 19 février 2008
[1] « Préval tue tout
espoir », Le Nouvelliste, 24 janvier 2008
[2]
« Alexis ne promet pas de
solutions miracles », Le Nouvelliste, 12 février 2008
[3]
Parti politique de René Préval
[4]
« Alexis ne promet pas de
solutions miracles », Le Nouvelliste, 12 février 2008
[5]
Mouvement qui a porté
Jean-Bertrand Aristide au pouvoir en 1990
[6]
« Le gouvernement de René
Préval ne peut pas faire de miracles », Eddy Pierre Paul,
Haïti-Observateur,
le 20 février 2008
[7]
C’est leur affaire !
[8]
Nagez pour sortir (de
l’impasse)
[9]
PDVSA, Acte provisoire de
livraison d’asphalte en titre de donation au gouvernement d’Haïti par
la
République Bolivarienne du Venezuela à travers Petroleos de Venezuela
S.A dans
le cadre de Petrocaribe, 22 août 2006
[10]
William James
|
Haïti regorge
de pétrole
affirment Daniel et Ginette Mathurin

Les
scientifiques Daniel et
Ginette Mathurin indiquent que le sous sol haïtien est riche en
hydrocarbures
et en combustibles fossible qui ont été répertoriés par des
spécialistes
étrangers et haïtiens. " Nous avons relevé 20 sites pétrolifères ",
lance Daniel Mathurin précisant que 5 d’entre eux sont jugés de grande
importance
par les spécialistes et les politiques.
Le Plateau central,
notamment la région de Thomonde,
la plaine du cul-de-sac et la baie de Port-au-Prince regorgent
d’hydrocarbures,
dit-il ajoutant que les réserves pétrolifères d’Haïti sont plus
importantes que
ceux du Vénézuela. " Une piscine olympique comparée à un verre d’eau
voilà
la comparaison pour montrer l’importance des gisements de pétrole
haïtien
comparés à ceux du Vénézuela", explique t-il.
Le Vénézuéla est
l’un des plus grands producteurs mondiaux
de pétrole.
Daniel Mathurin
révèle que des enquêtes de plusieurs
gouvernements antérieurs ont permis de vérifier l’existence de ces
importants
gisements de pétrole. Il rapelle qu’un document du parti Fanmi Lavalas
au
pouvoir en 2004, avait précisé les nombreux sites d’hydrocarbures en
Haiti.
Selon Daniel et
Ginette Mathurin, la région des lacs,
avec des villes comme Thomazeau et Cornillon, renferme d’importants
gisements
de pétrole.
Interrogée sur la
non exploitation de ces sites,
Ginette Mathurin a précisé que ces gisements sont déclarés réserves
stratégiques des Etats Unis d’Amérique. Tout en faisant état de son
imcompréhension d’une telle situation, elle rapelle que la caraïbe est
considérée comme l’arriere cour des Etats Unis.
Cependant Daniel Et
Ginette Mathurin indiquent que le
gouvernement américain avait en 2005 autorisé l’exploitation des
réserves
stratégiques des Etats Unis. Cette porte doit être utilisée par les
politiques
haïtiens pour lancer des négiciations avec des compagnies américaines
dans la
perspective de l’exploitation de ces gisements ajoute Daniel Mathurin
Les spécialistes
soutiennent que le gouvenement de
Jean Claude Duvalier avait vérifié l’existence d’un important gisement
de
pétrole dans la baie de Port-au-Prince peu de temps avant sa chute.
De plus, Daniel et
Ginette Mathurin révèlent que
l’Uranium 238 et 235 et le zyconium existent en gisement dans plusieurs
régions
notamment à Jacmel. L’Uranium est utilisé dans les réacteurs nucléaires
pour la
production d’energie électrique.
Haïti : Dieu
est partout (les riches aussi)

Une
autre carte postale de Port-au-Prince ? Ok, puisque vous êtes fins…
Dieu
est partout, ici. Dieu est sur les tap-tap, ces autobus improvisés : on
voit de
courts messages colorés sur le pare-brise. Dieu est sur les commerces :
certains portent le nom d’un psaume. Dieu est sur un camion-citerne : «
L’amour
de Dieu est grand », pouvait-on lire hier, pas loin de notre hôtel, sur
un
énorme véhicule qui nous a coupé le chemin.
