La
coiffure "afro" veut
sortir de son ghetto
Devant son
miroir, tondeuse à la
main, Habsa tente une nouvelle coupe de cheveux. Mauvais réglage, elle
se rate.
Ça arrive. Elle dévale les escaliers et se précipite chez le coiffeur :
"Désolée,
je ne sais pas coiffer les cheveux des Noirs", lui répond-il.
Habsa avait
alors 20 ans et elle se souviendra longtemps de cette histoire. C'était
il y a
trois ans, à Bussy-Saint-Georges (Seine-et-Marne). Il n'y avait alors
pas de
coiffeur "afro" dans cette ville de près de 20 000 habitants. Habsa a
caché sa chevelure sous un fichu. Ça arrive, mais pas à tout le monde...
Le cheveu des
personnes d'origine africaine, épais et fragile, nécessite un
savoir-faire
adapté. Pourtant, il n'est enseigné ni au certificat d'aptitude
professionnel
(CAP) ni au brevet professionnel (BP) de coiffure, les deux formations
délivrant un diplôme d'Etat en France.
"UNE
QUESTION DE CHEVEUX"
A Paris, les
coiffeurs "afro" se concentrent surtout dans le quartier de
Strasbourg-Saint-Denis, (10e arrondissement).
L'îlot, cependant,
tend à s'atomiser et les salons à se standardiser.
"Dans
les années 1990, nous sommes entrés dans une ère de
professionnalisation", affirme Taj, qui tient, lui,
un salon dans le
quartier de Beaubourg (3e arrondissement). Pour
cet artisan
d'origine antillaise, coiffer n'est pas seulement tresser. Dans ses
deux
salons, il manipule les cheveux bouclés comme défrisés. Il arrive aussi
à Taj
de faire des extensions ou des tissages - des mèches de cheveux,
naturels ou
artificiels, sont cousues à des nattes tressées sur le crâne -, "mais
cela doit être un accessoire et non pas un cache-misère",
dit-il : "Ces
artifices sont souvent des pis-aller. Je veux que les femmes se
réapproprient
leurs cheveux et leur personnalité."
Taj accueille
aussi des Européennes et des Maghrébines, insatisfaites des coiffeurs
incompétents face à leurs boucles. Il ne se considère pas comme un
coiffeur
afro : "C'est une question de cheveux - frisés - bien plus
que de
couleur de peau", conclut-il.
"PAS
RECONNU"
A Lyon,
Tupendane Mupenda déplore aussi un manque de formation, qui rejette
hors des
salons ordinaires nombre de clients. "Notre savoir-faire
n'est pas
reconnu", estime-t-il. Pour lui, la solution serait la
création
d'écoles spécialisées. Depuis trois mois, il organise lui-même des
formations.
Petit à petit, le train se met en branle et part à la conquête d'un
marché non
négligeable.
Un grand de la
coiffure s'y est également mis. Franck Provost, à la tête du groupe
Provalliance, est entré dans le créneau en décembre 2005. Le coiffeur a
créé
les salons Niwel, pour combler un manque. "Quand je
travaillais à la
télévision, je voyais des stars afro-américaines arriver avec leur
coiffeur
personnel. Mais les choristes, personne ne savait les coiffer",
se souvient-il.
Franck Provost,
pour lancer Niwel, a noué un partenariat avec une grande marque de
cosmétiques.
L'évolution de la coiffure "afro" est inséparable de celle des
produits qui lui sont destinés. Les grandes marques ont compris qu'un
marché
s'ouvrait. Les premiers coiffeurs de Niwel ont été formés aux
Etats-Unis et en
Grande-Bretagne. Aujourd'hui, ils font eux-mêmes office de pédagogues
au sein
du groupe. Provalliance prévoit d'ajouter des enseignements sur les
cheveux
frisés et crépus dans son école diplômante, Provélite Académie. Les
frontières
bougent lentement.
Adèle
Ponticelli
Adresses :
Salon
Elcoiff :
160, rue Cuvier, 69006
Lyon. Tél. : 04-37-24-12-07.
Salon Hairy
Taj : 111,
rue Quincampoix, 75003
Paris. Tél. : 01-42-77-52-92.
Salon
Niwel-Franck Provost : sept
adresses en France. (voir site
Web)
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MONDE
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