Un samedi Gloria en Martinique Naguère ou jadis, me trouvant en Martinique pour un
séjour de plus de six mois, un matin
juste après que le soleil se soit levé,
je fus surpris de croiser aux abords
de la cathédrale Saint Louis, un homme déambulant tout nu, à la vue de tous, il se promenait dans la
plus complète nudité en plein centre-ville.
L’homme portait la trentaine
tout au plus, peut-être moins et il se dirigeait d’un pas décidé vers la
plage de la Française à quelques
encablures d’où je me trouvais.
A mon retour j’en parlais à ma tante, qui ne se montra pas
plus choquée que cela, ma narration lui
esquissa un sourire goguenard, comme pour me dire tu es en Martinique et
plus à Paris, et elle me
répondit : « y té ka,ÿ pwan an ben démawé ! (il allait
prendre un bain démarré) »
Trouver normal qu’un homme se promène nu dans les rues de
Fort de France pour aller prendre son bain démarré, avait quelque chose qui me
heurtait, je me disais que nous étions
toujours empouacrés dans des superstitions et dans des diableries.
Quand est-ce nous affranchirons-nous de toutes ces croyances, crédulités et
de ces comportements d’un autre temps ?
Je ne confonds pas le
bain démarré, qui consiste à
remplir une grande bassine d’eau dans laquelle on ajoute des herbes et des
feuilles, qu’on laisse trempées le temps qu’elles infusent. Ce bain est
consacré d’une certaine manière, car il n’est pas rare, que des prières soient
psalmodiées au-dessus du bain, par celui qui le confectionne, afin de renforcer les effets
magiques escomptés.
Ces feuilles et herbes ont des propriétés curatives,
apaisantes et calmantes, il est admis
que leurs vertus propitient la chance,
l’amour et le bonheur, elles chassent la déveine et éloigne le malheur.
Mon père et ma mère nous lavaient ainsi de temps à autres,
mais je crois que cela nous prémunissait contre les parasites, les vers
intestinaux, les maladies de peau ou autres, en fait tout ceci participait à
des usages hygiéniques et de santé
préventive, on se nettoyait ainsi physiquement et spirituellement.
Toutefois, le comportement de l’homme n’avait rien à voir avec ce type de « bain
démarré ».
A mes yeux son attitude s’inscrivait dans le registre du
quimbois, de la sorcellerie ou de la superstition.
La scène m’était restée en mémoire comme une curiosité, un
anachronisme, d’autant qu’à l’époque le crack et autres drogues de même acabit n’avaient fait leur apparition
en Martinique. Je ne pouvais imputer la conduite de l’homme à ces drogues, et à bien me souvenir, il sortait de la
cathédrale nu, son acte épousait une dimension magico-religieuse ayant sans
doute une finalité cathartique.
Voilà l’explication dont je me suis satisfait, mais il y a
peu, je crois avoir compris de quoi il en retournait.
J’avais aperçu cet homme un samedi gloria et en ce jour aux
Antilles, il est ou il était de coutume
de suivre la : « messe le matin,
puis rendez-vous au bord des rivières ou
de la mer pour prendre, au
premier son des cloches, le
bain rituel dans « l'eau nouvelle » et s'attirer ainsi la chance pour toute l'année. Ceux qui ne
pouvaient se déplacer se contentaient de s'asperger d'eau
tirée d'une grande bassine contenant diverses feuilles. » Un deuxième témoignage nous indique
« le samedi dit samedi gloria, les cloches ressuscitaient en se remettant à carillonner longuement.
Pendant qu’elles sonnaient, superstitieusement nous en profitions pour nous
laver le visage, les adultes secouaient les enfants nonchalants, les arbres qui
ne donnaient pas de fruit, battaient le cochon qui avait du mal à engraisser, tout
ceci dans l’espoir de faire tourner la chance et faire aller les choses dans le
bon sens. »
Ce que je retiens de ces deux extraits, c’est tout d’abord
la pratique de ce bain censé vous « renouveler » vous apporter la
chance et le bonheur, puis cet enrobage chrétien d’un culte païen. 
Souvenons-nous, c’est
l’édit de Roussillon du 9 août 1564, pris par Charles IX, qui fixa
l’ouverture de l’année le premier janvier. Mais sachons que c'est en 700
av-jc, que le roi Numa fixa l’ouverture de l’an le 1er janvier.
Plus tard les différents papes le maintiendront, toutefois les populations
continueront de perpétuer une tradition ancienne, voulant que
l’année nouvelle ne débutât
que « le samedi saint, après la bénédiction du cierge pascal. »
Et je remarque : « L’année
primitive ne commençant qu’au mois de mars, avant de franchir la nouvelle année
les Romains se débarrassaient des souillures des mois précédents par toute une
série de rites expiatoires et de lustrations. »
Il me semble que nous sommes dans cette dynamique, les
Martiniquais reproduisent à leur manière des pratiques remontant aux antiquités
gréco-romaines.
Etant donné que la population martiniquaise est à plus de 85
% noires et d’origine africaine, que ces actes aient pu s’imprégner autant
dans la sociologie de ces populations m’interroge.
