Le propre du
colonisé est de perdre sa mémoire, dans son
désir effréné de rejeter tout ce qui l’a construit, perçu comme
subalterne,
afin d’adopter la culture du colonisateur, cette culture triomphante
dominatrice.
Aujourd’hui,
en Martinique nous cherchons les traces d’un
art martial, je crois que c’est ainsi qu’il convientde le nommer, jadis fut pratiqué dans
l’île : le ladja baton
ou le caleinda.
Lafcadio
Hearn (1887)dans Esquisses martiniquaises, décrit, p 83 et
84, la caleinda qui
« ne se danse que par des hommes tous nus jusqu’à la ceinture
et qui font
tourbillonner de lourds bâtons en une mimique de combat. »
Si cette
technique a disparu ou est en passe d’être
recréée en Martinique, dans d’autres îles de la Caraïbe, cette lutte
dansée a
survécu et prospéré.
A la Dominique
elle est dénommée kalenda, caporia au
brésil, mani à Cuba, kalinda à Trinidad, (koko makaku)à Curaçao, komba baton en Haïti, idem en
Louisianne, le Stick fight à Grenade et Cariacou,
mayolé en Guadeloupe, la Capoeira
au Brésil, la ou
leMoringue à la
Réunion et à
Madagascar.
Ce type de
combat se retrouve ou survit dans l’ensemble de
la caraïbe, et aussi plus largement dans le reste du monde.
Nous supposons
que cette forme de lutte dansée provient de
l’Afrique, les esclaves l’ayant introduit aux Amériques.
Dans les
possessions françaises des Amériques, elle fut
interdite le code noir dans son article 15 stipulait :
« Défendons
aux esclaves de porter aucunes armes offensives ni de gros bâtons, à
peine de fouet
et de confiscation des armes ... »
Les
sociétés anciennes étaient castiques, nos sociétés
modernes le sont encore dans une large mesure, ces arts martiaux
étaient
l’apanagedes
castes guerrières ou
aristocratiques, si nous admettons que le bâton pouvait être un
substitut à
l’épée.
Toutefois, aux
Antilles, les Caraïbes, « ces
farouches guerriers » utilisaient le boutou , une sorte de
massue
« plate » fait en bois dur, d’un mètre de long, aux
arêtes
saillantes, avec lequel ils fracassaient le crâne de leurs adversaires.
Ce
terme s’est maintenu dans la langue créole, et continue à désignerun gourdin ou une matraque.
Comme nous l’avons dit en préambule, en Martinique le
ladja bâton ne s’est pas maintenu, dans le temps, il est réintroduit et
réappris
mais en Guadeloupe leur lutte dansées’est maintenue, il s’agit du Mayolé dont on
peut lire à son
propos : « Prétexte
à règlements de compte, les bâtons des mayoleurs
étaient, dit-on, enduits de poison... Il suffisait de frapper juste
assez fort
pour provoquer une entaille dans la peau, le poison se distillant alors
lentement dans le corps. Pour les esclaves qui réussissaient à s'enfuir
lors
des nuits sans lune et que l'on surnommait les « neg'mawons » la
technique du
bâton était très utile. Toujours selon les dires, les danseurs de
mayolé ou
plutôt les combattants étaient très craints du reste de la population.
Si
l'aspect combatif existait, le versant mystique était omniprésent. Le
pouvoir
du mayoleur digne de ce nom, réfugié dans la montagne, était de dompter
la
nature en faisant corps avec son bâton. On appelait cela « monter au
bâton »,
l'occasion de recharger l'énergie vitale car pour le mayoleur, la
nature est
synonyme d'énergie. Seule la tradition orale témoigne de ces anciennes
pratiques, donnant matière à de nombreuses interprétations. Avec le
temps, le
mayolé a perdu son caractère violent et le combat que l'on appelait
autrefois «
le mayolé sang » a laissé place à la danse. [1]»
Anca
Bertrand nous en offre une description dans la Revue Parallèle
n°15 : « Le jeu des mayoleurs est un duel aux bâtons sous forme de
danse. Les
joueurs font une ronde autour des bâtons déposés à terre, devant les
tambours
et le chœur des chanteurs, saluent les tambours, prennent ensuite les
bâtons et
attaquent exactement à la manière des escrimeurs. Le jeu est brutal
mais ne
manque pas de grâce. L'adresse des joueurs consiste à enlever d'un coup
de
bâton le chapeau de l'adversaire ».
