fleurs des iles

PYEPIMANLA LE MAGAZINE ANTILLAIS 


Ma position face à l'Appel des 74

Lancé le mois dernier par 74 personnalités demandant une domiciliation des pouvoirs politiques en Martinique, donc la revendication d’une plus large autotomie, il me congrue d’expliciter ma position en regard de cet Appel des 74.

Tony Mardaye

La  domiciliation des pouvoirs politiques  ne suffira pas à créer de la croissance et de l’emploi, ni susceptible  de résoudre les problèmes  récurrents quoique inhérents à une trop grande dépendance  économique vis à vis de la métropole à laquelle  nous sommes confrontés.

Notre modèle économique s’inscrit dans la théorie de la dépendance et du rapport de l’échange inégal entre le centre et la périphérie, de fait, nous sommes dans l’exclusif colonial, expliquant le sous-développement de l’économie antillaise.

La théorie radicale préconise la rupture avec le centre phagocytaire (métropole), pour remédier à l’échange asymétrique.

Dans la réalité, la rupture avec le centre ne se traduit pas par le développement, mais par la paupérisation  des populations  et la détérioration des infrastructures existantes et par conséquent le rapport de subordination s’en trouve renforcé.  Ce sont les capitaux étrangers et  ceux de l’ex métropole qui favoriseront ou non le développement, car on ne peut espérer un développement endogène à cause de l’étroitesse du marché.

Donc, la domiciliation des pouvoirs politiques est un début, mais pas la condition sine qua non d’un développement économique harmonieux, dans le meilleur des cas, un préalable à l’inclusion de nos îles dans leur espace géographique, devant permettre une intensification des échanges avec la communauté des peuples du bassin caribéen, si une baisse des droits de douanes est effective. 

Par ailleurs, ramener les taxes aéroportuaires à des montants acceptables (rien ne justifie le niveau aussi élevé de ces taxes) afin faciliter les déplacements des populations d’ici et de ceux de là bas, donc d’accroître le trafic.

Dans un contexte de mondialisation économique, le rôle du politique n’est plus aussi prégnant que par le passé, il est inféodé à l’économique et la domiciliation des pouvoirs politiques n’empêchera pas la domination économique outrancière des Békés. 

La seule question qui vaille d’être posée, comme ce fut le cas en 1946 :

- Qu’est-ce qui est le mieux pour mon peuple ?

La réponse infère  de réduire cette dépendance  et cela par la capacité à s’auto-suffire notamment dans le domaine de l’alimentaire, prémices d’un développement économique.

Le combat à mener n’est pas tant politique, mais économique,  car aujourd’hui notre taux de couverture avoisine  5 %, nous dépendons à hauteur 95 % de l’extérieur pour la satisfaction de nos besoins.

L’agriculture et la pêche sont les deux secteurs à prioriser, car que vaut une autonomie si nous sommes incapables de nous nourrir ?

Nous avons les compétences pour mettre en œuvre un tel plan, une planification économique quinquennale, puis décennale mais à ce niveau de durée, la visibilité est de courte portée.

Il incombe aux populations de modifier leurs habitudes alimentaires, du moins,  se réapproprier nos habitudes alimentaires.

D’autres économistes  de tendance malthusienne, « ricardienne », néo libérale ou libérale, avanceront  d’autres politiques économiques : de porter la priorité sur les avantages comparatifs par rapport à d’autres îles, afin d’axer un développement sur des secteurs où nous seront avantagés…

D’aucuns argueront que l’avenir passe par le secteur tertiaire, nous en convenons, mais tous les pays où le secteur tertiaire prédomine, sont en autosuffisance alimentaire et même dégagent des excédents, grâce au dumping commercial leurs productions inondent les marchés des pays émergeant ou du tiers-monde et ralenti ou empêche tout  développement, parce que les productions importées coûtent moins cher que ceux produits localement.

Nous le répétons, nos efforts doivent porter   sur la capacité que nous ayons à nous auto-suffire   et cela passe par le développement agricole, une rationalisation des productions, ainsi que de leur distribution et transformation, c’est ainsi  que nous sortirons du schéma de l’exclusif colonial mis en place au début de la colonisation ;  donc mettre fin à ces cultures commerciales subventionnées qui n’apportent rien à la Martinique ou à la Guadeloupe, mais continuent d’enrichir les Békés et les tenants de ce modèle de production.

A cette démonstration, les contradicteurs diront qu’il y a 20 000 emplois ou plus  en jeu, que la destruction du système cultural actuel créera du chômage et des tensions sociales, mais les facteurs alloués aux productions des cultures d’exportation se reclasseront dans les nouvelles productions, qui du fait de la transformation des matières premières agricoles localement seront susceptibles de compenser les emplois perdus, nous entrons dans un jeu de « destrcuction-création » ayant lieu lors de des changements économiques ou  lors des requalifications industrielles.

Par ailleurs, il est à comprendre  que nous n’avons pas en charge les intérêts particuliers ou corporatistes, mais l’intérêt général, et il  dicte que la Martinique doit-être en mesure de nourrir les Martiniquais et la Guadeloupe les Guadeloupéens.

Tony Mardaye