Le
tulipier du Gabon ou an
pyé kok !
J’ai vu cet arbre pour
la
première fois, lorsque j’avais sept ans, du moins c’est le souvenir que
je
conserve en mémoire. En effet, suite aux ravages dus à la tempête
Beulah, la
famille avait trouvé à se loger à la cité de Dillon (1)
dans un nouveau
quartier créé par la S.I.M.A.G, pas très loin de Volga-plage, c’est la
rivière
Monsieur qui
séparait les deux îlots de peuplement.
Nous nous retrouvâmes
dans
un lotissement composé de maisons basses en ciment, recouvertes d’une
toiture
en feuille de tôle, une fournaise, impossible d’y vivre, tant la
chaleur était
accablante.
N’étant pas sans
ressource,
mon père fit poser un faux plafond en isorel par un certain Edon, qui
atténuait
la chaleur sans pour autant rendre cette maison vivable aux heures de
l’après-midi.
Nous étions en permanence à
l’extérieur, nous avions aménagé la cour de derrière et nous nous y
baignons,
cuisinions, bref c’était l’espace de vie.
Et
derrière comme devant la maison, le lotisseur avait
fait planter cet arbre qui était un vrai
« joujou » en
effet le tulipier du Gabon au nom savant de Spathodea campanulata
(espèce
unique du genre Spathodea)
est un très bel arbre
« de 15 à 20 mètres, à cime arrondie, à fût
droit à feuilles
opposées composées de 9 à 19 folioles. Les boutons à fleurs duveteux
apparaissent à l'extrémité des pousses et s'épanouissent successivement
sur le
pourtour de l'inflorescence. Ces grandes fleurs (de 7 à 13 cm de long)
sont
rouge orangé, campanulées, tournées vers le haut. Le bord de la fleur
est frangé
de jaune d'or. Elles sont suivies de capsules marrons déhiscentes en
forme de
fer de lance ventrus, qui contiennent les graines à ailes translucides
qui ont
une forme de coeur. »
Le
tulipier est de la
famille des
« bignoniaceae » n’est pas un arbre endémique des
Antilles, considéré
comme une espèce exotique envahissante, il trouve son origine en
Afrique
tropicale, on le rencontre aussi en Egypte et aux îles Canaries.
Cet
arbre ornemental, n’est plus planté en centre ville parce que son
système
racinaire important à la particularité de défoncer les chaussées et de
casser
les trottoirs.
En
Afrique, le tulipier du Gabon est un arbre dont se servent les
marabouts pour
la « sculpture des talismans », c’est un arbre
« magique »
dont le bois est cassant et lorsqu’il est
coupé , a
la particularité de
dégager des odeurs ailées, c’est
un
bois qui brûle
difficilement.
C’est
un arbre prisé par les sorciers et médecins traditionnels africains,
l’arbre
recèle de nombreuses propriétés curatives, notamment les
fleurs qui sont
utilisées pour soigner les problèmes de peau.
Les enfants que nous étions,
je suppose que ceux
d’aujourd’hui ne jouent plus à nos jeux, grimpions dans le
Tulipier du
Gabon récupérions les bourgeons qui ont la particularité de contenir de
l’eau.
Et à la sortie de l’école, nous jouions à nous mouiller ou
nous en
asperger. En fait, nous utilisions les bourgeons comme un pistolet à
eau.
Le pistil de la fleur donnait
lieu aussi à des
« komba kok » un jeu d’adresse, qui consistait à
casser les étamines
du pistil de l’adversaire (quelque chose de ce genre).
La capsule fendue nous
permettait de construire
des « petits bateaux » et nous faisions des courses
les dalots
Cet arbre était un vrai joujou
et je suppose que
j’oublie tout ce que nous pouvions faire avec. L’imaginaire de l’enfant
est
sans limite.
Evariste Zephyrin
(1)
Ce domaine s’est ainsi appelé parce qu’il fut au XVIIIème
siècle la propriété d’une famille d’origine
irlandaise dénommée Dillon.
L’usine même connue sous le nom de « Usine de Rivière
Monsieur »
ferma ses portes dans les années 50. Mais la distillerie existe
encore.
C’est en 1963 que la S.I.M.A.G fit l’acquisition d’une partie de ces
350
hectares de terre pour y construire avec l’aide de la municipalité une
Cité H.L.M
en 1967. Dans cette même année, les premiers habitants purent prendre
possession de leurs maisons. La majorité de ces premiers habitants
provenait du
Morne – Pichevin. Mais dans cette même année 1967, la Cité fut durement
touchée
par la tempête tropicale Beulah du 15 Septembre. Puis le 22 août 1970,
la
tempête Dorothy fit d’importants ravages. C’est alors que, tout comme
pour la
Rivière Madame, la municipalité décida de faire procéder à
l’aménagement de la
Rivière Monsieur. Ce n’est qu’en 1981 que les travaux purent commencer.
Tout au
long de ces vingt dernières années, la Cité Dillon a pu être pourvue de
tous
les équipements collectifs nécessaires à une cité moderne. Dès le
début, la
municipalité avait déjà projeté de construire un vaste stade omnisport.
Elle fit
même l’acquisition de 27 hectares, mais ce projet fut systématiquement
bloqué
par les différents ministres de la Jeunesse et des Sports qui se
succédèrent;
ce n’est qu’en 1981 que le projet put connaître un début
d’exécution.
(Sources :
« Le Guide de Tourisme », Office du Tourisme de
Fort-de-France,
Editions Exbrayat)
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photographies d'un tulipier du
Gabon (Martinique)
Evariste
Zephyrin
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