Hier,
donc. Voyage dans les montagnes. Nous allions visiter une troupe de
jeunes qui
répètent la version créole de Starmania. Ils
seront à Montréal, le
mois prochain, à la Tohu. Je dois vous dire qu’avec le chauffeur
psychopathe
que nous avions, j’ai décidé de croire en Dieu, moi aussi. Il valait
mieux,
puisque le gars faisait des dépassements dignes d’un Jacques Villeneuve
sortant
d’un 5 à 7 avec Marc Gagnon. Il n’y a là rien de surprenant, l’Haïtien
moyen
voit la route comme un ennemi à abattre (ils accélèrent dans les
descentes,
bordel, même s’il y a un croche à 90 degrés dans cent mètres), mais
celui-là
était particulièrement enragé au volant de son 4X4 Toyota et, bon, la
vue
vertigineuse que nous avions sur la vallée nous rappelait qu’un coup de
roue
mal placé et tout ce que nous pouvions espérer, c’était une mort rapide
et
brutale en faisant des tonneaux…
Arrivés
à destination, nous avons regardé la répétition des jeunes. Fascinant
d’entendre
les classiques de Starmania chantés en français et en créole. Ils sont
une
trentaine, d’origines diverses, surtout des jeunes assez modestes, mais
quelques autres un peu plus privilégiés. Arrivés à destination, on
aurait pu
penser que nous étions dans les Laurentides, ils répétaient dehors,
parmi les
pins, en montagne…
Il
y a des bouts de Starmania qui collent parfaitement à la société
haïtienne,
métaphores parfaitement adaptées au sort des gens, ici. Les gangs (les
Étoiles
noires), l’homme fort qui veut le pouvoir (Zéro Janvier), être né
en haut
ou en bas…
Justement,
en montant dans la montagne, on voyait la pauvreté, les enfants envoyés
avec
des bidons chercher de l’eau, les petites habitations en ruine. Dans le
camion,
leurs yeux nous suivaient quand on passait. Puis, à mi-chemin, on a vu
trois
gars, sur des VTT dernier cri, habillés style compétition de motocross
de
couleurs criardes. Ces trois gars-là brûlaient du gaz, chevauchaient
des
montures et étaient engoncés dans des tenues hors de prix pour le coin.
C’était
d’une indécence à couper le souffle.
Le
soir, au resto, pas de loin de l’hôtel, un quintet d’Haïtiens riches
soupait en
chantant, par-dessus le type qui jouait de la clarinette. Les deux
gars,
bedonnants à souhait, fumaient des cigares longs comme ça, des cigares
« à 60$
la pof », comme chantait Jean Leloup…
Oui,
il y a des Haïtiens riches, ici, dans ce pays pauvre à l’os. Ce n’est
pas ce
qui me choque le plus, jusqu’à maintenant. Il y a des riches partout,
après
tout. Ce qui me choque, c’est que parmi eux, il y a en un maudite gang
qui se
sent obligée de le crier, de le montrer de la façon la plus tapageuse…
Haïti: les adeptes du vaudou se
dotent de leur premier
«chef suprême»
Les adeptes du vaudou en Haïti ont
intronisé vendredi à
Port-au-Prince leur premier «chef suprême», un septuagénaire, lors
d'une
cérémonie à laquelle participaient plusieurs membres du gouvernement, a
constaté un journaliste de l'AFP.
Jusqu'alors, les prêtres
vaudou agissaient de manière
autonome dans le pays. Avec les associations d'adeptes du vaudou, ils
ont
décidé de créer une confédération nationale des «vaudouïsants» haïtiens
et de
désigner un chef.
L'intronisation s'est faite sur un podium dressé au milieu d'un dancing
de la
capitale haïtienne, transformé en temple.
«Louvri baryè (en créole), ouvrez les barrières», chante un soliste.
«Ati (le
chef) arrive», reprend en choeur la foule qui se lève pour accueillir
Max
Beauvoir, 72 ans.
«Nous ne voulons pas combattre les autres religions mais retrouver
notre vraie
place dans la société», souligne le «chef suprême», réclamant plus de
responsabilités dans les affaires publiques pour les adeptes du vaudou.
En Haïti, où le vaudou est une religion très populaire, Max Beauvoir
est connu
de tous. Auteur d'ouvrages sur le vaudou, anthropologue, il a toujours
pris la
défense du vaudou et porté cette religion en dehors d'un pays où les
pratiquants, pauvres et analphabètes, se montrent très peu en public.
