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Danser la vie
et la mort dans les groupes rara
La
saison des rara mobilise les lakou, les bandes les plus populaires, dès
le
mercredi des cendres jusqu’au lundi Sainte Colette. La fête se répand à
Léogâne, à Miragoâne et surtout dans l’Artibonite.
Accords de
bambous et déferlements de rythmes permettent aux fêtards de gérer à
merveille
leurs tours de reins. Des jeunes filles en fleurs et des femmes âgées
aux robes
très colorées offrent aux curieux leurs déhanchements de reines
magnétiques
lors des sorties. Ti Mepriz, La Fleur du Dal, San Lizyè et d’autres
groupes de
l’Artibonite créent l’animation à Borel pendant la saison. L’aide de la
diaspora haïtienne compte beaucoup pour les Artibonitiens.
La musique rara
est en train de se transformer à un tel point que les artistes, tels
que Wyclef
Jean, l’exploitent bien, ou mieux l’intègrent par endroits dans leur
travail.
Wyclef veut faire sa mini-révoltion hip-hop avec le rara
Depuis les années
70-80, des instruments purement modernes, en tout cas différents des
vaccines,
des tchas tchas alimentent les groupes rara. On citera en exemple le
saxophone,
la trompette, la flûte…
Le rara
superélectronique attend son synthétiseur et ses programmes
archiparfaits. Les
Japonais ont les yeux ouverts sur Azor dont la musique vodou rappelle
souvent
le rara haïtien.
Des caméras de
jeunes réalisateurs filment les défilés rara à Léogâne, à l’Arcahaie et
dans
l’Artibonite. Les films vidéo rara permettent à la communauté haïtienne
ultramarine d’être en contact avec la terre nourricière.
Comme aucun
signe des temps, le tuyau PVC comme on le dit couramment en Haïti,
remplace le
bambou des temps passés. Les maillots des participants sont souvent
couverts de
slogans anglais. Les vêtements usagés appelés ordinairement Kennedy
comblent un
vide. Pourtant les entreprises commerciales et bancaires du pays si
vigilantes
dans la conception d’appareillages carnavalesques.hésitent à financer
les
bandes. Le rara du « pays en-dehors » aurait-il suscité déjà quelques
investissements ?
Les nantis des
grandes villes à bord de leur 4x4 font leur démonstration de force à
travers
les campagnes haïtiennes réputées pour leur rara. Les bouteilles de
whisky, de
Cinzano, de Raphaël font le bonheur des vendeurs de boissons et la joie
des
festivaliers.
Le rara à force
de se métamorphoser reprend parfois des chants carnavalesques des
villes. La
chorégraphie vodou tend par endroits à s’américaniser. On se laisse
facilement
envahir par des costumes et des chaussures hors-normes : blue jeans,
tee-shirt,
tennis Nike, Puma, Adidas., Converse… Les dollars américains, via
western
union, maintiennent en vie de telles festivités champêtres. .
Le rara reste
toujours festif. Jeunes et vieux s’enivrent de chansons salées et
d’accords
perdus. On se demande si cette forme de catharsis collective est une
forme de
contre-expertise de la globalisation ou une expérience limite de la
fascination
exercée en Haïti par les jeunes pour la culture impériale
nord-américaine.
Peut-on danser
aujourd’hui le rara comme on danse le rap-ragga? Oserait-on associer
les
costumes rara à ceux des trois jours gras? Pourquoi cette fête
populaire
n’attire-t-elle pas une grande masse de touristes?
Depuis le
mouvement de révolte de février 1986, Haïti aurait été presque rayée de
la
carte touristique mondiale. La surmédiatisation de ce pays
annonce-t-elle des
clairs matins pour les groupes rara et les artistes haïtiens en
général?
Dominique
Batraville
source
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