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La "Shoah" des Tsiganes

Le camp de concentration pour Tsiganes de Montreuil-Bellay

Le camp de concentration pour Tsiganes de Montreuil-Bellay

La barbarie nazie n’épargna pas les Tsiganes. Ils vécurent les mêmes épreuves que les Juifs, en pire. D’abord, parce que dans l’oubli total. Ensuite, dès 1936 ceux d’Allemagne, considérés comme des "non-personnes", furent envoyés dans des camps de concentration en Autriche ou dans leur pays.

Les femmes étaient stérilisées de force, car on considérait qu’elles ne méritaient pas de se reproduire. Puis commença ce qu’on appela alors " la destruction des vies inutiles ". Dans toute l’Europe occupée, on entreprit la traque du "gibier" tsigane, d’abord en 1939, ensuite en 1941 et 1943. L’extermination des 5 à 600 000 nomades eut essentiellement lieu dans les camps polonais.

En réalité, la persécution des Fils du Vent commença avant l’arrivée des nazis au pouvoir, avec les lois de contrôle de la "plaie tsigane" dès 1926. Deux ans plus tard, la surveillance devint spécifique, et permanente. Puis vint, dès 1933, la "stérilisation eugénique", l’interdiction des mariages mixtes en 1934-35, et enfin les premiers enfermements au camp de Dachau, en 1936.

C’est à l’automne 1939 que les déportations deviennent massives ; et c’est sur deux cent cinquante enfants tsiganes que les nazis testèrent le zyklon B, au camp de Buchenwald, en février 1940. Par ailleurs, à Ravensbrück ont été pratiquées des opérations pseudo-scientifiques sur des cobayes humains, entre autres tsiganes.

Cette politique-là, les nazis l’étendirent à l’ensemble de l’Europe occupée.

Ensuite commença l’extermination à grande échelle. Si l’on en croit les nazis, la moitié de la population tsigane d’Europe fut supprimée . Tragédie supplémentaire, le nom des victimes Tsiganes ne fut même pas mentionné durant le Procès de Nuremberg ! L’oubli total.... alors qu’on ne cesse de commémorer le martyr juif. Deux poids, deux mesures - ni plus, ni moins. C’est pourquoi moi, l’amie des Tsiganes, j’ai décidé de prendre ma plume pour rappeler au monde cette énorme injustice. Il est temps de rendre hommage aux victimes tsiganes, qui d’ailleurs furent parmi les résistants les plus acharnés.

En effet, très tôt ce peuple libre et fier comprit le sort qui lui était réservé. Il accepta immédiatement de rejoindre la lutte clandestine, pour mener ce que l’historien hollandais Jan Yoors appellera la "guerre secrète des Tsiganes". Aguerri, malin, il usera de mille stratagèmes pour déjouer la vigilance des nazis, porter des messages ou transporter armes et explosifs. De nombreux fugitifs furent sauvés grâce aux Tsiganes. On leur doit aussi de nombreuses actions terroristes de résistance à l’ennemi hitlérien.

En 1945, les nazis aux abois se livrèrent encore à de multiples massacres sur les derniers Tsiganes internés dans les camps allemands. Et plusieurs pays européens gardèrent internés pendant plusieurs mois leurs populations ! Quant aux résistants qui avaient survécu, ils ne bénéficièrent même pas, à la fin de la guerre, des promesses d’intégration sociale qui leur avaient été faites. Et ils ne trouvèrent personne pour les défendre, ni même évoquer la mémoire des disparus. Bien sûr, aucun d’entre eux ne réclama réparation pour tous les préjudices subis. Le peuple tsigane ne revendique jamais ; il subit en silence - et en musique, car chez eux l’instinct de survie et le goût pour les arts ont toujours raison des événements les plus dramatiques. Je l’ai expérimenté personnellement, en partageant leur existence misérable dans un bidonville situé sur une décharge publique madrilène. L’horreur absolue, et une joie inscrite dans les gènes pour transcender les moments les plus difficiles. Admirable peuple ! Ce séjour marqua de manière indélébile mon esprit, et scella ma carrière de journaliste.

Quelle a été la politique à l’égard des Tsiganes en France ?

Traditionnellement, les sédentaires se méfient des nomades. Dès 1912, les populations errantes se voient attribuer un carnet anthropométrique, visé dans chaque commune, à l’arrivée comme au départ. A cette époque, déjà, les Tsiganes, tout comme les juifs, sont victimes de persécutions et de discriminations.

Le gouvernement de Vichy durcit cette politique. Et, dès l’automne 1940, des Tsiganes sont internés dans des camps de concentration, à Argelès-sur-Mer et au Barcarès, dans les Pyrénées Orientales, camps créés à l’origine afin d’accueillir les réfugiés espagnols et les Juifs. Même logique d’exclusion, pour des populations pourtant différentes. Et ce sont près de trois mille Tsiganes qui auraient été internés dans l’ensemble de la France entre 1940 et 1946.

C’est en 1942 qu’est créé le seul camp d’internement réservé aux Nomades, celui de Saliers.