«Aujourd'hui, nous voulons structurer notre religion, la hiérarchiser
pour
sortir de la clandestinité et de la marginalisation», explique Ismaitre
André,
un prêtre vaudou.
Le ministre haïtien de la Culture, Eddy Lubin, d'autres membres du
gouvernement, un ancien prêtre et des vedettes connues de la chanson
haïtienne
participaient à cette cérémonie.
|
Haïti :
De l´espoir au
désespoir ?
Une tentative
de bilan commenté du gouvernement Préval-Alexis
Par
Wooldy Edson
Louidor
P-au-P.,
22 févr. 08 - Dans leurs différentes interventions publiques réalisées
en ce
début d´année 2008, l´actuel président haïtien René Garcia Préval et
son
premier ministre Jacques Édouard Alexis n´ont cessé d´affirmer qu´ils
ne
promettent pas de « solutions miracles » aux
différents problèmes
auxquels Haïti est confronté.
La hausse du
coût de la vie, le
chômage, la misère, l´absence de services sociaux et d´infrastructures
de base
pour la majorité de la population : autant de problèmes dans
le pays qui
exigent une solution urgente !
Notre chef
d´état n´est pas
porté à faire des promesses, même lors de sa campagne électorale.
Cependant, il
s´est présenté sous la bannière de l´ « espoir » (à
la fois nom de
son parti politique et mot magique de sa campagne) qu´il incarnait pour
la
majorité du peuple haïtien qui a vécu une longue période d´instabilité
politique, de terreur et d´explosion sociale sous la deuxième version
du régime
de Jean-Bertrand Aristide et au cours de la transition assurée par le
tandem
Boniface Alexandre- Gérard Latortue.
Cet espoir
s´est converti peu à
peu en désespoir, ce qui représente pour plus d´un le vrai miracle
opéré par
l´administration Préval-Alexis, fortement questionnée ces jours-ci par
le
parlement.
Un bilan pas
trop brillant pour
l’année 2007
Il est évident
que le bilan de
l´actuel gouvernement haïtien n´est pas brillant.
Bien sûr, il
peut se réjouir de
la stabilisation des indicateurs macroéconomiques, concrètement pour
l´année
2007 : le Produit Intérieur Brut est en hausse (de 2,7 pour
cent en 2006 à
3,7 pour cent en 2007), l´inflation réduite considérablement (de 46% en
2004 à
environ 8 ½ % jusqu´à la mi-mai 2007), le taux de change du dollar
américain
stabilisé par rapport à la gourde (monnaie locale) et les
investissements en
croissance (3.1%).
Cependant,
cette stabilisation
des indicateurs macroéconomiques ne s´est pas reflétée dans le niveau,
la qualité
de vie et le bien-être de la population. Les prix des produits de
première
nécessité grimpent (allant de 20 à 50 % à la fin de l´année 2007, selon
l´agence en ligne AlterPresse).
Et qu´en est
il de la production
nationale dont l´augmentation pourrait contribuer à alimenter la
population ou
une bonne partie d´elle ? Au lieu de bénéficier de subventions
de la part
de l´État, les secteurs agricoles se trouvent asphyxiés par la
compétition
déloyale des pays riches ou plus compétitifs qui, par le truchement des
accords
de libre échange, envahissent notre marché avec des produits (moins
chers que
les nôtres) sans limitation de tarifs et quotas.
Certains de
ces accords, comme
la Loi Hope (Hemispheric Opportunity Trought Patnership Encouragement
Act)
votée par le parlement américain en décembre 2006, promettaient la
création
d’emplois dans le pays. Jusqu´ici, le peuple attend encore les 100 000
emplois
ou du moins les 20 000 emplois espérés pour les premiers mois de
l´année 2007.
Au contraire, le processus de « modernisation » des
entreprises
publiques annoncée par l´actuel gouvernement le 23 juin 2007 a envoyé
au
chômage plus d´un millier d´employés de la compagnie nationale de
télécommunications (Teleco), la première entreprise publique à être
frappée
depuis la Minoterie et le Ciment d’Haïti !
Comme
conséquences de la misère,
du chômage, de la vie chère et du désespoir qui découle de cette
situation, nos
paysans fuient de plus en plus leurs terres pour augmenter le nombre de
pauvres
dans les bidonvilles des grandes villes ou pour émigrer de manière
clandestine
vers la République Dominicaine, les autres îles de la Caraïbe ou les
États-Unis
d´Amérique en risquant la déportation et même leurs vies dans des
embarcations
de fortune ou dans des voyages irréguliers vers le pays voisin.
