La galerie Monnin expose
le mercredi 17 décembre à 5 heures p.m les toiles récentes du peintre
fantastique et anti-star, Frantz Zéphirin, salué en France et en
Amérique
latine.
Zéphirin
entend
montrer quarante de ses toiles récentes et partager avec le public sa
gigantesque toile attendue pour une grande expo à Paris. Son travail
sublime
les collectionneurs et progresse dans la digression, si chère à cet
artiste,
opposé à la starification facile.
Le peintre, revenu d’une
exposition à
succès tenue à l’ambassade de France de Santo -Domingo, refuse toujours
de
tourner le dos à la mer. Son art se constitue en partie d'effets
picturaux pas
toujours décelables de la mer des Caraïbes.
Cet artiste des mondes infra
-marins et
des grandes plongées historiques, fait référence aux bêtes de la mer et
aux
conquistadores, dont l’amiral Christophe Colomb, à la statue manquante
sur la
Place d’Italie, à Port-au-Prince pour situer ses actes .Question aussi
jouissive et humaniste de sa part !
Zéphirin garde sa façon de
faciliter la
visitation de l’histoire, via le prisme initiatique et la vie
profondément
libertaire. Les crises séculaires de la république d’Haïti relèvent
avant tout
de ses soucis artistiques.
Ce nouveau maître de la
peinture
haïtienne, veut fixer la mer de ses yeux de grand-prêtre vodou afin de
nous
ouvrir ses portes insaisissables et de nous permettre de croiser les
caïmans
anciens et entendre sans tremblements les symphonies des sirènes.
L’artiste pousse assez loin
ses
cosmogonies, ses grammaires perdues et ses syntaxes tentantes des
mondes
parallèles. Si les peintres Hector Hippolyte, Célestin Faustin, André
Pierre et
Stivenson Magloire ont vécu le vodou dans leur psychologie profonde,
Zephirin,
lui, tente d’en être l'alchimiste…
Le peintre Frantz Zéphirin est né le 17 décembre
1968. Il s'est mis à peindre dès sa prime enfance. Il a déjà peint plus
de
10000 toiles. Il accepte d'expliquer son parcours aux lecteurs de Le
Nouvelliste
Le Nouvelliste (L.N) :
Frantz Zéphirin, vous avez déjà signé comme peintre avant environ 12000
toiles,
au fond, comment vous vous questionnez comme plasticien ?
Frantz
Zéphyrin (F.Z): Ma vie c'est la peinture. je peins comme je
respire ou comme je bois. Ma passion, c'est de
boire une bonne bière et de peindre jusqu'au petit matin. Je faisais
aussi de
la sculpture dans le temps, mais mes sculptures sont jusqu'ici
étrangères à mon
goût et elles sont peu connues du grand public.
Concernant la peinture, je
pense que je suis à la hauteur de mes espérances.
J'utilise le pinceau dès l'âge de 7ans.
L.N : Parlez-nous de votre
parcours de peintre obsédé par la gloire et possédé
presque par le travail fini.
F.Z :J'ai
commencé à peindre dans l'Atelier d'Antoine Obin au Cap-Haïtien. J'ai
d'abord dans l'Ecole du Cap, ensuite, arrivé à Port-au-Prince dès le 28
novembre 1983, j'ai essayé de proposer et de vendre mes oeuvres à
plusieurs
galeries d'art de Port-au-Prince. Ces galeries m'ont répondu que ça
ressemble trop
à l'Ecole du Cap. Pris de colère et de déception, j'ai décidé de
peindre
surtout des animaux. On sait qu 'à l'intérieur de chaque humain réside
un
animal, et ça a marché; le style Zéphirin est ainsi créé.
L.N :Votre
bestiaire étonne les admirateurs de vos toiles grouillantes
d'animaux... Vos jungles modernes servent à quoi, en fait ?
F.Z : Je
pense qu'à travers le comportement de chaque personne, on peut
entrevoir un animal, et pour faire allusion au fabuliste Jean de
Lafontaine, je
dirais qu'il y a des animaux qui sont serviables, d'autres rapaces. Un
tel
tableau nous ramène à la basse condition humaine. Heureusement que le
genre
humain se constitue aussi d'espèces conviviales, voire fraternelles.
Pour
parodier l'autre, il y aura toujours une lutte entre les bons et les
méchants.
L.N :
L'obtention des prix compte beaucoup pour vous, ces récompenses vous
ont
permis de voyager, d'asseoir votre art, hein ?
F.Z : J'ai
reçu la médaille d'or à la Biennale des Caraïbes et d'Amérique
centrale en 1996 et j'ai participé à beaucoup d'expositions à travers
le monde.
Je suis devenu un ambassadeur de l'art haïtien à travers l'Amérique
latine. Je
suis un grand travailleur et un battant. Je ne suis pas totalement
satisfait du
travail que j'ai accompli, car je suis très exigeant. Je voudrais faire
mieux
et j'ai la capacité intérieure de casser la baraque. Je veux être l'un
des plus
grands artistes haïtiens de tous les temps.