Le camp est situé en zone libre, sur la commune d’Arles, dans les Bouches-du-Rhône. ll s’est d’abord inscrit dans une logique de sédentarisation, puis d’enfermement. Pour commencer, trois cents nomades doivent s’entasser dans des petites cabanes inachevées, sans électricité. Les conditions d’hébergement et de ravitaillement sont lamentables. Le sort des enfants est particulièrement difficile ; ils ne sont évidemment pas scolarisés. Sans vêtements de rechange, les hébergés finissent par porter des loques. Ils sont squelettiques, mais ils résistent. Aguerris et indomptables. Finalement, le sous-Préfet d’Arles demande la fermeture du camp dès juillet 44.

Ceux qui ont survécu à l’enfer, ont gardé vivante la mémoire du camp. Mais le site n’a conservé aucune trace du lieu.

Dans les camps de concentration allemands, les Tsiganes ont été littéralement massacrés. On cite par exemple le chiffre de 20.000 pour la seule nuit du 31 juillet 1944, à Auschwitz. Le 1er août, un officier SS d’Auschwitz put écrire, après l’envoi des Tsiganes à la chambre à gaz : "

Mission terminée, traitement spécial exécuté ". Traitement spécial ! Pire encore que celui que subirent les Juifs, les handicapés, les malades mentaux, les homosexuels, les communistes, les résistants ! Et au total, pour la seule Allemagne, cinq à six cent mille Gitans, Roms, Kalderas, Manouches, auraient péri. A Dachau, les Tsiganes étaient tués le jour même de leur arrivée, ou le lendemain. Simplement parce qu’ils étaient nés Tsiganes.

Comme les Juifs, les Tsiganes ont été victimes de l’idéologie nazie, politique de la race afin de régénérer le sang allemand, et politique de l’espace pour la création d’une Grande Allemagne débarrassée des éléments impurs, étrangers, inférieurs. L’élimination des Tsiganes aura d’autant mieux été acceptée, que la mise à l’index était ancienne.

Aucune voix ne s’élève pour défendre la cause des Tsiganes discriminés, stérilisés, persécutés, spoliés, exterminés . Nulle mémoire, nulle indemnité, nulle commémoration. Rien. Le vide absolu. Ostracisme complet.

Définitif ?

Jusqu’à mon dernier souffle, je me battrai pour la reconnaissance de ce peuple admirable.

Eva R-sistons

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Légendes et les origines

On connait de mieux en mieux l'histoire des Rroms, même si elle est fortement liée aux légendes et à l'imagination, qui font partie de leurs traditions. L’origine des Rroms a été l’objet de tous les fantasmes. Les hypothèses qui en ont fait les descendants de CaïnCham. D'autres les font descendre de mages de Chaldée, des Atlantes, de Syrie, d'une des tribus perdues d’Israël, des Égyptiens de l’époque pharaonique, ou encore d’anciennes tribus Celtes du temps des Druides. La fascination exercée par de tels mythes a encouragé ces nomades, vivant souvent de leurs talents, à se donner eux-mêmes les origines les plus mystérieuses. Les Rroms descendent ainsi (au choix, ou tout ensemble) de la divinité hindoue Rāma (en Devanāgarī), ou encore de Rāmachandra (plus respectueusement, Śrī Rāma en Devanāgarī), avatar de Vishnou, de Tubalkaïn le premier forgeron, des enfants de la Marie-Madeleine biblique, des manichéens de Phrygie, des Mayas, des Aztèques, des Incas, de Tamerlan, du Grand Moghol, des Mameluks. côtoient celles qui les affilient à L'hypothèse sur laquelle s'accordent la plupart des ethnologues est que dans l'Inde brahmanique, les bûcherons, les bouchers, les équarrisseurs, les tanneurs, les fossoyeurs, les éboueurs, les chiffonniers, les ferronniers, les mercenaires (Rajputs) et les saltimbanques exerçaient des métiers nécessaires, mais considérés comme impurs: ils n'avaient pas le droit d'être sédentaires et étaient hors-caste (çandales). En Inde, où ils sont connus sous les noms de Doms, Lôms ou Hanabadoches (en hindi/ourdou), les ancêtres des Rroms étaient des groupes sociaux/professionnels plutôt qu'ethniques, leurs origines étaient géographiquement et socialement multiples, et leurs groupes très perméables (un enfant issu d'une union non-autorisée, un proscrit pour quelque raison que ce soit, étaient aussi « impurs » qu'eux et pouvaient donc les rejoindre).

drapeaux des Rroms

De l'Inde, certains de ces groupes migrèrent (peut-être pour échapper au rejet de la société brahmanique) vers le plateau iranien et l'Asie centrale, où on les appelle Kaoulis et Djâts. En Asie centrale, certains se mirent, comme charriers, éleveurs de chevaux, servants et éclaireurs, au service des mongols, qui les protégèrent et leur laissèrent, en échange, une part du butin. Avec la Horde d'Or et Tamerlan, les Rroms parvînrent ainsi en Europe, en Anatolie et aux portes de l'Égypte...

