Vendredi Saint: Prenez et mangez...
La boulimique en devenir que j’étais se rappelle
parfaitement de cette célébration qu’était le vendredi saint. Qui ne se
résumait pour moi, qu'à un jour ou on
pouvait se goinfrer. Ma mère devenue « ex-chrétienne », depuis que le
pasteur lui avait dit que Dieu est partout, chez nous, dans nos cœurs et pas
seulement à l’église, ne voyait pas pourquoi elle devait prendre le seul petit
5 francs que lui avait donnés le bon Dieu pour acheter son lanmori (morue),
pour payer le car afin de se rendre à l’église, alors qu’il était déjà là avec
elle. Eh ben Bon Dieu !!!
En tant que fille unique et donc
pourrie gâtée, je n’avais pas grand choses à faire, sinon après maintes supplications, une carotte à éplucher sur
laquelle maman ne comptait pas vraiment, ma foi !
Dès le matin, les amies de ma
mère débarquaient, trop contentes de manger pou ayen (gratuitement) chez
l’amie super généreuse qu’est ma mère et qui adorait faire à manger pour
plusieurs personnes.
Afin pouvoir l’aider, ses amies
commençaient par puiser leur force dans un sec (un punch) qui m’était
systématiquement refusé, et l’on s’étonnait que je n’arrivais jamais au bout de
ma carotte.
Et là, les rires fusaient,
souvent pour un rien, mais quelle joie cette présence dans cette maison où
vivait une mère-célibataire avec son unique enfant.
En bonne cuisinière, mes chères
dominicaises ne perdaient pas de temps dans les préparations des repas, suant à
grosses gouttes sous le toit de notre petite maison en tôle, la chaleur et le
ti Damoi (rhum) aidait.
On mangeait pendant les préparations, une fois le
repas prêt ; et après encore si nous avions encore faim.
Tout le monde voulait être
gentil, gâter la petite fille que j’étais, donc je me retrouvais avec 6 accras
pour moi toute seule cachés dans la poche, afin que l’autre ne sache que sa
copine m’avait déjà donné des accras.
La seule chose de religieuse
qu’avait cette journée est que j’étais épargné de la boite de sardines
quotidienne, du ké à cochon dominical (queue de porc salée) et du viand’ bèf
(viande de bœuf) des grands jours.
En échange, j’avais droit à de
la morue que ma mère, comme pour se venger de je ne sais quel péché préparait à
toutes les sauces.
Les accras de morue « téka fè vent »
mangés rapidement pour aider le rhum à descendre dans l’estomac, qui lui devait
lutter contre le goût salé des accras, un cercle vicieux auquel s’adonnait à cœur
joie les amies de ma mère.
De mon côté, mes 6 accras
engloutis, j’attendais l’air innocent et surtout l’air affamé mon repas, une
larme au coin de l’œil.
Il suffisait qu’une d’entre elle
dise : kisa ki rivéw claudia ? (qu’est-ce qui t’arrive ?) Pour
que ma mère qui estimait qu’elle faisait trop de débrouya (d'efforts)
et voyait trop de mizè (misère) pour que son enfant crève de faim,
me donnait une assiette remplie d’accras en ayant pour mission de « manger
le fruit de son travail ».
Et alors, ayant déjà eu le temps de digérer mes accras,
je maudissais alors le Mon Dieu pour ne pas m’avoir donné ne serais ce qu’un
« zingzing » de petit frère ou de petite sœur dans la poche duquel, j’aurai pu cacher un ou deux accras.
A la fin, le ventre plein après
avoir vidé 3 bouteilles de « 33 » (si tu sais ce que ça veut dire
c’est que tu es un alcoolique, oui mon frère !!), elles s’écroulaient par
terre sur des draps étalés par ma mère, elles parlaient de leur jeunesse à
elle, lorsqu’elles n’avaient absolument rien à manger, me disant que j’étais bien
chanceuse…
Alors au bord du vomissement, je
regardais ma mère les yeux pleins de reconnaissance, tandis que ma mère souriait
avec le sentiment d’avoir réussi…
Et le samedi prochain, il fallait
manger le reste de la morue avec la salade et le dimanche en blaff avec du
madère (variété d’igname, plus une dachine) parce qu’il ne faut pas gaspiller
mais de toute façon « maléré pani ayin a gaspillé » (les malheureux
n’ont rien à gaspiller)…
Claudia
Jolie-Cœur
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La Morue du "Vendredi Saint"


Evangile de Marc : la multiplication des pains et du poisson
Quand
il sortit de la barque, Jésus vit une grande foule, et fut ému de compassion
pour eux, parce qu'ils étaient comme des brebis qui n'ont point de berger; et
il se mit à leur enseigner beaucoup de choses.
Comme
l'heure était déjà avancée, ses disciples s'approchèrent de lui, et dirent: Ce
lieu est désert, et l'heure est déjà avancée;
renvoie-les,
afin qu'ils aillent dans les campagnes et dans les villages des environs, pour
s'acheter de quoi manger.
Jésus
leur répondit: Donnez-leur vous-mêmes à manger. Mais ils lui dirent:
Irions-nous acheter des pains pour deux cents deniers, et leur donnerions-nous
à manger?
Et
il leur dit: Combien avez-vous de pains? Allez voir. Ils s'en assurèrent, et
répondirent: Cinq, et deux poissons.
Alors
il leur commanda de les faire tous asseoir par groupes sur l'herbe verte,
et ils s'assirent par rangées de cent et de
cinquante.
Il
prit les cinq pains et les deux poissons et, levant les yeux vers le ciel, il
rendit grâces. Puis, il rompit les pains, et les donna aux disciples, afin
qu'ils les distribuassent à la foule. Il partagea aussi les deux poissons entre
tous.
Tous mangèrent et furent rassasiés,
et
l'on emporta douze paniers pleins de morceaux de pain et de ce qui restait des
poissons.
Ceux
qui avaient mangé les pains étaient cinq mille hommes.
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