« Pas
un jour où je ne m’extasie de la beauté du
monde, et je ne puis croire au hasard, face à tous ces éblouissements
du vent
et ces frénésies de vie d’une nature sans cesse renouvelée, non je ne
puis
croire au hasard, à moins que le Hasard ne soit Dieu. »
Au moment je
pose ma plume sur la feuille, deux hommes
Noirs sont honorés, l’un par un monument, une immense chaîne brisée, et
cela me
plonge dans une grande colère, car justice ne lui ait pas rendu même
deux
siècles après.
Pourquoi des
chaînes pour honorer un général de l’armée
française, commandant en chef de l’armée de l’Ouest et fils natureld’un marquis, même s’il
naquit esclave, ce
n’est pascette
conditionqui
format son soi et son devenir?
Des chaînes,
ce fut le choix du maire de Paris, choix
contestable, car il ne s’agissait pas d’honorer un Nègre ou Mulâtre,
maisun général de
l’armée française, dont
Napoléon, raciste patenté le remercia d’ingratitude.
Je n’aurai,
quelle qu’en fût les raisons avaliser ce
choix.
Hitlerayant fait
déboulonner la statue de Dumas, affirmait par ce geste qu’un Nègre ne
saurait
être un général, mais qu’un Nègre. Tous les généraux de moindre
importance, de
moindre qualité se trouvent représentés sur leur cheval l’épée à la
main ou
dans une posture martiale, et l’un des plus brillants est honoré d’une
chaîne
brisée.
C’en est
pathétique !
Aimé Césaire,
à titre posthume se voitgratifier
d’un boulevard à Nanterre. L’homme
je le connaissais ayant joué sur ses genoux, mon grand-père
entretenait
des rapports particuliers avec lui,tous les deux originaires de Basse-Pointe
commune du nord atlantique, de
la Martinique et bien des choses les liaient.
Les deuxhommessont
honorés, à juste
cause, pourtant aujourd’hui ma pensée va vers Léon Gontran Damas, le
troisième
comparse de la négritude, un immense poète, au talent non
moindre que
Senghor ou Césaire, pas moins qu’eux.Et pourtant, il reste méconnu, son œuvre peu
étudiée, on eut dit qu’il
fut de tout tempsla
troisième roue du
carrosse.
L’homme
méritait que l’aéroport soit baptisé de son nom,
mais au lieu de cela il continue à porter le nom d’un des pires
assassins
ayantsévi en
Guyane, si ce n’est le
pire.
Ce Général de
Rochambeau dont les dogues de Cuba se
nourrissaient de la chair des Nègres. Il ne fut pas le premieren la matière, il fut
devancé parles
Espagnols jouant à Dieu aux Amériques et
se livrant aux pires exactions que l’humanité ait connues.
Ils vous
diront que l’aéroport porte le nom d’un
homonyme,un autre
Rochambeau ayant
combattu les Anglais lors de la guerre d’indépendance, si c’est les
cas, les
USA n’ont qu’à l’honorer chez eux, pourquoi est-ce les Guyanais à
sentir
insultés à chaque fois que l’on prononce son nom.
Cela me
remplit d’une grande colère.Les
siècles passent, journellement ma race continue
d’être insultée.
Tony
Mardaye
Cap Malheureux - Ile Maurice
-
Photo de F. Palli
Limbé
Rendez-les
moi mes poupées noires qu’elles
dissipent l’image
de catin
blêmes marchands
d’amour
qui s’en vontviennent sur
le boulevard
de mon ennui
Rendez-les
moi mes poupées noires qu’elles
dissipent l’image
sempiternelle l’image
hallucinante$des fantoches empilés fessus dont le
vent porte
au nez la
misère
miséricorde
Donnez-moi
l’illusion que je n’aurai plus à contenter le
besoin étale de
miséricordes
ronflant sous
l’inconscient
dédain du monde
Rendez-les
moi mes poupées noires que je
joue avec
elle les jeux
naïfs de
mon instinct resté à
l’ombre de
ses lois recouvrés
mon
courage mon
audace redevenu
moi-même nouveau
moi-même de ce
que Hier
j’étais hier
sans
complexité
hier
quand l’heure
est venu du déracinement
Le
sauront-ils jamais cette rancune de mon cœur
A l’œil de ma méfiance ouvert trop tard
ils ont cambriolé l’espace qui était le mien
la coutume
les jours
la vie
la chanson
le rythme
l’effort
le sentier
l’eau
la case
la terre enfumée grise
la sagesse
les mots
les palabres
les vieux
la cadence
les mains
la mesure
les mains
les piétinements
le sol
Rendez-les
moi mes poupées noires mes
poupées noires poupées
noires noires
Cheminant doucement entre contours
de
« raziés » et détours de bambou, la Lézarde est en
rupture de ban.
Elle se débat dans les mangles crasseux d’indifférence, la Lézarde
souffre de
pas être reconnue, elle n’est plus que confusion. Enfermée dans ses
méandres,
écoulée, exclue de la tendresse du lit, que faiblesse. La Lézarde à
soif d’une
eau nouvelle, elle appelle à l’espérance, mais n’est plus qu’ombre et
lumière,
se lamentant de ses tourments.
Réconcilions nos mémoires,
pétitionnons la bonne
parole, donnons sens à la vie.
Une
Bande d’ils suicide ma rivière. Explicitons ces manipulations,
désocialisation
de population en frustration, marginalisation, une exclusion racine de
violence, un jour sans doute. Dans le « fal » de
l’absence ils bandent
sans débander des mœurs dérivées, la Lézarde n’est plus rivière, n’est
que
détresse, charroyant trop peu de tendresse pour n’être que pollution.
Ici des
lendemains d’ailleurs se créent, sous
les couches de la misère, se sédimente souffrance et violence.
- Prenez
garde, ils
prendront de force ce qui leur revient !
Et ce jour,
gardez-vous de
dire : « Je n’ai rien su au préalable.» Elle
a déjà été dite.