le logo du magazine d'informations pyepimanla du mois de mars


Actualités Archives Forum Liens Annuaire Boutique Contact

Vendredi Saint: Prenez et mangez...

jesus le poisson

La boulimique en devenir que j’étais se rappelle parfaitement de cette célébration qu’était le vendredi saint. Qui ne se résumait pour moi, qu'à un  jour ou on pouvait se goinfrer. Ma mère devenue « ex-chrétienne », depuis que le pasteur lui avait dit que Dieu est partout, chez nous, dans nos cœurs et pas seulement à l’église, ne voyait pas pourquoi elle devait prendre le seul petit 5 francs que lui avait donnés le bon Dieu pour acheter son  lanmori (morue), pour payer le car afin de se rendre à l’église, alors qu’il était déjà là avec elle. Eh ben Bon Dieu !!!

En tant que fille unique et donc pourrie gâtée, je n’avais pas grand choses à faire,  sinon après maintes supplications, une carotte à éplucher sur laquelle maman ne comptait pas vraiment, ma foi !

damoiseauDès le matin, les amies de ma mère débarquaient, trop contentes de manger pou ayen (gratuitement) chez l’amie super généreuse qu’est ma mère et qui adorait faire à manger pour plusieurs personnes.

Afin pouvoir l’aider, ses amies commençaient par puiser leur force dans un sec (un punch) qui m’était systématiquement refusé, et l’on s’étonnait que je n’arrivais jamais au bout de ma carotte.

Et là, les rires fusaient, souvent pour un rien, mais quelle joie cette présence dans cette maison où vivait une mère-célibataire avec son unique enfant.

En bonne cuisinière, mes chères dominicaises ne perdaient pas de temps dans les préparations des repas, suant à grosses gouttes sous le toit de notre petite maison en tôle, la chaleur et le ti Damoi (rhum) aidait.

On mangeait pendant les préparations, une fois le repas prêt ; et après encore si nous avions encore faim.

Tout le monde voulait être gentil, gâter la petite fille que j’étais, donc je me retrouvais avec 6 accras pour moi toute seule cachés dans la poche, afin que l’autre ne sache que sa copine m’avait déjà donné des accras.

La seule chose de religieuse qu’avait cette journée est que j’étais épargné de la boite de sardines quotidienne, du ké à cochon dominical (queue de porc salée) et du viand’ bèf (viande de bœuf) des grands jours.

En échange, j’avais droit à de la morue que ma mère, comme pour se venger de je ne sais quel péché préparait à toutes les sauces.

accras de morueLes accras de morue « téka fè vent » mangés rapidement pour aider le rhum à descendre dans l’estomac, qui lui devait lutter contre le goût salé des accras, un cercle vicieux auquel s’adonnait à cœur joie les amies de ma mère.

De mon côté, mes 6 accras engloutis, j’attendais l’air innocent et surtout l’air affamé mon repas, une larme au coin de l’œil.

Il suffisait qu’une d’entre elle dise : kisa ki rivéw claudia ? (qu’est-ce qui t’arrive ?) Pour que ma mère qui estimait qu’elle faisait trop de débrouya (d'efforts) et voyait trop de mizè (misère) pour que son enfant crève de faim, me donnait une assiette remplie d’accras en ayant pour mission de « manger le fruit de son travail ».

Et alors, ayant déjà eu le temps de digérer mes accras, je maudissais alors le Mon Dieu pour ne pas m’avoir donné ne serais ce qu’un « zingzing » de petit frère ou de petite  sœur dans la poche duquel, j’aurai pu cacher un ou deux accras.

A la fin, le ventre plein après avoir vidé 3 bouteilles de « 33 » (si tu sais ce que ça veut dire c’est que tu es un alcoolique, oui mon frère !!), elles s’écroulaient par terre sur des draps étalés par ma mère, elles parlaient de leur jeunesse à elle, lorsqu’elles n’avaient absolument rien à manger, me disant que j’étais bien chanceuse…

Alors au bord du vomissement, je regardais ma mère les yeux pleins de reconnaissance, tandis que ma mère souriait avec le sentiment d’avoir réussi…

Et le samedi prochain, il fallait manger le reste de la morue avec la salade et le dimanche en blaff avec du madère (variété d’igname, plus une dachine) parce qu’il ne faut pas gaspiller mais de toute façon « maléré pani ayin a gaspillé » (les malheureux n’ont rien à gaspiller)…

Claudia Jolie-Cœur



La Morue du "Vendredi Saint"



morue salée

morue salée


Evangile de Marc : la multiplication des pains et du poisson

christ

Quand il sortit de la barque, Jésus vit une grande foule, et fut ému de compassion pour eux, parce qu'ils étaient comme des brebis qui n'ont point de berger; et il se mit à leur enseigner beaucoup de choses.

Comme l'heure était déjà avancée, ses disciples s'approchèrent de lui, et dirent: Ce lieu est désert, et l'heure est déjà avancée;

renvoie-les, afin qu'ils aillent dans les campagnes et dans les villages des environs, pour s'acheter de quoi manger.

Jésus leur répondit: Donnez-leur vous-mêmes à manger. Mais ils lui dirent: Irions-nous acheter des pains pour deux cents deniers, et leur donnerions-nous à manger?

Et il leur dit: Combien avez-vous de pains? Allez voir. Ils s'en assurèrent, et répondirent: Cinq, et deux poissons.

Alors il leur commanda de les faire tous asseoir par groupes sur l'herbe verte,

 et ils s'assirent par rangées de cent et de cinquante.

Il prit les cinq pains et les deux poissons et, levant les yeux vers le ciel, il rendit grâces. Puis, il rompit les pains, et les donna aux disciples, afin qu'ils les distribuassent à la foule. Il partagea aussi les deux poissons entre tous.

 Tous mangèrent et furent rassasiés,

et l'on emporta douze paniers pleins de morceaux de pain et de ce qui restait des poissons.

Ceux qui avaient mangé les pains étaient cinq mille hommes.