Il n’est pas certain que le
thème retenu
par les 9es journées cinématographiques
de Saint-Denis aurait
eu la même pertinence si John McCain était aujourd’hui installé dans le
Bureau
ovale de la Maison Blanche. Mais, puisque Barack Obama y est, tout le
monde a
étébien content de
découvrir, à
l’Ecran de Saint-Denis, cette sélection de films et de documentaires
regroupés
sous la bannière «Black Revolution».
Emeutes. Une occasion inespérée de
refaire le chemin qui
nous sépare des années 60 et des premières manifestations d’un
cinéma noir
américain encore spasmodique, alors que la vie politique est rythmée
par le
combat pour l’abrogation de la ségrégation, Martin Luther King, les
émeutes de
Watts à Los Angeles ou la naissance des Black Panthers.
En l’honneur de l’invité
principal, Melvin
Van Peebles, les journées se sont ouvertes mercredi avec le classique
du maître
de la Blaxploitation, son célèbre Sweet Sweetback’s
Baadasssss Song (1971).
Vendredi, il répondra aux questions du public après la projection de Watermelon
Man (1970), où son héros, blanc et raciste, se
réveille noir un beau
matin, de même que samedi après la projection de la
Permission (1968),
film tourné à Paris sur un GI noir en goguette. A ne pas manquer,
samedi soir,
Van Peebles présentera son Confessionsofa
Ex-Doofus-Itchyfooted Mutha,
film vidéo tourné en 2008, dans lequel le vaillant
septuagénaire joue son
propre rôle.
Dans la foulée, le festival
propose une
nuit Blaxploitation samedi, à partir de 20 h 30, durant laquelle les
amateurs
pourront s’envoyer d’un trait Shaft de Gordon
Parks, Foxy Brown de
Jack Hill, le méconnu The Spook Who Sat by the Door
d’Ivan Dixon (un
Noir infiltre la CIA pour mener une révolution radicale),
Gunn la gâchette
de Robert Hartford-Davis avec un Jim Brown au sommet de son art
musculaire, et
enfin, en apothéose, le Casse de l’oncle Tom d’Ossie
Davis (1970), l’adaptation la plus branque jamais réalisées de
l’œuvre de
Chester Himes.
Autre invité
de marque,
Charles Burnett,
pionnier du cinéma afro-américain avec Billy Woodberry, Haile Gerima,
Larry
Clarck ou Julie Dash, tous étudiants à UCLA dans les années 70
et dont le
festival projette plusieurs films. Charles Burnett revient à Paris
accompagner
le bouleversant Killer of Sheep, chronique d’un
homme qui gagne sa vie
en tuant les moutons à Watts. Il présentera également When
it Rains,
réalisé en 1995 et inédit en France, de même que The
Horse (1973).
Dimanche, le cinéaste répondra aux questions du public en compagnie de
son
vieil ami Billy Woodberry, juste après la projection du superbe (et
inédit) Bless
Their Little Hearts, film de 1983 sur lequel les deux hommes
ont travaillé
la main dans la main.
Exil. Au rayon documentaires,
beaucoup d’inédits ou de
raretés, comme le Black Panthers d’Agnès Varda,
tourné en 1968 ou
encore le Eldridge Cleaver, de William Klein,
portrait du leader du
mouvement obligé de partir en exil en Algérie ; mais aussi quelques
moments
musicaux d’anthologie, comme Jimi Plays Monterey
ou Wattstax,
captation du concert de 1972 au Coliseum de Los Angeles.
Entre-deux coups de poing à
l’estomac, le
festival pourra se reposer un peu en allant se refaire quelques
classiques
illustrant les rarissimes incursions de héros noirs à Hollywood avant
les
années 60 : le Sergent noir de John Ford,
Mirage de la vie
de Douglas Sirk ou Stormy Weather d’Andrew
L. Stone.