Le
mayolè est notre art martial. Autrefois risqué et dangereux, tout droit
sorti des temps esclavagistes, il a été plus récemment dépouillé de son
agressivité pour devenir un art de scène plus empreint de bonhommie mais qui n'a par perdu son caractère
pugnace, mêlé d'humour il est vrai...
La
capoeira semble en être un cousin rajeuni.
JS
COURS
– Danse Mayolé
Moule
(Le)
Tél.
: 06 90 50 41 80
Tél : 05 90 23 89 03
16 h à 17 h
30,cours de danse de Mayolé pour débutant. Contact pour inscription: Association des Mayoleurs du Moule
Le combat
bâton (konba baton)
Quelques
vidéos montrant les combattants bâton à Trinidad, ailleurs et en Inde.
Le
9 avril 2005, un maître du ka s’en allait
Une
fois de plus la Guadeloupe perd l'un des sien ; un pan de sa culture
(traditionnelle) ,
L'un
des derniers joueurs de MAYOLE originaire de Marie Galante et surnommé
Misiye
YANN « Lin kanfin ».
Le
Mayole n'est pas aussi connu que le reste des musiques traditionnelles
du
GWO-KA, car à l'origine ce style de musique de danse de combat avec
bâton se
pratiquait seulement dans le nord Grand-Terre : Saint Anne /Moule/ Port
Louis/
Anse Bertrand et Marie Galante.
Ces
combats stylisés, appelées « bènaden et
mayolè » et dans d'autres régions « souve
vayan ».
Ceux-ci
disposent de leur propre répertoire de chansons et
de rythmes, car les rythmes mayoles sont différents de ceux joué dans
les Lewoz.
La
différence majeure existant entre ses deux formes de combats est
l'emploi d'un
bâton par les pratiquants du mayolè alors que ceux du bènaden
s'affrontent à
mains nues. Selon les dires, les danseurs ou plutôt les combattants
étaient
très craints du reste de la population et les hommes politiques les
utilisaient
comme protection. j'ai eu le privilège dans les années 90 d'écouter
certains des
rythmes Mayole; ce fut une surprise, le marquage est différent de celui
des Lewoz.
Très
rapidement, le but des combats était à l'aide de bâton de faire tomber
les
chapeaux des combattants adverses en solo ou par équipe : tout ceci sur
un
rythme endiable des "Ka".
En
général les hommes se battaient torse nue et portaient des colliers qui
indiquaient leur appartenance ethnique.
L'initiation
y était longue et stricte, quand vous écoutez les chansons il y a
beaucoup de
références à l'Afrique, le Congo« ave pale langue ».
j'ai
un bouquin que ma grand-mère m'avait donné et qui avait été publié par
une
association du troisième âge décrivant les pratiques mayoles, que
je dois retrouver.
N’oubliez pas que nos anciens sont le
réservoir de notre
patrimoine.
Les
capoeiristes néo-brésiliens - en fait bien ce sont bien des Gouwadloupéyiens de
souche, excellents copieurs donc et encore - étaient aussi en représentation
lors de la soirée du 17 novembre dernier intitulée- «Tandava,
la Danse de Shiva » en Guadeloupe, au
Jardin d'Eau de Goyave.
Rencontres
et Spectacles d’Arts martiaux, de Danse et de Musique à travers
l’histoire de l’Inde, du Bouddhisme et des arts martiaux. ... JS S
Photo
de Jean Sahaï
le programme de la manifestation sur Montraykréol