Est-ce une pratique ou une tradition des colons européens qu’ils auraient adoptée
ou est-ce une pratique cultuelle déjà existante dans
leur civilisation, avant qu’ils ne fussent transbordés aux Amériques ?
Je pencherai
pour la deuxième proposition, « le bain
lustral » et les observances y afférents sont bien antérieurs à la
civilisation gréco-romaine et les rites de lustration et de
purification sont
communs dans l’Egypte ancienne, dans l’Egypte pharaonique, nous pouvons
trouver traces dans la civilisation les ayant devancée, c’est-à-dire
les
Sumériens, ils avaient un dieu de l’eau du nom d’Enki, « c’était
le dieu
des lustrations, il était associé à une puissance de nettoyage. Par conséquent, les prêtres ont porté des
vêtements sous forme de poissons pendant les processus de purification. »
Sommes-nous encore dans l’honoration de divinités dont nous
avons perdu le souvenir conscient, mais qu’inconsciemment nous continuons
d’honorer ?
En nous rendant à la rivière ou à la mer prendre ce « bain renouvelé » le
samedi gloria, ne serions-nous pas en train d’honorer un dieu comme nous le
faisons lors du carnaval pour les dieux infernaux ?
Je ne saurais répondre, mais le fait est là, nous nous inscrivons
dans une mémoire commune à l’humanité qui peut-être date d’avant le déluge.
Tony Mardayé
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En Inde, la Pâque douloureuse des chrétiens
d'Orissa Trois mois après les tragiques violences de Noël dans le district de Kandhamal,
les chrétiens de cette région pauvre se sentent impuissants et abandonnés
C’est dehors, sur des bâches poussiéreuses et à la
lumière de cierges ou de lampes à pétrole, que les chrétiens de Balliguda ont
célébré la vigile pascale. Leur paroisse, totalement vandalisée le 24 décembre
dernier, est restée en l’état « pour la commission d’enquête ».
Et il a suffi à une poignée de fondamentalistes hindous d’abattre des arbres
sur les quelques lignes électriques du secteur pour plonger dans l’obscurité
cette petite ville du district de Kandhamal, au centre de l’État rural de
l’Orissa (nord-est de l’Inde).
« Ils veulent empêcher les chrétiens de célébrer Pâques », explique le P. Ajay
Singh, directeur des œuvres caritatives du diocèse de Cuttack-Bhubaneswar, en
apprenant cette nouvelle au téléphone peu avant le début de la célébration du
samedi 22 mars au soir.
"L’Église de Kandhamal devra ressusciter
"
Pendant que les chrétiens de ce district de
collines et de forêts de tecks, de Brahmanigaon (au sud du district) à Phulbani
(au nord), célébraient ainsi, dans la nuit et l’insécurité, à côté de leur
paroisse saccagée, près de 2 000 catholiques se tassaient dans la cour de
l’église Saint-Vincent de Bhubaneswar (capitale de l’Orissa) pour la longue
liturgie pascale, en union de prière avec ces diocésains persécutés.
« Notre peuple a vraiment fait l’expérience de la passion et de la mort de
Jésus », lance, dans son homélie, Mgr Raphaël Cheenath, archevêque de
Cuttack-Bhubaneswar depuis 1974. Commentant ces persécutions, il poursuit : «
L’Église de Kandhamal devra ressusciter et cela se fera… même si cela prendra
des mois et des années »…
Ce "tsunami de haine" n’avait rien de
spontané
Il ne fait aucun doute, pour les observateurs
chrétiens locaux, que ces violences de Noël ont été sciemment préméditées,
préparées et coordonnées par le mouvement nationaliste hindou Visha Hindu
Parishad (VHP). Coïncidence des horaires, identité inconnue des attaquants,
armes à feu pour la première fois dans des attaques en Orissa : autant de
détails qui prouvent que ce « tsunami de haine » – selon l’expression de Mgr
Cheenath – du 24 au 27 décembre n’avait rien de spontané.
« Les instigateurs et principaux attaquants étaient des hindous de hautes
castes, venus d’autres districts et d’autres États », précise John Dayal,
catholique engagé et influent, secrétaire général du Conseil chrétien de l’Inde
(AICC), qui s’est rendu sur place dès le 29 décembre et qui a dressé un rapport
détaillé de la « tragédie ».
Il ne s’agissait donc pas, comme cela a été dit parfois, d’un conflit entre
Panas (dalits) et Kui (originaires des tribus), même s’il existe effectivement
des rivalités entre les chrétiens de ces deux groupes qui ne bénéficient pas
des mêmes avantages administratifs.
Les policiers sont pro-hindous
Autre évidence, ces attaques dans le district
de Kandhamal se sont faites « avec le consentement tacite du gouvernement de
l’Orissa » – selon Mgr Cheenath. Tous les témoignages confirment que les
(petites) unités de police locales, prévenues des attaques, sont restées à
l’abri pendant ces quatre jours livrant des prêtres, des religieuses et des
familles chrétiennes sans défense à la haine de centaines d’hindous, « saouls
et fanatisés » selon des témoins.