Les Tsiganes, Rroms,  Romanichels, Gitans….

tsiganes photographie de Romani Yag
photo de Romani Yag

C’est ainsi qu’on les appelle, mais   nous trouvons des gens qui disent  « Déja, le mot "tsigane" fait preuve d'une certaine ignorance face à ce peuple, qui , quoiqu'en disent beaucoup (y compris Annah Arent), ils ont une (des) histoire(s), une (des) cultures, une langue etc... Merci de les appeler Rroms (s'il s'agit de Rroms), ou Beas, Rudar, Balkano-egyptien (ou Ashkaeli) selon ce qu'ils sont.... » 



De la discrimination à l’extermination

Abattus sur place, déportés et gazés à Auschwitz et ailleurs, martyrisés à Jasenovac en Croatie, internés en France, des dizaines et des dizaines de milliers de Tsiganes ont payé un lourd tribut lors de la Deuxième Guerre mondiale. 

par Bernadette SAUVAGET

Les persécutions nazies ont constitué le paroxysme des violences exercées de longue date contre le peuple tsigane, présent en Europe depuis le Moyen Age. Leur mobilité, leur mode de vie différent et leur culture ont engendré suspicion et discrimination à leur égard. Au fil des siècles, les Tsiganes ont été réduits en esclavage, en Roumanie notamment, stérilisés, spoliés… Les théories raciales, issues pour partie du darwinisme, la pathologique obsession de la pureté de la race et l’idéologie de la nécessaire régénération de l’Europe ont créé, au début du XXe siècle, le terreau culturel et politique du génocide.

Quelques mois après l’accession au pouvoir de Hitler, les municipalités allemandes ouvrirent, dès mars 1933, de leur propre initiative (les lois raciales de Nuremberg datent de 1935), des « zigeunerlager », des camps tsiganes pour nomades et sédentaires. A partir de 1936, les Tsiganes tombent sous le coup des lois de Nuremberg. Certains sont stérilisés et, deux ans plus tard, débute leur transfert vers les camps de concentration, Dachau, Buchenwald, ou encore Lagenbach, en Autriche. Le chef de la SS, Himmler, a alors en charge le Service central du Reich pour la suppression de la nuisance tsigane. Le 16 décembre 1942 (dit « Décret d’Auschwitz »), le Reichsführer SS donne l’ordre de déporter les Tsiganes du Grand Reich (cela inclut le nord de la France ou encore la Belgique) vers le camp d’extermination, situé en Pologne.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, les gens du voyage ont également subi les politiques nationales mises en place en Europe. Il existait ainsi en Croatie un véritable camp d’extermination, Jasenovac, où étaient regroupés Tsiganes et juifs. Le nombre des victimes du génocide tsigane se situe, selon les estimations des historiens, entre 200 000 et 400 000 personnes. « A l’époque, cela représentait d’un tiers à la moitié de la population tsigane d’Europe », précise l’historienne Henriette Asséo. De fait, il est très difficile d’opérer un chiffrage précis car un nombre très important de Tsiganes ont d’abord été victimes d’une politique de liquidation sur place. « Celle-ci a été terrible en Pologne et en Serbie », appuie Henriette Asséo. 22 000 Roms, selon les informations actuellement disponibles, ont été exterminés à Auschwitz.

Jusqu’en 1946

Là, ils y subirent aussi les folles expérimentations médicales du sinistre Mengele. A la recherche des « secrets » de la reproduction, il portait un « intérêt » particulier aux jumeaux tsiganes. Dans l’enceinte d’Auschwitz-Birkenau, il existait un « camp tsigane » où avaient été regroupées les familles. Dans la nuit du 1er au 2 août 1944, ses 2 500 derniers survivants furent gazés puis brûlés dans les fours crématoires, à la suite vraisemblablement d’un ordre d’Himmler. Auschwitz n’est pas le seul camp où des Tsiganes ont été exterminés.

En France, les Tsiganes ont été assignés à résidence dès le printemps 1940 en raison de la guerre. Même s’il y a eu aussi quelques déportations, les Tsiganes ont été « internés » à partir de novembre 1940. Ils supportaient des conditions de vie effroyables dans une trentaine de camps, dont les principaux se situaient à Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire), Poitiers (Vienne) et Jargeau (Loiret). Ces mesures drastiques ont concerné environ 6 000 Tsiganes français, ceux porteurs du carnet anthropométrique institué par la police en 1912. « Pour que le décret d’Auschwitz fût applicable en France, il aurait fallu que les Allemands reprennent les recensements, les arrestations et les internements ; mais heureusement pour les Tsiganes de France, ils n’en ont pas eu le temps », écrit Marie-Christine Humbert (L’histoire trouée, négation et témoignage, éd. L’Atalante).

Même si la guerre se termine officiellement le 8 mai 1945, les derniers Tsiganes internés en France attendront cependant jusqu’en 1946 pour retrouver définitivement la liberté…

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