Les jours
passent, et l’actuel
gouvernement se met au travail : il a déjà finalisé son
Document de
Stratégie pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté (DSCRP),
mais
attend une bonne partie des aides promises par les bailleurs de fonds
internationaux. Entretemps, la misère continue à frapper les familles
pauvres
et de la classe moyenne qui est en voie de disparition. Une commission
présidentielle a été formée fin décembre 2007 pour réfléchir sur la
question de
la vie chère. Le peuple attend encore.
Un autre
exploit de l´actuelle
administration consiste en l´amélioration du climat sécuritaire du pays
au
cours de l´année 2007 rendue possible par la détermination du président
Préval
et de son équipe gouvernementale de neutraliser les bandits et
ravisseurs
d´otage retranchés dans des quartiers réputés de non droit et dans
d´autres
zones, par la performance des forces de l´ordre nationales et
internationales
et par les dispositions du pouvoir judiciaire pour juger et punir les
bandits.
Cependant,
vers la fin de la
même année, il y eut une recrudescence de l´insécurité à la capitale
haïtienne
qui frappait surtout les enfants. Plus d´une dizaine d´enfants ont été
kidnappés et quelques uns vilement assassinés, dont Schneider Hervil (7
ans)
qui a été tué par ses ravisseurs à Cabaret (à une trentaine de
kilomètres de la
capitale) parce que ses parents ne pouvaient payer la rançon exigée par
ceux-ci. On se demande quand le pays disposera enfin d´une force
publique
nationale chargée de la sécurité des vies et des biens de la
population ?
Car, le climat d´insécurité réapparaît par moments parce que les gangs
armés
tendent perpétuellement à se reconstituer. Ces moments ponctués par la
recrudescence de l´insécurité suffisent à endeuiller des familles et la
population haïtienne. Ne faudrait-il pas plutôt appliquer ce sage
conseil
« prévenir vaut mieux que guérir » en créant cette
force publique
nationale ? Donc, la question centrale se pose :
faut-il remobiliser
l´ancienne force armée d´Haïti, ou renforcer la Police Nationale, ou
encore
créer une gendarmerie nationale ?
Une commission
composée de 5
experts a été installée par l´actuel gouvernement depuis le 9 octobre
2007 pour
réfléchir sur cette question. Les citoyennes et citoyens attendent
encore.
Une espérance
à toute épreuve
Heureusement,
le peuple haïtien
cultive la vertu de l´espérance. Pour ce, il a voté en faveur de
l´espoir et
espère encore malgré vents et marées et en dépit des discours
défaitistes des
autorités du pays.
Si non, ne
serait-on pas tenté
de créer une commission (présidentielle ou parlementaire) pour
renouveler son
espoir et le maintenir ?
Haïti ou la
difficile survie des
personnes âgées

On
les remarque aux abords ou dans les croisements des
grandes artères de Jacmel, une ville du Sud-Est d'Haïti. Il s'agit de
vieilles
personnes, essentiellement des femmes qui, pour survivre, se voient
obligées de
mendier. Fidèles au rendez-vous dans des endroits stratégiques de la
ville, la
survie de cette frange vulnérable de la société semble exclusivement
dépendre
de cette activité, indique un récent article publié par le site des
Nations
Unies (Mission en Haïti).
La scène
est quasi identique d'une rue à l'autre : de vielles personnes
négligemment
vêtues, assises à même le sol, par vagues de trois ou quatre,
visiblement sans
force… A la merci du soleil, de la poussière et autres intempéries,
elles
s'adonnent quotidiennement à la seule activité devenue désormais
possible pour
elles : la mendicité.
Entre autres endroits de prédilection, ces personnes démunies élisent
domicile
devant nombre de magasins, carrefours et espaces publiques. A qui mieux
mieux,
chacune selon sa stratégie, elles se livrent à une sorte
d'auto-plaidoirie pour
attirer l'attention des passants et ainsi bénéficier de la charité
d'une main
généreuse.
A l'âge de 71 ans, Régine (nom d'emprunt) évolue dans la précarité
depuis une
quinzaine d'années, c'est-à-dire depuis qu'elle n'a plus la force de
travailler… « J'ai des enfants qui sont mariés et qui sont
également
pauvres. Quand à mon mari, il est aussi vieux que moi »,
confie Régine. « Parfois,
lorsque j'ai faim, je me vois obligée de demander à ma voisine l'eau de
cuisson
de la banane. Et je bois l'eau de banane pour me nourrir »,
avoue Régine,
la voix étreinte par l'émotion.