« On sait que les policiers sont pro-hindous et même s’ils avaient voulu nous
protéger, ils auraient été tués », résume Frère Oscar, missionnaire de la
Charité à Srasananda (à 65 km de Balliguda), dont le couvent et la paroisse ont
été incendiés et saccagés. Si lui et les trois autres frères œuvrant dans un
dispensaire et un foyer pour vieillards sont toujours vivants, c’est parce
qu’ils ont « couru vite » et sont restés cachés dans la forêt jusqu’au 29
décembre.
Même témoignage de la part des cinq religieuses de Balliguda qui n’ont dû leur
survie qu’à leur cachette, sous un escalier ou dans la sacristie… « Alors que
les pompiers sont installés en face de notre couvent, ils ont laissé tout
brûler pendant trois jours », souligne Sœur Christa. Et ce, non seulement dans
le couvent du Mont-Carmel et ses deux centres de formation informatique (55
étudiants dont 50 hindous) et de formation médicale (50 étudiants dont 48
hindous), mais aussi dans le séminaire Saint-Paul, la paroisse et le presbytère
adjacent.
Les fondamentalistes hindous détruisent les
églises
Selon les observateurs chrétiens, si le
district de Kandhamal a été spécifiquement visé, c’est parce qu’ici les
populations d’origine tribale (ST en anglais, pour Scheduled Tribes) et dalits
(SC, pour Scheduled Castes) représentent 39 % de la population totale. Devenant
peu à peu chrétiennes à la suite des évangélisations menées par des
missionnaires catholiques (notamment espagnols) et baptistes (notamment
canadiens) à partir des années 1890, ces populations sont sorties
progressivement de la soumission et de la misère.
« L’Église a lancé l’éducation et promu l’émancipation des ST/SC, leur
permettant d’évoluer socialement et de mieux défendre leurs intérêts, rappelle
le P. Prabodha Kumar, directeur du séminaire de Balliguda et lui-même d’origine
kondh (principale tribu de cette partie de l’Orissa). Pour enrayer cette
évolution, les fondamentalistes hindous des hautes castes détruisent nos
églises, pensionnats ou dispensaires, et espèrent ainsi éliminer le
christianisme. »
Des violences antichrétiennes travers toute l’Inde
De telles violences antichrétiennes sont
désormais organisées à travers toute l’Inde, dans les États où les chrétiens
sont pauvres et peu nombreux (moins du pourcentage national de 2,34 %) : «
Jamais les fondamentalistes hindous n’attaqueront les chrétiens puissants du
Kerala », estime John Dayal.
Ainsi, le 15 mars, deux religieuses travaillant dans une école du village
d’Alibag (Maharashtra) ont été violemment attaquées et battues par un groupe
d’hindous d’origine tribale, à l’instigation du Bharata Janata Party (BJP,
parti nationaliste hindou, également issu du RSS). Les deux religieuses, qui
ont dû être hospitalisées, étaient accusées de « conversion », ce qui est
interdit par les lois sur la liberté religieuse promulguées dans huit États
(sur 28) de l’Inde.
Ce prétexte, régulièrement avancé par les extrémistes hindous et repris dans
les médias locaux, choque les chrétiens indiens. Non seulement parce qu’une
demande de baptême est une démarche personnelle qui se vérifie dans le temps,
mais surtout parce qu’ils savent que des chrétiens, « sous la menace d’une
machette, ont été obligés de participer à un culte hindou ou de prononcer une
adoration rituelle », comme le raconte à propos de l’un de ses paroissiens le
P. Dusmant Mahanayak, curé de Daringa Badi, à 50 km de Balliguda.
Aucune aide du gouvernement pour les familles
chrétiennes Au-delà de ces violences de Noël, les
chrétiens du district de Kandhamal souffrent tous de se sentir impuissants et
abandonnés. Les 700 familles chrétiennes qui ont tout perdu dans l’incendie de
leur maison ne recevront pas avant longtemps l’aide promise par le gouvernement
d’Orissa, aide qui de toute façon sera insuffisante…
De plus, le gouvernement d’Orissa a interdit à toute ONG ou institution
chrétiennes d’aider matériellement les victimes, si bien que Mgr Cheenath
lui-même n’a pas pu encore se rendre sur place. « Je n’ai pu assister mon
peuple », regrettait l’archevêque de Cuttack-Bhubaneswar dans un texte
largement diffusé fin janvier ; il a cependant aussitôt rencontré les
principaux membres du gouvernement d’Orissa pour leur faire part de cette
situation « insupportable, humainement parlant » et pour déposer un recours en
justice.
« Cette tragédie est devenue pour nous un temps de grâce, une occasion
d’approfondir notre foi en Dieu et une opportunité pour nous identifier
davantage au Christ en partageant ses souffrances, écrivait encore Mgr
Cheenath. Notre identité, c’est la Croix ! » Claire LESEGRETAIN, à Bhubaneswar Source |