Charlotte est également mendiante. Cette femme de 75 ans explique : « j'étais
une marchandes de légumes, et je gagnais à peine 15 gourdes par jour,
une somme
de loin insuffisante pour subvenir à mes besoins. Demander l'aumône
dans la rue
me permet de gagner entre 15 à 20 gourdes par jour. Mais très souvent,
je n'ai
rien à manger toute la journée ».
Outre le dénuement, ces personnes sont souvent atteintes d'handicaps
physiques
ou sensoriels, ainsi que bien d'autres infirmités liées à leur âge
avancé.
C'est le cas de Sophie, 70 ans révolus, atteinte de cécité. Elle
témoigne : « je
travaillais dans un dépôt de sucre, mais je ne bénéficie pas de pension
de
retraite. Aussi, implorer la charité des passants dans la rue est-elle
devenue
pour moi l'alternative pour pouvoir assurer ma survie ».
Quelques actions de bonne volonté
Comme le souligne le maire adjoint de Jacmel, Ronald Andris, il existe
sur
place des structures de prise en charge de ces personnes nécessiteuses.
Parmi
elles, le Centre Don de Lumiere des Missionnaires de la Charité. De
même, ces
personnes bénéficient du soutien des sœurs de la congrégation
catholique St
Joseph de Cluny, dont la paroisse se trouve la Place Toussaint
Louverture.
A travers une assistance alimentaire, nombre d'ONG, comme CARITAS,
apportent
également leur contribution pour alléger la souffrance de cette frange
vulnérable de la société. Parmi les bienfaiteurs des mendiantes figure
également Labbe Placide, un homme d'affaires. Chaque samedi, cet homme
donne à
chacune d'elle 5 Gourdes (1 dollar US équivaut à 35 Gourde). Son action
en
faveur des personnes dure depuis près de dix ans.
Le phénomène est loin d'être ignoré par les autorités de la ville.
Toutefois,
le maire adjoint de Jacmel, Ronald Andris déplore les difficultés
financières
empêchant les autorités de faire face à ce problème.
Quel appui des autorités ?
En termes d'actions gouvernementales ou plan stratégique à l'endroit de
ces
groupes marginalisés, le maire adjoint de Jacmel, Ronald Andris,
affirme : «
c'est uniquement les dépenses de fonctionnement que notre budget nous
permet de
couvrir ». Par ailleurs, M. Andris regrette que « Malheureusement, il
n'existe
aucune disposition concrète au niveau de la Mairie de Jacmel pour ces
groupes
de personnes ».
Au plan national, la structure habilitée à venir en aide aux personnes
nécessiteuses est la Caisse d'assistance sociale (CAS), qui évolue sous
la
tutelle du Ministère des Affaires sociales. Son budget est constitué de
1%
prélevé sur les salaires des employés de la fonction publique. La CAS
accueille
quatre catégories de personnes : les vieillards, les personnes
handicapées, les
femmes célibataires et les jeunes.
L'assistance de la CAS prend deux formes : une assistance sur la base
mensuelle
et régulière de 500 gourdes, pour les personnes totalement démunies, et
une
assistance irrégulière faite quotidiennement, au cas par cas, pour
répondre aux
urgences (organisation de funérailles d'un proche, maladie, accident,
etc.). La
moyenne des demandes excède 50 par jour.
Selon la CAS, les intéressés de tous les départements du pays doivent
se
présenter au seul bureau, à date, de la Caisse d'Assistance sociale à
Port-au-Prince. Ils doivent constituer un dossier qui sera par la suite
acheminé au Ministère des Finances. Après étude de dossier, les
personnes
agréées devront patienter environ trois mois pour percevoir leur
premier
chèque. Après quoi ils le recevront sur une base mensuelle régulière.
Il importe de souligner que ces actions sont indispensables pour la
survivance
de ces personnes. Toutefois, devant l'importance de leurs besoins,
elles sont
loin de suffire. Aussi, la lutte contre le phénomène de la mendicité
des
personnes âgées mérite-t-elle des efforts conjugués et soutenus de ses
principaux acteurs.
Lundi
18 Février 2008
Source: United Nations Stabilization Mission in
Haiti
|